Louis Veuillot (1813-1883), journaliste, homme de lettres. L.A.S., sd [1870], 3p in-8. Longue et belle lettre sur (contre) Charles de Montalembert (1810-1870) : « Cher Ami, Comme on veut être premièrement juste, car c'est là ce qui fait vivre, on traitera des vertus et miracles du Prince, mais il y aura des réserves, parce que ce qu'il a donné de bon est ou fut longtemps fort mêlé. Il est de ceux qui nous ont excommuniés tant qu'ils ont pu. Dans la guerre de la liberté d'enseignement, il se battait contre nous tous. Il nous accusait de tout perdre, il soutenait qu'on devait laisse le prêtre dans la sacristie, il développait cette belle pensée qui mène loin, que Dieu n'a pas besoin d'être défendu. Enfin, s'il y a un précurseur et un fondateur du libéralisme catholique, c'est lui ; et en bon libéral, il nous contestait premièrement la liberté de ne pas penser comme lui, c'était une thèse, un sentiment et une aversion. Je n'ai pas besoin de vous dire que j'oublie les choses personnelles. De ce côté-là, vous me connaissez. Ceux qui me donnent de l'amitié me font plaisir, un plaisir immense. Je n'en demande à personne, et je fais mauvais gré à personne de me refuser même la juste, dès qu'il ne s'agit que de moi. Mais pour la doctrine, c'est autre chose, et là, je dois exiger de mes adversaires ce que j'exigerais exactement de mes amis privés les plus chers. Quant aux couleuvres, c'est vous, oublieux, qui m'avez conseillé de ne mêler aucune amertume à l'histoire de Cara, et de donner ce poëme tout en feuilles douces et en fleurs fraîches dans une corbeille de jonc. J'ai trouvé le conseil excellent et je l'ai suivi. Il se peut que Cara en meure, mais au moins, elle ne sera pas étouffée par les serpents. J'ai d'ailleurs resserré quelques contrastes, refait mon dessein, et préparé quelques percées sur l'horizon. Aux prochaines nouettes, tout poussera et l'on verra enfin la douceur naturelle de notre âme. Hélas ! Ce ne sont pas les attendrissements qui nous manquent, et je sens en moi plus de ces fontaines là que je n'en voudrais. Elles gonflent lorsqu'elles devraient tarir, et l'eau devient plus abondante à mesure que la neige s'amoncèle sur le sommet. Avec tout cela, je n'ai pas encore la Maison ! Pourquoi. Qui m'eut dit que je serais prêt avant vous ? Il est vrai que l'imprimeur a fait rage. Il y a quinze jours, il n'avait rien encore dans les mains. Je demande la maison. Tout à vous mon très cher ami. Louis Veuillot ». Très belle lettre. [184]
Reference : 018551
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