Exemplaire Armel Ferrand, avec poèmes autographes Paris, Le Rouge et le Noir, (20 février) 1928. 1 vol. (125 x 165 mm) de 63 p. et [4] f. Demi-bradel rouge à bandes, titre doré en long, tête dorée, étui bordé (reliure signée de Clara Gevaert - Claude Ribal). Édition originale. Illustrée de trois compositions à pleine page de Louis Serrière-Renoux. Un des 150 exemplaires sur papier vergé, seul tirage avec trois exemplaires sur Lafuma (n° 89). Envoi signé: «Pour mon ami Armel Ferrand, ces cloches de quatre saisons (sentimentales, sensuelles, lasses et sanguinaires) en sympathie toute amicale de René E. Char. Nîmes, 30 juillet 28». Montée en tête, une lettre autographe signée adressée à Armel Ferrand, envoyée avec l'exemplaire (1 page en 1 f. plié 100 x 135 mm) ainsi que deux poèmes manuscrits, 2 p. en 1 f. (135 x 195 mm) et 1 p. en 1 f. (160 x 160 mm). Il s'agit des poèmes «Sonatine», daté de novembre 1927, et celui des «Parallèles du coeur», sans doute. Ils sont de premiers jets, sur papier quadrillé ; les deux manuscrits sont placés en regard des poèmes imprimés.
Imprimé à 153 exemplaires seulement, ce recueil est d'une grande rareté : René Char en détruira la quasi-totalité, désavouant cette production de jeunesse : « son titre me devint rapidement haïssable ; mais à vrai dire, derrière ce titre, c'étaient des poèmes dont je n'étais guère fier ». Le sort de ces trente-huit poèmes, écrits entre 1925 et 1927, poème de jeunesse composés entre sa dix-huitième et sa vingtième année est singulier et rude : Char ne l'évoquera plus dans sa bibliographie qu'il fera par la suite ensuite débuter avec Arsenal ! Les manuscrits de René Char de cette époque sont rarissimes et il n'existe pas de manuscrits de ce recueil - le premier de René Char - et les quelques manuscrits connus des poèmes ont été dispersés au gré des volumes. C'est à Nîmes, où René Char effectue, depuis 1927 et pour dix-huit mois, son service militaire dans le régiment d'artillerie, qu'il s'attelle à la composition du recueil. Il termine sa mise en forme à l'automne 1927 ; l'édition, à compte d'auteur, est assurée par une petite maison d'édition parisienne, qui publie une revue littéraire, Le Rouge et le Noir à laquelle Char a collaboré régulièrement entre 1925 et 1927 - l'un des poèmes des Cloches « Ravage de la Lune » y a d'ailleurs déjà paru et Char dédiera le poème « Sonatine », l'un des derniers composés (ici avec son manuscrit) à son directeur Henri Lamblin. Les volumes, imprimés sur « les presses d'Albert de Mallortie, maître-imprimeur à Roubaix », lui sont livrés en mai 1928 à Nîmes. L'édition est illustrée de 3 dessins à pleine page de Louis Serrières-Renoux, géomètre et momentanément artilleur à Nîmes, dans le même régiment de Char. Serrières-Renoux sera aussi le créateur de la couverture de l'éphémère revue Méridiens revue fondée par René Char en 1929 et qui ne connaître que 3 numéros. Les exemplaires des Cloches sur le coeur sont significatifs de l'entourage intellectuel du jeune René Char : ceux des poètes qui comme lui participent aux petites revues littéraires de l'époque. Parmi ce premier cercle poétique et amical, Armel Ferrand, qui reçoit son exemplaire avec une lettre d'importance tant elle situe le René Char de cette première époque : « Mon cher Armel, je t'envoie mes Cloches. Elles furent souvent d'amertume façonnées qu'elles sont au ventre des batailles, cette amertume même nous ne l'épuiserons jamais : nous sommes trop lâches et nous complaisons dans le mal que nous faisons égoïstement nôtre. Je souhaite de tout mon coeur qu'elles te plaisent et s'il s'en dégage un quelconque apaisement je serai comblé. À toi affectueusement. R. E. Char. » Char n'en offrira ainsi que quelques exemplaires : Jean Gleizes (Nîmes, mai 1928), Lucien Franchi (Marseille, 1928) ; Maurice Courtois-Suffit (Nîmes, mai 1928) ; Michel Rousselot (non situé, 1928, avec le manuscrit du poème « Pour une vierge », le dernier du recueil), Julien Lanoë (non situé, juin 1928) et André Cayatte (Nîmes, mai 1928) ; une seule dédicace est connue à un poète 'installé', celle à Jules Supervielle (Nîmes, mai 1928). Il offrira, plus tardivement, trois autres exemplaires : à Yves et Jeannette Tanguy (en 1946) ; à Paul Éluard (en 1947) et à Yves Breton (en 1951). Provenance : bibliothèque d'Armel Ferrand (ex-libris dessiné, en regard de la citation de William Blake).
Exemplaire Georges Hugnet puis Bernard Loliée, sous coffret Julie Nadot Paris, Éditions Surréalistes, chez José Corti, (25 novembre) 1930. 1 vol. (185 x 235 mm) de [44] p. Broché, sous emboîtage de Julie Nadot. Édition originale. Un des 185 exemplaires sur papier Ingres rose (n° 185). Envoi signé : « à Georges Hugnet… Quand le poème se sépare du poète… pour un autre poète avec les amitiés de René Char ».
Paul Éluard et René Char se rencontrent à l'automne 1929 et, en plaisantant, René Char avait déclaré à Éluard que sa poésie était trop élégiaque et qu'il était le Lamartine du Surréalisme, un «Lamartine sans lame» : le nom d'Artine était trouvé et Char nommera ainsi le recueil qu'il est alors en train de préparer. Rédigé par René Char avec la collaboration d'André Breton et de Paul Éluard, le prière d'insérer s'ouvre sur cette exclamation « Femmes qu'on ne voit pas, attention ! », parue dans un journal parisien sous forme de petite annonce qui fit son petit effet puisque, le soir même, deux jeunes femmes se présentèrent chez René Char... Artine, femme rêvée ou plutôt femme de rêve éveillé, cheminera dans l'oeuvre de Char, à nouveau nommée dans Ralentir travaux, La Parole en archipel ou Sous ma casquette amarante : une superposition de deux figures, celle « d'une jeune femme morte noyée, Lola Abba» et celle «d'une jeune fille que j'avais rencontrée trois ou quatre ans auparavant, sur la pelouse d'un hippodrome, lieu fascinant entre tous, que je fréquentais comme une terre magnétique » (René Char, Sous ma casquette amarante). Les rapports entre les deux titres sont à l'évidence multiples et ces coïncidences, une manne pour les surréalistes qu'ils étaient alors. Artine marque le rapprochement, déterminant, entre Char, Breton et Éluard, auquel venait d'être dédié Arsenal. Char fera à ce dernier le plus beau des cadeaux une fois le texte publié : il lui offrira le manuscrit d'Artine, rédigé sur papier jaune. Éluard le conservera jusqu'à sa mort, avant que René Char ne le récupère et ne le garde longtemps aux Busclats. Très bel exemplaire, de remarquable provenance. Il est complet de son prière d'insérer. Il provient de la collection Régine et Bernard Loliée (Sotheby's, avril 2016, lot 134). PAB, Bibliographie des Œuvres de René Char, n° 4, p. 15. ; Sebbag, Les éditions surréalistes, 17.
Exemplaire Michel Rousselot, avec poème autographe Paris, Le Rouge et le Noir, (20 février) 1928. 1 vol. (130 x 165 mm) de 63 p. et [4] f. Maroquin taupe, dos lisse, titre doré, tête dorée, couverture et dos conservés, étui bordé (reliure signée de Clara Gevaert, titrage de Claude Ribal). Édition originale. Illustrée de trois compositions à pleine page de Louis Serrière-Renoux. Un des 150 exemplaires sur papier vergé, seul tirage avec trois exemplaires sur Lafuma (n° 61). Envoi signé : « À Michel Rousselot, homme de sac et de corde, d’une main sûre pour qu’il colle à la balle. Son ami, René Char ». Précieux exemplaire enrichi du manuscrit autographe du dernier poème du recueil, « pour une vierge », signé et daté du 10 octobre 1927, soit l'un des derniers composés à l'automne avant la composition définitive.
