VIGNY (Alfred de) (1797-1863). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À LYDIA. [Pau, décembre 1824], huit pages sur deux bifeuillets, 12,2 × 9,7 cm — bords irréguliers —, deux feuillets joints avec notes autographes de Lydia et Alfred de Vigny. Première lettre conservée de Vigny à sa future épouse, accompagnée de très émouvantes notes du poète écrites à la mort de cette dernière. « Ne nous affligeons plus, chère Lydia, je vais tenter un nouvel effort pour mon bonheur ; après tant d'obstacles surmontés je ne serai pas arrêté au moment d'obtenir votre main[,] ce que je désire le plus au monde. Je vais écrire à ma mère, mais comme elle n'a pas le même cœur que moi pour vous, je ne lui dirai pas la dureté avec laquelle Mr votre père a refusé un mot d'écrit qui attestât la part que vous auriez à son héritage. Vous avez vu aussi qu'elle ignore que vous n'avez aucun revenu actuel. — Il faut éviter de le lui faire savoir et que j'obtienne son consentement qu'elle a fait légaliser par devant notaire comme elle me l'a dit. Envoyez-moi donc comme nous avons dit la lettre que vous venez de recevoir je mettrai vos nègres en avant comme je pourrai. — Il faudrait traduire seulement les lignes qui vous regardent, et dire si la moitié de ces pauvres noirs qui travaillent tant est à votre frère. — Je ne dirai pas cela par exemple. Ensuite, chère amie, écrivez ce que nous avons dit sur le nom de l'homme d'affaires qui a entre les mains le papier où votre père vous fixe un héritage. J'enverrai tout cela à ma mère ; j'en ferai quelque chose de bien beau et j'espère que j'aurai en échange son consentement. Adieu, chère amie, je je [sic] vous en prie dites à Mme Bunbury qu'elle soit bien aimable comme avant-hier et qu'elle ne boude pas, car certainement c'est à nous de pleurer, de nous fâcher, de crier et de frapper du pied par terre, nous que tout le monde querelle de tous les côtés ; mais elle qui n'a plus rien à faire qu'à mettre des fleurs sur sa tête, à donner des bals et se moquer de nous deux, elle serait bien bonne de se fâcher. La tristesse est faite pour ceux qui s'aiment et que l'on veut séparer, pour elle, n'est-elle pas entourée de tout ce qu'elle aime ? Et si je lui suis devenu odieux, qu'elle supporte encore quelque tems ma présence, bientôt, quelque chose qui arrive elle ne me verra plus, nous partirons ensemble je l'espère encore chère amie et je suis toujours votre Alfred. Vraiment lorsque je viens à penser que Mr Bunbury avec un trait de plume qui n'est rien pour moi et tout pour sa fille pourrait tout terminer, je ne puis m'empêcher de sentir que si j'étais père je n'agirais pas ainsi, que d'inquiétudes encore, que de tourmens il va nous causer ! Est-ce pour moi que ma mère lui demandait quelque chose ? Vous le savez ? Elle est de son avis. » À cette lettre se trouvent joints deux documents particulièrement émouvants : — Un feuillet sur lequel la destinataire de cette lettre a écrit « Déc 24 », date probable de réception de la missive. — Un feuillet sur lequel le poète a écrit, sur un côté : « Janvier 1863 — — Douces reliques. Ma Lydia avait en secret conservé dans son nécessaire le plus cher pour elle de mes premiers billets en 1825 [sic] à Pau, celui par lequel je la priai à l'aider à cacher à ma mère qu'elle était dépouillée de sa fortune par sa belle-mère et que je l'aimais pour elle-même et sans rien attendre de sa fortune arrachée par ruse. » De l'autre côté : « 22 janvier 1863 Secrets et tendres souvenirs du cœur de Lydia. Laissés dans son nécessaire de voyage et retrouvés par moi. A de V[ign]y » Vigny mourra cette même année 1863. Le consentement sous réserves de Madame de Vigny pour le mariage de son fils est daté du 27 décembre 1824. Provenance : archives Sangnier (cachets). Lettre publiée dans Correspondance d'Alfred de Vigny, tome 1, sous la direction de Madeleine Ambrière, Presses universitaires de France, 1989, lettre 24-31, pages 188-189.
JARRY (Alfred). VISIONS ACTUELLES ET FUTURES. Collège de Pataphysique [sic pour l’absence d’apostrophe], 8 Tatane LXXVII E.P. [21 juillet 1950.] En feuilles sous couverture rempliée, 19,5 x 13,5 cm. Un des 13 exemplaires optimatiques annoncés, sur Crèvecœur. Édition originale de ce texte de Jarry paru dans l’Art littéraire alors que l’auteur n’avait que vingt ans. C’est l’une des toutes premières publications du Collège de ’Pataphysique, s’ouvrant sur des prolègomènes de Sa Magnificence le Vice-Curateur-Fondateur. La justification n’annonce que 90 exemplaires. Bien complet de l’illustration mathématico-génitale, qui semble du reste ne jamais manquer.
JARRY (Alfred). VISIONS ACTUELLES ET FUTURES. Collège de Pataphysique (sans apostrophe), LXXVII E.P. Prolégomènes de Sa Magnificence le Vice-Curateur Fondateur du Collège de Pataphysique. En feuilles sous couverture rempliée, 19 × 12,8 cm. [4]-32-[8] pages. Édition originale de ce texte de Jarry, d’abord paru en mai 1894 dans l’Art littéraire. Il s’agit de l’une des premières publications du Collège de ’Pataphysique, et l’une des plus importantes. Exemplaire numéro 1, « sur authentique papier de boucherie avec la facture d’origine insérée dans le brochage ». La facture, établie à « M Collège Patafisique » par R. Perrot, Succr (7, Cité Berryer, 25, rue Royale et 24, rue Boissy d’Anglas, téléphone Anjou 04-54), datée du 2 juillet 1950, détaille les achats suivants : une côte de porc pour 70 francs, quatre feuilles de papier à viande pour 3,75 francs, total de 73,75 francs arrondi à 74 francs (sic). Un des cahiers (pages [17] à 24) est maculé de rouge. Il ne s’agit vraisemblablement pas de sang de porc, mais d’une matière destinée à en donner l’illusion. Comme elle se trouve également sur les pages à l’intérieur de ce cahier non coupé, sa présence remonte aux origines de cet exemplaire unique, et en constitue une singularité pittoresque (et reflétant l’esprit des fondateurs du Collège de ’Pataphysique), non un défaut.
[Curiosa] [Alméry LOBEL-RICHE (1877-1950)] Gustave COQUIOT (1865-1926). POUPÉES DE PARIS. BIBELOTS DE LUXE. Composition et gravure originale de Lobel-Riche. Librairie de la collection des Dix. A. Romagnol, éditeur. 85, rue de Seine, Paris. 1912. Broché sous couverture rempliée, chemise et étui. Dimensions des feuillets : 31 × 23 cm. Une des meilleures illustrations de Lobel-Riche. Elle comprend quarante eaux-fortes, dont trente-huit à pleine page, représentant la vie de Parisiennes de mœurs légères. Exemplaire nominatif sur Japon, comportant une suite en noir (sur vélin) avec remarques. Sur un feuillet liminaire, après « Exemplaire imprimé pour », l’éditeur a écrit : « Monsieur et Madame / G. C[…] / souvenir amical / de l’éditeur / Romagnol ». Couverture manipulée et inégalement fatiguée, avec petites taches sur le premier plat, marque de pliure sur le même plat, dos avec petits manques en tête et queue à la jonction avec les plats, second plat inégalement insolé, toile de la chemise légèrement effilochée, fente à l’étui. Très bel état intérieur.
