V. Lecou - J. Hetzel Paris, V. Lecou - J. Hetzel sans date, 1852. In-4 relié demi-basane noire, dos lisse, motifs estampés à froid, titre et filet doré. Fx-titre, eaux-forte en frontispice, titre, 310 pages + table,. Trilby, Le songe d'or, Baptiste Mantauban, La fée aux miettes, la Come de l'homme mort, Inès de la Sierra, Smarra, La neuvaine de la chandeleur, La légende de la soeur Béatric. Illustré de 8 eaux-fortes tirées sur chine et de 2 vignettes gravées sur bois de Tony Johannot. Second tirage des illustrations (la première date de 1846). Reliure modeste, néanmoins exemplaire très frais.
Reference : 127066
Toutes les expéditions sont faites en suivi au-dessus de 25 euros. Expédition quotidienne pour les envois simples, suivis, recommandés ou Colissimo.
Librairie Gil - Artgil SARL
Catherine et Caroline Gil
24 Bld Denys Puech
12000 Rodez
France
05 65 42 95 21
Conformes aux usages de la librairie ancienne. Les prix sont nets. Frais de port en sus. Emballage gratuit. Les livres sont expédiés après réception du règlement en colis poste ou recommandé. <br />
La célèbre édition des Romans et Contes de Voltaire illustrée par Monnet. L'exemplaire du Comte Szaniecki relié en maroquin de l'époque à grandes marges. 3 volumes in-8, maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, dos lisse orné, pièces de titre et de tomaison en maroquin vert, filet or sur les coupes, roulette intérieure dorée, doublures et gardes de papier bleu, tranches dorées. Reliure de l'époque. 211 x 126 mm. Voltaire. Romans et Contes de M. Voltaire. Bouillon, aux dépens de la Société Typographique, 1778. La première des grandes éditions des Romans et Contes de Voltaire, la plus belle, la première illustrée et la première citée par Cohen. Elle contient, entre autres, Zadig, La princesse de Babylone, Micromégas, Candide, Le Héron ou l'ingénu, l'Homme aux quarante Ecu, Les Contes arabes et indiens, et est ornée de 57 estampes par Monnet, Marillier, Martini et Moreau, 13 vignettes par Monnet, 1 fleuron sur les titres et 1 portrait de Voltaire gravé par Cathelin d'après La Tour. L’œuvre de Monnet, la plus importante et la plus réussie de cette époque, c’est l’illustration de 52 dessins pour les Romans et Contes de Voltaire (1778), dont la vogue était si grande alors. « Il a mis dans ces petits tableaux de l'invention et de la gaieté, et il a pu se donner carrière dans les nombreux sujets scabreux qu'il réussissait tout particulièrement. Aussi quelques-uns de ceux de « Zadig », les charmants dessins de « Candide », surtout celui où Candide rencontre deux femmes poursuivies par des singes, celui du « Huron amoureux », enfin celui de « Jenni » où la dona Boca-Vermeja reçoit le fouet des mains du révérend père, sont parmi les plus agréables et les plus réussis » (Baron Roger Portalis. Les dessinateurs d'illustration du XVIIIè siècle). « Voltaire a vu passer le Père Bourdaloue, et il a rendu compte du premier livre de Marat. Par son art comme par sa pensée, il tient au passé autant qu'il annonce l'avenir. L'œuvre immense qu'il a laissée reste, en dépit de ses inégalités, le témoignage d'un esprit toujours en éveil. Dans ce style frémissant de vie, on aime sentir la présence d'une intelligence admirablement lucide et cultivée. A une humanité si différente de celle pour laquelle il écrivit, il continue d'enseigner à n'être point dupe, à ne point prendre pour des vérités essentielles ce qui n'est que mensonge, imposture, illusion du cœur, ou routine de la pensée ». Les amateurs se disputent les beaux exemplaires des Romans et Contes de Voltaire dès lors qu’ils sont conservés dans leur maroquin ancien, l’on sait qu’ils sont très rares en cet état et Cohen (1039) ne cite qu'un seul exemplaire relié en maroquin ancien parmi les treize mentionnés. Précieux exemplaire, grand de marges (hauteur 211 mm), provenant de la bibliothèque du Comte Szaniecki vendu 29 000 F (≈ 4 400 €) en 1974 (Ref. 7 juin 1974, n°139), époque à laquelle l’on pouvait se procurer des livres de bibliophilie classique à compter de 100 F (≈ 15 €).
