Genève, A la porte d'ivoire, s.d. [printemps 1943] ; petit in-12, broché. 66pp.-1f. Couverture encadrée de filets bleus et rouges sur fond blanc. Parfait état.
Reference : 12204
Troisième édition intégrale du "Silence". Le texte paru dans La Revue du Monde libre N°4, avril 1943, était tronqué des 20 premières pages. Premier tirage de cette édition. Elle porte la mention au verso du faux-titre : "Tiré comme manuscrit pour des amis, à quelques exemplaires". Les éditions A la porte étroites sont une création de François Lachenal et Jean Descoullayes, qui dirégeaient déjà les Editions des Trois Collines à Lausanne, mais qui décidèrent de cette publication clandestine. Dans la préfaéce Lachenal écrit : "L'honneur de la Suisse, et sa haute raison d'être, aujourd'hui, sont de permettre à ceux qui, en France, méprisent glorieusement l'avilissante attente des antichambres, d'élever leur voix d'hommes libres. Les éditions A la Porte d'Ivoire, en inaugurant la présente collection, se placent au service du courage et de la liberté ".
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Albin Michel, 1954. Petit in-8 broché, couverture imprimée en deux tons.
Contient: Désespoir et mort - Le silence de la mer - Ce jour-là - Le songe - L'impuissance - Le cheval et la mort - L'imprimerie de Verdun.
Précieux exemplaire de cette originale d’une insigne rareté, à l’état neuf, tel que paru. «Son insigne rareté en fait aujourd’hui un objet de collection quasi mythique». Paris, Les Editions de Minuit, 1942. In-16 de 90 pp., (3) ff. Conservé broché, tel que paru, sous sa couverture blanche à rabats imprimée en noir. 165 x 110 mm.
Exceptionnel exemplaire de la rarissime édition originale de ce chef-d’œuvre littéraire qui deviendra à la Libération le texte emblématique de la Résistance intellectuelle. Henri Vignes, Bibliographie des Editions de Minuit, p. 51. «Chef-d’œuvre littéraire dont l’intrigue comme le style sont d’une sobriété exemplaire, ‘Le Silence de la mer’ met en scène une famille française réfractaire à toute compromission avec l’officier allemand, fin et cultivé, qui a élu domicile chez elle. Ce manuel de savoir-vivre à l’usage des occupés, véritable bombe lancée contre la politique de collaboration, est le premier récit de Jean Bruller paru sous le pseudonyme de Vercors (1902-1991), ainsi que l’ouvrage fondateur des Editions de Minuit […] L’achevé d’imprimer indique que le volume a été publié «aux dépens d’un patriote». C’est en effet Pierre de Lescure qui finance, sur ses propres deniers, les 350 exemplaires de l’édition originale, tirés par Claude Oudeville dans sa petite imprimerie du boulevard de l’Hôpital. Le texte est composé feuille à feuille, entre deux faire-part, avec les plombs fournis par Ernest Aulard, mais en trop faible quantité: «Quand huit pages sont composées, il faut les corriger, les mettre en page, les tirer. Après on défait tout et on recommence les huit suivantes» raconte Debû-Bridel dans son Historique des Editions de Minuit et il ajoute que Claude Oudeville aurait ainsi mis deux mois pour imprimer 90 pages! Le brochage est effectué chez Yvonne Paraf, une amie d’enfance de Jean Bruller, qui deviendra la cheville ouvrière des Editions de Minuit. Ce premier tirage se reconnait des suivants, notamment grâce à la faute «déguingandé» en quatrième ligne de la première page de texte. ‘Le Silence de la mer’ ne sera diffusé qu’à la fin de 1942, d’abord à une centaine de personnalités parisiennes, d’autre part en zone sud (où la plupart des exemplaires seront saisis et détruits par les Allemands lors du passage de la ligne de démarcation). Maintes fois réédité durant la guerre, tant en France