Anatole FRANCE (1844-1924). MANUSCRIT AUTOGRAPHE SIGNÉ [LE LIVRE DES BALLADES]. Maroquin brun, encadrement sur les plats de quadruple filet avec motifs d’arabesques dorées aux angles, dos à nerfs orné, doublures de soie havane avec encadrement de maroquin brun à dentelle [Mercier, successeur de Cuzin]. Dimensions de la reliure (les feuillets sont de dimensions inégales) : 23,8 × 19,3 cm. Très bel ensemble de copies manuscrites de poèmes, de la main d’Anatole France, pour le Livre des ballades, anthologie publiée par Lemerre en 1876. Notre volume contient certains des poèmes les plus célèbres de Froissart, Eustache Deschamps, François Villon, Christine de Pisan, Alain Chartier, Charles d’Orléans… Envoi à Louis Barthou sur un feuillet de garde : « Ces ballades, mon cher Barthou, ont été copiées par moi pour le livre des Ballades, publié par A. Lemerre. Il se trouve au verso de quelques feuillets plusieurs lignes de la main de ma mère. Anatole France Paris, le 7 juillet 1907. » Les feuillets sont montés sur onglets et numérotés de 25 à 92 bis, avec manques dans la numérotation (66, 73, 74, 75, 88, 89, 91, 92) mais avec des feuillets numérotés 33 bis, 33 ter, 39 bis, 39 ter, 70 bis, 71 bis, 72 bis, 91 bis et 92 bis). Collation précise sur demande. Provenance : Louis Barthou (envoi ; II, 1042, ex-libris).
MENDÈS (Catulle). SIX LETTRES AUTOGRAPHES SIGNÉES À L’ÉDITEUR DE MUSIQUE HENRI HEUGEL. Dimensions diverses. Extraits : 18 février 1904. « Hélas ! Oui, mon ami. Notre rêve est évanoui. Il faut donc nous en tenir à la stricte nécessité. Je viens donc d’écrire à Paderewski que Çakountala est à sa disposition. » 1er mai 1904. « Vous devez savoir que j’ai fait entendre mon petit ouvrage à notre excellent ami. Il a paru extrêmement content. Le manuscrit est entre ses mains. Et voilà une affaire close. » 4 novembre 1904. « Mon seul chagrin, c’est que Massenet ne puisse pas me faire encore connaître quelques pages du moins d’une œuvre que je pressens si tendre, si forte, et si haute. » [9 juillet 1906] (cachet). « Messager, — ne nous le dissimulons pas, admirable technicien, est à l’heure actuelle une fauvette artificielle, un peu usée, — qu’il faut un gosier vigoureux pour chanter Pierre ! — Malgré moi, et malgré les objections, je ne peux m’empêcher de resonger à [Xavier] Leroux. Carré lui a parlé […] Leroux, tout feu tout flamme, sans connaître un mot du poème, ne demande qu’à l’emporter à la mer, où il part demain. — Voulez-vous me faire le plaisir de me réserver une minute ce matin ? Vous déciderez. » Sans date. « J’ai fini, entièrement, Scarron. Mais, de grâce, ne le dites à personne, pas même à vous. Je vous expliquerai pourquoi. Dès mon retour, demain ou après-demain, je commence le scenario de le Pays du Tendre. Déjà beaucoup d’idées m’ont traversé l’esprit, assez vives et joliettes. » Sans date. « Samedi, cinq heures, Ménestrel, c’est entendu. — J’ai ici le premier tableau, assez long, fini, parachevé, et chic ».
BAUDELAIRE (Charles). DE QUELQUES PRÉJUGÉS CONTEMPORAINS. Une page au recto d’un feuillet, 27,5 × 22,3 cm. Sans date [ca. 1850]. Brouillon autographe, d’un format remarquablement grand, d’un projet de texte évoquant plusieurs figures capitales et sujets de première importance dans l’œuvre de Baudelaire. Les brouillons de Baudelaire sont rares en mains privées. Ils fournissent l’aperçu le plus direct de sa façon de travailler. Ce projet de texte, avant-goût de Mon cœur mis à nu et de Fusées, mêle les intérêts littéraires du poète à la forme pamphlétaire qu’il emploie à la fin de sa vie. Il constitue un condensé allusif de la pensée de Baudelaire. Transcription (ATTENTION : dans cette notice, du fait du formatage des notices sur le site, les caractères barrés n'apparaissent pas comme tels dans la transcription ; se référer aux photos pour cela) : De la Poes [Centré] De quelques préjugés contemporains De M. de Béranger — poete — et patriote Qu’est-ce qu’un préjugé — Une mode de penser — De M. de Béranger — poete et patriote — De la Patrie au dix neuvième siècle — De M. Victor Hugo. Romantique — et penseur. De Mr de Lamartine — auteur Religieux. De la Religion au dix neuvième siècle — De la Religion aimable — Mr Lacordaire De M. Victor Hugo. Romantique et Penseur De Dieu au dix neuvième siècle — De quelques idées fausses de la Renaissance Romantique — Des filles Publiques et de la Philanthropie — [Rajouté dans un interligne, légèrement en retrait] (Des Réhabilitations en général). De Jean Jacques — auteur sentimental et infâme — De la République au dix neuvième siècle — et des Républicains. (G. Pagès — et D. Cormenin jugés par Robespierre). Des Fausses Aurores — Epilogue ou Consolations. Il est difficile de déterminer dans quelle mesure Baudelaire reprend à son compte ou combat les préjugés qu’il évoque ou que l’on devine à travers ce style lapidaire, et ce que le texte projeté devait révéler de l’évolution de la réflexion de Baudelaire depuis 1848. Cette étude du préjugé peut se rapprocher d’éloges ultérieurs du poncif et du lieu commun sous sa plume. Dans Fusées (Pléiade, I, 662) : Créer un poncif, c’est le génie. Je dois créer un poncif. Et plus loin (Fusées, Pléiade, I, 670), cette concise poétique de l’énoncé du lieu commun : Sois toujours poète, même en prose. Grand style (rien de plus beau que le lieu commun). Quant au terme de « préjugé », on le retrouve dans deux lettres capitales de Baudelaire : la lettre à Mme Sabatier du 31 août 1857 ( « Vous voyez, ma bien belle chérie, que j’ai d’odieux préjugés à l’endroit des femmes ») et l’unique lettre connue adressée à Wagner, le 17 février 1860 (« La première fois que je suis allé aux Italiens pour entendre vos ouvrages, j’étais […] plein de mauvais préjugés »). La présence de ce document dans la collection d’autographes de Champfleury permet d’en situer la rédaction durant la période 1848-1852, pendant laquelle Baudelaire et l’auteur de Chien-Caillou furent particulièrement proches — ils fondèrent ensemble l’éphémère Salut public en 1848. Notes au verso, d’une autre main : dans la partie supérieure, au centre : « N 4. » Puis, un peu plus bas : « 9 » — en rapport peut-être avec l’adjudication au prix marteau de 9 francs lors de la vente Champfleury ? Dans le coin inférieur droit : « XX ». Catalogue des autographes composant la collection Champfleury, 1891, numéro 24 ; ancienne collection Armand Godoy, reproduit en fac-similé dans Le Manuscrit autographe, numéro spécial consacré à Charles Baudelaire, 1927, page 76 ; Pléiade, II, page 54. Traces de pliures, légères restaurations marginales, papier bruni ; très beau toutefois. Nous exprimons notre vive reconnaissance à Andrea Schellino pour les explications précieuses qu’il nous a apportées dans le cadre de la rédaction de cette notice.
