«L’Architecture» de Claude-Nicolas Ledoux:un monument parmi les traités d’architecture ». (Musée des Arts décoratifs).«C’est l’un des plus beaux livres d’architecture. La planche légendée « Le Coup d’œil du théâtre de Besançon » (pl. n° 113),la plus emblématique du volume, exerça au XXe siècle une réelle fascination sur les surréalistes. Paris, de l'Imprimerie de H. L. Perronneau, Chez l'Auteur, 1804. Grand in-folio de (3) ff., 204 pp. de texte et 125 gravures sur 114 planches hors texte, maroquin rouge, large bordure dorée formant dentelle, dos à nerfs mosaïqué de maroquin vert, doublure et gardes de moire verte, tranches dorées. Reliure en maroquin décoré de l’époque signée de «Rosa». 566 x 397 mm.
Reference : LCS-A101
Merveilleux exemplaire de dédicace, imprimé sur très grand papier, édition originale et seul tome publié du vivant de l’auteur, dédiée «à sa majesté l’Empereur de toutes les Russies, Alexandre 1er Pavlovitch» (1777-1825), provenant du Palais de l’Ermitage, avec étiquette au contreplat et petit cachet humide répété; somptueusement relié à l’époque à Paris en maroquin rouge mosaïqué et décoré signé du grand relieur «Rosa». «Parue en 1804, deux ans avant la mort de l'architecte Claude-Nicolas Ledoux (1736 -1806), L'Architecture considérée sous le rapport de l'art, des mœurs et de la législation est l'un des textes les plus fascinants de toute l'architecture moderne européenne. Ledoux travailla trente années durant à son illustration (près de 500 planches, dont 125 publiées en 1804) et près de dix ans à la rédaction des 240 pages de texte. » «Magnifique livre illustré, au format spectaculaire, il regroupe 125 estampes à l'eau-forte d'une qualité remarquable. Elles mêlent vues d'architecture, planches narratives et plans, Ledoux ayant fait travailler des graveurs spécialistes de chaque type de représentation. Cependant, comme le montre son introduction programmatique, Ledoux avait l'ambition de publier un livre didactique présentant sa conception de l'architecture. » [Musée des arts décoratifs]. Le 18 mai 1804, Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806) fait paraître le premier et seul volume d'un livre qui vaut comme son testament d'artiste : L'Architecture considérée sous le rapport de l'art, des mœurs et de la législation. Sous le couvert d'un titre qui, à la manière abstraite d'un Royer-Collard et des Doctrinaires, proposerait un discours politique qui ferait de l'architecture le produit de la société et des institutions, cet in-folio rassemble de magnifiques planches gravées avec un texte célèbre pour le symbolisme de son écriture. «Au-delà des images et des allégories, quel en est l'enjeu ? Du caractère génial que le temps des Lumières entend lui conférer, le créateur tire une prétention : celle de prophète et de guide. L'architecte, plus que tout autre, a vocation par son art à transformer la société, mieux à en produire de nouvelles. Il suscite et met en forme les utopies, les conduit dans le champ du possible, c'est un passeur dont l'action conduit ses contemporains vers le bonheur. Ledoux avait entrepris d'écrire ce livre vers 1794, lorsque la Terreur l'avait jeté en prison pour «aristocratie ». Depuis un an se succèdent les événements politiques les plus dramatiques et, dans sa vie personnelle, les choses ne vont pas mieux : les chantiers sont interrompus, l'une de ses filles décède, l'autre lui intente un long procès pour récupérer la fortune de sa mère que compromettent le projet de publication et les frais qui en découlent. Plus tard viendra le temps des trahisons : Barthélémy Vignon, l'architecte de la Madeleine, ne tiendra pas la promesse qu'il avait faite, comme exécuteur testamentaire, d'éditer la suite de l'ouvrage. Puis celui de l'oubli : malgré l'impression en 1804 d'un ensemble de gravures inédites, un voile épais s'abat sur cette œuvre étrange et difficile. En 1933, l'Autrichien Emil Kaufmann produisait un retentissant Von Ledoux bis Le Corbusier : pour mettre en scène l'enfant terrible du Mouvement moderne, l'auteur instrumentalisait dans un discours téléologique celui qui prétendait révolutionner le monde par le génie des formes qu'il créait. Depuis ce temps, l'auteur des barrières des Fermiers généraux et des salines d'Arc-et-Senans s'est ancré dans le champ de la culture contemporaine, par l'ambition de son projet politico-poétique, par la brutale élégance de ses architectures.» (Jean-Michel Leniaud, professeur à l'École nationale des chartes, directeur d'études à l'École pratique des hautes études, 2004). «Théoricien de l'iconographie narrative dans l'art de construire, profondément marqué par la morale de J.-J. Rousseau et la philosophie sensualiste de Condillac, Ledoux partage avec son confrère E.