qu’à l’étranger, il deviendra à la Libération le texte emblématique de la Résistance intellectuelle. Vercors avait souhaité que cette plaquette fût d’un grand raffinement typographique. Son insigne rareté en fait aujourd’hui un objet de collection quasi mythique». (Henri Vignes, Bibliographie des Editions de Minuit, p. 51). «Cette nouvelle sensible et digne, débordant à la fois de douleur et d’espoir, rendit son auteur célèbre» (Dictionnaire des Œuvres, VI, 142). «Vercors, de son vrai nom Jean Bruller (1902-1991) est un dessinateur et écrivain français. Avec la Seconde Guerre mondiale et sa participation très active à la Résistance - qu’il racontera dans ‘La Bataille du silence’ (1967) -, avec la fondation en 1941 (avec l’écrivain Pierre de Lescure) des Editions de Minuit, avec la clandestinité enfin, Jean Bruller devient Vercors et passe du dessin à l’écriture, publiant sous le manteau son premier roman, ‘Le Silence de la mer’ (1942), dont le retentissement littéraire, politique et moral, fut immense et qu’a traduit en images très fidèles au texte J.-P. Melville dans un film bouleversant (1947). C’est une image de la Résistance par le silence obstiné qu’une fille et son père opposent à un officier allemand occupant qui vit dans leur maison, en province.» (Dictionnaire des auteurs, IV, 590-591). Précieux exemplaire de cette originale d’une insigne rareté, à l’état neuf, tel que paru. «Son insigne rareté en fait aujourd’hui un objet de collection quasi mythique». Nos recherches ne nous ont permis de localiser aucun exemplaire de cette rare originale dans l’ensemble des Institutions publiques françaises, y compris à la B.n.F.!
Collection des titres publiés sous l'Occupation, dont Le Silence de la mer Paris, Éditions de Minuit, 1942-1944. 24 + 2 vol. (120 x 160 mm). Brochés, sous chemise et étui pour chaque volume, plein papier marbré, pièce de titre en long au dos. Belle collection en condition brochée de volumes publiés sous l'Occupation par les Éditions de Minuit, Édition originale du titre-phare de la Résistance littéraire sous le pseudonyme de Vercors, achevé d’imprimer le 20 février 1942, bien complet du manifeste des Éditions de Minuit sur feuillet volant, et édition originale de 25 autres titres, dont 23 publiés clandestinement.
C'est le 21 juin 1943 que Paul Éluard reçoit la direction littéraire des Éditions de Minuit des mains de Pierre de Lescure, son co-fondateur (avec Vercors), contraint à la complète clandestinité : « Une heure avant mon départ, j'eus un entretien avec [Éluard] de quelques minutes. Nous étions assis sur des sacs de montagne. Il me dit simplement : «Entendu, comptez sur moi !» (cité par Anne Simonin, p. 107). Depuis près d'un an déjà, alors qu'il a lui-même trouvé refuge à l'automne 1942 chez le libraire Lucien Scheler et qu'a paru « Courage » son premier poème clandestin en février 1943 dans Les lettres françaises, Éluard oeuvre à réunir les poèmes que publieront le 14 juillet 1943, sous sa direction désormais, les Éditions de Minuit : L'Honneur des poètes. Seuls trois titres avaient alors été publiés, le dernier, Chroniques interdites, en avril 1943, plus d'un an après Le Silence de la mer, et l'audacieuse entreprise clandestine devait encore faire ses preuves. Pour la confection du Silence de la mer à l'hiver 1942, l'imprimeur Ernest Aulard que connaissait Jean Bruller/Vercors avait trouvé un typographe du boulevard de l'Hôpital spécialisé dans les faire-part et les cartes de visite, Georges Oudeville. Vercors voulait un livre de petit format, d'une centaine de pages, à la finition soignée. Aulard fournit le papier et les plombs. La machine, une minerve, ne permettant