ANET (Claude). ARIANE, JEUNE FILLE RUSSE. Paris, aux éditions de la Sirène, 1920. Maroquin fauve, plats de papier fantaisie, dos lisse [Devauchelle]. 1 feuillet blanc, 1 feuillet (faux-titre, oeuvres du même auteur au verso), 1 feuillet (frontispice, sur un papier glacé), 1 feuillet (titre), pages [7]-235, verso blanc, 1 feuillet de table (recto numéroté 237, verso blanc), 1 feuillet (justification, verso blanc). Plats de couverture et dos conservés. Non rogné en queue. Édition originale. Un des 15 exemplaires sur papier de Corée, seul grand papier, celui-ci numéroté 9. Bel et rare exemplaire, joliment relié par Devauchelle, de ce livre adapté au cinéma par Billy Wilder sous le titre "Love in the Afternoon" ("Ariane" en français), avec Audrey Hepburn, Gary Cooper et Maurice Chevalier. Un feuillet "Vient de paraître" a été conservé, ou joint. Pages 126-127 inégalement brunier (probablement du fait de la présence ancienne d’un document inséré à cet endroit). Très petit manque de maroquin au second plat, infime frottement au coin supérieur du premier plat. Le timbre de l’auteur, mentionné à la justification, semble absent ; nous ignorons s’il a jamais été porté sur des exemplaires de ce livre.
Ernest RENAN (1823-1892). ÉCLAIRCISSEMENTS TIRÉS DES LANGUES SÉMITIQUES SUR QUELQUES POINTS DE LA PRONONCIATION GRECQUE. Paris, chez Franck, libraire-éditeur, rue Richelieu, n° 69, 1849. Broché, 21 × 13 cm. Extrait du Journal général de l’Instruction publique (7, 18, 21, 25 juillet 1849). Rare tiré à part. Magnifique typographie, en français, grec, arabe, syriaque, hébreu, éthiopien… Traces de pliures à la couverture, légèrement noircie par endroit, mais bel état général.
[DUFY (Raoul)] FLEURET (Fernand). FRIPERIES. Poésies de Fernand Fleuret ornées de vignettes gravées sur bois par Raoul Dufy et coloriées à la main par Jeanne Rosoy et L. Petitbarat. Paris, nrf. 1923. Première édition illustrée de ces charmantes poésies de Fleuret. L’illustration est constituée de certains des premiers bois gravés de Dufy — ils ont été réalisés bien avant cette publication. Envoi autographe signé de l’auteur : "Au poète Pierre Lhoste, bien cordialement, Fernand Fleuret" Agréable exemplaire, sans rousseurs. Petites traces de plis à la couverture.
MAURIAC (François). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À ROBERT LEVESQUE. 20 mai 1927. 1 page, 18,5 × 14 cm. Adresse autographe. « Vous me parlez d’un ami intellectuel, d’un ami de cœur... et ne me dites rien de celui qui sûrement existe, qui vous aime, et que vous n’aimez pas. Ainsi va la vie selon le rythme Racinien : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui n’aime personne. Mais je vous souhaite de vous évader au plus tôt du Royaume de garçonie... Qui donc me connaît que vous connaissez ? Votre lettre témoigne d’un esprit de finesse bien charmant ; il y a beaucoup de coquetterie dans votre sincérité... Plus tard comme aujourd’hui vous voudrez qu’on vous demande votre cœur. (Cœur est un mot commode ; c’est une rubrique.) Adieu, cher monsieur. Soyez heureux d’avoir dix-huit ans. C’est la plus belle et la plus brève de nos aventures. »
Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) — André DERAIN (1880-1954). L’ENCHANTEUR POURRISSANT. Paris, Henry Kahnweiler, 1909. Maroquin rouge, dos muet, doublures et garde de box crème, plats et dos de la couverture d’origine en vélin conservés [H. Alix]. 26,9 × 19 cm. Édition originale de l’un des plus grands livres illustrés du vingtième siècle, œuvre de jeunesse d’Apollinaire, premier livre illustré par Derain et premier livre publié par le jeune Kahnweiler. Exceptionnel « exemplaire de travail » sur Japon, vraisemblablement l’un des tout premiers exemplaires confectionnés, sinon le premier. Ce qui, d’un point de vue bibliophilique, est évidemment particulièrement désirable. Il porte en effet à la justification cette note autographe signée de Kahnweiler : « Exemplaire de travail retrouvé et authentifié par moi ce jour 10 [illisible] 1959 ». S’il n’est donc pas signé par Apollinaire et Derain comme le sont les exemplaires du tirage mis dans le commerce en 1909 ou les quelques exemplaires de chapelle et les exemplaires de dépôt légal, il présente la particularité peut-être unique d’être signé par Kahnweiler. Certains feuillets ont probablement été lavés. L’exemplaire étant relié avec sa couverture de parchemin, il nous semble probable qu’il s’agisse d’un exemplaire ayant été composé d’essais d’imprimerie (mais uniquement de feuillets sur Japon) et relié à l’époque de l’impression. La composition du texte et la disposition comme le tirage des bois nous semblent en tous points identiques à celles d’un autre exemplaire sur Japon (faisant partie du tirage mis dans le commerce) auquel nous l’avons comparé. Les feuillets présentent toutefois des irrégularités typiques des feuillets d’essai de cet ouvrage. Cet exemplaire n’a donc manifestement pas été composé et broché en vue de faire partie du tirage mis dans le commerce, qui comprenait 25 exemplaires sur Japon et 75 exemplaires sur Arches. La justification annonce également 4 exemplaires de chapelle et 2 exemplaires de dépôt légal. La reliure doublée bord-à-bord d’H. Alix est parfaite. Janséniste et muette, elle constitue sans doute l’une des meilleures que l’on puisse envisager pour cet ouvrage.
[Foujita] - Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) [attribué à ; mais en réalité Pascal PIA (1903-1979)]
Reference : LRB_075
Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) [attribué à ; mais en réalité Pascal PIA (1903-1979)]. LE VERGER DES AMOURS. Orné de six pointes sèches [de Foujita]. Monaco, 1924 [en réalité 1927]. Demi-maroquin bordeaux à coins [G. Huser]. 19,3 × 13,5 cm. Très rares rousseurs pâles. L’un des 3 exemplaires nominatifs sur papier de Chine, celui-ci au nom de René Bonnel, l’éditeur de l’ouvrage, contenant une suite en sanguine des pointes sèches de Foujita. Selon Pia, il s’agit de l’édition originale, publiée en 1927 par René Bonnel à 120 exemplaires sur Rives numérotés de 1 à 120 et 3 exemplaires nominatifs sur Chine. Il était particulièrement bien placé pour le savoir — l’un des exemplaires sur Chine est du reste à son nom. (Vente Nordmann, première partie, lot 316, reliure de Paul Bonet, 10200 € frais inclus). Nous ignorons la raison pour laquelle Pia ne fait aucune mention des exemplaires sur Japon que l’on rencontre parfois et que Dutel mentionne comme faisant partie d’une autre édition qu’il qualifie également d’originale (Supplément, 2586 bis). Devant ce mystère bibliographique, nous inclinons à penser, sinon que la présence d’un exemplaire de chacune de ces deux éditions s’impose dans toute bibliothèque, du moins qu’il est vraisemblable que l’édition comportant les trois exemplaires nominatifs sur Chine (l’un au nom du réel auteur du texte, Pascal Pia, le nôtre au nom de l’éditeur du volume, et le troisième probablement au nom de l’illustrateur, Foujita) soit « la bonne ». (Et, quoi qu’il en soit, les trois exemplaires sur Chine sont plus rares que les dix Japon…) Pia, Enfer, 1497 ; Dutel, 2587.
Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) [mais également Pascal PIA (1903-1979)]
Reference : LRB_074
Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) [mais également Pascal PIA (1903-1979)]. JULIE OU LA ROSE. À Hambourg et se trouve à Paris. Broché sous couverture rempliée, 19 × 13,8 cm, étui. Très bel exemplaire de tête sur Japon, broché, de ce recueil de poésies libres publié en 1927 par René Bonnel, mêlant authentiques poèmes d’Apollinaire et poèmes de Pascal Pia faussement attribués à l’auteur d’Alcools. Le tirage annoncé est de 5 Japon et 60 Arches. Fort rare sur ce papier. Pia, 718 ; Dutel, 1820.
Gustave FLAUBERT (1821-1880). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À JEAN CLOGENSON. 25 novembre [1869]. 1 page, 20,8 × 13,5 cm. Notes manuscrites du destinataire. Flaubert annonce l’envoi d’un exemplaire sur grand papier de l’Éducation sentimentale. « Jeudi 25 9bre Cher et vénérable ami, Comment se fait-il que je ne vous aie pas adressé mes deux volumes ? Vous étiez le premier sur ma liste rouennaise, et vous y êtes encore ! J’aurai passé par dessus votre nom. — Excusez-moi, je vous en prie. J’attends depuis huit jours qques exemplaires sur papier de Hollande. Je vous en enverrai un, dès que je les aurai. Mille [excuses] encore une fois. Je vous embrasse [Signature] 4 rue Murillo parc Monceau » Jean Clogenson a indiqué au bas de la lettre que l’exemplaire annoncé lui était parvenu le 28 novembre 1869, soit trois jours après la rédaction de cette lettre.
REBELL (Hugues). LES NUITS CHAUDES DU CAP FRANÇAIS. La Plume, 1902. Chagrin bleu nuit, plats et dos de la couverture conservés (fatigués). Dimension des feuillets : 18,2 × 12,3 cm. Édition originale. Un des 7 exemplaires sur Japon, rares, après 3 Chine, de ce roman qui reçut le Prix Nocturne en 1966. Exemplaires dans lequel ont été reliées deux lettres de l’auteur à Léon Deschamps. Dos passé. Reliure non signée mais correcte. La couverture du brochage est un peu défraîchie, surtout le dos, qui n’est peut-être pas d’origine . Bon exemplaire toutefois, que l’on pourra faire relier plus à son goût.
CLÉMENT (Jean-Baptiste). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE [À MAURICE LACHÂTRE]. Deux pages sur un feuillet, 13,4 × 10,5 cm, 21 novembre 1875. Petite déchirure avec manque de papier, avec perte de quelques lettres (rétablies entre crochets dans la transcription ci-dessous). « Monsieur Les ennuis que j’ai eus m’ont empêché de vous répondre plus tôt. L’artiste dont on vous a parlé se nomme : Montbart [sic pour Montbard] ; il demeure 42 London St Fitzroy Sqre, London. Vous pouvez donc vous adresser à lui directement. Je l’ai prévenu déjà de vos intentions. Il a en effet beaucoup de talent et a fait paraître une assez grande quantité de dessins sur les événements de la Commune. Le Graphic et l’Illustrated London News ont aussi publié des dessins très remarquables sur ces événements. Je vous donne cela à titre de renseignements. Quant à la demande que je vous ai faite, je le regrette puisque je suis venu accroître le nombre des ennuyeux. Seul[e]ment, je vous prie de tenir compte que j[e me m]ettais à votre disposition pour un travail q[uelc]onque. Je ne serais pas venu sans cela vou[s de]mander ce service. Croyez-vous à la possibilité pour moi de faire un petit bouquin pour la bibliothèque démocratique. J’aurais de bonnes choses à dire, m’adressant surtout aux paysans et aux ouvriers. Ces petits bouquins feraient même très bien leur chemin chez vous. J’ai aussi une petite brochure que j’ai lue ici et qu’on croit appelée à quelque succès. Vous m’obligeriez en m’envoyant les livraisons 157-162-172 de la Revue française de L Blanc. J’ai un ami qui désirerait aussi la compléter. Je vous enverrai la liste des n°s qui lui manquent. C’est l’ami intime de Montbart le dessinateur ; veuillez le traiter en ami, il n’est pas riche. J’ai fait beaucoup de réclame auprès des Anglais pour cette édition ; j’en ai fait vendre quelques-unes. J’ai l'honneur de vous saluer J B Clément 148 Euston road N W London »
GRACQ (Julien) (Louis POIRIER, dit). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À CLAUDE ROY. 1 page 1/4, 20,9 × 14,8 cm environ. Belle lettre à propos de son éventuelle participation au numéro du Nouvel Observateur en hommage à André Breton. « Paris, vendredi 22 Cher Claude Roy J’ai bien reçu votre lettre, ainsi que les documents que Mme […] m’a fait obligeamment adresser. J’ai envisagé spontanément avant-hier au téléphone, en recevant votre lettre, de collaborer à cet hommage à Breton, tant l’idée même m’en était sympathique. J’y ai songé de nouveau en recevant les documents. Le temps imparti est extrêmement court pour moi, qui n’ai aucune expérience du journalisme, et qui travaille avec une excessive lenteur, si bien que, depuis de longues années je décline par principe toute collaboration à des périodiques (et cette contribution au Nouvel Observateur risque de relancer les demandes en ce sens !). De plus, je me suis beaucoup exprimé à propos de Breton, non seulement dans le livre que je lui ai consacré, mais dans plusieurs textes complémentaires et dans d’autres ouvrages, ainsi que dans l’hommage de la NRF au moment de sa mort. Je ne saurais guère ajouter à ce que j’ai fait et il est pour moi détestable de reprendre un texte sous une autre forme. Il faut écarter cette solution, qui serait de complaisance, et certainement médiocre. Si vous tenez à m’associer à cet hommage — ce qui me touche et ne peut que me faire plaisir — vous pouvez (c’est un pis-aller qui vous assurera au moins de ma sympathie pour votre projet) reprendre en tout ou en partie un texte de moi, par exemple le portrait de Breton qui figure dans En lisant en écrivant p. 249. Il correspond bien à l’image finale que je garde de lui. Mais je crains que cette solution de convienne pas au Nouvel Observateur : les périodiques n’aiment pas l’encre fraîche… Quoi qu’il en soit, c’est l’occasion de vous dire, chez Claude Roy, mon vif et cordial souvenir. J. Gracq »
TORMA (Julien). EUPHORISMES. Paris, éd. Guiblin, imp. 1926. Broché, 16 × 12,2 cm. 1 feuillet (faux-titre, titres du même auteur au verso), 1 feuillet (titre, justification au verso), 1 feuillet (avertissement, verso blanc), 1 feuillet (dédicace à René Crevel, verso blanc), 70 pages. Édition originale de cet ouvrage important dans l’histoire du Collège de ’Pataphysique — et donc des milieux littéraires et d’avant-garde du Paris de l’après-guerre —, et qui gagnerait à être reconnu et considéré autrement que comme une mystification. La période d’écriture et l’identité de l’auteur ou des auteurs des textes de ce recueil d’une grande originalité (à commencer par les titres courants) restent obscures et sujettes à débat. La justification annonce 236 exemplaires, dont 36 sur papier gris souris. Exemplaire non paraphé par Jean Montmort, ce qui est rare. Dos légèrement plissé, mais agréable exemplaire.
