Ce troisième tome des "Mélanges de philosophie" fait partie de la première édition des œuvres complètes de Voltaire, publiées en 1756. Il comprend divers chapitres dont: "Songe de Platon"," Lettre à Mr. De Gravesande", "Épitres à Madame la Marquise du Châtelet", "Lettre à Mr. Martin Kahle", "Lettre sur Roger Bacon", différentes dissertations, "Micromégas", "Éléments de philosophie de Newton" et "Remarques sur la pensée de Mr. Pascal". volume grand in8, pleine basane époque, bon état, coiffe arasée, 20x13cm, frais, 416pp. Exemplaire complet en lui-même. ref/23/5
Reference : CZC-13735
Dans ce premier chapitre des "Éléments de philosophie de Newton", Voltaire dénonce les excès de Descartes à qui il reproche d’avoir trop pensé, au point d’oser imaginer approcher ce Dieu dont fait état Newton. Il écrit encore: « S’il est prouvé qu’il existe un Être éternel, infini, Tout-Puissant, il n’est pas prouvé de même que cet Être soit infiniment "Bien-Faisant", dans le sens que nous donnons à ce terme. » Il conclut: «Je suis donc forcé de rejeter l’idée d’un être suprême, d’un créateur, que je concevrais infiniment bon, et qui aurait fait des maux infinis; et j’aime mieux admettre la nécessité de la matière, et des générations, et des vicissitudes éternelles, qu’un Dieu, qui aurait fait librement des malheureux.» Voltaire évoque une divergence entre Newton et Leibnitz*. Il confirme que Newton rejoignait Locke en ce qui concerne l’origine sensorielle des idées. Parallèlement, pour ce qui est de la notion de bien et de mal, Voltaire reproche à Locke d’avoir subi l’influence des témoignages de grands voyageurs qu’il qualifiera par la suite de «douteux». Il en profitera pour leur opposer un principe de la religion naturelle: «Fais ce que tu voudrais qu’on te fit ». Au sujet du mouvement, Voltaire nous dit que la matière ne comportant pas de mouvement en elle-même, ce dernier ne peut donc qu’être d’origine immatérielle. Il souligne le point de vue de Descartes, selon lequel la quantité de mouvement est constante dans l’Univers et il lui oppose d’une part l’avis de Leibniz, qui conçoit qu’il se perd du mouvement, bien que subsistent les forces, et d’autre part celui de Newton, qui rejette la dissociation entre force et mouvement. Voltaire penche en faveur de Newton lorsqu’il commente ainsi la position du philosophe: «Il faut que tout le monde convienne, que l’effet est toujours proportionnel à la cause; or s’il périt du mouvement dans l’Univers, donc la force qui en est cause périt aussi». Voltaire aborde un domaine dans lequel il a effectué ses propres expériences sur la lumière. Il réfute le «galimatias» des anciens et déplore cette ambition de Descartes de vouloir établir à tout prix un «système» qui l’a conduit à imaginer que la lumière «presse nos yeux comme un bâton poussé par un bout pressé à l’instant à l’autre bout». Voltaire reprendra ultérieurement les termes de Descartes: «J’avoue que je ne sais rien en philosophie, si la lumière du Soleil n’est pas transmise à nos yeux en un instant*» avant de présenter les expériences des astronomes Römer et Bradley, qui prouvent que la lumière ne se déplace pas instantanément mais qu’elle possède sa propre vitesse. Voltaire montre comment «un seul rayon de la lumière contient en soi toutes les couleurs possibles...». Avec des croquis simples et clairs, il explique l’expérience qui permit à Newton de faire apparaître le spectre de la lumière et de découvrir sa «réfrangibilité», c’est-à-dire la propriété des rayons lumineux de subir une déviation, lorsqu’ils passent dans un milieu dont la densité est différente. De toute évidence Voltaire est à l’aise dans ses descriptions, notamment parce qu’il a lui-même effectué ces différentes expériences dans son laboratoire du Château de Cirey. Bien qu’il respectait et admirait René Descartes à certains égards, Voltaire n’était pas prêt à tout admettre de ce dernier, en particulier le «plein» qui soutenait l’existence d’une «matière subtile » emplissant tout l’Univers. Il reprochait à Descartes de n’avoir jamais fait la preuve par l’expérience de l’existence de cette «matière subtile » qu’il qualifia au passage de «matière imaginaire ». S’appuyant sur des expériences conduites alors sur la chute des corps sous des cloches de verre, dans lesquelles on avait fait le vide, il concluait : «La figure des corps ne change en rien leur gravité; ce pouvoir de gravitation agit donc sur la nature interne des corps, et non en raisons des superficies », ce qui lui permettait, comme le montre l’extrait ci-dessus, d’expliquer comment les tourbillons de matière subtile, si chers à Descartes, n’étaient en fait qu’un «roman ingénieux sans vraisemblance ». Un chapitre souligne l’importance des travaux de Kepler sur lesquels Newton prit appui pour établir la loi de l’attraction. On y note les regrets exprimés par Voltaire, concernant les attaches religieuses du mathématicien et astronome allemand qui l’ont empêché de chercher une cause physique à ses découvertes. Voltaire conclut ultérieurement que la gravitation de Newton est bien démontrée par les lois de Kepler: «Par l’orbite que décrit la Lune et par l’éloignement de la Terre, son centre; par le chemin de chaque Planète autour du Soleil dans une ellipse; par la comparaison des distances et des révolutions de toutes les planètes autour de leur centre commun». Voici ici, définitivement écartée l’hypothèse d’une «Très sainte trinité», comme étant la cause des mouvements célestes.
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M. Pascal Poidevin
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