Imprimé à 153 exemplaires seulement, ce recueil est d'une grande rareté : René Char en détruira la quasi-totalité, désavouant cette production de jeunesse : « son titre me devint rapidement haïssable ; mais à vrai dire, derrière ce titre, c'étaient des poèmes dont je n'étais guère fier ». Le sort de ces trente-huit poèmes, écrits entre 1925 et 1927, poème de jeunesse composés entre sa dix-huitième et sa vingtième année est singulier et rude : Char ne l'évoquera plus dans sa bibliographie qu'il fera par la suite ensuite débuter avec Arsenal ! Les manuscrits de René Char de cette époque sont rarissimes et il n'existe pas de manuscrits de ce recueil - le premier de René Char - et les quelques manuscrits connus des poèmes ont été dispersés au gré des volumes. C'est à Nîmes, où René Char effectue, depuis 1927 et pour dix-huit mois, son service militaire dans le régiment d'artillerie, qu'il s'attelle à la composition du recueil. Il termine sa mise en forme à l'automne 1927 ; l'édition, à compte d'auteur, est assurée par une petite maison d'édition parisienne, qui publie une revue littéraire, Le Rouge et le Noir à laquelle Char a collaboré régulièrement entre 1925 et 1927 - l'un des poèmes des Cloches « Ravage de la Lune » y a d'ailleurs déjà paru et Char dédiera le poème « Sonatine », l'un des derniers composés à son directeur Henri Lamblin. Les volumes, imprimés sur « les presses d'Albert de Mallortie, maître-imprimeur à Roubaix », lui sont livrés en mai 1928 à Nîmes. L'édition est illustrée de 3 dessins à pleine page de Louis Serrières-Renoux, géomètre et momentanément artilleur à Nîmes, dans le même régiment de Char. Serrières-Renoux sera aussi le créateur de la couverture de l'éphémère revue Méridiens revue fondée par René Char en 1929 et qui ne connaître que 3 numéros. Les exemplaires des Cloches sur le coeur sont significatifs de l'entourage intellectuel du jeune René Char : ceux des poètes qui comme lui participent aux petites revues littéraires de l'époque : à Jean Gleizes (Nîmes, mai 1928), Lucien Franchi (Marseille, 1928) ; Maurice Courtois-Suffit (Nîmes, mai 1928) ; André Cayatte (Nîmes, mai 1928) ; Julien Lanoë (non situé, juin 1928) et Armel Ferrand (Nîmes, juillet 1928, avec deux manuscrits de poèmes poème) ; une seule dédicace est connue à un poète 'installé', celle à Jules Supervielle (Nîmes, mai 1928). Il offrira, plus tardivement, trois autres exemplaires : à Yves et Jeannette Tanguy (en 1946) ; à Paul Éluard (en 1947) et à Yves Breton (en 1951). Très bel exemplaire, enrichi d'une des pièces autographes les plus anciennes de René Char.
Hommage aux résistants et amis de Céreste Céreste, (octobre) 1944. 2 tirages argentiques noir et blanc (11,5 x 70 mm) contrecollés sur 1 carte (130 x 160 mm). Tirages originaux, légendés par René Char, au milieu des habitants de Céreste. Envoi signé au verso : « À Max-Pol Fouchet, affectueusement, René Char », avec note autographe « Céreste, basse Alpes, à la Libération, Été 1944 (retour d'Alger). »
Le premier cliché présente René Char en blouson américain Field Jacket M-41 orné des galons de capitaine et d'un insigne en tissu de parachutiste de la R.A.F. en compagnie des Ginoux, le cantonnier du village et sa mère à laquelle, « craignant une perquisition, [il] demanda un jour [...] de cacher des codes et autres documents importants sous ses jupons » (René Char, Bibliothèque nationale, p. 76). Le poète l'a légendé de sa main : « ces trois-là se comprenaient... » L'autre photographie, prise le même jour et toujours à Céreste, le présente sous le même uniforme, parmi un groupe de villageois et de quelques gendarmes avec cette autre légende, toujours de sa main : « un rocher de braves gens ». La jeune fille qui porte une robe à carreaux et se tient au premier rang est Mireille Sidoine, la fille, âgée de onze ans, de Marcelle Sidoine-Pons, la « renarde » des Feuillets d'Hypnos en son poème 222. Ces clichés sont pris par Irisson, le photographe ami de Char, dans le but de tourner un film documentaire sur la Sap et le maquis de Céreste - un projet qui n'aboutira pas. Ces planches, René Char les offre à celui qui aura sans doute le mieux « résisté par les Lettres» à l'étranger : Max-Pol Fouchet, rencontré à l'été précédent à Alger. Ces photographies auront probablement été offertes par René Char à Max-Pol Fouchet en même temps qu'un grand portrait dédicacé au « Sourcier de Fontaine», au moment où ce dernier prépare la publication des premiers extraits des Feuillets d'Hypnos, qui paraîtront dans la revue Fontaine, en octobre 1945. Une autre épreuve identique fut offerte à Adrienne Monnier, en 1949 (Collection Pierre Leroy, 2002, n° 171) et une autre figure dans l'exemplaire Char, lettré A, des Feuillets d'Hypnos, passé ensuite dans les collections Maus puis Zara. Elle est reproduite pour la première fois dans le texte de la conférence donnée par Gilbert Lély sur René Char en 1946, à Paris. D'autres épreuves postérieures sont connues, Irisson en ayant tiré plusieurs autres à partir de 1945, dans des formats plus grands (100 x 170 et 120 x 180 mm). Char, BnF, n° 100, reproduite.
Envoi signé au couple Zervos Paris, Gallimard, (24 février) 1945. 1 vol. (185 x 230 mm) de 90 p. et [1] f. Broché. Édition originale. Un des 1 000 exemplaires sur châtaignier (n° 387). Envoi signé : « à Yvonne et à Christian Zervos, dont la Rencontre et l’amitié ajoutent une page à ce livre et un sens à son titre. De tout coeur leur ami. René Char ».
C'est vraisemblablement par l'entremise de Paul Éluard que René Char rencontre le couple Zervos, à l'époque où les membres du mouvement surréaliste écrivent dans les Cahiers d'art de Christian Zervos. La première relation avérée remonte au moment où l'éditeur galériste obtient de Kandisky (qu'il a aidé à venir en France) une pointe-sèche pour orner en 1933 le tirage de tête du Marteau sans maître. Char ne contribuera réellement aux Cahiers d'art qu'en 1937 avec « Dehors la nuit est gouvernée ». La guerre, ensuite, les sépare. Yvonne et Christian Zervos - déchu en 1941 par le régime de Vichy de la nationalité française acquise en 1927 - se réfugient dans la ferme de La Goulotte, près de Vézelay, tandis qu'ils mettent l'appartement parisien du 40 de la rue du Bac où ils vivent depuis 1938 à la disposition de Paul et Nusch Éluard : nombre de tracts clandestins y seront imprimés dans le sous-sol. René Char, lui, ne quitte pas la Provence, sinon pour l'Afrique du Nord pendant l'été 1944 pour la préparation du débarquement de Provence. Char retrouvera les Zervos après la Libération : il n'est pas encore démobilisé qu'il devient un hôte régulier de la rue du Bac, que les Zervos réintègrent en février 1945. C'est à ce moment-là que paraît Seuls demeurent : la dédicace portée sur l'exemplaire qu'il leur offre garde l'empreinte de ce nouveau départ et de l'amitié indéfectible qui se nouera par la suite puisque, l'année suivante, Char invite les Zervos à Céreste, avant que le couple s'installe au Thor, près de l'Isle-sur-la-Sorgue, où ils préparent une importante exposition au Palais des papes d'Avignon pour laquelle Jean Vilar, sollicité par Char, leur proposera trois créations théâtrales : c'est la naissance du festival d'Avignon. « De la fin des années 40 aux années 60, Char séjourna régulièrement à La Goulotte, dont il appréciait le calme et l'environnement naturel propice à la marche comme le montre sa correspondance postée depuis Vézelay. Le 16 mai 1948, il tient à indiquer le lieu et la date au bas des deux poèmes qu'il vient d'y écrire : «Un oiseau...» et «Pénombre» [qui seront publiés dans Fureur et mystère]. Après la vente de sa propriété familiale des Névons (à L'Isle-sur-Sorgue), Char n'a plus de maison et passe les étés suivants avec Yvonne Zervos, soit dans l'Eure, soit à Vézelay » (Christian Limousin, La Maison Zervos à Vézelay, 2019). C'est à La Goulotte que Char rédigera le poème « L'une et l'autre », qu'il enverra à PAB pour en donner une édition minuscule, qui sera faite en septembre 1957. Les Zervos seront parmi les premiers invités de Char lorsque le poète achètera en 1960 les Busclats pour en faire sa nouvelle et dernière demeure provençale.