de tirer que huit pages à la fois, le travail d'impression prit près de trois mois et, chaque semaine, Bruller apportait huit pages du manuscrit, détruites à mesure de l'avancement de la composition, et repartait avec les pages imprimées, déposées boulevard Raspail dans des bureaux où travaillait une amie de Pierre de Lescure, puis, après une perquisition allemande, dans un café du boulevard de la Gare. Fin janvier 1942, le travail de presse était achevé. Yvonne Paraf, une amie de Vercors, se chargea du brochage et Vercors lui-même colla les couvertures. Il en résulte un livre de qualité, à la typographie parfaite ; de « la belle ouvrage » comme s'en félicitera Vercors lui-même. Cette gageure avait démontré, comme le dira Jean Lescure (le directeur de la revue Messages), « qu'il était possible de publier de vrais livres clandestinement. [...] On pouvait sortir de la pauvreté des ronéos, enlever ce caractère peu convainquant à nos publications et leur restituer la dignité de l'imprimé, l'autorité du livre » (cité par Simonin, p. 92). Personne, pas même Aulard ni Oudeville ni même sa propre épouse, ne soupçonnera jusqu'en 1944 que Vercors était l'auteur du livre et les quelques initiés garderont le secret. En février 1942, 350 exemplaires sont constitués : 100 pour la zone Nord, rapidement diffusés sous le manteau ; 250 pour la zone Sud, dont pas moins de 200 sont saisis par les Allemands alors qu'ils transitent vers Lyon. Une chaîne se crée pour la diffusion de l'ouvrage, et le premier exemplaire parvient à Jean Paulhan, par l'intermédiaire de Jacques Debû-Bridel, un jeune fonctionnaire du ministère de la Marine, mais le coup d'éclat demeure sans lendemain dans un premier temps. Les choses changent rapidement sous l'impulsion d'Éluard, et les titres nouveaux, au nombre de huit dès la fin de l'année 1943, se succèdent à bon rythme : Le Cahier noir de François Mauriac (sous le pseudonyme de Forez) en août ; Angleterre de Jacques Debû-Bridel (Argonne) et La Pensée patiente de Léon Motchane (Thimerais) en septembre ; Le Musée Grévin de Louis Aragon (François La Colère) et Les Amants d'Avignon d'Elsa Triolet (Laurent Daniel) en octobre ; Contes d'Édith Thomas (Auxois) et La Marche à l'étoile de Vercors en décembre. La publication du livre de l'épouse d'Aragon ne se fait pas sans remous, qu'impose Éluard, jusqu'à trahir aux yeux de certains l'emprise sur la maison d'édition du parti communiste, auquel Éluard lui-même a tout récemment adhéré à nouveau. Et, de fait, alors que le poète part se cacher en Lozère en octobre 1943 tout en continuant à veiller aux parutions, se multiplient les publications militantes dans l'orbe du Parti, de la collection « Témoignages » où paraît Le Crime contre l'esprit d'Aragon aux titres imprimés spécialement pour le Comité national des écrivains, notamment Pages choisies de Jacques Decour, le jeune martyr communiste fondateur des Lettres françaises. L'activité ne se réduit pas à ces libelles et l'exigence littéraire est maintenue en 1944 avec Nuits noires de John Steinbeck (prouesse technique du fait du nombre double de pages à imprimer) fin février, un second volume de L'Honneur des poètes et 33 sonnets composés au secret de Jean Cassou (Jean Noir) qu'il a gardés en mémoire jusqu'à sa sortie de prison, en mai, Le Temps mort de Claude Aveline (Minervois) en juin et Dans la prison de Jean Guéhenno (Cévennes) début août. Remarquable ensemble des volumes publiés sous l'Occupation par les Éditions de Minuit, à l'exception d'À travers le désastre de Jacques Maritain, le seul dans un format in-8, et du rarissime Éléments de doctrine de Léon Motchane (Thimerais). La série est augmentée de deux titres publiés à la Libération (voir liste ci-après). Liste des volumes comme suit : [Jean BRULLER] VERCORS, Le Silence de la mer. 1942 [Jean BRULLER dir.], Chroniques interdites. 