-L. Boullée (l'auteur d'un manuscrit, intitulé Essai sur l'art, rédigé entre 1781 et 1793) une vision altruiste et éducative de l'art de l'architecture mis au service de la société. En 1804 deux ans avant sa mort, Ledoux publie un des cinq volumes annoncés de L'Architecture... Un second tome posthume, édité sans texte par D. Ramée en 1847, fit connaître les gravures inédites recueillies par ses héritiers. Les premières estampes de L'Architecture... étaient apparues dès 1773 ; durant trente ans, Ledoux avait dirigé une vingtaine de graveurs qui réalisèrent à son compte cette entreprise éditoriale unique en son genre. Dans son style métaphorique digne de l'épopée, où interviennent le récit et la poésie mythologique, Ledoux écrit un hymne à la création architecturale. L'utopie s'y associe au recueil d'informations sur l'œuvre réellement réalisé et projeté. Ce livre est bien une œuvre d'art en soi, plutôt qu'un traité au sens habituel du terme ; mais son caractère encyclopédique (Ledoux le dit) le destine à l'édification des artistes initiés. Daniel Rabreau. Illustrations: engraved title plate (pl. 2), title on draped cloth held up by 2 exotically dressed female caryatids, supporting a frieze with classical figures and coats of arms (note: similar frieze in pl. 77, "Fragment des Propylées de Paris"), bust of the author below with architectural implements, plans, and laurel branches, signed "C. N. Varin Sculp."; 123 engraved plates, numbered 3-125, on 114 leaves (105 full-page, 18 half-page plates printed 2 to a page), all but 1 plate signed by Ledoux as designer ("Le Doux Architecte du Roi"; pl. 110 is dated 1778). The principal engravers include Sellier (32 plates; 1 dated 1775, 3 dated 1776); Van Maelle (12 plates, plus 9 with Simon and 2 with Maillet); Varin (10); Ransonnette (7); Bovinet (2, plus 3 with Coquet); Berthault (3); Coquet (2, plus 3 with Bovinet, 1 with Simon); Heluis (3, including 1 signed "Lhuis"). Other engravers include Boutrois, Coiny, Delaitre, Dupuis, Angeliq. Moitte, and J. J. de la Porte (1 plate each). Ledoux was the most prolific and one of the most esteemed French architects of his generation. He received his architectural education in Jacques-François Blondel’s École des Arts, and went on to produce brilliant designs for all types of buildings, from houses to palaces, from prisons to city halls. He began to form ideas for Architecture around 1780, and intended to publish an œuvres complètes. He had already begun compiling engravings of his work in 1773. He had many illustrations reengraved as his ideas on style evolved to express a new aesthetic founded on basic architectural elements - the wall, the column, and the arch. While he was in detention during the Revolution the treatise underwent a radical change and emerged as a strong, unique statement of a new relation of the architect to society. Ledoux now linked the architect to the Creator and considered him an active instrument in the formation of a new society. In the process of this development the engravings shifted emphasis from representations of Ledoux’s work to a subordinate position as illustrations for his unusual text. Several early copies of Ledoux’s work were issued in the first years of the 1780s to select subscribers. In 1789 the title page was engraved and the collection was advertised for sale. Ledoux began the engravings for Architecture in 1773, the year of his entrance into the Academy. (By 1777 Joseph II admired the first prints; he would become a subscriber several years later.) Van Maelle was the principal engraver of Ledoux's work, and until around 1782 Louis Sellier engraved most of the plates of Ledoux's built architecture, as well as those buildings of the ideal city of Chaux (a salt factory where workers lived, designed by Ledoux and later redesigned as a utopia), which conformed to the neoclassical style of around 1780, including the church, the public baths, and the market. Preparatory drawings were sometimes executed by artists not closely associated with Ledoux : J. B. Maréchal is responsible for a perspective drawing of the Hôtel Thélusson. Some engravers, such as Joseph and Charles-Nicolas Varin and Pierre-Gabriel Berthault, had worked on Choiseul-Gouffier’s Voyage pittoresque (cal. 51, 1985. 61. 