Exemplaire Georges Bataille : la plus ancienne dédicace connue de l'un à l'autre. Paris, Éditions Surréalistes, (20 juillet) 1934. 1 vol. (140 x 190 mm) de 142 p. et [1] f. Broché. Édition originale. Envoi signé : «à Georges Bataille “ Le rêveur embaumé sans sa camisole de force” R. Char». Bandeau éditeur et prière d'insérer conservés - rédigé par Tristan Tzara.
Jusqu'alors, Seuls demeurent (publié en 1945) était le titre le plus ancien de René Char présent dans la bibliothèque de Georges Bataille, d'après l'inventaire établi en 2022 par les librairies du Sandre et Henri Vignes (La bibliothèque de Georges Bataille). Cet exemplaire du Marteau sans maître viendrait donc modifier le corpus et établir une rencontre plus précoce, de près de dix ans, fut-elle à distance et par livre interposé. Mais l'on sait avec une quasi-certitude que les deux hommes ne se voient pas pendant la guerre et ne se rencontrent - apparemment pour la première fois - qu'en avril 1945 : « j'ai finalement à me réjouir d'avoir aujourd'hui rencontré René Char » (Bataille, cité dans Dans l'atelier du poète, p. 378). Ils s'échangent à cette occasion leurs livres : Seuls demeurent et L'Expérience intérieure, avec ces envois : « À Georges Bataille, intime de l'homme abrupt dans sa prison, René Char » et « à René Char, dont tout me rapproche, affectueusement, Georges Bataille ». Le Marteau sans maître ici présenté a-t-il été offert postérieurement à sa parution (1934) à Bataille par René Char - peut-être en même temps que le Seuls demeurent ? La teneur des deux envois, « intime de l'homme abrupt dans sa prison» et « rêveur embaumé sans sa camisole de force» le laissent penser. Le choix du Marteau sans maître, comme oeuvre choisie par Char pour lui témoigner sa première période, n'est pas anodin, et des plus parlants, pour un texte qui, après Arsenal et Artine, lui tient particulièrement à coeur. « Toutes les pensées qu'il y a dans Le Marteau sans maître, je n'en parlais jamais à personne, pas même à mon intime Éluard. C'est une révolte que j'ai vécue seul sans communiquer», confiera-t-il à Paul Veyne, à un moment où il se détache d'un mouvement surréaliste dont il ne fut qu'un passager locataire. « Dès le début de l'année1933,le titre choisi est celui du Marteau sans maître puisqu'il est évoqué dans une lettre de Paul Éluard à René Char pour confirmer qu'il confie à son propre éditeur, Gaston Gallimard, la lecture du manuscrit (...). La réponse de Gaston Gallimard en mars1933est moins enthousiasteet, devant ce refus, Char va se tourner vers un éditeur déjà fortement engagé dans les publications de textes surréalistes: José Corti. Celui-ci accepte de publier aux Éditions surréalistes Le Marteau sans maître comme une édition collective en partie originale comprenant: Arsenal, Artine, L'action de la justice est éteinte et pour la première fois Poèmes militants (...) Pour la rédaction du prière d'insérer, Paul Éluard accepte tout de suite de l'écrire. Mais Char s'adresse aussi à Breton avant d'accepter en définitive le texte de Tzara: «Je suis enchanté, avec toute la gravité, l'émerveillement que ce mot renferme, de vos lignes à l'infini. Je vous demande la permission, d'accord avec Éluard, de les fixer en fait unique. Je ne vois d'aussi claire ceinture pour m'entourer nulle part, il ne faut pas mêler les diamants. Ainsi donc vous seul. Et j'en suis ravi et pour mon livre et pour le lecteur» » (Marie-Claude Char, préface au Marteau sans maître, éd. Poésie / Gallimard, 2002). Exemplaire de choix. Complet du bandeau éditeur et du prière d'insérer rédigé par Tristan Tzara.
L'Isle-sur-la-Sorgue 2 novembre 1947 | 21 x 26.90 cm | 1 page sur une feuille
Lettre autographe signée de René Char de 11 lignes écrites à l'encre noire. Pliures inhérentes à l'envoi postal. René Char écrit cette lettre à René Wintzen, ancien rédacteur en chef de Documents,revue des questions allemandes. René Wintzen commence alors à faire paraître une revue littéraire, Vent debout, dont il a envoyé à Char un exemplaire. Le poète l'encourage et lui dit de persévérer tout en « discriminant le bon grain de l'ivraie ». René Char s'excuse de ne pas avoir de texte achevé à lui fournir : « je le regrette. J'écris peu et ne suis qu'accessoirement poète ! ». Cette mise en avant d'une écriture rare correspond à l'idée que René Char se fait de la poésie et qu'il oppose au travail prôné par Valéry. René Char écrit peu et se soumet aux exigences de la poésie : « Je ne triche jamais. Il m'est arrivé d'attendre six mois un mot ou une formule [...]. C'est l'exigence de la poésie. Une exigence absolue. Aucun mot n'est gratuit. » (entretien entre René Char et Édith Mora, Nouvelles littéraires, 1965). L'auteur montre également une distanciation vis-à-vis de la poésie en cette fin de décennie. En effet, Char expérimente alors des genres nouveaux : il s'essaie au ballet avec La Conjuration en avril 1947, mais aussi au théâtre avec Le Soleil des eaux, à la musique en compagnie de Boulez, et enfin au cinéma. Il ne quitte toutefois jamais la poésie et publie la même année Le Poème pulvérisé. La modestie de Char quant à son statut de poète exprime bien l'assujettissement de l'artiste à l'exigence de la poésie. - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -
Un Artine reconstitué, avec passage inédit Paris, Éditions Surréalistes, chez José Corti, (25 novembre) 1930, et chez l'auteur, [1933]. 1 vol. (210 x 270 mm) de 23 f. sous chemise et étui (Devauchelle). Intéressant exemplaire composite, constitué par le poète en 1933 : « Avec toutes mes excuses pour cet exemplaire d'Artine “ reconstitué”… mais je n'en possède pas d'autre - depuis 1930 ce livre est épuisé. René Char, Paris, 18.5.1933.».
René Char a ainsi recomposé un Artine complet, à partir de défets sur papier rose des pages [1], [2], [3], [4], [5], [6], [7], [8], [10], [11], [12], [13], [14], avec la correction autographe «Jésus-Christ» rajoutée, [16], [17] et [19], et celle de «1930» ; l'ensemble est contrecollé sur papier ; René Char a ensuite recomposé à la main les titres et textes des pages manquantes, soit la page de couverture ; la page de titre ; le texte de la page [9], de la page [15] et celui de la page [18]. On trouve, intercalé en page [3], un texte de 8 lignes demeuré entièrement inédit : «L'étonnante végétation des neiges éternelles dissimulent mal dans ses branches les grands écriteaux noirs qui tentent à des heures diverses de l'existence de nous livrer les vérités inaccessibles. À l'approche du souffle une à une les lettres disparaissent. Est-ce une boucherie ?». Ce texte figure également, dans cette même version autographe, dans le manuscrit autographe d'Artine, qui sera offert à Paul Éluard - lequel rédigera, avec Breton, le prière d'insérer. Paul Éluard et René Char se rencontrent à l'automne 1929 et, en plaisantant, René Char avait déclaré à Éluard que sa poésie était trop élégiaque et qu'il était le Lamartine du Surréalisme, un «Lamartine sans lame» : le nom d'Artine était trouvé et Char nommera ainsi le recueil qu'il est alors en train de préparer. Ce sont les deux seules occurences de ce passage, dont on trouve une trace dans deux envois du poète : «à Georges Hugnet. À l'approche du souffle une à une les lettres s'éclipsent. C'est une boucherie...» «Pour José Delfau. Est-ce une boucherie ? Ces signaux fraternels, René Char, 29 décembre 1932» «À l'origine, indique Char, il y avait cette jeune fille brune venue pendant une absence de ma mère, se proposer comme servante, et qui disparut, laissant sur un papier son nom seulement, Lola Abba, nom que j'avais lu déjà en m'aidant d'une allumette, sur une croix, la nuit, au cimetière de l'Isle, dans le carré des indigents, mon ami Francis l'Élageur à mes côtés. Et je ne savais pas pourquoi il y avait, dans son apparition, dans sa disparition, le feu, la mort, la pluie fine, la vie contournante. » Ainsi Char expliquait-il par ces coïncidences, mannes d'or pour le surréaliste qu'il était alors, comment Artine était née. Femme rêvée ou plutôt de rêve éveillé, elle cheminera dans toute son oeuvre, puisqu'elle sera encore nommée dans Ralentir travaux, dans La Parole en archipel puis dans Sous ma casquette amarrante.