1943 [Paul ÉLUARD dir.], L'Honneur des poètes. [François MAURIAC] FOREZ, Le Cahier noir. [Léon MOTCHANE] THIMERAIS, La Pensée patiente. [Jacques DEBÛ-BRIDEL] ARGONNE, Angleterre. [Louis ARAGON] François LA COLÈRE, Le Musée Grévin. [Elsa TRIOLET] Laurent DANIEL, Les Amants d'Avignon. [Yves FARGE], Toulon. Coll. « Témoignages » *. [Louis ARAGON] LE TÉMOIN, Le Crime contre l'esprit. Coll. « Témoignages » **. 1944 [Roger GIRON] VEXIN, L'Armistice. Coll. « Témoignages » ***. Ces 3 volumes, de la collection « Témoignages », sous un même coffret. [Edith THOMAS] AUXOIS, Contes. 1943 [Jean BRULLER] VERCORS, La Marche à l'étoile. [Jean PAULHAN dir.], Pages choisies de Jacques Decour. 1944. Imprimé pour le CNE. John STEINBECK, Nuits noires. [Paul ÉLUARD dir.], L'Honneur des poètes**. Europe. [Jean CASSOU] Jean NOIR, 33 sonnets composés au secret. [Claude AVELINE] MINERVOIS, Le Temps mort. [Claude MORGAN] MORTAGNE, La Marque de l'homme. Péguy-Péri. Deux voix françaises. [Jean PAULHAN dir.], Chroniques interdites**. [Jean PAULHAN dir.], Les Bannis. Imprimé pour le CNE. [Georges ADAM] HAINAUT, À l'appel de la liberté. [Jean GUÉHENNO] CÉVENNES, Dans la prison. + Jacques DEBÛ-BRIDEL, Les Éditions de Minuit. Historique et bibliographie. + Pierre BOST, La Haute Fourche.
Ensemble en reliure d'époque, dont Le Silence de la mer Paris, Éditions de Minuit, 1942-1944. 18 vol. (120 x 160 mm). Veau teinté bleu-blanc-rouge, dos lisses, titres dorés, têtes dorées, décor doré sur chaque plat, doublures et gardes de papier en damiers tricolores coloriés, chacun des 3 ensembles de 6 volumes rassemblés par couleur dans des étuis bordés (reliures signées de Zipélius Brillouin). Édition originale. Rare collection en reliure d’époque de 18 volumes publiés aux Éditions de Minuit sous l’Occupation, entre le 20 février 1942 (Le Silence de la mer) et le 1er août 1944 (Dans la prison). L’exemplaire du Silence de la mer est bien complet du manifeste.
Les volumes de cet ensemble, en parfait état, ont vraisemblablement été confiés dans l'immédiat après-guerre à l'atelier Zipélius Brillouin : derrière ce nom mystérieux, se dissimule un duo, composé de Jeanne Zipélius et de Madeleine Brillouin. Installées à Paris en 1941, elles exposent leurs travaux dès 1946 au Salon des artistes décorateurs, et officieront jusqu'à la fin des années cinquante. Elles ont créé ici un ensemble étonnant avec un décor aux filets dorés, différent sur chaque premier plat, interprétant chaque titre de la collection. Il est à noter que l'absence de certains volumes est assurément le résultat d'un choix et non d'une imperfection ou d'une négligence bibliophilique. Parmi les 25 titres de même format in-16, seuls font défaut les trois volumes de la collection « Témoignages » et les deux titres imprimés pour le Comité national des écrivains, où se manifeste plus explicitement l'influence communiste extra-littéraire, ainsi que la traduction du roman de John Steinbeck, Nuits noires, seul titre à n'avoir pas été originellement écrit en français. Cet ensemble pavoisé aux couleurs nationales peut se lire comme le monument littéraire français pur de « l'intelligence en guerre ». Vignes-Lacroix, L'Intelligence en guerre, n° 21 ; Vignes, Bibliographie des Editions de Minuit, n° 1 ; Simonin, Le Devoir d'insoumission, pp. 80 et sq ; Debû-Bridel, La Résistance intellectuelle ; Dalloz, Vérité sur le drame de Vercors, pp. 37 et 122 ; Fléty, 179 ; Librairie Vrain, Reliures de femmes, 82.