Paris, Editions De La Sirène, 1920. 1010 g Grand in-4 broché, couvertures rempliées, [1] fb., 115 pp., [1] f., [2] ffb.. Illustré de 23 compositions en couleurs de Kees Van Dongen dont 18 à pleine page. L'artiste a également composé les ornements et les maquettes de cet ouvrage tiré à 300 exemplaires, celui-ci un des 250 exemplaires numérotés sur vélin de Rives à la forme. Les illustrations ont été coloriées par l'atelier Marty. L'impression a été réalisée par Louis Kaldor. Carteret, Trésor du Bibliophile, 1875 à 1945, IV, 221; Mahé, Bibliographie des livres de luxe, II, 511-512. Quelques feuillets non coupés. Très légère fente et petits défauts sur le dos mais bon exemplaire. . (Catégories : Livres illustrés, Littérature, Contes, )
La plus rare des grandes éditions originales de La Fontaine, saisie et interdite par le Lieutenant de police de Louis XIV, imprimée subrepticement à petit nombre en 1674. Petit in-8 de 168 pp. Maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, dos à nerfs cloisonné et fleuronné, double filet or sur les coupes, doublures de maroquin vert ornées d'une large dentelle dorée, doubles gardes de papier marbré, tranches dorées sur marbures, quelques marges hautes ou basses rognées plus court. Reliure en maroquin doublé de maroquin du XIXe siècle. 154 x 102 mm. La Fontaine, Jean de. Nouveaux contes. Mons, Gaspar Migeon, 1674. La plus rare édition originale, saisie et interdite, d’une grande œuvre littéraire de Jean de La Fontaine, imprimée subrepticement en 1674. Rochambeau, p. 1673, 0 21 ; Tchemerzine, III, 858. « Édition originale extrêmement rare » (A. Claudin, Bibliographie des Editions originales, p. 54). « Édition originale, extrêmement rare publiée clandestinement. La Fontaine n’ayant pu obtenir un privilège. Elle contient 17 Contes (dont Les Trocqueurs) » (Tchemerzine). L’édition originale très rare de la quatrième « partie » des Contes et nouvelles en vers totalement indépendante des autres contes publiés antérieurement. Avant leur première édition collective, donnée en 1685, La Fontaine fit paraître ces chefs-d’œuvre poétiques sur dix années : une première série en 1665 (deux éditions de 2 puis 12 contes), une seconde en 1666 (13 contes), une troisième en 1671 (13 contes), et la présente en 1674 (17 contes), sachant que 3 autres contes parurent également en 1667 dans un ouvrage regroupant plusieurs auteurs (Recueil contenant plusieurs discours livres et moraux), que le conte « Les Trocqueurs », appartenant à la quatrième partie, parut d’abord séparément en 1672, et que 7 autres contes seraient encore publiés par la suite soit 6 en 1685 dans les Ouvrages de prose et de poésie de Maucroy et de La Fontaine, et « Le quiproquo » en 1696 dans les Œuvres posthumes. Les plus hardis parmi ses contes : La Fontaine a réuni ici des textes malicieusement licencieux devenus célébrissimes, par exemple « Comment l'esprit vient aux filles », « Le Cas de conscience », « Le Diable de Papefiguière », « Les Lunettes » ou « Le Tableau ». Une impression clandestine saisie sur ordre de La Reynie. Si La Fontaine avait obtenu des privilèges pour les éditions des trois premières parties de ses Contes, le caractère libre bien plus osé de la quatrième fut un obstacle rédhibitoire. L'ouvrage fut alors imprimé subrepticement à Rouen, avec, au titre, l'adresse fictive du libraire Gaspard Migeod à Mons (orthographié ici Migeon), qui, après avoir accepté en 1667 de laisser figurer son nom au titre du Nouveau Testament de