A Paris, de l'Imprimerie de Butard, 1774. In-12 de VIII-104 pp., veau marbré, dos lisse orné, tranches rouges (reliure de l'époque).
Reference : 6288
Édition originale très rare, inconnue de Garrison-Morton, qui cite l'édition de 1776 comme originale ; contredite par Bézagu-Deluy (L'abbé de L'Épée, Stock, 1990, pp. 169-178) qui identifie le présent volume comme l'édition de 1774, quatrième et dernière lettre réunissant en un même recueil les trois précédentes (1771, 1772, 1773).Charles-Michel de L'Épée (Versailles, 1712 – Paris, 1789), abbé janséniste, avait rencontré vers 1760 deux soeurs jumelles sourdes qui communiquaient par signes et décidé de prendre en charge leur instruction, fondant rue des Moulins à Paris la première école publique gratuite pour sourds-muets, ouverte à tous. Précision essentielle apportée par les recherches récentes : ce n'est pas L'Épée qui créa la langue des signes française, mais les sourds eux-mêmes qui la pratiquaient avant lui, « tout au contraire, il l'a appris des sourds et muets » (Pierre Desloges, Observations d'un sourd et muet, 1779, premier livre publié par un auteur sourd en France). Ce que fit L'Épée, c'est inventer les « signes méthodiques », un langage gestuel calqué sur la grammaire française pour enseigner le français aux sourds à partir de leur langue naturelle.La présente quatrième lettre est la plus importante de la série : L'Épée y défend avec la plus grande conviction la langue des signes comme langue universelle : « Chacun peut être en état de l'employer. Comme toutes les autres langues, la langue des signes a des déclinaisons et des conjugaisons qui lui sont propres. [...] C'est la langue de tous les pays et de toutes les nations ; en un mot, la langue des signes, servant d'introduction à tout autre langue. » Il affirme aussi qu'il ne faut plus que trois mois pour former un maître. Les exercices publics mensuels rue des Moulins, où un public nombreux venait voir et entendre des sourds lisant, comprenant et écrivant le français, constituèrent l'une des sensations intellectuelles du Paris des Lumières.En français dans le texte, 168 ; Garrison-Morton, 3358 (cite erronément 1776 pour l'originale) ; Maryse Bézagu-Deluy, L'abbé de L'Épée.
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