Exemplaire René Char, avec une lettre de Joë Bousquet, imprimé en partie en vert Paris, Éditions Surréalistes, (30 juillet) 1931. 1 vol. (225 x 280 mm) de 33 p., [2] et 2 f. Broché. Edition originale. Tirage unique a 100 exemplaires sur papier Vidalon dont 5 exemplaires de tête imprimés en vert. Précieux exemplaire d'essai avec le cahier central imprimé en vert, conservé par René Char avec une lettre autographe de Joë Bousquet qui vient de lire le receuil et lui exprime toute son admiration (1 p. en 1 f., adressée à l'adresse parisienne de Char, 35 rue Marbeuf, enveloppe conservée).
C'est le quatrième recueil publié par ke poète : il est composé de douze poèmes (« Poème », « Sommeil fatal », «Voyageur sans tunnel», «La main de Lacenaire», «Le Fantôme de Lola Abat», «L'Artisanat», «Poètes», «L'Esprit poétique», «Les Messagers délirants de la poésie frénétique», «Les Soleils chanteurs», « L'Instituteur révoqué » et « L'Amour ») et imprimé en juillet 1931 par les imprimeurs Ducros et Colas pour le compte des Éditions surréalistes, que dirige José Corti. Il est dédié à André Breton et doit son titre à une phrase incomplète extraite de À Rimbaud (« L'action de la justice est éteinte là où brûle, où se tient la poésie, où s'est réchauffé quelques soirs le poète »). C'est, après Hommage à Sade (15 exemplaires) et Arsenal (26 puis 39 exemplaires) l'ouvrage avec le tirage le plus confidentiel identifié dans la bibliographie de Pierre André Benoit publié avant 1950. Le recueil sera repris, avec quelques corrections, dans Le Marteau sans maître, toujours chez Corti, en 1934. Il sera ensuite intégré au recueil Moulin premier. Le manuscrit ayant servi à l'impression n'est pas connu, et une version légèrement modifiée sera offerte à Marcel Fourier (Bibliothèque Marcel Fourier, Librairie Faustroll, 2022, n° 71). Rare exemplaire d'essai, qui contient le cahier central imprimé en vert (cinq exemplaires de tête le seont intégralement), que Char aura conservé dans sa bibliothèque avec la lettre que lui envoie Joë Bousquet le 18 novembre 1931, depuis Carcassonne. Ce dernier écrit à Char l'émotion que lui a procuré ces poèmes : «René Char, votre livre est d'un ton tout nouveau et je l'aime. Je sens combien l'amitié de Paul Éluard vous domine et tout ce qu'elle vous oblige à devenir. Or toutes les surprises que vous nous procuez sont des surprises heureuses. L'Action de la justice est éteinte est une oeuvre vraiment surréaliste, du très petit nombre de celles qui comblent notre attente (...). P.S : mes amitiés à Eluard.». Ce dernier aura reçu, à la fin du mois de septembre, son exemplaire imprimé en vert, dont il accuse réception à Char : « Mon cher René, quel beau livre, oui. Depuis que je le connais, depuis que je le relis, j'y suis plus attaché qu'à ma tête (...) J'aime ce livre, de beaucoup le plus étonnant que tu aies fait». Il est probable que Char et Bousquet ont fait connaissance vers 1929, par l'intermédiaire d'André Cayatte, à l'époque de la revue Méridiens qui publie les poètes du Sud et à laquelle Bousquet songea confier la publication de son premier livre, Il ne fait pas assez noir. Leur amitié resta toujours intacte, dès les premiers temps. Bousquet, à la parution de Seuls demeurent et de la réédition du Marteau sans maître, en 1945, lui écrira combien son existence lui «aura été indispensable » ; un an plus tard, dans un article consacré à Feuillets d'Hypnos dans La Gazette des lettres, Bousquet écrit encore : «Celui des hommes que j'estime le plus est aujourd'hui René Char». Cette belle lettre et l'exemplaire sont reproduits dans L'Atelier du poète (p. 156).
Paris, Editions Surréalistes, 1931 In-4 de 1 f. bl., 34pp., (2) ff., 2 ff. bl., broché sous couverture rempliée, entièrement non rogné, étui bordé.
"Édition originale. Tirage limité à 100 exemplaires numérotés sur papier Vidalon à la forme, les cinq premiers imprimés en vert (et trois hors commerce); celui-ci n°14. Ce recueil de courts poèmes est contemporain des expérimentations collectives que mène alors Char avec Éluard et Breton. Il les complète et son importance est en partie due à ce qu'y résonne la voix propre de René Char, telle qu'elle se déploie pendant les cinq ans (1929-1934) où le surréalisme aura été pour lui, précisera-t-il dans une lettre à Benjamin Péret, ""tout au monde"". Le titre représente une citation partielle d'un passage du texte de Char À Rimbaud: ""L'action de la Justice est éteinte là où brûle, où se tient la poésie, où s'est réchauffé quelques soirs le poète."" Envoi autographe, au crayon, signé de René Char à Benjamin Cremieux. Benjamin Crémieux, écrivain et critique, pilier intellectuel de la N.R.F., faisait partie des quelques personnes capables de mesurer la portée de l'œuvre immensément exigeante de René Char. La convergence de leurs trajectoires n'en sera pas moins entièrement réalisée plus tard, sur un plan aussi ou plus élevé… Sous l'occupation, en effet, Crémieux, comme Char qui prend le maquis, s'engage de façon active et totale dans la Résistance. Membre du réseau Combat, il est arrêté en avril 1943 et meurt un an plus tard à Buchenwald. Exemplaire à l'état de neuf. Antoine Coron, René Char, BnF, n° 36. - P. A. Benoit, Bibliographie des œuvres de René Char, 5."
Émouvante provenance à un ami de la Sorgue, assassiné par la milice Paris, Éditions Surréalistes, (30 juillet) 1931. 1 vol. (230 x 285 mm) de 33 p., [2] et 2 f. Broché. Édition originale. Tirage unique à 100 (dont 5 imprimés en vert), celui-ci justifié à l’encre par René Char : « H.C. 1/3 ». Envoi signé : «Mon cher ami, une fois de plus j'ai plaisir à inscrire votre nom en tête de ce livre - Peut-être y découvrirez-vous en cherchant assez soigneusement un écho lointain de nos conversations, quelque chose comme une poignée de main prolongée au cours de cette vie qui nous va si mal et que nous avons peine à ne pas refuser de vivre. Entre nous c'est toujours très amicalement et si ce n'était l'âge imbécile qui nous sépare je dirais très fraternellement. René Char».