Port-Royal (imprimé en fait par les Elsevier à Amsterdam), s'était déjà vu malgré lui attribuer nombre d'éditions clandestines. Le lieutenant de police de Paris Gabriel Nicolas de La Reynie ordonna la saisie du volume, puis, le 5 avril 1675, l'interdiction de débit, attendu « que ce petit livre est imprimé sans aucun privilège, ni permission, qu'il se trouve rempli de termes indiscrets et malhonnêtes et dont la lecture ne peut avoir d’autre effet que celui de corrompre les bonnes mœurs et d’inspirer le libertinage. » Cette nouvelle série de contes, la dernière publiée par La Fontaine, en tant qu'ensemble, contient dix-sept contes nouveaux : Comment l'esprit vient au filles, l'Abbesse, les Troqueurs, le Cas de conscience, le Diable de Papefiguière, Féronde ou le Purgatoire, le Psautier, le Roy Candaule et le Maître en Droit, le Diable en enfer, la Jument du compère Pierre, Pasté d'anguille, les Lunettes, le Cuvier, la Chose impossible, le Magnifique, le Tableau y compris Janot et Catin, pièce en 8 stances, composée (dit l’éditeur du recueil) « en vieil stile, à la manière du Blazon des Fausses amours, et de celui des Folles Amours, dont l'auteur est inconnu ; il y en a qui les attribuent à l'un des Saint-Gelais. Je ne suis point de leur sentiment et je crois qu'ils sont de Crétin. » Ces attributions, sont erronées, car on sait que « le Grant Blason de faulses amours » est de frère Guillaume Alexis, religieux de lyre et prieur de Busy. Sous le titre de Contes - La Fontaine a été le rénovateur du conte français – est réunie toute l’œuvre libertine de Jean de LA Fontaine. « Jamais conteur n'a conduit un récit avec autant d'adresse, de grâce et de bonhomie. La Fontaine mêle le ton de la causerie à celui de la narration ; tantôt il laisse ses personnages vivre et parler au naturel, tantôt se divertit de leurs gestes et de leurs propos en spectateur amusé, tour à tour narquois et pitoyable. Certains contes pourraient être recueillis à la suite des Fables. Ils suffisent à faire connaître le La Fontaine des « Contes », son art inimitable, sa langue et sa versification ». L’un des plus beaux exemplaires apparus sur le marché depuis un siècle. Grand de marges (hauteur 154 mm), sa largeur est exceptionnelle (largeur des feuillets 102 mm) ; le fameux exemplaire « Lignerolles » vendu en 1894 était plus court de marges : Hauteur 151 mm. L’exemplaire Mortimer Schiff mesurait 152 mm ; quant à l’exemplaire Rochebilière conservé dans sa reliure de l’époque, décrit par Claudin en1930, il avait une hauteur identique au nôtre, soit 154 mm. Très bel exemplaire dans une reliure en maroquin janséniste richement doublée. Provenance : Robert Hoe (ex-libris n° 1962 du catalogue de vente aux enchères de la première partie de sa bibliothèque, New York, 1911). Homme d'affaires et industriel américain, fabricant de presses, Robert Hoe (1839-1909) appartint à la Société des amis des livres à Paris et cofonda le Grolier Club dont il fut le premier président. Il réunit une très importante collection de livres et autographes. Louis Barthou (vignette ex-libris, n° 496 du catalogue de vente aux enchères de la seconde partie de sa bibliothèque, Paris, 1935). Homme politique plusieurs fois ministre, Louis Barthou (1862-1934) se distingua également par son amour de la musique et des lettres. Auteur d'ouvrages sur Lamartine, Baudelaire, Hugo, il entra à l'Académie française et, bibliophile acharné, il se constitua l'une des plus belles bibliothèques de son temps.
