Reference : 44647VCSL
ISBN : B003WPEMG8
Wesmael Charlier Broch D'occasion tat correct 01/01/1962 150 pages
Fenêtre sur l'Asie
M. Alexis Chevalier
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75005 Paris
France
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Au commencement de la Grande guerre, Cocteau est assign au service des ambulanciers auprs dune unit de fusiliers marins sur le front de Nieuport en Belgique. Il passe tout lhiver 1915 et le dbut de lanne 1916 dans la rgion de lYser o il vivra une exprience traumatisante qui conditionnera sa vie future. CE PRCIEUX MANUSCRIT DE POMES CHARG DMOTION CONSTITUE LA RELATION DE CETTE TERRIFIANTE EXPRIENCE....Ma mre ctait bien elle assez bien elle / avec un tablier gorge de pigeon borde (sic) de velours noir / et un petit lzard de diamant son corsage / Elle me dit : je viens par le tunnel du rve / Jai voulu couter le canon avec toi / Car cette nuit il y aura une attaque / et moi je disais mais non, mais non / alors elle sassit prs de moi / elle posa ses mains sur moi / et elle tait dune tristesse immense / Elle me dit : Tu sais ton frre a son brevet de pilote / aussitt / Et javais douze ans la campagne / le soir, dehors, aprs dner / mon camarade Charles dit : "il parat / que les frres Whrit volent" / Maman sourit en cousant / Mon frre Paul toujours incrdule / Et Charles dit : Je serai mort / il y aura une grande guerre / et Paul qui fume la sous ce chne / Volera et jettera / des bombes la nuit sur des villes& [alors jtais avec mon frre en aroplane / nous volions dans un appareil Nieuport sans moteur / Nous volions a une grande hauteur / au dessus dun port ou entraient et sortaient les navires...]...[Juste au dessous de nous / il y a maman / elle nous cherche / elle nous cherche sur toute la terre probablement / alors je le suppliai de descendre / mais il disait : nous ne pouvons plus redescendre]Je me rveille mon bras / tu semplit deau de Seltz et le songe / Quelle heure est il a-t-on dn / Le lieutenant me jette un coussin la tte / mais couche toi donc tu dors debout / Je ne dors pas / Une lame de fond me roule / dans ce faux sommeil / Et je maccroche / la barque jentends des rires / mais une lame de fond / memporte / profondment / dans les mers mortes / Alors jtais avec mon frre en aroplane (& ) Nous volions a une grande, grande hauteur / au dessus dun port ou entraient et sortaient les navires / Il me dit / Tu vois sur ce bateau / Juste au dessous de nous / il y a maman elle nous cherche / Elle nous cherchera probablement sur toute la terre / Et je le suppliais de descendre / mais il disait : non nous ne pouvons plus redescendre& ...Ils dorment tous (& ) / Ils se sont tous remplis comme un bateau fait eau / et soudain flotte la drive / Cette pave de couvertures / de genoux de coudes / (& ) / les obus tombent / sur lhtel de ville quil fait bon / sous leur bocage / nuit dtoiles / La fusillade tape / de coups de trique secs sur / des planches tout lhorizon / scroule......Cette nuit dans les mines / Une nuit Nieuport Jai surpris entendu / le travail du rossignol au clair de lune / Qui donc brait / tousse glousse grogne et coasse / dans larbre endormi debout au cloroforme / (& ) Cest le rossignol il prpare / son chant damour la rose / a la rose en avril / et je sens ici l non l / cette odeur / mais cest elle ! Cest la rose ! / Voil deux ans que je nai pas senti de rose / Le rosier viril en boutons / et bientot fminin / concentre / un explosif dodeur / qui tue les papillons crdules / Prpuces friss de la rose / indcente / de la chaleur jadis ici / je vois une rose rouge& ...Entre les deux poussent / La brousaille de fil de fer o se cabrent (& ) / les chevaux de frise. L / l cest le boulevard o on meurt / Le sol qui tue / Si on y marche / Comme sur le rail rouge du mtropolitain (& ) / La bande mixte / plus vide que sil y a la peste / La nuit on y fait des patrouilles / mais pas / La bande mixte / La zone qui foudroie / car en haut de petits trous / du priscope / loeil surveille et se perche (& ) seul sur les sacs& ...Mais ici la vie est interrompue / Car cette ville calme, cet got / toil sont moins srs / que Vra Cruz pendant la peste / Mme / il arrive mme quun promeneur / nentende pas gmir loiseau / des balles mortes / Et sans rien comprendre il sent sa figure vaporise avec du chlorure de mthyle / [Et de nouveau la mer / Se posait de tous les cts / comme une partie dchecs / autour de notre marche des mille murs du labyrinthe] (& ) / [Et de nouveau la nuit / Dplaait le bruit de la mer / comme un jeu dchecs / De tous cts autour de nous / autour des mille / a droite gauche de mille murs du labyrinthe]......Capitaine ! - Mon Capitaine ! / Nous allons arriver. Quelle route ! / les Ces trous dobus ! Le brancard / le brancard dfonce la paroi en mesure, impossible / impossible de lattacher. Mon Capitaine ! / Mon Capitaine ! / Jai sa main qui sue, ses poils, son bracelet montre / Piti ! Achevez moi ! Prenez mon rvolver ! / Soyez charitable ! On arrive / On arrive / Mon Capitaine, on approche / on ne voit rien dehors. Sa balle Sa balle est dans le ventre. ma femme / ma femme& , il faut / Taisez vous, ne me parlez pas / vous parlerez lambulance / Sortons dabord de ce chemin / ou les marmites& / Pouf ! Quatre Sa pleur / claire, on voit ses mains sa moustache qui tremble / Calmez vous mon Capitaine / on approche / o sommes nous ? / Gronendick. Encore ! / Je ne pourrai jamais / il vaut mieux machever / Calmez vous mon Capitaine / a boire ! Il ne faut pas / il ne faut pas boire. Il saute ! Ha je me couche...Le Discours du grand sommeil avait t ddi au jeune pote Jean Le Roy, mort au combat. Lpigraphe indique que ce long pome est "traduit (& ) de cette langue morte, de ce pays mort o mes amis sont morts". Ds lors, la posie devient une confrontation avec la mort, les pirouettes verbales si singulires de lcriture de Cocteau napparaissent que comme des exercices de funambulisme pour masquer le danger permanent de la mort. Le Discours ne parut pas en volume ; il fut recueilli dans Posie : 1916-1923 (Gallimard, 1925).