Un des 150 exemplaires distribués, complet de la profession de foi Paris, Éditions de Minuit, (20 février) 1942. 1 vol. (110 x 165 mm) de 90 p., 1, [1] et 1 f. Broché, sous chemise et étui. Édition originale. Exemplaire bien complet de la profession de foi des Éditions de Minuit, véritable manifeste pour la liberté d'expression des écrivains, sur feuillet volant.
Jean Bruller s'engage dans la Résistance aux côtés de Pierre de Lescure : ils sont chargés de réaliser, pour l'Intelligence Service, un réseau de renseignements et de filières d'évasion d'agents et d'aviateurs anglais. Le réseau découvert, ils écrivent ensuite des articles pour une revue communiste clandestine, La Pensée libre, qui souhaite s'ouvrir à des rédacteurs de toutes tendances. Lescure a rédigé lui-même une nouvelle et pousse Bruller à en écrire une à son tour, lui qui s'est réfugié dans le silence de son village de Villiers-sur-Morin. Un silence trop pesant pour l'illustrateur, qui se change, en quelques semaines, en écrivain et rédige Le Silence de la mer. La rédaction est terminée à la fin de l'été 1941 et Vercors en fait la première lecture à son ami Lescure : « pendant plus d'une heure il resta impassible... Enfin il releva la tête, posa sur moi un regard brouillé, humide, et prononça : ‘De longtemps je n'avais plus ressenti une pareille émotion' ». Reste à le publier. Sous pseudonyme évidemment, déjà trouvé : « Jean Bruller se trouvait à l'Armée des Alpes, du côté de Romans-sur-Isère, lorsque l'armistice de juin 1940 fut annoncée. Son regard se posa sur les monts du Vercors dans lequel il vit, avec la prescience du poète, une citadelle de Liberté. De sorte que le nom de ‘Vercors' se présenta à son esprit quand il eut à signer d'un pseudonyme significatif le premier des écrits français que la résistance ait inspiré » (Jacques Dalloz). Par l'intermédiaire de l'imprimeur Ernest Aulard, Bruller trouve à Paris un petit atelier boulevard de l'Hôpital, celui de Georges Oudeville, spécialisé dans les faire-part et les cartes de visite. Bruller envisage un livre de petit format, d'une centaine de pages, à la finition soignée. Aulard fournit papier et caractères. La machine, une minerve, ne permettant de tirer que huit pages à la fois, le travail d'impression prend près de trois mois et, chaque semaine, Bruller apporte huit pages du manuscrit, détruites au fur et à mesure de l'avancement de la composition, et repart avec les pages imprimées, qui sont déposées boulevard Raspail, dans des bureaux où travaille une amie de Lescure, puis, après une perquisition allemande, dans un café, boulevard de la Gare. Fin janvier 1942, le travail de presse est achevé. Yvonne Paraf, une amie de Bruller, se charge du brochage et Vercors lui-même collera les couvertures. Le résultat est un livre de qualité, à la typographie parfaite. Bruller a fait, comme il le dit lui-même, de « la belle ouvrage ». En février 1942, 350 exemplaires sont constitués : 100 pour la zone Nord, rapidement diffusés sous le manteau, et 250 pour la zone Sud : 200 exemplaires seront saisis par les Allemands alors qu'ils transitaient vers Lyon. Personne ne soupçonnera jusqu'en 1945 qu'il est l'auteur de son livre (ni Aulard ni Oudeville ni même sa propre épouse ne sont au courant) et les rares initiés, une petite dizaine, garderont le secret. En raison de cette diffusion réduite - seuls 150 exemplaires purent être distribués -, le coup d'éclat demeure sans lendemain dans un premier temps. Mais, très vite, au gré des multiples rééditions clandestines qui vont suivre, d'abord à Londres, puis en Suisse, en Afrique du Nord, aux États-Unis, au Liban et jusqu'au Sénégal, Le Silence de la mer devient vite le texte emblématique de la Résistance, au même titre que son pendant poétique, « Liberté » d'Éluard. Les deux titres seront par ailleurs réunis dans le numéro 4 de La Revue du monde libre, édité en avril 1943 à Londres. Très bel exemplaire, en parfaite condition.