ARAGON (Louis). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE [À PIERRE MAISON]. [Septembre 1915], 11 pages sur trois bifeuillets à en-tête du Grand Hôtel Bellevue et de la Plage, Étables (Côtes-du-Nord), 21 × 13,5 cm. Exceptionnelle très longue lettre intime, en 1915, l'année des dix-huit ans d’Aragon. Les témoignages de cette époque sur ce dernier sont d'une très grande rareté. Ce document, adressé à son ami d'enfance Pierre Maison, modèle initial du personnage d'Anicet, apporte un éclairage particulièrement précieux sur sa formation, sa sensibilité et ses préoccupations d'adolescent. Aragon, dans les « clés » d’Anicet — rédigées à l'intention de divers collectionneurs et bibliophiles ; le roman avait paru en 1921 —, écrivait notamment : « Dans l’abord, Anicet était, non l'auteur comme il le devint par la suite, mais mon ami Pierre Maison, qui venait de mourir pour la France, comme on dit (18 octobre 1918) » (Pléiade, Œuvres romanesques complètes, I, page 167) ; « Quant à Anicet, mettons que c'est moi et n'en parlons plus. Je rappelle qu'il était au début mon ami Pierre Maison, qui mourut en octobre 1918 au service de la France, dont il paraît qu'alors nous étions tous les domestiques » (id. page 172). Ce document a été étudié par Michel Apel-Muller dans « Aragon : jeunesse, genèse, 1915 et 1921 », article publié dans L'Humanité en février 2008 et disponible à l'adresse https://louisaragon-elsatriolet.fr/wp-content/uploads/sites/37/2013/04/Apel-Muller_Aragon_1915_1921.pdf. Il s’y trouve qualifié d'« immense lettre confidence », « éclair[ant] une relation que l'on ne connaissait jusqu'ici que par Anicet », celle avec l'« ami aimé et admiré » que fut Pierre Maison, « pilotis du personnage d'Anicet », mort de la grippe espagnole en 1918 après avoir survécu à la guerre. Cette lettre contient de plus une remarquable description poétique de paysage à laquelle se mêlent des réflexions, d'une maturité singulière, reflétant l'éclosion de la sensation du caractère irréversible du vieillissement et de la fuite du temps. On y lit même, sous la plume d’un Louis Aragon de dix-huit ans, ce qui peut apparaître comme une première version de « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard ». Des passages entre crochets dans la transcription ci-dessous rétablissent quelques lettres manquantes — voir la fin de la présente notice. « Cher ami Quels remords ! Ne t'avoir pas écrit plutôt [sic] ! (Ne fais pas attention à l'écriture, j'ai une plume effroyable !) Je suis de plus cyniquement sans excuses : plusieurs pages de confusion ne suffiraient certes pas à réparer mes torts et par conséquent je m'abstiens de te les écrire, dans l'assurance où je suis que ta magnanimité consentira à m'absoudre. Donc avec l'absolution de tes benoîtes mains toutes de crottin parfumées, je passe à un autre chapitre, et je mets à la ligne. L'en-tête du papier t'apprend que je perche pour l'instant à l'Hôtel Bellevue, Étables, Côtes du Nord (c'est mon adresse). Si tu avais bon souvenir, tu t'étonnerais sans doute, mais je suis dans la plus absolue certitude que tu [ne] te rappelles pas le moins du monde le nom [du p]atelin pour où je t'avais dit partir. Mais [je] suis bête ! Tu dois déjà connaître pa[r Va]llet mes pérégrinations. Partis pour Villervill[e (C]alvados) [...] Coutrot, nous ne n[ous y p]lûmes pas (mince de parfait défini !), [et] filâmes (remince !) sur la Bretagne à [Er]quy (Côtes-du-[Nord) puis [?]] là pas plus qu'à Villerville nous ne [nous] plûmes. Ceci nous met au premier septembre, date depuis laquelle nous sommes ici, où (enfin !) nous nous plaisons. Tu as sans doute su par Vallet que j'ai eu, que nous avons eu, Tréfouël et moi le plaisir de le voir deux fois au cours de deux excursions en bécane. D'Alexandre pas de nouvelles, sauf par Vallet, mais des nouvelles de quinze jours. Tu dois en avoir. De Guéret des nouvelles : il est à Landerneau, mais te l'a sans doute écrit. Malheureusement j'ai bien des remords à son sujet : voilà presqu'un mois que je traîne dans ma poche une lettre inachevée à son intention ! D'Etevenon pas de nouvelles, bonnes nouvelles, n'est[-ce p]as ? Je lui ai écrit hier douze page[s] dans l'intention de déclancher [une] modeste réponse. Je ne sais [quelles [?]] délices perverses ont pu lui fair[e] oublier tout ici bas (tout ici bas, da[ns l']espèce, c'est moi), mais ce doivent être de[s] délices non pareilles à coup sûr ! et je ne sais s'il faut lui en vouloir ! (J'ai, n'est-ce pas ? quelque toupet de me demander ainsi devant toi, s'il faut en vouloir aux paresseux de la plume !) Oh ! Devine qui j'ai aperçu sur la plage d'Hennequeville à côté de Trouville ? Boisard en chapeau melon qui avait l'air de s'embêter ! Il ne m'a pas vu, je me suis sauvé de toute la vitesse de mes jambes ! J'ai rencontré ici des gens intelligents. Entre autres un jeune homme qui prépare le professorat de lettres à la Sorbonne : je crois qu'il veut écrire une thèse sur Nietzsche, ça ne manque pas de crânerie en ce moment ! Il était d'une conversation très séduisante, je dis : "était" car il est ma[lh]eureusement rentré hier à Paris. Nous avo[ns r]ompu des lances en faveur de la musique [al]lemande, et j'ai pensé à nos bonnes [disc]ussions d'autrefois. Le souvenir m'est rev[enu co]mme je défendais Wagner, du jour où nou[s avions] ensemble descendu le cours de la Seine en parlant du Vaisseau Fantôme, et les mots que tu me disais [a]lors, en objections, me remontaient à la bouche et j'en réfutais l'argumentation. C'est un peu avec toi que j'ai discuté ce soir là, revivant notre promenade d'un dimanche de printemps. T'en souviens-tu ? Il faisait beau, mais le soleil avait quelque chose d'indéfinissablement triste, et le printemps nouveau ressemblait à un automne. Quand nous nous sommes arrêtés, sur la berge, passé Javel, le soleil était déjà bas quoi qu'il ne fut [sic] pas encore cinq heures. Ses rayons déjà affaiblis et horizontaux arrivaient de derrière la colline lointaine où s'accrochent les maisons des bords de la Seine qui disparaissait rapidement en un coude. Malgré la masse vert sombre des arbres de la berge opposée, courbés sur l'eau courante, toute chose semblait couverte d'une imperceptible teinte de rouille : on eut [sic] dit l'emprise poussiéreuse sur la campagne de la grande ville toute prochaine. [Ici Aragon passe d'une encre noire à une encre bleue.] Sur l'eau rougie dont les touches sombres décelaient par ci, par là la profondeur, le long du bord, les pontons lavoirs, comme parsemés eux aussi d'une poussière