472-474) or on other publications of this genre. In 1782, with the discharge of Sellier, several new engravers were hired: Berthault (a specialist in perspective), Edme Bouvinet (a specialist in atmospheric effects), Nicolas Ransonnette (a conscientious interpreter who later would include several of Ledoux's townhouses in his collaborative publication with Jean-Charles Krafft), and Jacques-Joseph Coiny and Crépy (figurists, who engraved the bas-relief friezes of the Barrière d’Enfer). All but one plate was designed by Ledoux. In addition, he is probably the executer of the plate representing The Eye in the Besançon Theater series. It is the only mezzotint plate of the entire series of illustrations, a technique surely necessary to convey what was conceived in terms of light and reflection. The Eye reflects in its pupil the circular orchestra of the theater and the colonnade that surrounds it (like Palladio's colonnade at Vincenza). It represents the privileged role of sight and Ledoux's concept of all architecture as a spectacle, as well as the role of the architect as both principal spectator and author of this environment. The first volume of Architecture was published only in 1804 (Cat. 91, 1985. 61. 703). In this definitive edition Ledoux has combined the format of several types of popular publications related to architecture. Thus in addition to the treatise representing an assemblage of the architect’s oeuvre, it is a comprehensive work representing all types of architecture, with an emphasis on the rural house. It is also a voyage pittoresque through an imaginary city; it is a utopian essay bringing together current ideas on society, natural and political sciences, and aesthetics; and it is a synthesis of concepts from mainstream architectural theory, including the ideas of Marc-Antoine Laugier and Jacques-François Blondel. In addition, Architecture includes masonic or pseudo-masonic ideas, and may be a unique example of the comprehensive development of these ideas in an architectural treatise. In Architecture Ledoux develops his notions of an ideal society based on work, as it is expressed in an idealized and expanded project for the royal Saltworks (the Salines) at Arc-et-Senans, which Ledoux designed and built between 1775 and 1779. It forms the bulk of the first volume as representative of a utopian city, and as a monument to industry. In addition to an introduction there is a text for each project, including a discussion of the social-mythological context which the buildings represent. This volume includes other ideal projects and some designs for completed buildings, such as the theater at Besançon. Some of these may have been included as Ledoux became aware that he would not have time to complete his ambitious project. Ledoux writes in an unusually florid style: he is as polemical as Le Corbusier would be in the early twentieth century, and like the later architect, he exhorts the profession to impose social significance on its work. Ledoux believed that he was developing an architecture based on an invariable social "taste" rather than on changing fashion. However, within the context of later architectural development, Ledoux's work was expressive of a particular style with a very short period of popularity. By the early years of the nineteenth century it was condemned as grotesque. » (Millard). Magnifique exemplaire provenant du Palais de l’Ermitage, résidence du Tsar Alexandre 1er Pavlovitch (1777-1825). Petit-fils de la Grande Catherine, le jeune Alexandre est, dès son enfance, séparé de son père, qu'il aime en dépit de ses extravagances. L'impératrice se charge de son instruction et le confie, sur la recommandation de Grimm, au Suisse La Harpe, disciple de Diderot et de Voltaire. Elle remet au précepteur des instructions où tout est prévu. Le jeune prince reçoit donc une éducation républicaine. Placé entre son père et sa grand-mère, il doit continuellement cacher ses opinions et, toute sa vie, il restera une énigme pour son entourage. Il n'a pris aucune part effective au meurtre de son père, mais il a cependant trempé dans la conspiration où celui-ci trouva la mort ; il en gardera toute sa vie un sentiment de profond repentir et un désir ardent de réparer sa faute. Entouré d'anglomanes dans la première partie de son règne, il rêve de réformes, puis il se rapproche de Napoléon à Tilsitt ; mais, quand celui-ci envahit la Russie, Alexandre Ier devient l'animateur de la résistance nationale. En 1814, placé à la tête des affaires européennes et au zénith de sa gloire, il tombe sous l'influence de la baronne de Krüdener et du visionnaire lyonnais Bergasse et désire fonder le bonheur des peuples sur la mystique chrétienne et absolutiste de la Sainte Alliance. Somptueuse reliure mosaïquée et décorée du grand relieur Rosa. Frédéric-Guillaume Rosa (1760?-1832) est natif de Wissembourg (Bas-Rhin). Célèbre «relieur-libraire», il fit partie des relieurs d’importance de son époque avec les Bozérian, Lefebvre, Courteval, etc. Il fut breveté libraire à Paris en 1812. Provenance: Palais de l’Ermitage, Résidence du Tsar Alexandre 1er Pavlovitch avec dédicace imprimée «A sa majesté l’Empereur de toutes les Russies» (étiquette et cachets); Baron de Rothschild; Baron Alexis de Rédé.
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