Le prière d'insérer a été contrecollé en tête de l'exemplaire masquant le nom du dédicataire : Louis Papelon. Au même, René Char avait dédicacé un exemplaire de la seconde édition d'Arsenal grâce auquel l'on apprend sa fin tragique. Le poète, récupérant l'exemplaire et l'offrant à Marcelle Mathieu en octobre 1944, y avait inscrit : «Exemplaire de Louis Papelon, ami de l'auteur, assassiné par la milice en 1943». C'est donc à un proche de l'Isle-sur-Sorgue que Char avait offert son quatrième recueil, composé de douze poèmes et dédié à André Breton, qui doit son titre à une phrase incomplète extraite du texte de René Char, À Rimbaud (« L'action de la justice est éteinte là où brûle, où se tient la poésie, où s'est réchauffé quelques soirs le poète »). René Papelon figure, en compagnie de René Char, sur la liste dressée en avril 1943 par la milice de Vichy pour les « indésirables» régionaux. Char y était cité comme ‘homme de lettres', son ami, maraîcher, « sans profession».
Exemplaire Marcel Grillet avec envoi Paris, Gallimard, coll. « Espoir », (20 avril) 1946. 1 vol. (120 x 185 mm) de 97 p. et [3] f. Bradel chagrin noir, titre doré en long. Édition originale. Un des exemplaires imprimés du service de presse. Envoi signé : «à Marcel Grillet, à sa vaillante compagne. De tout cœur, leur ami René Char, 3 Juin 1946». Montée en tête : lettre autographe signée (2 p. en 1 f.) datée du 29 janvier 1947 et adressé à «Marcel».
Très belle provenance résistante, offert au couple Grillet : l'artiste peintre Ciska Grillet avait participé à la Résistance dans le maquis de Ganagobie et caché René Char. Elle fut un temps sa maîtresse avant de devenir sa fidèle confidente et amie. Femme libre, indépendante, elle fut également très proche de Nicolas de Staël. René Char défendit l'oeuvre picturale de Ciska en organisant une exposition à la Galerie Claude, rue de Seine dès juin 1949. Son compagnon, André, opérait dans la Résistance sous le nom de Marcel. A la Libération, il devint sous-préfet à Briançon. Feuillets d'Hypnos ont été écrits entre 1943 et 1944 à Céreste - lorsque le poète, « Capitaine Alexandre », était à la tête de la Section Atterrissages-Parachutages des Bases-Alpes. Il se surnommait alors « Hypnos », l'homme qui veille sur son peuple durant la nuit : son écriture fragmentaire est imposée par les exigences de l'engagement dans la Résistance : « J'écris brièvement. Je ne puis guère m'absenter longtemps », indique à la note 312 René Char qui cesse à l'été 1943 de se consacrer à Seuls demeurent pour ne plus consigner que de brèves notations sur un carnet. Une première dactylographie de 72 fragments est établie à la Libération, qu'il reprend l'année suivante : « Je me suis mis violemment au travail, écrit-il à Gilbert Lely le 17 juillet 1945. Cela s'appelle : Carnet d'Hypnos (Hypnos est un nom d'homme) 1943-1944. J'ai été assez heureux pour retrouver récemment le journal que je tenais à Céreste, enfoui à mon départ pour Alger dans un trou de mur. C'est ce journal que je vais publier [...]. Je mets de l'ordre dedans, j'abrège ou je développe suivant les cas. » Il ajoute en particulier les fragments 204 et 221 écrits à Alger à l'été 1944. Ce travail aboutit en août 1945 à une seconde dactylographie, destinée à l'imprimeur, actuellement conservée à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet avec cette note : «Il n'existe pas d'autre manuscrit des Feuillets d'Hypnos. J'ai détruit, pour des raisons faciles à comprendre, le carnet des originaux [...] hormis un feuillet conservé comme témoin ». Albert Camus les lit dans Fontaine, où paraissent les premiers feuillets : un choc. Il souhaite les voir publier dans la collection que Gaston Gallimard vient de lui confier, «sa» collection, « Espoir ». Première lettre, première rencontre. René Char lui dédie, première levée, l'édition en volume, à l'origine de l'amitié entre les deux hommes, le recueil n'étant d'ailleurs pas sans lien avec des idées qui seront développées dans L'Homme révolté : «Nous sommes dans le nihilisme. Peut-on sortir du nihilisme ? C'est la question qu'on nous inflige. Mais nous n'en sortirons pas en faisant mine d'ignorer le mal de l'époque ou en décidant de le nier. Le seul espoir est de le nommer au contraire et d'en faire l'inventaire pour trouver la guérison au bout de la maladie. Cette collection est justement un inventaire.» Sur André Grillet, voir dans les «Feuillets», O.C., p. 191 (n° 65) ; sur la rencontre de René Char avec Ciska Grillet, voir O.C., p. 687 ; Coron (sous la dir. de) - René Char. Catalogue de l'exposition de la Bibliothèque nationale de France, 4 mai - 29 juillet 2007, Paris, Bibliothèque nationale de France / Gallimard, 2007, p. 79, n°106.
Un des 5 exemplaires de tête imprimés en vert. Envoi signé à Pierre Unik Paris, Éditions surréalistes, (30 juillet) 1931. 1 vol. (230 x 285 mm) de 33 p., [2] et 2 f. Broché, sous couverture vert pâle. Édition originale. Un des 5 premiers exemplaires imprimés en vert, sur papier Vidalon à la forme (n° 4). Tirage unique à 100 exemplaires sur ce papier Vidalon – les 95 suivants sont imprimés en noir, dont au moins un exemplaire d’essai. Envoi signé à l'encre rose : «à Pierre Unik, ‘au bout du bras du fleuve il y a la main de sable qui écrit tout ce qui passe par le fleuve’. Le rêve des fous éternels ne se lève que lorsque [L'action de la justice est éteinte]. Il y a toujours une place pour dormir ailleurs comme il y en a toujours une pour mourir ici. La ressemblance ne frappe que nous. Affectueusement, René Char. Buis, 22 mars 1932». La citation de l'envoi est un extrait du poème « L'Esprit poétique », dédié à Louis Aragon.
C'est le quatrième recueil publié par René Char (après Arsenal, Le Tombeau des secrets et Artine) : il est composé de douze poèmes (« Poème », « Sommeil fatal », «Voyageur sans tunnel», «La main de Lacenaire», «Le Fantôme de Lola Abat», «L'Artisanat», «Poètes», «L'Esprit poétique», «Les Messagers délirants de la poésie frénétique», «Les Soleils chanteurs», « L'Instituteur révoqué » et « L'Amour ») et imprimé en juillet 1931 par Ducros et Colas, maîtres imprimeurs à Paris, pour le compte des Éditions surréalistes, que dirige José Corti. Il est dédié à André Breton et doit son titre à une phrase incomplète extraite du texte de René Char, À Rimbaud (« L'action de la justice est éteinte là où brûle, où se tient la poésie, où s'est réchauffé quelques soirs le poète »). Rare exemplaire sur papier de tête, au plus fort de sa collaboration avec Breton et Éluard. « Char, dit Corti dans ses Souvenirs désordonnés, ne croit probablement pas beaucoup à l'inspiration ; mais, au hasard d'une rencontre, à l'aimantation des êtres et des choses. Il sait que le poète est un médium qui perçoit, sait le lieu et la prise. Quand il laboure, il pèse sur la terre ; il va toujours plus loin ; il revient sur le sillon autant de fois qu'il faut. Un manuscrit de Char est toujours la recherche de la dernière perfection. Quand on en est à l'impression, le repentir intervient : un mot, une inversion et le livre n'est pas plutôt achevé que se révèle ce qui aurait pu le parfaire. Tel poème de quelques vers n'a pas eu moins de sept ou huit états dont chacun a été définitif pendant quelques heures ou quelques jours [...] ». Le recueil sera repris, avec quelques corrections, dans Le Marteau sans maître, toujours chez Corti, en 1934. Il sera ensuite intégré au recueil Moulin premier. Nous n'avons retrouvé trace que de deux autres exemplaires sur papier vert : l'exemplaire n° 5, avec envoi à Georgette Char (Fonds Char, Collection Yvonne Zervos, Bibliothèque Doucet) et l'exemplaire Paul Eluard (n° 3), relié par Leroux (Christie's, Collection Pierre Leroy, juin 2002, n° 125). Il existe également un hors commerce tiré en vert, justifié «exemplaire A», offert à Benjamin Péret (Artcurial, octobre 2013, n° 136). De la bibliothèque Paul Destribats (Christie's, 2019, I - n° 313).
