Un frigidaire, un joli scooter, un atomixer. Et du Dunlopillo S.l.n.d. Gouache et mine de plomb sur carton (210 x 150 mm) contrecollé sur canson noir (265 x 220 mm), tampon de l'atelier au dos. Maquette originale de projet publicitaire pour le modèle de la célèbre marque de réfrigérateurs créée par Général Motors.
Reference : 30597
Filiale de General Motors, Frigidaire s'impose dès l'entre-deux-guerres comme l'une des marques phares du « froid domestique ». En France, son nom devient rapidement antonomase du réfrigérateur. Au coeur des Trente Glorieuses, l'équipement de la maison explose : réfrigérateur, machine à laver, aspirateur sont les nouveaux emblèmes d'un confort moderne qui redessine les usages domestiques et la publicité ; les marques redoublent d'investissements et investissent le Grand Palais pour le Salon des arts ménagers, à son apogée de fréquentation à la fin des années 1950. Des stands gigantesques et illuminés y présentant une masse de produits que Vian va tourner en dérision - et populariser - dans sa fameuse Complainte du progrès, sous-titrée « les Arts ménagers » : dans cette chanson enregistrée en 1955, Vian popularise le prénom Gudule (autre prouesse !) mais surtout décrit un nouveau mode opératoire de séduction. «Au lieu de faire craquer la Gudule en question à l'ancienne en utilisant des mots d'amour, il est plus utile, modernité oblige, de se lancer dans une liste de produits qu'on peut lui offrir. Et c'est hétéroclite, de «la tourniquette pour faire la vinaigrette au bel aérateur pour bouffer les odeurs en passant par les draps qui chauffent et le pistolet à gaufres» » (Alexis Bartier, « Rafale de Vian », Libération, mars 2020). L'occasion est trop bonne pour Philips qui, ni une ni deux, envoie Boris Vian assurer lui-même la publicité au Salon des arts ménagers, qui se tient du 23 février au 18 mars 1956 ! Un mois de bal des ménagères - et de leurs maris -, avec un Vian transformé en homme-sandwich, arpentant le Salon entre autocuiseurs, cuisinières, machines à laver le linge, avec Gudule en musique de fond. Les deux seules marques citées dans les chansons, Frigidaire et Dunlopillo, y ont leurs stands. Nul ne sait si Vian poussera la provocation, et l'humour, jusqu'à fredonner sa chanson sur leurs espaces ! La fréquentation, cette année-là, culminera à son plus haut : 1,5 millions de visiteurs ! À partir de 1961, trop à l'étroit, il devra déménager dans le nouveau bâtiment « futuriste » du CNIT, à la Défense, symbole d'un nouvel art d'habiter, de vivre et de se déplacer : l'automobile et l'électroménager seront dès lors les deux symboles de la société de consommation naissante ; le général De Gaulle ne s'y trompe pas lorsqu'il affirme en 1965 que «la ménagère, elle veut avoir un aspirateur, un Frigidaire, elle veut avoir une machine à laver et même si c'est possible, qu'on ait une auto. Ça c'est la mouvement...». Cette maquette de Jacquelin s'inscrit dans l'imaginaire du mise en avant des performances du sacro-saint appareil, qui - rien que ça - « protège la famille » : les codes de la réclame basculent vers un récit de sécurité, de santé et d'abondance, assumant le credo de l'air du temps : l'équipement ménager est une promesse de bien-être pour le foyer.
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