édition_originale
Très rare édition originale des Contes de Fées de la Comtesse de Murat. Les originales de contes de fées en reliure de l’époque sont très recherchées. In-12 de (4) ff., 408 pp. Veau moucheté, dos à nerfs orné de fleurons dorés, pièce de titre en maroquin, coupes ornées, tranches jaspées. Reliure de l’époque. 156 x 94 mm. Très rare édition originale des Contes de Fées de la Comtesse de Murat. Les originales de contes de fées en reliure de l’époque sont très recherchées. ______________________ Murat. Contes de fées Dediez à Son Altesse Serenissime Madame la Princesse Douairiere de Conty. Paris, Claude Barbin, 1698. Avec Privilège du Roy. Très rare édition originale de ces célèbres contes de fées. Brunet III, 1948 ; Brunet Suppl. 1129 ; Gumuchian, 4224 et 4225 ; Rahir, Bibliothèque de l’amateur, 556 ; Conlon, II, n°8861 ; Quérard, VI, 363 ; Catalogue Jérôme Pichon, n°3515. Le premier recueil de Contes de fées de la Comtesse de Murat et « le meilleur qu'on ait d'elle » (M. E. Storer, La Mode des contes de fées, pp. 150-151). Ce volume contient les contes suivants : "Le Parfait Amour", "Anguillette" et "Jeune et belle". « Ces Contes sont écrits avec beaucoup d’esprit ; on sait que la comtesse de Murat en avait quelques fois trop » (Quérard). Henriette-Julie de Castelnau (1670-1716) appartient à une très illustre famille. Son père, le marquis de Castelnau, était gouverneur de Brest. Elle épousa le comte de Murat. Elle était apparentée à Mlle de La Force. C’est une moderne dans ses goûts littéraires. Elle admire Montaigne, Fontenelle, le père Bouhours… elle aime l’amour romantique des romans de Mme de Villedieu et de Mme d’Aulnoy. C’est une conteuse née. A Loches, elle passe ses soirées à conter pour ses amis. Ses Contes ont pour sujet l’amour. Perçu par la conteuse comme inévitable et malheureux à la fois, il est ravalé au rang de passion destructrice. Mme de Murat semble, dans ses contes, osciller entre l’idéalisme et le cynisme. The journal of the prolific author Henriette-Julie de Castelnau comtesse de Murat well illustrates the prominent role that fairy tales played in educated French society at the turn of the eighteenth century. In Murat’s time contes de fees represented a new literary genre, a site of experimentation and a form for exploring subject matters as monarchal politics. Murat may be counted among the most inventive. These early contes de fees reflected the influence of the period’s major academic literary dispute, the Quarrel of the Ancients and the Moderns. In 1688, Charles Perrault launched the debate when he delivered his treatise, the Parallèle des anciens et des modernes, at the Académie française. Perhaps the strongest voice for the Moderns’ point of view, Perrault argued that contemporary arts, letters, and sciences were nearly always superior to classical learning. Following Perrault’s lead, the Moderns embraced not only the French vernacular but also a range of progressive trends in literary production such as new genres (especially fictional ones) and authorship by non-traditionally schooled writers, including many women. For modern partisans, the best literature emerged not from solitary work in libraries stuffed with Homer and Virgil, but rather from worldly authors fully engaged in contemporary society. The fairy tale was viewed as a modern genre, and the predominance of women among the ranks of published fairy tale authors was indicative of the larger role of female writers in modern literary life as a whole. Charles Perrault estimait le talent de Mme de Murat et il lui avait dédié un de ses contes en l’invitant à écrire aussi des « contes ingénus quoique remplis d’adresse ». Tous les contes de fées publiés en 1697 et 1698 sont extrêmement rares.
édition_originale
[Contes de fées]. [CAYLUS, Anne-Claude-Philippe de Tubières, comte de].
Reference : LCS-18020
Rarissime exemplaire relié en élégant maroquin ancien. De la bibliothèque Cécile Eluard. A La Haye, 1741. 2 tomes en 2 volumes in-12 de : (3) ff., 346 pp.; (1) f., 390 pp., (1) f. de table. Maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, dos lisses ornés, coupes et bordures intérieures décorées, tranches dorées. Reliure du XVIII' siècle. 158 x 90 mm.
Edition originale de quatorze délicieux contes de fées, d’une insigne rareté en maroquin ancien : « Le Prince Courtebotte et la princesse Zibeline ; Rosanie; Le Prince Muguet et la princesse Zaza ; Tourlou et Rirette ; La princesse Pimprenelle et le prince Romarin ; Les Dons ; Nonchalante & Papillon ; Le Palais des Idées ; Lumineuse ; Bleuette & Coquelicot ; Mignonnette; L'Enchantement impossible ; Minutie ; Hermine. » Leur réimpression dans le Cabinet des fées suscita des réserves de la part de l'éditeur qui les estimait un peu trop licencieux. (Les Contes de fées, B.n.F., 2001, n° 32 ; Gumuchian, n° 1519: "Édition originale rare."). Barchilon (Le conte merveilleux français, 1690-1790, pp. 125-128) - qui fait un éloge dithyrambique de Caylus et de ses contes - a montré que Le Prince Courtebotte pouvait être une des sources d'Andersen pour La Reine des Neiges. « Caylus est l'ami des écrivains modernes, il est le mentor des fameux dîners du-bout-du-banc chez Mlle Quinault ; société où la libre-pensée et le goût des plaisirs réunissent des écrivains comme Crébillon fils, Voisenon, Moncrif, Duclos et quelquefois Maurepas ou Montesquieu. C'est là que naissent 1'« Académie de ces dames et de ces Messieurs » et l’« Académie des colporteurs », productrices collectives d'œuvres facétieuses et satiriques ; c'est là également que s'élaborent dans une sorte d'atelier d'écriture avant la lettre, toutes sortes d'œuvres brèves dans tous les genres, dont nous restent par exemple, le recueil des Étrennes de la Saint-Jean, certains textes attribués à Crébillon, ou encore la Reine Fantasque de Rousseau. Le style « poissard » qu'on aimait y pratiquer après Vadé, trouvait en Caylus un amateur doublé d'un collecteur, qui finit par rédiger en 1740 tout un roman dans ce style : Histoire de Guillaume (1740), sans compter de nombreuses parades. Ces fréquentations et ces amitiés ne lièrent pas pour autant le comte au milieu encyclopédiste dont il méprisait le sectarisme ; cet hôte habituel de Mme Geoffrin n'aimait ni Voltaire, ni d'Alembert et détestait Diderot. Concernant la production féérique de Caylus, Julie Boch défend une thèse originale : celle de la cohérence d'une esthétique qui s'actualise autant dans la production savante du comte que dans l'œuvre contée. Traducteur du fameux Tyran le Blanc (1737), auteur d'un essai : Sur l'origine de la chevalerie et des anciens romans (1756), cet ami du comte de Tressan doit être compté comme une figure à réévaluer dans la cohorte des théoriciens « classiques » et « modernes » du genre romanesque (et de sa composante merveilleuse), en compagnie de Chapelain, Huet, Perrault, Addison, etc., mais aussi de certains adversaires relativement intéressants du genre sur des bases moralisantes, de l'abbé de Villiers jusqu'à Moncrif. Concernant le conte et la féerie, Caylus est l'auteur de deux mémoires produits dans le cadre de l'Académie des Inscriptions, l'un Sur les fabliaux (1753), l'autre Sur la féerie des anciens comparée à celle des modernes (1756) : « ces deux essais théoriques postérieurs à la rédaction de trois des quatre recueils de contes, écrit Julie Boch, éclairent de façon rétrospective la conception à la fois historique et esthétique que Caylus se fait du genre qu'il pratique ». On y trouve un retour à l'esthétique de la 'ligne claire' exemplifiée par Perrault : élégance, naïveté, brièveté, simplicité ; mais surtout un recentrage sur la dimension axiologique qui oppose Caylus à la tendance satirique et libertine qui prévaut depuis 1730. Génériquement, Caylus travaille le conte dans une perspective large, comme un élément du muthos (apologues, récits fabuleux divers, paraboles bibliques) ; il situe le conte merveilleux dans la filiation du roman médiéval, pose des jalons pour la transmission de certains éléments depuis l'Antiquité, et remonte encore en arrière vers l'Inde (serait-il l'un des premiers porteurs de la théorie indianiste?) ; contrairement à Huet, il insiste sur la continuité d'une transmission depuis la culture arabe jusqu'à La Fontaine. Julie Boch montre bien comment cette réflexion vient s'inscrire en fiction dans certains de ses contes. Elle montre aussi la précision de sa culture relativement à l'histoire moderne du genre, notamment par rapport aux grandes conteuses du XVIIe siècle, qu'il cite ou dont il reprend onomastique ou situations. Elle confirme après J. Barchilon et R. Robert, que «l'entreprise littéraire de Caylus se présente doublement comme un retour aux sources », soulignant sur ce plan ce qu'il partage avec le conte éducatif à la façon de Fénelon. La partie consacrée aux Féeries nouvelles, concerne le double jeu de Caylus entre « convention et parodie » dans ses contes de fées. Julie Boch épingle formules et procédés, accessoires et métamorphoses magiques, contes étiologiques et contes à gageures, contrastes et parallélismes plus ou moins sophistiqués, pour montrer que Caylus tente de renouveler le genre en finesse. Quant à sa forme de parodie, elle recourt aux compétences supposées des amateurs pour couper court, susciter le burlesque, inscrire une intertextualité affichée, démythifier rois et fées, les premiers faisant les frais d'une intention satirique qui signe bien l'époque où ces contes s'écrivent. Touchant l'édition des textes eux-mêmes, il faut souligner la pertinence et la qualité de l'annotation littéraire : rapports citationnels ou intertextuels avec les conteuses antérieures (Aulnoy, Lhéritier, Murat, de la Force, Lintot), avec Perrault, Fénelon, Galland, Bignon, Hamilton, Crébillon, le Montesquieu des Troglodytes (La Belle Hermine et le prince Colibri), avec le roman baroque, le roman arthurien et les Amadis, la poésie de salon, le monde de la pastorale, les moralistes classiques, etc., ou encore la filiation fo1klorique à travers certains contes-types. On vérifie ainsi tout ce que gagne le conte merveilleux d'auteur à être lu comme texte de part en part littéraire. Dans les Contes de fées de Caylus ressortent au plan moral : critique politique (relativement délimitée mais féroce à l'égard des rois ou des collecteurs d'impôts), satire de mœurs (très prononcée, dans la lignée de La Bruyère et Montesquieu), rejet des valeurs liées au matérialisme et au libertinage ainsi qu'à une certaine approche « bourgeoise » du monde ; construction morale des personnages à l'épreuve de l'expérience, dans un contexte où le personnel féerique perd de sa toute puissance au profit d'une plus grande humanité. Au plan esthétique : retour à l'idée classique du naturel, rejet des éléments baroques du genre : « tout le fracas devenu si commun dans les histoires de féerie » (Rosanie), réévaluation du genre pastoral, mais aussi « contamination du genre féerique par une esthétique réaliste » que Julie Boch rattache selon sa thèse de la cohérence de l'ensemble du projet caylusien, au goût du détail concret, des usages ordinaires, de la couleur locale caractéristiques de l'érudit et de l'amateur d'art. Délicieux et rarissime exemplaire de l’édition originale relié en élégant maroquin ancien. De la bibliothèque Cécile Eluard.