Gravure justifiée et signée par Giacometti. Reliure de Pierre-Lucien Martin Paris, GLM, (février) 1955. 1 vol. (120 x 190 mm) de 47 p., [1] et 1 f. Veau brun orné sur les plats de mosaïques de bois, contreplats et gardes de papier bois, titre doré, tête dorée, couvertures et dos conservés (reliure signée de P.-L. Martin, 1964). Édition collective, en partie originale. Un des 50 premiers exemplaires sur vélin d'Arches (n° 33), signé par René Char, avec une gravure originale justifiée et signée par Alberto Giacometti. La première collaboration entre le poète et l’artiste.
Le 3 mars 1980 le poète se rappelait pour les lecteurs du Nouvel Observateur les circonstances qui avaient présidé à la naissance d'un de ces poèmes : « Un jour, près d'une église romane, une femme (...) me racontait en pleurant la jalousie de son mari. Passant de nouveau devant cette église gracieuse et massive, un vers m'était venu, comme tombé du clocher : « Vérité aux secrètes larmes, la plus offrante des tanières. » Et le mot-porteur « 'tanière' était né d'incidents successifs. » Poèmes des deux années sera intégré avec Lettera amorosa au recueil La Parole en archipel paru en 1962. Ce recueil orné au frontispice d'une gravure d'Alberto Giacometti rappelle s'il le fallait combien Char fut le poète illustré par les peintres, combien surtout il en fut l'amateur éclairé et l'ami fidèle : « Dans le bastidon de René Char entre L'Isle-sur-Sorgue et Saumane, les murs étaient chargés de tableaux : une gravure de Picasso, une cire de Victor Brauner, une gouache de Braque, une lithographie de Vieira da Silva et de dessins de Giacometti. Devenus proches dès leur rencontre au sein du mouvement surréaliste auquel ils adhèrent l'un l'autre en 1930, ils reprendront tous deux leur indépendance. Ils restèrent cependant très liés et le poète devait le premier donner un texte sur son ami peintre dans Recherche de la base et du sommet, l'année même où pour la première fois Giacometti illustre l'un de ses livres : ces Poèmes des deux années. Selon le catalogue de l'exposition René Char à la Bibliothèque nationale (2008) le poète choisit parmi cinq gravures ces deux personnages debout, ensemble près d'un buisson. À partir de ce livre, et jusqu'à sa soudaine disparition en 1966, Giacometti collabora à deux reprises avec René Char. L'une fut l'expérience unique du manuscrit enluminé, telle que le poète l'a conçue pour plusieurs de ses amis peintres. Avec Giacometti, il calligraphia Visage nuptial, dont l'édition originale datait de 1938, et offrit cette oeuvre unique à son amie et mécène, Yvonne Zervos. L'autre et l'ultime, réunissait quatre eaux-fortes du peintre et les poèmes de Retour Amont. Giacometti, on le sait, disparut avant d'avoir pu en signer les exemplaires. Entre ces Poèmes des deux années et Retour Amont, leur amitié et leurs échanges furent constants. Giacometti offrit plusieurs oeuvres à René Char : des dessins dont le portrait de sa propre épouse et celui qu'il réalisa de Georges Braque, assis, au jour de sa mort, dans la chambre mortuaire. En écho, nombreux sont les livres que Char lui dédicaça et un texte de mai 1964 reste célèbre dans le corpus de l'oeuvre du poète : Célébrer Giacometti.
Le recueil central de René Char Paris, Gallimard (14 septembre) 1948. 1 vol. (115 x 185 mm) de 264 p., [1] et 1 f. Maroquin vert, titre doré, filet doré sur les coupes, contreplats et gardes de chèvre velours assortis, tranches dorées sur témoins, couvertures et dos conservés, chemise et étui bordés (reliure signée de P.-L. Martin, 1959). Édition collective, en partie originale. Un des 14 premiers exemplaires sur vélin [vergé] de Hollande (n° X).
Fureur et mystère reprend avec des variantes, les trois recueils essentiels publiés après-guerre : Seuls demeurent, Feuillets d'Hypnos, Le Poème Pulvérisé, augmentés de La Conjuration, des Loyaux adversaires et de La Fontaine narrative. En dépit des recueils qui l'ont précédé depuis 1928 et de la vingtaine d'ouvrages qui l'ont suivi jusqu'à la disparition du poète en 1988, Fureur et mystère fait figure d'oeuvre centrale : à la fin de la guerre et revenu dans le Vaucluse qui l'a vu naître, il reprend son activité poétique et livre un recueil d'une maturité exemplaire. Du titre du recueil qui acta sa rupture avec le surréalisme, il devient plus que jamais « le marteau sans maître » et un farouche partisan de liberté. Comme Seuls demeurent et Feuillets d'Hypnos, eux aussi pensés, mûris et rédigés pendant la guerre, Char envisage un recueil collectif dès 1941 : «Si jamais l'ensemble de mes poèmes voit le jour un jour (?!) j'aimerais assez ce titre général : Fureur et mystère. C'est un peu solennel mais c'est une ville de greniers et de pas millionnaires le rapprochement de ces deux mots» (in Lettre à J.-C. Mathieu, t. 2, p. 111). Le recueil que reçoit Albert Camus à l'automne 1948 lui valent ces mots : « je tiens René Char pour notre plus grand poète et Fureur et Mystèrepour ce que la poésie française nous a donné de plus surprenant depuis les Illuminations et Alcools». De la bibliothèque Edmée Maus (ex-libris). Exemplaire de choix, en parfaite condition. L'Herne, Biblio. p. 268 n°110 ; P.A.B., Bibliographie des ouvrages de René Char, n° 26 ; Dictionnaire Char, p. 255, « recueil le plus célèbre de Char, sans doute le plus important».
Exemplaire René Char, sur vélin du Marais Paris, Librairie José Corti, (10 août) 1945. 1 vol. (145 x 230 mm) de 103 p, [1] et 1 f. Broché. Édition en partie originale. Un des 50 exemplaires sur vélin du Marais (n° 36).
Picasso, qui avait beaucoup apprécié la première édition de ce texte (publié en 1934 avec une pointe sèche de Kandinsky) saisit l'occasion, pour cette deuxième édition, de réaliser une eau-forte pour ce recueil d'inspiration fortement surréaliste. Celle-ci présente un visage où cubisme et surréalisme se mêlent et se complètent parfaitement. (Cramer, n°42). Elle ne figure que dans les 25 exemplaires de tête sur Arches. Cette édition d'après-guerre est néanmoins intéressante pour son contenu, Char ayant modifié quelques poèmes et voulant célébrer, alors qu'il vient de donner Seuls demeurent et prépare l'édition des Feuillets d'Hypnos, ses « années en accompagnement»avec ses amis surréalistes - Eluard et Breton au premier rang. Quelques jours après la parution, René Char est démobilisé, en septembre. La guerre est finie, il sera temps d'honorer la Résistance : dès octobre, des extraits de Feuillets d'Hypnos paraissent dans la revue Fontaine, que lit Camus. Il demande à publier l'ouvrage dans sa collection Espoir. Pour René Char, c'est le début d'un autre chemin, détaché des années trente, mais pour lesquelles il gardera toujours une passion intacte. Pour cette édition, il fait ajouter un feuillet liminaire où il parle de la réalité pressentie des années 1937-1944 dans ces poèmes écrits entre 1927 et 1937. » Vers quelle mer enragée, ignorée même des poètes, pouvait bien s'en aller, aux environs de 1930, ce fleuve mal aperçu qui coulait dans des terres où les accords de la fertilité déjà se mouraient, où l'allégorie de l'horreur commençait à se concrétiser, ce fleuve radiant et énigmatique baptisé Marteau sans maître ? Vers l'hallucinante expérience de l 'homme noué au M al, de l'homme massacré et pourtant victorieux. La clef du Marteau sans maître tourne dans la réalité pressentie des années 1937-1944. Le premier rayon qu'elle délivre hésite entre l'imprécation du supplice et le magnifique amour. » Exemplaire de la bibliothèque de René Char, qui a conservé le bandeau éditeur souligné au crayon de couleurs rouge par René Char, citant Héraclite.