de brique, s'échelonnaient jusqu'au tournant. Pas un passant en vue : l'activité humaine se révélait en tas de pierres posées au fond, en bel ordre. Une maison flanquée d'une cheminée d'usine et de quelques baraquements noirs dressait d'angle la silhouette imprévue de son toit marqué d'un ressaut. Et par derrière, dans une buée vespérale, s'étageaient les côteaux de Meudon, avec leurs bois recéleurs de tonnelles et de guinguettes. Ce paysage morne, animé du seul mouvement de la Seine, vit encore intensément dans ma mémoire. Je l'ai revu une fois depuis : c'était en allant te voir à Versailles. Du train, on aperçoit le coin, par delà la rangée des maisons et des usines. [Je] l'ai montré, fugitif, à Coutrot et à Vallet par la portière. Et nos fronts collés aux vitres, nous lisions les majuscules des réclames dont s'ornent les usines : le nom de Ripolin en lettres blanches, énormes, passa, et je me souvins que nous avions passé devant l'usine, ensemble, ce jour là. Puis le train fila. Meudon ! Ces côteaux, de là bas entrevus dans la brume, nous les avons gravis pour aller vers toi, en ce Versailles, où nous t'allions visiter un peu comme en exil, avec le sentiment de quelque étonnante anomalie. Et tous ces souvenirs, Meudon, ses côteaux, la route de Versailles, Versailles et la caserne, ta chambre avec son balcon, toute la vision de ta nouvelle vie, sont pour moi étroitement liés à ce paysage des bords de la Seine qui nous avait un jour frappé [sic], et j'en garde le souvenir vivace avec l'aide du dessin que tu en as fait. Ce dessin ! c'est mon meilleur souvenir de l'année, et il restera tel pour moi — il évoquera nos causeries, nos promenades et tout cet adorable et paresseux laisser aller de flânerie et de révâsserie qui fut ma vie de tout un an, en votre compagnie, en la tienne, et comme je n'en trouverai sans doute plus jamais, ce doux farniente où je me complaisait [sic], à en oublier parfois les circonstance[s —] et qui fera que je garderai toujours de la guerre un double souvenir, qui, comme une tête de Janus me montrera deux faces, l'une menaçante et horrible, l'autre toute souriante et mélancolique, l'une qui me dira : "Marche !" et l'autre : "Carpe diem". Et dans ce passé souriant et nostalgique, ton image reste à mes côtés, comme celle du rêveur que tu étais, jeune socialiste à idées ! avant que du jour au lendemain la réalité ne se fût dressée devant toi, dans une nudité qui, comme celle d'une femme d'un certain âge, perdait à la crudité du grand jour. Mais je ne veux pas croire que cette vie nouvelle ait pu considérablement te changer. "Abruti !" résumais tu, aux premiers jours, tes impressions de caserne. Je lisais, il n'y a pas encore longtemps, un mot de toi à Vallet où tu te servais à nouveau de ce terme. Oui, je le crois, le service te réduira, car tu as la ferme volonté de le bien faire, à l'état passif de machine, pendant un certain temps, pendant le temps nécessaire. Mais ta vraie nature n'en sera en rien entamée. Tu seras, tu es déjà, j'en suis sûr un bon soldat (même un bon sous-off ?), mais toujours en toi, subsistera comme une veilleuse cette faculté d'imagination qui t'emportait parfois et dont je te plaisantais — mais que j'espère bien maintenant te retrouver un jour, et qui te faisait ériger en système universel les moindres impressions d'une sensibilité vagabonde. Mathématicien poétique ! La belle antithèse ! et que tu la réalisais bien, toi qui de l'enthousiasme où te plongeait la solution élégante d'un problème passait presque sans intermédiaire à la fougue de la discussion philosophique ou même à celle d'un désir plus matériel. Le même intérêt t'attachait à la solution d'une question de géométrie ou à l'énigme de deux beaux yeux entrevus dans la rue. Te souvient-il de cette femme qui avait les yeux verts et profonds, au coin du Boulevard Malheserbes et de la rue Jouffroy et que nous avons perdue Avenue de Villiers ? Et cette belle fille qui méprisait le type en casquette qui l'accompagnait et te glissait des sourires complices, un jour, dans le tramway jaune de Suresnes ? Et d'autres, qui fixaient ton attention pour un détail, un roulement des hanches, une poitrine ferme, une marche souple, l'élancement d'un corps, une lèvre trop rouge ou des yeux trop cernés ? Et ces sœurs dont tu ne parlais qu'avec émotion ? Tout cela n'était qu'enfantillages, soit, mais quels bons enfantillages ! Tout cela est passé, bien passé, fini ! et à le constater, n'y a-t-il pas quelque amertume, comme la sensation d'avoir en peu de temps vieilli plus qu'il n'eut [sic] fallu ? Presqu'au point d'en soupirer : "Ah ! Jeunesse" à dix-huit ans — C'est loin, loin et nous sommes loin aussi l'un de l'autre, avec la nostalgie d'être tous séparés. Tu souris, et tu penses que la nostalgie est une chose bonne pour les gens qui prennent des bains de mer à Étables (Côtes du Nord). Mon vieux, mon bon vieux, tu ignores ton bonheur. Toi tu peux, si tu le veux, t'abrutir, ne pas penser. Et tu sens que tu fais un travail utile vers un but qui t'est cher. Moi je suis condamné à penser et à ronger mon frein. Je ne puis pas m'abrutir. J'ai essayé d'y parvenir par le sport. J'ai réussi une fois, deux fois, mais je n'ai pu prendre le pli. Et toujours la lancinante idée de mon inutilité revient me hanter. Depuis que je suis oisif, c'est une idée fixe, et n'ayant plus d'autre occuppation [sic], je suis possédé de la pensée de la guerre. J'ai sans cesse l'impression à la bouche d'un relent de tabac refroidi, il me semble m'être réveillé d'un beau rêve, j'ai l'amertume de l'inconscience où pendant un an de classes je sens que j'ai vécu, et de cette honte subite est né un grand désir d'agir. Mais on fait ce qu'on peut. Agir ! Il faudrait en avoir la force. Mon pauvre vieux, il n'y a pas de plus grande tristesse que ça, ne pas se sentir la force, être une âme qui voudrait et un corps qui ne peut pas. Cependant, toujours en moi, j'ai l'espérance sourde que cela n'est pas irréparable, qu'avec de l'exercice... mais je n'ai pas la force de volonté pour prendre cet exercice là moi-même. Alors, s'il faut m'y obliger, le régiment ! Oh ! oui, le régiment, je le veux ! Et je fais tout ce que mes forces peuvent pour cela. Mais que peuvent-elles vraiment quand elles ne trouvent d'autre obstacle qu'une muette désolation et les pleurs d'une mère que l'on aime et que l'on sait malade assez pour avoir une attaque ? L'effroyable courage qu'il faut avoir pour déchirer ceux que l'on aime et peut-être irréparablement ! Mon vieux, mon vieux, si cela