1848-1902 Alfred de Musset (1810-1857) est rongé par le "mal du siècle". Après sa liaison tumultueuse avec George Sand, il sombre dans l'alcoolisme, en proie à la dépression, et mène une vie sentimentale dissolue. Sa mère qui est veuve depuis 1832 trouve refuge auprès de sa fille cadette à Angers, elle doit faire appel en 1847 à une gouvernante pour s'occuper de son "cher Alfred".Après avoir été la première femme de chambre de la princesse de Salm, Adèle Colin (1816-1907) va devenir le principal témoin de la vie du poète dans ses dernières années, son infirmière et sa secrétaire, participant plus tard à sa gloire posthume avec deux livres de souvenirs signés de son nom d'épouse, Adèle Martellet : "Dix ans chez Alfred de Musset" (Chamuel, 1899), puis "Alfred de Musset intime" (Juven, 1906).Ces archives, pieusement conservées par la gouvernante, comptent 10 lettres adressées à Alfred de Musset lui-même : six par sa mère entre 1854 et 1856 (5 enveloppes conservées), une par son frère Paul, une facture de vétérinaire pour la pension de son chien Marzot en 1852 (!) et deux très belles lettres signées de Cristina Trivulzio Belgiojoso (1808-1871), écrivaine issue de l'aristocratie italienne dont le poète était follement épris et qui deviendra une figure du Risorgimento. La première est une cinglante lettre de rupture de la fin des années 1830 (3 p. in-8). Lui demandant s’il n’aurait pas "mieux fait d’abdiquer un peu", la princesse Belgiojoso invite Musset à "oublier quelquefois [sa] géante personne, à la soumettre, à en laisser à d’autres la direction", lui rappelle qu’il existe "une satisfaction dans le sacrifice" puis achève avec une lassitude assassine : "Je ne puis vous écrire davantage parce que j’ai mal aux yeux et je n’y vois goutte. Et d’ailleurs, m’écoutez-vous jamais ?" Une dizaine d'années plus tard, tout est pardonné, elle lui adresse de chaleureuses félicitations en février 1849 pour sa nouvelle comédie créée au Théâtre-Français : "Je ne puis résister au besoin de vous dire que vous venez de faire un petit chef d'oeuvre. Votre "Louison" est admirable de grâce, de vérité, de finesse et de sensibilité. Vous pensez et sentez comme Shakespeare, et parlez comme Marivaux. C'est un étrange amalgame, dont l'effet est très saisissant. Vous ne vous souvenez peut-être plus que j'existe ; n'importe vous avez trouvé un bon moyen pour perpétuer votre souvenir même dans l'esprit le plus oublieux." (3 pages in-18, enveloppe conservée).Dans ses 6 lettres à son fils, Edmée de Musset se préoccupe surtout de sa santé. L'une d'elles est d'ailleurs envoyée à l'établissement des bains de mer du Croisic où le poète suit une cure en septembre 1854. Mais le plus sûr moyen pour obtenir des renseignements est de passer par la gouvernante, comme en témoigne une bonne partie des 80 lettres adressées par Mme de Musset à Adèle Colin entre 1848 et 1863 : "Me sachant consignée à la porte de mon fils comme un créancier incommode et poussée par mon inquiétude, je prends le parti de vous écrire…" (22 janvier 1853). "Il n’aime point à écrire, ne répond pas à mes lettres, et ce n’est que rarement que j’ai des nouvelles par son frère" (8 octobre 1856). Un autre jour, le poète ayant congédié sans préavis la jeune servante, Mme de Musset fait tout pour la retenir : "Les hommes sont changeants, mais dans tous les temps et à tous les âges, ils ont besoin de soins, d’attachement et croyez-moi, il reviendra toujours à apprécier les vôtres. Je vous recommande donc beaucoup de patience, la plus grande douceur (…) surtout ne vous plaignez pas et parlez-lui toujours avec amitié" (13 juin 1849).La mère suit aussi avec attention la vie littéraire et veut savoir tout ce qu'on dit de son fils, notamment lors de son élection à l’Académie française en 1852. La mort du poète en 1857, loin de les distendre, renforce les relations de la gouvernante avec le clan Musset. Après une longue lettre d'explication avec la mère dont elle a conservé le brouillon (11 pages in-8), Adèle Colin devient une intime de son frère Paul (qui lui adresse 56 lettres entre 1857 et 1880), puis de sa soeur Hermine (20 lettres entre 1863 et 1902).Le culte posthume d'Alfred de Musset est au coeur de ces échanges : sa sépulture au cimetière du Père Lachaise, les articles et chroniques de la "Revue des Deux Mondes" ou du "Journal des Débats" où se façonne sa légende, la publication en 1859 du livre événement de George Sand, "Elle et lui", et la réponse immédiate de Paul de Musset, "Lui et elle", puis la véritable hagiographie donnée par le frère en ouverture des "Oeuvres complètes", les reprises de ses différentes pièces, sans oublier le sévère conflit opposant la famille à l’éditeur Gustave Charpentier qui prétendait avoir convaincu Musset de lui céder ses droits d'auteur moyennant une rente viagère...On trouve en complément une quarantaine de lettres et cartes adressées à Adèle Colin par diverses personnalités, dont la princesse de Salm-Kyrbourg (4 lettres), Ulric Guttinger (9), l'éditeur Gustave Charpentier (3), Emile Augier (6), l'écrivaine Élise de Pressensé (5), Paul Déroulède (8), Sully Prudhomme, Jules Claretie, etc.ENSEMBLE UNIQUE auquel on joint les deux livres de souvenirs sur Musset signées Adèle Martellet, ainsi que la biographie d'Alfred de Musset par son frère Paul.
Reference : 123529
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