Gallimard | Paris 1949 | 10.8 x 16.2 cm | Broché
Edition originale, un des exemplaires du service de presse. Agréable exemplaire. Précieux envoi autographe signé de René Char : "A Georges Hugnet affectueusement. René Char." Char et Hugnet rejoignent tous deux les rangs des surréalistes au début des années 1930. Ils font partie de la clique d'enfants terribles du surréalisme qui font irruption avec Breton lors du dîner d'inauguration cabaret-dancing de Montparnasse, le «Bar Maldoror» et provoquent Robert Desnos. Une bagarre s'ensuit, et Char est blessé d'un coup de stylet. En 1934, ils figurent sur le fameux échiquier surréaliste avant de prendre leur indépendance de lhégémonie politique et poétique bretonienne. Lorsque la guerre fait rage, lun prend les armes, lautre la plume et la presse : Char sous le pseudonyme du Capitaine Alexandre, Hugnet par limpression de tracts et laissez-passer et sa participation à L'honneur des poètes, publié clandestinement en 1943 par les Editions de Minuit. Ils poursuivirent leur uvre sous le signe de lindépendance, et les envois de Char attestent de son admiration pour cette figure majeure de la Résistance intellectuelle. - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -
Premier livre de Char chez Corti. Exemplaire Bertelé avec envoi Paris, Éditions Surréalistes, (20 juillet) 1934. 1 vol. (140 x 190 mm) de 142 p. et [1] f. Broché. Édition originale. Un des 500 exemplaires du tirage ordinaire - après 20 exemplaires sur arches ornés d'une eau-forte de Kandinsky. Envoi signé : «à René Bertelé, très sympathiquement, R. Char».
Longtemps perçu comme un recueil fondateur de la période surréaliste de René Char, Le Marteau sans maître occupe une place plus complexe : Char s'est toujours défendu d'appartenir véritablement au mouvement, dont il ne fut qu'un « passager locataire ». Mais ce livre, publié au coeur des années 1930, marque bien une césure dans la poésie française de l'entre-deux-guerres, où l'éclat des fulgurances se conjugue à une rigueur presque ascétique. « C'est une révolte que j'ai vécue seul sans communiquer », confiera-t-il plus tard à Paul Veyne. Le titre est choisi dès 1933, lorsque Char soumet son manuscrit à Gaston Gallimard, qui refuse de le publier. Le poète se tourne alors vers José Corti, éditeur déjà engagé dans la diffusion de textes surréalistes. Celui-ci accepte de l'imprimer « aux Éditions surréalistes », dans une édition collective en partie originale qui réunit Arsenal, Artine, L'action de la justice est éteinte et, pour la première fois, les Poèmes militants. Pour la rédaction du prière d'insérer, Char sollicite successivement Paul Éluard et André Breton, avant de retenir finalement le texte de Tristan Tzara, qu'il remerciera par ces mot : « Je suis enchanté, avec toute la gravité, l'émerveillement que ce mot renferme, de vos lignes à l'infini. (...) Je ne vois d'aussi claire ceinture pour m'entourer nulle part, il ne faut pas mêler les diamants. Ainsi donc vous seul. Et j'en suis ravi et pour mon livre et pour le lecteur. » Le prière d'insérer est bien présent, ainsi que le bandeau éditeur à parution.
Kra | Paris 1929 | 13 x 19 cm | broché
Edition originale sur papier courant,après la destruction du tirage de 1923, suite à une querelle entre Tzara et l'éditeur. Double envoi autographe signé et daté de Tristan Tzara, d'abord à Paul Éluard - «à Paul Éluard. Tristan Tzara. Juillet 1929» - puis, après avoir biffé cette première dédicace, à René Char en septembre 1934: «à René Char avec toute l'amitié grande de Tristan Tzara». Ce second envoi est enrichi d'un petit dessin par Tzara, une main qui désigne de l'index le nom de Char. * À l'automne 1934, quand Tzara dédicace l'ouvrage à Char, les deux poètes commencent à s'éloigner du surréalisme. Ils forment alors, avec René Crevel et Roger Caillois, un petit groupe très critique à l'égard d'André Breton et notamment de ses positions sur le Parti communiste. Tzara comme Char quittera le mouvement quelques mois plus tard, jugeant le surréalisme contraire à la révolution. Bel exemplaire d'une provenance remarquable, superbe preuve du rapprochement décisif dans l'histoire du surréalisme de Tzara et de Char. - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -
Envoi au couple Gomès Paris, Gallimard, (24 février) 1945. 1 vol. (185 x 230 mm) de 90 p. et [1] f. Broché. Édition originale. Un des 1 000 exemplaires sur châtaignier (n° 504). Envoi signé : « À Henriette et André Gomez [sic, pour Gomès]. Le chant finit l’exil. En toute amitié, René Char" ».
La publication du recueil a été envisagée par Char dès avril 1941, mais cette perspective s'estompe dès lors que s'organise le maquis : « Je ne désire pas publier dans une revue les poèmes que je t'envoie. Le recueil d'où ils sont extraits et auxquels en dépit de l'adversité je travaille, pourrait avoir pour titre Seuls demeurent. Mais je te répète qu'ils resteront longtemps inédits, aussi longtemps qu'il ne se sera pas produit quelque chose qui retournera entièrement l'innommable situation dans laquelle nous sommes plongés » (Billet à Francis Curel, 1941). Seuls demeurent est terminé au printemps 1943 mais, lorsque le poète envoie à Gallimard son contrat d''édition, il exprime le souhait que son recueil ne paraisse « qu'une fois la situation de notre pays définitivement éclaircie ». Le recueil est composé de trois moments : « L'Avant-monde », qui regroupe des poèmes en prose, écrits entre 1938 et 1943, René Char ajoutant à l'ensemble un dernier poème en 1945, « La Liberté », qu'il avait envoyé à José Corti en août 1942 ; « Le Visage nuptial », un ensemble de cinq poèmes d'amour en vers datant de l'été 1938 et du début de la guerre et enfin « Partage formel » : une série d'aphorismes écrits en 1941 et 1942 sur le rôle du poète. Le recueil sera publié en février 1945, dans un tirage des plus restreints en grand papier : seulement 13 exemplaires sur pur fil (3 hors commerce A, B et C puis 10 chiffrés en romain), suivis de 1000 exemplaires sur châtaignier. Ces premiers tirages sont aujourd'hui rares. Bel exemplaire avec une jolie provenance : Née à Montmartre, Henriette Gomès débute son activité comme collaboratrice de Pierre Loeb, dont la galerie située alors au 2 rue des Beaux-Arts à Paris est un lieu de rencontres et d'expositions essentiel pour les artistes d'avant-guerre. Elle y rencontre en 1937 son futur mari, André, qui est alors journaliste et technicien de radio, et l'épouse un an plus tard. Avec le soutien Loeb, elle ouvre alors son propre espace, la « Galerie Henriette » avenue Matignon, inaugurée par une exposition consacrée à Georges Rouault. Deux années durant, elle y expose Cézanne, Gromaire, Brauner, Vieira da Silva, Arpad Szenes, Pierre Charbonnier et Hartung. Mais la guerre met fin à son activité : juive, elle est contrainte de quitter Paris en mai 1940 et se réfugie à La Rochelle, séparée de son mari, mobilisé. Sa galerie est confisquée et le couple se retrouve à Nîmes, puis se réfugie à Marseille en 1941 : ils y retrouvent écrivains et artistes regroupés autour d'André Breton à la villa Air-Bel, louée par le Comité américain de secours aux intellectuels de Varian Fry. C'est André Gomez qui photographiera Marcel Duchamp, dans un célèbre cliché, saluant le bras levé, debout à la proue d'un paquebot qui s'apprête à gagner le large. Le couple, lui, restera en France : engagés dans la Résistance, ils ont notamment plusieurs échanges avec le maquis des Basses-Alpes, comme en témoignera plusieurs fois René Char, alias capitaine Alexandre. Après la Libération, Henriette et son mari retrouvent un petit emplacement au 6 rue du Cirque à Paris, qu'ils remettent en état, tandis qu'André Gomès poursuit une activité de photographe professionnel. D'autres lettres de Char au couple Gomès, qu'il nomme ses « chers agneaux », témoigneront de cette période. Les amis se retrouvent à la Libération, et René Char peut enfin faire publier Seuls demeurent et leur offrir ce «chant qui finit l'exil» ainsi que la belle dédicace le précise. Un exil qui témoigne des années d'occupation et d'un engagement dans la Résistance pour eux tous.
