Sens, imprimerie du Roy Pierre Hardouin Tarbé, 1777. In-8 (222 x 168 mm), 526 pp., 12 ff. non chiffrées. Vélin moucheté de marron, pièce de titre en maroquin marron, tranches mouchetées de rouge, fortes usures à deux coins et une coupe, vélin fendu sur 10 cm au mors supérieur, taches d’encre dans la marge p. 234 et pp. 489 à 494 avec petits manques de papier (reliure de l’époque).
Reference : 10687
Ce manuscrit inédit mais destiné à l'impression, réunit 772 logogryphes.Ils ont été tirés des feuilles périodiques, Mercures, journaux et des meilleurs auteurs en ce genre. Jeu de l’esprit poétique, le logogryphe (ou logogriphe) apparut, pour la première fois, dans la revue française le Mercure de France en 1727. Suivant la définition du dictionnaire de Littré, ajoutée en note manuscrite dans la page précédent le titre du recueil, il s’agit d’une « sorte d'énigme dont le mot est tel que les lettres qui le composent puissent fournir plusieurs autres mots; on définit ces mots secondaires: et c'est par ces définitions qu'on s'efforce de deviner le mot du logogriphe ». Il devint le deuxième jeu littéraire, après l’énigme (vers 1679) qui rencontra immédiatement l’engouement des lecteurs. Parisiens et provinciaux envoyèrent régulièrement leurs logogryphes aux journaux pour alimenter leur rubrique de divertissements. Ainsi, le lecteur devint également contributeur du journal, l’un des plus célèbres fut Charles-Marie de La Condamine (Paris, 1701-1774), scientifique et membre de l’Académie française. Outil de fidélisation des lecteurs cette rubrique s’enrichit en 1780 de la charade. « Jusqu’en 1820, après un travail de sélection, le périodique [Mercure de France] publie les énigmes, logogriphes et charades qu’il reçoit, accompagnés parfois des réponses des lecteurs aux devinettes du numéro précédent » (Timothée Léchot). Amateur éclairé et passionné de logogryphes, Jean Le Rond d’Alembert (Paris, 1717 -1783), mathématicien et encyclopédiste, devina sur son lit de mort le logogryphe du Mercure et « Le sieur Pankou[c]ke [propriétaire du Mercure] triomphe de voir que son journal soit le dernier ouvrage qu’ait goûté le philosophe mourant » (Mémoires secrets, 6 novembre 1783 cités par Denis Reynaud). Si la plupart des logogryphes du recueil proviennent du Mercure, d’autres sont identifiés par la ville comme Verdun (p. 436), La Rochelle (p. 494), Montpellier (p. 497), Auxerre (p. 505), Sens (p. 507), Orléans (p. 515), ou sont des extraits de manuscrits (p. 519).La page de titre est décorée d’un dessin à l’encre de Chine signé Drege dans un encadrement orné de guirlandes. Il pourrait être l’emblème de l’imprimeur dont le nom figure en bas de page. Des petits culs de lampes illustrent certaines pages.De nombreuses résolutions ont été ajoutées dans la marge à l'envers au crayon à papier, mais les premières sont à l'encre de la main de l’auteur. L’ouvrage se termine par un index des logogryphes, complété par un catalogue alphabétique de logogriphes non résolus en latin et en français. Pierre-Hardouin Tarbé (Sens, 1728 – Paris, 1784), nommé imprimeur du roi, en 1763, à Sens, « fut un précurseur, puisqu'en un temps où la Presse était encore à l'état d'embryon, il créa, rédigea et édita le premier journal du département de l'Yonne ». Il publia l'Almanach historique de la ville, diocèse et bailliage de Sens, qu’il rédigea intégralement de 1763 à 1781. Son instruction et son implication dans la vie locale, lui valurent d’être nommé notamment Procureur de Ville de 1765 à 1767, Premier Consul en 1767, juge-consul en 1769, conseiller de la ville en 1773. Sa veuve et ses enfants lui succédèrent et l’on peut dire que « avec Pierre-Hardouin Tarbé commence la série qui se continua à Sens pendant plus de quatre-vingts ans des imprimeurs et des publicistes de ce nom » (Ernest Landry). L’un de ses fils, Charles-Hardouin, fut anobli en 1815 et fit une brillante carrière d’officier sous le nom de Tarbé de Saint-Hardouin.Aucun autre exemplaire de ce manuscrit n’est référencé dans les bibliothèques françaises et étrangères. Manuscrit unique et inédit sur ce divertissement littéraire passionnant en vogue au XVIIIe siècle.Timothée Léchot, Profils d’un lectorat : Enquête sur les signatures d’énigmes du Mercure de France (1724-1778), 2022. Denis Reynaud, Le dernier logogriphe de D’Alembert, 3 mars 2025. Ernest Landry, Les Tarbé Généalogie-biographie, Sens, 1902, p. 17-18.
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