était fait, quel soulagement de pouvoir s'abrutir à la caserne, comme une brute, quel bonheur d'être de corvée ! Faire des travaux grossiers ! être une machine ! s'abrutir ! Je n'eus [sic] jamais cru souhaiter cela un jour. Je bavarde, et ma bougie s'est entièrement brûlée, la flamme est pour l'instant à l'intérieur du bougeoir. Je m'aperçois que j'ai noirci bien du papier, et si tu as lu mon épître en entier, j'ai dû bien t'ennuyer. Je ne sais pas trop ce que j'ai dit, et je ne veux pas le savoir. Je ne me relirai pas. Aussi tant pis s'il y a des fautes d'orthographe ! Tu feras semblant de ne pas les voir, et de ne pas baîller [sic]. Il est une heure indûe [sic]. Je te quitte : je t'envoie ma missive rue Jouffroy d'où on te la fera suivre, car j'ai peur de me tromper dans tes numéros. En réponse à ma lettre, et pour m'en accuser réception, tu me ferais plaisir si (je ne te demande pas de m'écrire) tu m'envoyais simplement ton adresse exacte sur une carte, sans plus, car je sais bien que tu n'as pas de temps à toi. Tes quelques loisirs te permettent cependant, j'espère, de lire ? Je regrette de n'avoir pu avant mon départ te revoir et t'apporter les bouquins que je t'avais promis. Je t'indique en passant, si tu as le temps, les titres de deux bouquins de Paul Hervieu de la collection à 0f,95cm : "L'Armature" et "Peints par eux-mêmes" qui sont très remarquables. Bien cordialement à toi, ton vieil ami qui pense bien souvent à toi dans son trou de Bretagne quoiqu'il ne te l'écrive pas souvent. Louis Aragon » Pierre Maison, né le 3 septembre 1897, avait devancé l'appel. À l'époque de la rédaction de cette lettre, il effectuait ses classes à Versailles dans un régiment d'artillerie. Jacques Tréfouël, autre ami de jeunesse d'Aragon, devint directeur de l'Institut Pasteur. Michel Apel-Muller ignorait si Boisard avait été condisciple ou professeur d'Aragon. Sur Alexandre, Coutrot et Vallet, il renvoie au dossier « Aragon et Robert Alexandre », présenté par Agnès Alexandre-Collier et Hervé Bismuth, publié depuis dans le numéro 15 de « Recherches croisées Aragon / Elsa Triolet ». Sur Etevenon et Guéret, Apel-Muller écrivait ne rien savoir. La « mère » dont Aragon évoque les pleurs et la muette désolation, Claire Toucas, était en réalité sa grand-mère. Mouillure ayant entraîné des trous avec atteinte au texte sur les deuxième, troisième et quatrième pages du premier bifeuillet. La pliure centrale verticale de ce dernier est fendue. L'encre autour des parties manquantes est délavée. La même mouillure affecte, de façon beaucoup moins marquée, le deuxième bifeuillet, où seules quelques lettres sont délavées. Le troisième est complètement épargné. Nous reconstituons le texte manquant entre crochets dans notre transcription sur la base de celle faite par Michel Apel-Muller dans l'article cité ci-dessus. La transcription de ce dernier n'est toutefois manifestement pas complète, et postérieure aux dommages subis par le document, lesquels semblent anciens. En guise d'exemple, signalons seulement qu'entre « Calvados » et « Coutrot » figurent davantage de mots que le simple « avec » présent dans la transcription d'Apel-Muller. Autrement, papier un peu fatigué sans gravité, traces de pliures et petites taches parfaitement acceptables. Également disponible, sur demande : le manuscrit autographe signé du premier poème connu d'Aragon, daté de 1915, dont cette lettre éclaire les circonstances de la composition (cf. l'article de Michel Apel-Muller dont l'adresse électronique figure au début de cette notice).
CERDAN (Marcel). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À ÉDITH PIAF. 4 pages (bifeuillet), 17,8 × 13,9 cm. Nous modifions l’orthographe et la ponctuation par endroits afin de gagner en lisibilité. Superbe et rare document, témoignage magnifique de la passion sublime de l’immense couple mythique. (J’ai oublié un qualificatif ?) Cadeau romantique idéal. « Mon petit Piaf, Quelle peine ce matin après avoir lu ta 5e et 6e lettres, pourquoi tu as le cafard. Chérie, ce n’est pas de ma faute, c’est le courrier qui est très long. Et aussi tu doutes de moi, mais Chérie je t’aime autant que toi car aussi quand j’aime c’est du vrai, ce n’est pas pour faire des jaloux ou pour le public. Si j’aime c’est pour moi, ça me fait beaucoup de bien quand ça repart, et je suis peut-être égoïste ce matin mais je suis heureux comme tout de savoir que tu m’aimes et que tu penses à moi, car je t’adore Chérie et je voudrais recevoir tous les jours des lettres de toi, je ne peux pas t’oublier car tu m’as marqué de ton étreinte et je te sens toujours près de moi, la seule chose que je ne voudrais pas c’est que tu m’oublies aussi vite que tu m’as aimé, tu es toujours au contact des beaux garçons et une femme est une femme et il y a des jours qu’on oublie tout, on perd la tête n’est-ce pas Chérie. Au sujet d’Irène il faut en prendre et en laisser. Comme je te le dis dans une lettre il ne faut pas écouter Jo de trop, puis, quand je serai là j’arrangerai ça. Je regrette de t’avoir fait connaître des gens qui ne savent pas se tenir puis tu m’écouteras un peu si tu veux bien, crois-moi Chérie je t’aime et ne pense qu’à toi et tu me fais de la peine quand tu dis que je t’ai oubliée. Tu ne te rends pas compte que tu m’as rendu fou pendant ces jours passés avec toi. J’ai oublié tout avec toi, même pas j’ai acheté de savon à barbe pour me raser. Je devais être dans le cirage et tu oses dire que je t’oublie, non tu exagères tu es sûre de toi et tu voulais le savoir eh bien voilà je suis battu et par K.O. encore mais je t’en prie ne profite pas trop. Ne me fais pas trop souffrir Chérie, sois courageuse, n’aie pas le cafard, pense qu’ici dans ce bled il y a un homme qui ne rêve que de toi et qui pense te serrer dans ses bras très fort bientôt. Travaille bien, ne délaisse pas ton travail, je ne vois pas pourquoi tu te laisses abattre. Donne mes amitiés à Loulou car il me plaît aussi et je voudrais que tu me racontes un peu de tes petites histoires avec les compagnons et avec les autres. Dis-moi comment que ça va avec Jules enfin parle-moi un peu de tout je t’aime. Je t’embrasse très fort. Marcel » Cette lettre semble inédite ; elle ne figure pas dans le volume Moi pour toi de lettres entre Marcel Cerdan et Édith Piaf. Elle date probablement de la fin de l’année 1947 ou du début de l’année 1948, donc du tout début de leur liaison. C’est l’une des premières lettres connues entre eux. Salissures sans grande importance dans la partie supérieure de la première page.
DORVAL (Marie). LETTRE AUTOGRAPHE À ALFRED DE VIGNY. [Bordeaux, samedi 22 février 1834]. 3 pages, adresse sur la quatrième (« Monsieur / Monsieur Alfred de V. / rue Montaigne n° 18 / Paris »). [Numéro au crayon dans le coin supérieur gauche : 36.] Manque de papier ayant peut-être entraîné la suppression d’une virgule (et vraisemblablement rien d’autre). Très belle lettre de la grande actrice romantique à son amant poète. « Samedi [22 février]. Tiens vois-tu, je viens de déchirer quatre pages en réponse à ta lettre d’aujourd’hui… Elle n’irait pas à un homme aussi raisonnable que toi, un homme à qui l’amour ne ferait pas faire dix lieues. Seulement laisse-moi ne pas t’écrire quand j’ai un chagrin que tu ne peux pas comprendre parce que tu ne le sens pas. Dis-toi que cela passera, et ne crois pas que je joue la comédie et que c’est un froid calcul. Je ne suis pas femme à cela. Quand je crois voir de la froideur dans tes tranquilles lettres, des idées de jalousie viennent me tuer voilà tout. Ne parlons plus de cela jamais. Mon caractère ne peut pas changer. Si un jour je t’aime à mon aise, tu me trouveras plus aimable. Mes nerfs se calmeront beaucoup et mon imagination aussi je t’en réponds. Puisque tu es au mieux avec mon mari demande-lui si je le tourmente. Hier j’ai souffert jusqu’à 4h du matin. Je garde le lit aujourd’hui parce que je suis un peu brisée. Du reste je me porte très bien. Je pars toujours comme je te l’ai écrit. Si tu pouvais venir lundi 3, rue du Mail, tu as le temps ou plutôt moi j’ai celui de recevoir une lettre. Tu as bien raison de ne pas m’embrasser je ne le mérite pas. Écrire à cette bonne Mad[ame] Duchambge je l’ai voulu cent fois sans le pouvoir. J’ai compté sur toi pour l’assurer de mon amitié ; parler du théâtre cela m’est odieux ! Odieux ! Et puis Mad[ame] Duchambge est une femme à qui il faut toujours raconter son cœur, qui ne vous parle jamais du sien, et puis je ne sais pas écrire pour écrire, pour causer, pour raconter. Oh ! Je suis une pauvre femme, je me plaignais ce matin au médecin de mon caractère mauvais ; il m’a répondu que je souffrais horriblement des nerfs. Personne n’a pitié de ce mal-là. » Publication : Correspondance d’Alfred de Vigny. Tome 2. Août 1830 — septembre 1835. Sous la direction de Madeleine Ambrière. Presses universitaires de France, 1991. Lettre 34-12, pages 316-317.
LEBLANC (Maurice). ARSÈNE LUPIN. GENTLEMAN: CAMBRIOLEUR. Pierre Lafitte & Cie. [1907]. Broché, 18,5 x 12 cm. 2 feuillets blancs, 1 feuillet (frontispice : recto blanc, portrait photographique de l'auteur au verso), 1 feuillet (faux-titre), 1 feuillet (titre), 1 feuillet (droits de reproduction), 1 feuillet (dédicace à Pierre Lafitte), pages [9]-14 (préface de Jules Claretie), pages [15]-[308] (le texte s’achève page 307, le verso est blanc), 1 feuillet ("Notre concours", recto non numéroté, verso non numéroté 310), 1 feuillet (bon à détacher, verso blanc), 1 feuillet (table des matières, verso blanc), 1 feuillet (publications de l’éditeur, sur deux pages), 1 feuillet (raison sociale de l’éditeur, verso blanc). Édition originale. Petite fente en queue du plat supérieur. Petite tache sur le plat supérieur de couverture, et traces de pliures dans la partie inférieure d’icelui. Petite fente et légères traces de pliures au plat inférieur. Dos passé, de même que, marginalement, le plat inférieur. Petit défaut au dos affectant le titre. Quelques rousseurs en début et en fin de volume. Feuillets des pages 77-78, 79-80, 95-96 et 169-170 assez mal coupés, avec petit manque en coin supérieur de feuillets, sans atteinte au texte. Petite déchirure marginale aux pages 147-148 et 167-168, sans atteinte au texte. Petit défaut marginal aux derniers feuillets. En dépit de cette description sans concession, l’exemplaire reste tout à fait agréable.
Maurice O’SULLIVAN [Muiris Ó SÚILLEABHÁIN] (1904-1950). VINGT ANS DE JEUNESSE. [TWENTY YEARS A GROWING]. Roman traduit de l’anglais par Raymond Queneau. Gallimard, 1936 (achevé d’imprimer du 28 mars 1936). Broché, 18,7 × 12 cm. Collation : 1 feuillet blanc, 1 feuillet (faux-titre, verso blanc), 1 feuillet (titre, verso blanc), 1 feuillet (note du traducteur, verso blanc), pages [9]-252, 1 feuillet (recto : table des matières ; verso : achevé d’imprimer), 1 feuillet blanc. Édition originale française, traduction de Raymond Queneau ; exemplaire du service de presse (pas de grands papiers annoncés) de ce récit autobiographique d’une jeunesse passée dans l’île de grande Blasket (Great Blasket Island ou An Blascaod Mór), d’un grand intérêt pour l’étude de la langue et de la culture irlandaises. (On connaît l’attention portée par Queneau à ces sujets, comme en témoignent les œuvres de Sally Mara.) Envoi de Raymond Queneau sur le feuillet de faux-titre : « À Monsieur Paul […] hommage du traducteur [Signature] » Joint à l’exemplaire : lettre (à la machine, avec signature tapée et signature manuscrite) de Queneau, à en-tête de la librairie Gallimard, Paris, 11 septembre 1959, adressée à Monsieur Gérard Chwat, 44 , rue Condorcet, Paris. « […] C’est l’helléniste anglais George Thomson (qui s’intéressait à la langue irlandaise) qui incita Maurice O’Sullivan à écrire. Je ne crois pas que celui-ci ait publié d’autres livres, j’ignore même s’il est vivant ou mort : l’Histoire des Littératures de l’Encyclopédie de la Pléiade a même été incapable de me renseigner à ce sujet. Quant à ma traduction, elle a été faite d’après la version anglaise de G. THOMSON. (Celui-ci est actuellement professeur de grec à l’Université de Birmingham) […] ». O’Sullivan était mort noyé en 1950. Vingt ans de jeunesse est sa seule œuvre publiée. Elle avait d’abord paru en 1933, en irlandais sous le titre Fiche Blian ag Fás et en anglais sous le titre Twenty Years a-Growing, dans une traduction de Moya Llewelyn Davies et George Thomson — l’helléniste de la lettre de Queneau. Petits défauts à la couverture, tampon violet « S.P » du service de presse dans la partie inférieure du second plat.
RAVEL (Maurice). BROUILLON DE LETTRE AUTOGRAPHE À SON FRÈRE. 1 page. Signé, sous cadre, au dos d’une facture pour des vêtements. 21,5 × 13,5 cm. [Mont-Pèlerin, ca. Mars 1934.] Exceptionnel et bouleversant document, l’un des tout derniers rédigés de sa main par Ravel, vers mars 1934. On y voit l’un des plus grands créateurs artistiques du vingtième siècle réduit à l’impuissance devant la nécessité d’exprimer dans sa langue maternelle le quotidien le plus simple. Il s’agit d’un brouillon de lettre adressée à son frère Édouard, au crayon ; la signature est à l’encre. À la date de rédaction de ce document, les effets de la maladie cérébrale de Ravel sont manifestes et se lisent sur ce brouillon même. Ainsi du mot « petit », qui figure en haut à gauche, probablement à titre d’essai. Il se retrouve au tout début de la lettre, dans l’adresse de Ravel à son frère. À la dernière ligne, toutefois, Ravel commet une faute d’orthographe sur ce même terme appartenant au vocabulaire le plus élémentaire de sa langue maternelle. D’autres éléments — surcharges, ratures... — dans ce document témoignent de la situation dramatique dans laquelle a définitivement sombré Ravel. Publication : Maurice Ravel, Correspondance, écrits et entretiens. Tome II. Édition établie, présentée et annotée par Manuel Cornejo, Gallimard, 2025, page 1977, numéro 2680. Maurice Ravel. Lettres, écrits, entretiens, édition d’ Arbie Orenstein, Harmoniques, Flammarion, 1989, page 281, numéro 334.