Carte autographe signée de René Char, poète majeur du XXe siècle et figure de la Résistance. Le document n'est pas daté par l'auteur, mais l'enveloppe jointe porte le cachet postal du 7 mars 1968. Rédigée à l'encre noire sur une carte postale. Le recto présente l'en-tête imprimé "René Char / Poète français (né en 1907)". Le verso est orné de quatre célèbres aphorismes imprimés du poète, séparés par des esperluettes. Le lot comprend son enveloppe d'origine, adressée de la main du poète, timbrée et oblitérée. Dans cette correspondance adressée à la journaliste et femme de lettres Catherine Valogne, René Char livre une réaction épidermique et précieuse quant à la réception théâtrale de l'une des œuvres portées par "La jeune Compagnie". Le poète remercie tout d'abord chaleureusement la journaliste pour son soutien public et l'informe que son article a été affiché à la place d'honneur dans le théâtre. Dans la seconde partie du message, René Char dresse un constat amer mais combatif sur le milieu littéraire parisien. Faisant écho à son passé de résistant, il utilise un vocabulaire guerrier pour dénoncer une « fusillade - trop visiblement concertée - de la critique française ». À cette hostilité de l'intelligentsia, il oppose avec soulagement et fierté le triomphe populaire de la représentation : « le public ne boude pas, est heureux d'applaudir, d'acclamer. » Dimensions : 15 x 10,6 cm État : Très bon état général, présence de quelques légères salissures et petits reports d'encre d'origine sur la carte ; enveloppe proprement ouverte au dos avec légères traces de manipulation. Voir photos pour plus de détails . Nombre de pages : 1 page
Supplément au n° 76 de la revue marseillaise SUD, paru après la mort de René Char, avril 1988. Plaquette in-8° agrafée. 20 pages. E.O. Propre.
Textes - surtout des poèmes - en hommage à René Char de Max Alhau, Gabrielle Althen, Simon Brest, Yves Broussard, Pierre Dhainaut, Jean Digot, Hughes Labrusse, Jacques Lepage, Daniel Leuwers, Jacques Lovichi, Benito Pelegrin, Gaston Puel, Jacques Phytilis, Dominique Sorrente, Jean-Max Tixier, André Ughetto. Sur les deuxième et troisième plats sont reproduits sept dédicaces autographes de René Char à certains de ces poètes régionaux.
Paris, Éditions Surréalistes, Corti, 1930. Un volume petit-in-4 (235 x 185 mm), broché, couverture de papier rose imprimée. Édition originale tirée à 215 exemplaires. CELUI-CI L'UN DES 15 SUR INGRES VERT, ROSE ET BLEU AVEC UNE EAU-FORTE ORIGINALE DE SALVADOR DALI EN FRONTISPICE (N° 18). Seuls ces exemplaires et les 15 ex. de tête sur japon la contiennent. Le volume est signé au colopon par René Char. Bien complet du "Prière d'insérer" imprimé sur papier couché rouge. Artine est le second ouvrage comportant une gravure de Dali entré dans le groupe surréaliste en 1929. - ENGLISH DESCRIPTION: René CHAR. ARTINE. Paris, Éditions Surréalistes, Corti, 1930. A small quarto volume (235 x 185 mm), paperback, printed pink paper cover. First edition, limited to 215 copies. THIS IS ONE OF 15 COPIES ON GREEN, PINK, AND BLUE INGRES PAPER WITH AN ORIGINAL ETCHING BY SALVADOR DALI AS A FRONTISPIECE (No. 18). Only these copies and the 15 deluxe copies on Japanese paper contain it. The volume is signed in the colophon by René Char. Complete with the "Please Insert" printed on red coated paper. Artine is the second book to include an engraving by Dalí, who joined the Surrealist group in 1929. A perfectly preserved copy. References: Michler-Löpsinger, 3 - Cahiers de l'Herne, 20 - Monod, I-2603 - PAB, René Char, 4. Additional photographs available on request.
Exemplaire parfaitement conservé. Références : Michler-Löpsinger, 3 - Cahiers de l'Herne, 20 - Monod, I-2603 - PAB, René Char, 4. Photographies supplémentaires sur demande.
GLM | Paris 1960 | 10.50 x 16.50 cm | broché
Edition originale collective, un des 1000 exemplaires numérotés sur offset. Unique envoi autographe signé de René Char à Maurice Béjart : "merci pour "Lettera amorosa"." René Char remercie par cet envoi le célèbre chorégraphe Maurice Béjart, grand admirateur du poète, qui avait récité la même année des passages de son poème Lettera amorosa dans un court-métrage de François Weyergans. Char avait visionné le court-métrage lors d'une projection privée organisée par le réalisateur au théâtre des Champs-Elysées. Ce fut cependant la seule marque d'amitié qu'il porta à Béjart - il ne lui pardonnera jamais sa collaboration avec Salvador Dalí pour le ballet Gala, qu'ils montèrent à La Fenice de Venise. L'oeuvre rappelait en effet à Char la douloureuse rupture entre son grand ami Eluard et sa femme Gala, qui l'avait quitté pour Dali.Béjart quant à lui, continuera de s'inspirer des uvres de Char et réalisa dix ans plus tard une magistrale adaptation chorégraphique duMarteau sans maître, sur une musique de Pierre Boulez. - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -
Henri Matarasso | Paris 1949 | 23 x 28.50 cm | Broché sous chemise et étui
Edition originale, un des 170 exemplaires numérotés sur vélin du Marais, seul tirage après 30 vélin d'arches diversement enrichis. Chemise étui en demi-box bleu pétrole, dos lisse au titrage à froid et au palladium, date au palladium en queue, plats de papier à motif, étui bordé de box bleu pétrole, plats de papier à motif, côtés et dos de papier bleu pétrole, chemise étui signée Boichot. Très bel exemplaire. Ouvrage illustré de 3 eaux-fortes originales en noir de Georges Braque ainsi qu'une en noir et gris en frontispice. Signatures manuscrites de René Char et Georges Braque au colophon. Exemplaire enrichi d'une épreuve d'artiste originale sur papier pelure, signée par Georges Braque au crayon, aux côtés de la mention autographe "EA" (épreuve d'artiste). Des traces infimes d'un ancien adhésif blanc dans la marge supérieure du verso de l'oeuvre. Superbe portrait de femme encadré d'étoiles et de feuilles, épreuve d'artiste signée Georges Braque pour sa pénultième gravure ornant l'édition originale. * "Le Soleil des eaux : spectacle pour une toile des pêcheurs est présenté par René Char comme une uvre de commande. L'idée initiale, née en 1946, était celle de faire un film, mais c'est finalement sous la forme d'une création radiophonique que Le Soleil des eaux prend vie. Diffusé en 1948 avec une musique de Pierre Boulez, le texte paraît l'année suivante chez le libraire Henri Matarasso." (René Char dans le miroir des eaux, 2008, n° 35). Après cette épreuve d'essai, l'ouvrage a été tiré à 200 exemplaires sur vélin Marais par les presses de Lacourière. Cette épreuve d'artiste n'a pas été répertoriée dans les catalogues raisonnés de l'oeuvre gravé de l'artiste (Vallier et Orozco). Dora Vallier rapporte la genèse de cette collaboration entre Char et Braque, qui donnera naissance à l'un de ses plus beaux livres d'artiste : "Pendant l'été 1947, Braque s'était rendu à Avignon à l'occasion de l'exposition de Peintures et sculptures contemporaines organisée par Christian et Yvonne Zervos au palais des Papes, et c'est là, dans le Vaucluse, pays natal de René Char, qu'a eu lieu la rencontre du peintre et du poète qui conduira à l'illustration duSoleil des eaux. Braque connaît la Provence pour y avoir séjourné à maintes reprises dès 1906, et peut, de ce fait, être sensible plus que tout autre à l'évocation de cette Provence autre, condamnée à disparaître, qui constitue le thème central du Soleil des eaux." (Braque, l'uvre grave? : catalogue raisonne?, n° 47). Superbe exemplaire unique conservé dans une élégante chemise et étui signée de Thomas Boichot. - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -