Manuscrit autographe. Le premier texte de fiction de Bataille, offert à Eugénie Droz. [Paris ou Riom-ès-Montagnes, c. 1921]. 6 p. en 4 f. (195 x 250 mm), encre violette et noire, sur papier à en-tête de «La Chambre des Députés ». Manuscrit autographe comportant de nombreuses ratures, corrections et ajouts. Il est enrichi d'une dédicace autographe : «à mademoiselle Eugénie Droz». Seul témoin du premier texte de fiction de l'auteur. C'est, après son texte de jeunesse sur la Cathédrale de Reims, le plus ancien écrit de Georges Bataille connu. Il est resté inédit de son vivant.
L'univers de La Châtelaine gentiane est celui du moyen âge et de la chevalerie, thèmes au centre des préoccupations du jeune étudiant qu'est alors Georges Bataille. Il est, depuis 1919, élève de l'École des chartes et prépare sa thèse sur une édition de L'Ordre de chevalerie, un conte en vers du XIIIe siècle qui trouve dans la Première épître de Saint Paul aux Thessaloniciens. Plongé dans le texte de Léon Gautier, La Chevalerie, il souhaite dissocier l'esprit chevaleresque du christianisme. On retrouve cette idée très présente dans La Châtelaine gentiane, ce qui laisse supposer une rédaction strictement contemporaine de ces premières années d'études à l'École des chartes, influencée aussi par les voyages et recherches qu'il effectue alors, notamment à Londres et dans le sud de l'Angleterre. Plusieurs éléments des futures fictions sont déjà réunis, comme par exemple le lieu où se déroule le récit, le château de Louvres-haut, qui est le premier des fameux châteaux imaginaires et lugubres que l'on retrouvera dans bon nombre de ses romans. Ce précieux texte restera longtemps inédit, puisqu'il n'est exhumé qu'en 2004, au moment de l'entrée de Bataille dans la collection de La Pléiade. Bien qu'il y ait ici des maladresses certaines de forme, « on ne peut nier la valeur documentaire et ‘prophétique' du récit qui, en dépit de sa maigreur, constitue par son sujet même une première ébauche de ce que l'écrivain appellera 'la société de consumation des amants' ; La Châtelaine peut être lue comme l'illustration de la formule qui ouvrira en 1957 L'Érotisme, 'l'approbation de la vie jusque dans la mort' : un château isolé au milieu d'une campagne sinistre et enneigée, cadre d'une initiation à l'amour noir de la châtelaine Gentiane et de son jeune amant. Animés l'un et l'autre par des sentiments contradictoires, il sont destinés dans un sursaut de délire à se retrouver dans la mort.» (in «Notes» de l'édition Pléiade). Ce texte n'avait été communiqué aux rédacteurs de l'édition Bataille que par une photocopie et sera présenté dans la section des «Récits retrouvés», en compagnie de deux autres manuscrits de jeunesse : «Ralph Webb» et «Evariste». Intéressante provenance et dédicace : la première page porte dans l'angle supérieur droit «à mademoiselle Eugénie Droz», l'une de ses compagnes d'étude à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Diplômée de l'École pratique des Hautes Études, la jeune neuchâteloise crée en décembre 1924 sa petite maison d'édition, avec pour adresse le 13 avenue Félix-Faure, dans le XVe arrondissement, son adresse personnelle, avant de s'installer rue Serpente puis au 25 de la rue de Tournon, dans une maison donnée par un roi à un poète : celle que François Ier donna à Clément Marot en 1539. Rien moins que ça. L'érudite demoiselle, qui publiera rapidement plusieurs travaux de chartistes, resta à Paris jusqu'en 1947, date de son installation au 8 de la rue Verdaine à Genève ; c'est à cette dernière adresse qu'elle dirigera la fameuse maison d'édition et d'érudition qui perdure encore aujourd'hui. Eugénie Droz décède en 1976 à Genève, laissant derrière elle un héritage durable dans le monde de l'édition académique. La page de titre comporte, de la main de Bataille, quelques autres indications destinées à une future mise au propre pour publication : « 73 lignes / de 45 lettres ». Envisageait-il, dédicace aidant, de faire publier son roman chevaleresque dans la maison d'édition naissante de la jeune femme ? Document historique et fondateur.
Documents | Paris 1929-1930 (nº 1 à 7, avril 1929 - décembre 1929 ; nº 1 à 8, [janvier] 1930- [octobre] 1930) | 22 x 27.50 cm | 15 volumes brochés sous coffret
Édition originale consistant en 15 numéros en 15 livraisons, abondamment illustrée de photos en noir et blanc. Bien complet du numéro spécial «Hommage à Picasso» (nº 3 de 1930) et de la table des matières de lannée 1929, un cahier séparé de 8 pages imprimées en noir sur papier couché et agrafées. Quelques dos légèrement insolés sans gravité, petites rousseurs en marges de certains plats. Ensemble présenté dans un coffret au dos carré lisse en maroquin bleu pétrole, portant le titre au paladium et encadré d'un filet au palladium, plats de papier décoratif bleu, contreplats doublés de daim bleu ciel, bel ensemble signé Boichot. Collection complète de cette revue mythique et non conformiste lancée par Georges Bataille, donnant une place aux «domaines de lart et du savoir non reconnus par la culture officielle ou controversés: la littérature populaire, le jazz, le café-concert, la publicité, la vie quotidienne» (Annie Pirabot) ainsi que objets et arts dits primitifs. Textes de Jean Babelon, Jacques Baron, Georges Bataille, Alejo Carpentier, Arnaud Dandieu, Robert Desnos, Carl Einstein, Roger Gilbert-Lecomte, Marcel Griaule, Juan Gris, Eugene Jolas, Marcel Jouhandeau, Michel Leiris, Georges Limbour, Marcel Mauss, Léon Pierre-Quint, Jacques Prévert, Raymond Queneau, Zdenko Reich, Paul Rivet, Georges Ribemont-Dessaignes, Georges-Henri Rivière, André Schaeffner, Roger Vitrac, etc. Nombreuses contributions graphiques en pleine page de Hans Arp, Constantin Brancusi, Giorgio De Chirico, Alberto Giacometti, Juan Gris, Henri Laurens, Fernand Léger, André Masson, Joan Miró, Pablo Picasso, Joseph Sima, etc. * Lapproche novatrice et pluridisciplinaire de cette revue la placée parmi les plus importantes publications du siècle: dissidente du surréalisme tyrannique dAndré Breton, Documents se veut «machine de guerre contre les idées reçues» selon les dires de Bataille, et concentre un grand nombre dauteurs de tous horizons membres de lInstitut, peintres et poètes ex-dadaïstes et surréalistes, philosophes.... Elle restera célèbre pour ses rapprochements très inattendus: «Loin de juxtaposer des documents provenant de disciplines cloisonnées, loin de sen tenir à lhabituelle subordination de limage au texte, la revue du trio accorde à la photo, au dessin ou à limage, le privilège dêtre la matière la plus originelle ou la trace la plus originale des manifestations humaines» (Georges Sebbag). ETHNOGRAPHIE On a surtout retenu de Documents lapproche radicale de lethnographie portée par Bataille, fondée sur le matériel et détachée des considérations esthétiques et du traditionnel attrait pour lexotisme. Ces opinions novatrices constituent une première ébauche du Collège de sociologie que Georges Bataille fondera quelques années plus tard en compagnie de Michel Leiris, Roger Caillois et Jules Moncrot. Elles sont par ailleurs portées dans la revue par de nombreuses photographies de masques, pierres, et autres productions artistiques extra-occidentales (art sibérien, chinois...) mises en regard avec des uvres dart moderne, des dessins de Klee ou des peintures de Picasso. Bataille fait également appel au sulfureux Hans Bellmer, qui illustrera la célèbre seconde édition de lHistoire de lil, pour réaliser un terrifiant portrait de la déesse indienne de la destruction Kali. PHOTOGRAPHIE Laccent est notamment mis sur la photographie et parmi les plus célèbres contributions, figurent les clichés de Jacques-André Boiffard accompagnant lessai de Bataille dans le numéro 6 consacré au thème du pied, montrant différents orteils en gros plan: «Le sens de cet article repose dans une insistance à mettre en cause directement et explicitement ce qui séduit, sans tenir compte de la cuisine poétique, qui nest en définitive quun détournement []» écrit Bataille en conclusion. La fascination de ce dernier pour lanormal et le destructeur se reflète également dans le cliché fétichistes et sadomasochistes de Boiffard qui capture u
In-12 (186 × 118 mm) de 284-[4] pp. ; broché, couverture imprimée.
Édition originale. Exemplaire du service de presse sur papier d’édition. Précieux volume offert par l’auteur à Sylvia Bataille et à Jacques Lacan. Il porte cet envoi de Georges Bataille à l’encre bleue sur le faux-titre : à Sylvia et à Jacques affectueusement Georges Après avoir épousé l’auteur d’Histoire de l’œil en 1928, Sylvia Bataille partagea la vie de Jacques Lacan de 1938 jusqu’à la mort de ce dernier en 1981. Bataille gardera de bonnes relations avec son ex-épouse, et fut très proche de Lacan dans les années 1940. Sur le cercle intellectuel de Georges Bataille à cette époque, fréquenté entre autres par Jacques Lacan, Michel Leiris, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, voir Élisabeth Roudinesco. Sur Nietzsche est un des livres fondamentaux de Bataille, peut-être même la clef de tous les autres. «Si toute la pensée athéologique repose en effet tout entière sur la notion de système, elle en est en même temps l’excès. Des textes comme Madame Edwarda, Le Mort, Le Petit représentent sans conteste cet excès. Le Coupable, L’Expérience intérieure, d’une certaine façon aussi. Bataille ne les a-t-il pas sciemment expurgés de ce qui justifiait cet excès à en ruiner le système ? Mais le système existe, et Sur Nietzsche, le dernier des grands livres de cette somme, le met à nu... » (Michel Surya) «À peu d’exceptions près, ma compagnie sur terre est celle de Nietzsche...», a écrit Bataille, et aussi : « Je suis le seul à me donner, non comme un glossateur de Nietzsche, mais comme étant le même que lui.» Benoît Goetz s’est interrogé sur cette «mêmeté» de Nietzsche et de Bataille, «qui n’est pas identité, dont l’origine n’est pas d’ordre mimétique... Ou si identité il y a, elle est peut-être du même ordre que celle dont parlait Deleuze : “la grande identité” de Spinoza et de Nietzsche ». Cette « mêmeté », poursuit-il, « n’est pas sans rapport avec ce que Nietzsche a nommé “éternel retour du même”, et qui n’a rien à voir, comme Deleuze l’a bien souligné, avec la très vieille hypothèse de cycles cosmiques répétitifs. À travers la répétition tout change et varie. Bataille n’est donc pas un clone de Nietzsche, qui ne réclamait ni disciples ni épigones, mais un écho. Bataille fait écho à Nietzsche. On peut nommer ce phénomène “parodie”, même si le mot n’est plus à la mode. Cela signifie qu’une pensée et une écriture, un mode de vie, un ethos glissent le long d’autres textes et d’autres pensées, au point de les épouser, comme un anneau un autre anneau, mais sans confusion aucune. Noces contre nature, celles de la guêpe et de l’orchidée. Mélodie éternelle qui se chante elle-même.» Le saut nietzschéen dont il faut faire l’expérience, consisterait, pour Bataille, «à mordre la tête du serpent de l’esprit de vengeance (pour reprendre l’image du Zarathoustra), et à se débarrasser du ressentiment contre le temps et le “il était”. C’est le fond sans fond de la pensée du retour. [...] Comme Nietzsche, Bataille est un penseur du plus grand sérieux qui se renverse en jeu et en danse. » La pensée de Nietzsche, saisie à travers le prisme de l’œuvre de Bataille, « est por- teuse d’une affirmation qui n’est affirmation que de l’affirmation, et non d’une doctrine particulière. La “doctrine” de l’éternel retour est sans contenu, à la différence, sans doute, de la doctrine de la volonté de puissance. Pour parler comme Heidegger, cette dernière énonce quelque chose concernant l’être de l’étant. La “doctrine” de l’éternel retour, la “grande pensée” n’énonce rien de tel. Elle est l’affirmation d’une manière d’être, d’une manière de l’être lui-même, qui ne comporte rien de fixe, donc rien d’étant et qui par conséquent nous emporte nous-même...» Comme l’écrit Nietzsche dans Le Gai savoir, « L’impérieux jeu du monde / mêle l’être et l’apparence / L’éternelle extravagance / Nous y mêle pêle-mêle. » (trad. de Pierre Klossowski). Marges un peu jaunies, infimes traces d’usure à la couverture. Provenance : Sylvia Maklès (1908-1993) et Jacques Lacan (1901-1981), puis par descendance. – Sotheby’s, cat. Livres et manuscrits, 15 décembre 2020, lot 86. Références : Élisabeth Roudinesco, Jacques Lacan, Paris, Fayard,1993, pp.172-229, passim.– Michel Surya, Georges Bataille, la mort à l’œuvre, Paris, Gallimard, 1992 (rééd. 2012), p. 390, passim. – Benoît Goetz, « Éternel retour de Nietzsche », in Le Portique, revue de philosophie et de sciences humaines, no 29, 2012 (en ligne).
In-8 de [4]-205-[5] pp. ; maroquin noir, dos à nerfs orné de fers dorés dans l’esprit Belle Époque et en accord avec le cadre temporel du récit : des cercles évidés flanqués de palmettes évoquant un œil (ou orifice), doublure de maroquin rouge, gardes de suédine noire, plat supérieur de la couverture illustrée conservé, non rogné, tête dorée (Régine Deforges).
Édition originale. Le premier et le plus important des écrits posthumes de Bataille, Ma mère, est aussi son dernier roman, demeuré inachevé : un long ressassement érotique et incestueux, à la fois anachronique, répétitif, troublant, élusif, impossible – et surtout magnifiquement écrit. Un des 50 exemplaires sur vélin blanc de Lana (no 46), seul grand papier. C’est l’exemplaire personnel de Régine Deforges (1935-2014), «papesse» de l’édition érotique française, revêtu par elle d’une voluptueuse reliure en maroquin noir doublée de maroquin rouge. « Écrit en 1954 et 1955, Ma mère est le dernier roman de Georges Bataille ; publié pour la première fois en 1966, il est aussi la plus importante de ses œuvres posthumes. On lui attribue, à ce titre, une sorte de valeur testamentaire qu’il assume de fait pleinement, puisqu’il brasse la totalité des grands thèmes batailliens, dramatise nombre des réflexions théoriques de l’auteur et, par-dessus tout, explore son matériel fantasmatique le plus intime, depuis le roman familial le plus lointain jusqu’au rapport le plus immédiat à l’érotisme et à la passion amoureuse. [...] Il constitue le deuxième, et – par sa longueur – le plus important volet de cette autobiographie de Pierre Angélique qu’inaugurait, en 1941, un récit bien plus bref, Madame Edwarda. » Roman de la répétition érotique, et en cela d’une obédience toute sadienne, «Ma mère est aussi paradoxalement un romand’éducation (ou plutôt le roman d’une déséducation, si l’on se réfère à la célèbre lecture qu’en avança Mishima), et donc le récit d’une métamorphose. C’est bien sûr celle que Bataille lui-même a connue lorsque de jeune homme pieux il est devenu explorateur de la volupté souveraine, et le récit transpose nombre de traits autobiographiques : Bataille s’est longtemps senti coupable de la déchéance d’un père incompris, mort dans une ville lointaine (l’auteur avait alors l’âge de Pierre); il a nourri pour sa mère les fantasmes les plus crus, et pour Colette Peignot une passion à la fois pure et voluptueuse, comme celle qui lie Pierre à Hansi. » Cf. Gilles Philippe, op. cit. Provenance : Régine Deforges, 1935-2014 (reliure). Références : Georges Bataille, Romans et récits, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2004, notice de Gilles Philippe, pp. 1295-1311. – Michel Surya, Georges Bataille, la mort à l’œuvre, Paris, Gallimard, 1992 (rééd. 2012). Un des 50 exemplaires sur vélin blanc de Lana (no 46), seul grand papier. C’est l’exemplaire personnel de Régine Deforges (1935-2014), «papesse» de l’édition érotique française, revêtu par elle d’une voluptueuse reliure en maroquin noir doublée de maroquin rouge. «Écrit en 1954 et 1955, Ma mère est le dernier roman de Georges Bataille ; publié pour la première fois en 1966, il est aussi la plus importante de ses œuvres posthumes. On lui attribue, à ce titre, une sorte de valeur testamentaire qu’il assume de fait pleinement, puisqu’il brasse la totalité des grands thèmes batailliens, dramatise nombre des réflexions théoriques de l’auteur et, par-dessus tout, explore son matériel fantasmatique le plus intime, depuis le roman familial le plus lointain jusqu’au rapport le plus immédiat à l’érotisme et à la passion amoureuse. [...] Il constitue le deuxième, et – par sa longueur – le plus important volet de cette autobiographie de PierreAngélique qu’inaugurait, en 1941, un récit bien plus bref, Madame Edwarda. » Roman de la répétition érotique, et en cela d’une obédience toute sadienne, «Ma mère est aussi paradoxalement un roman d’éducation (ou plutôt le roman d’une déséducation, si l’on se réfère à la célèbre lecture qu’en avança Mishima), et donc le récit d’une métamorphose. C’est bien sûr celle que Bataille lui-même a connue lorsque de jeune homme pieux il est devenu explorateur de la volupté souveraine, et le récit transpose nombre de traits autobiographiques : Bataille s’est longtemps senti coupable de la déchéance d’un père incompris, mort dans une ville lointaine (l’auteur avait alors l’âge de Pierre); il a nourri pour sa mère les fantasmes les plus crus, et pour Colette Peignot une passion à la fois pure et voluptueuse, comme celle qui lie Pierre à Hansi. » Cf. Gilles Philippe, op. cit. Provenance : Régine Deforges, 1935-2014 (reliure). Références : Georges Bataille, Romans et récits, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2004, notice de Gilles Philippe, pp. 1295-1311. – Michel Surya, Georges Bataille, la mort à l’œuvre, Paris, Gallimard, 1992 (rééd. 2012).
In-8 (212 × 140 mm) de 1 f. blanc, 86-[1] pp. et 3 ff. blancs ; broché, couverture rempliée imprimée en rouge et noir.
Édition originale. L’achevé d’imprimer est du 15 décembre 1945 ; le copyright porte la date de 1946. Tirage limité à 260 exemplaires sur papier nacré teinté, dont 175 mis dans le commerce, 25 hors commerce et 60 réservés aux souscripteurs : celui-ci, un des 175, porte le no 114. On joint : Fragment du manuscrit autographe. D’un format à peine inférieur à celui du livre, ces 9 feuillets in-8 contiennent autant de poèmes de L’Orestie, dont trois non retenus dans le recueil et un avec variantes ; encre noire ou bleue sur papier crème (6), ligné en rouge (2) ou ligné en gris (1). La poésie au risque de la folie : le célèbre recueil « antipoétique » de Bataille. Les textes qui le composent furent rédigés vers 1942. Quatre poèmes, regroupés sous le titre de «La discorde», furent publiés dans la revue Les Quatre vents, dirigée par Henri Parisot (achevé d’imprimer du 25 septembre 1945), soit moins de trois mois avant la publication de L’Orestie sous forme de livre. En 1947, l’ouvrage formera, avec les récits en prose Histoire de rats et Dianus, un triptyque publié par les Éditions de Minuit sous le titre La Haine de la poésie (la première section du volume porte d’ailleurs ce titre, deuxautres sections étant intitulées, respectivement, «Être Oreste» et «Appendice. Poèmes disparates »). La Haine de la poésie sera réédité par les Éditions de Minuit en 1962 avec un nouveau titre, L’Impossible, et une préface spécialement composée par Georges Bataille pour cette édition définitive, ordonnée différemment. Reprenant à son compte la figure tragique d’Oreste – un Oreste passé de la création poétique à la critique de la poésie, et un Oreste qui aurait perdu l’esprit –, Bataille en fait « le porte-parole (le prête-nom) pour une entreprise vraiment “post-hégélienne” où s’instaure, au-delà de la négation du “donné naturel” (opération hégélienne), la rupture qu’opère la “poésie” – comprenons : la littérature arrivée dans le domaine effroyable qui est le sien », celui de l’im-possible. À la première section, dans laquelle s’exprime «l’impossibilité où est l’écrivain d’accéder au cœur de la poésie et la nécessité qu’il sent de reformuler cette impossibilité », succède Être Oreste, au sujet duquel Gilles Ernst, que nous venons de citer, écrit : « Il faut pourtant vivre. Et assumer la folie puisqu’on ne revient pas intact de la première expérience de la poésie. Être Oreste où la “parole en vers” s’est définitivement tue, et qui est imprimé en italique pour signaler le passage au grand trouble, décrit cette seconde expérience, affreuse parce que absolument sans échappée possible. » Exemplaire de Jacques Lacan, accompagné d’une partie du manuscrit : 9 feuillets autographes contenant des poèmes du « cycle » d’Oreste. Écrits entre la fin de l’année 1942 et le début de 1943, ces poèmes manuscrits, destinés à L’Orestie de 1945, furent donc donnés par l’auteur à son ami Jacques Lacan. À cette époque, Lacan était proche de Georges Bataille, qui était toujours le mari de sa compagne Sylvia. (Georges et Sylvia Bataille, séparés depuis 1934, divorcèrent en 1946 et Sylvia n’épousa Lacan que sept ans plus tard.) Au début de l’année 1943, quand les rafles nazies s’intensifièrent, Bataille proposa même à Lacan et à Sylvia, d’origine juive, de les héberger à Vézelay, mais cette offre ne se concrétisa pas. Le cercle intellectuel de Georges Bataille, fréquenté entre autres par Jacques Lacan, Michel Leiris, Jean-Paul Sartre ou Simone de Beauvoir, a été longuement évoqué par Élisabeth Roudinesco, op. cit. Dans la préface insérée en 1961 dans la réédition de L’Impossible, Bataille déclarait : « Je ne suis pas de ceux qui voient dans l’oubli des interdits sexuels une issue. Je pense même que la possibilité humaine dépend de ces interdits : cette possibilité, nous ne pouvons l’imaginer sans ces interdits. [...] Je ne crois d’ailleurs pas que ce livre pourrait jouer dans le sens d’une liberté sexuelle invivable. Au contraire : ce que la folie sexuelle a d’irrespirable en ressort ». Propos que Michel Surya, le biographe de Bataille, commente ainsi: «Peut-on imaginer que sur ce point Georges Bataille et Jacques Lacan étaient profondément d’accord ? Il n’est pas invraisemblable que ç’ait été entre eux un sujet de conversation capital. Il ne faut pas oublier en effet qu’ils se voyaient régulièrement, entre autres à Guitrancourt, chez Jacques Lacan. » Lire la suite de la description sur le site de la Librairie Métamorphoses : https://librairiemetamorphoses.com/boutique/manuscrits-et-autographes/nom/lorestie/
s. l. s. d. [1943] | 13.50 x 20.80 cm | 2 pages sur un feuillet
Lettre autographe signée de Georges Bataille à Denise Rollin, 46 lignes à l'encre noire sur un feuillet, mouillure en haut à droite sans atteinte au texte. La recherche d'une maison à Vézelay est l'objet de la majeure partie de cette lettre : « J'ai déjà vu une maison et un appartement. » En 1943, Georges Bataille a le projet de louer à Vézelay une maison où le couple va s'installer avec Laurence, la fille de Georges et Sylvia, et Jean (alias Bepsy), le fils de Denise Rollin. Les amants viennent de se séparer : « Cela me déchire toujours de me séparer de vous. Hier je sentais un terrible malaise. Je n'en suis guère sorti qu'en me rendant compte que, sans doute, je ne serai pas venu pour rien et que nous devrions pouvoir nous installer ici. » Pour l'aider à faire son choix, il décrit à Denise les différents avantages et inconvénients des deux habitations : « La maison est vraiment bien avec malheureusement un inconvénient sérieux : le jardin se termine par un mur bas sur lequel Jean pourrait grimper et il pourrait tomber de l'autre côté qui est plus bas. On domine la campagne de très haut et de très loin. Le jardin est joli, l'intérieur un peu triste, un peu délabré. L'appartement n'est pas mal mais sans jardin et sans aucune vue sur la campagne. » Le couple met un grand soin à choisir l'endroit idéal pour accueillir leur famille recomposée. Il est même question de faire venir Sylvia Bataille et Jacques Lacan à Vézelay pour les y installer. L'appartement avec lequel hésite Bataille : « il n'y a rien d'autre à louer que ce que j'ai vu » est peut-être celui qu'il réserve pour Jacques Lacan et Sylvia Bataille. Bataille et son ex-épouse Sylvia s'étaient séparés en 1934 et cette dernière avait retrouvé l'amour avec le psychanalyste Jacques Lacan qu'elle épousera en 1953. Après ces considérations immobilières, Bataille s'inquiète d'un autre problème, la nourriture : « Pour le ravitaillement, c'est certainement dur mais, à tout prendre, on devrait se sortir d'affaires de façon ou d'autre. » En effet, la Seconde guerre mondiale en est à son tournant, les nazis sentant leur emprise menacée redoublent de fermeté. Couplé à une augmentation des prélèvements agricoles, il en résulte une raréfaction de la nourriture : « Je dis qu'on se tirerait sûrement d'affaire pour le ravitaillement en ce sens qu'on a de la viande à volonté. Les légumes sont difficiles à trouver. On peut peut-être avoir du lait, pas de beurre. Selon les gens, ici, si les Zervos le veulent, ils pourraient très bien nous débrouiller. » Christian et Yvonne Zervos furent des figures importantes dans la ville de Vézelay où ils achetèrent une maison de campagne en 1937. Il était l'éditeur des Cahiers d'art dans lesquels Bataille a publié et elle fut la directrice de la galerie du même nom. Au début de la guerre, ils décidèrent de s'y installer de façon permanente et profitèrent de l'isolement de la propriété pour cacher leurs amis Paul Éluard et Nusch. Le couple Zervos est donc bien installé à l'époque de cette lettre et Bataille en a été prévenu par les gens de la région : « Ils pensent que connaître les Zervos serait un grand avantage sur des gens qui viennent s'installer ici sans connaître personne. » Mais il ne semble pas avoir mis ce conseil à profit, sans doute absorbé par ses sentiments et par la rédaction de son ouvrage Le Coupable. L'installation de Diane Kotchoubey, future amante de Bataille, à Vézelay quelques temps après cette missive scellera le destin du couple Bataille-Rollin. Avant la fin de l'année 1943, Bataille quittera Denise Rollin pour sa nouvelle passion. - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -
Paris s. d. [3 ou 4 juin 1940] | 20.90 x 26.90 cm | 2 pages sur un feuillet
Touchante lettre autographe signée de Georges Bataille à Denise Rollin, 37 lignes à la mine de plomb, petite mouillure en haut à droite, sans atteinte au texte. Georges Bataille tente de rassurer sa compagne Denise Rollin: «Je t'en supplie. Il ne faut pas t'inquiéter, mais pas du tout.» Elle est partie s'installer à Vézelay où Bataille la rejoindra bientôt. Il est resté à Paris où les bombardements ne perturbent en rien la vie des parisiens: «Tu n'imagines point à quel point les petits dégâts qu'on voit paraissent insignifiants à côté de la place intacte qu'il y a de tous les côtés. Pendant toute l'alerte, j'ai déjeuné bien tranquille avec mon chef de service de passage à Paris (il vit au front)» Bataille n'a pas renoncé à son emploi de bibliothécaire à la Bibliothèque nationale. Tuberculeux, il n'est pas envoyé au front et il en profitera pour rédiger plusieurs textes à cette époque tels que Madame Edwarda ou Le Coupable. Plus loin, il évoque une visite: «Un peu après, Henri Michaux est venu me voir» Les deux hommes avaient participé à la revue Mesures et avaient en commun d'être à part de la nébuleuse surréaliste. Il se retrouve dans leurs uvres respectives une violente indépendance et la même tension vers la spiritualité, une forme de mysticisme. Bataille avait fréquenté le séminaire dans sa jeunesse et Michaux a plaisamment dit de lui: «Il donne l'impression d'un séminariste sortant furtivement d'une pissotière.» Après ces nouvelles presque triviales, Bataille se lance dans une analyse de ses sentiments: «Ce que tu me dis dans ta lettre, c'est pour moi ce qui délivre, c'est comme la nudité, tout ce qui se déchire entre toi et moi. Mais, encore une fois, je ne me suis jamais senti aussi près de toi.» Il demande à sa correspondante: «il faut me dire tout. C'est très doux que j'aie vu où tu es, que je connaisse les chemins que tu prendras, les ponts par où tu passeras.» La sensualité n'est jamais loin du sentiment pour l'auteur: «Dis-moi aussi quelle chambre tu as: pour que je songe à toi dans cette chambre et à tout ce qui arrivera là quand nous serons de nouveau ensemble.» De cette sensualité, et des sensualités passées, il reste les fruits que sont les enfants. Denise Rollin est partie à Vézelay en compagnie de son fils Jean, surnommé Bepsy: «Tu ne me dis rien de ta vie avec Bepsy [...] Bepsy est-il plus calme: moi aussi je l'ai entendu crier dans tes bras.» Bataille remercie Rollin: «Pour Sylvia je t'ai une immense reconnaissance de m'avoir aidé à changer.» Sylvia Bataille fut la première épouse de Georges Bataille. Ils s'étaient séparés en 1934 mais ne divorceront qu'en 1946. De cette relation, pour l'auteur: «Il ne reste que Laurence et la nécessité d'envisager les choses sans heurt» Laurence était la fille née de ce mariage en 1930. Elle rejoindra Bataille, Rollin et Bepsy en 1943 lorsque son père ira s'installer à Vézelay. - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -
S. n. | s. l. s. d. [circa 1940-1943] | 20,7 x 27,0 cm | 2 pages sur un feuillet
Belle et longue lettre autographe signée de Georges Bataille à Denise Rollin, inédite, déchirée en cinq morceaux n'affectant pas la lecture, 34 lignes à l'encre noire sur un feuillet. Fréquentant tous les deux les milieux intellectuels et artistiques parisiens, Georges Bataille et Denise Rollin se rencontrèrent au cours de l'année 1939. Elle fut notamment l'amie de Cocteau, Prévert et Breton. Bataille la décrivit ainsidans ses carnets pour Le Coupable : «une illusion aussi fragile qui se dissiperait au moindre souci, au moindre relâchement de l'inattention.» Il reste peu de détails sur leur relation car la vie privée de Georges Bataille, particulièrement à cette époque, n'est pas tant documentée. Il apparaît dans cette lettre les sentiments profonds que Denise Rollin provoquaient chez Bataille: «Maintenant je n'aspire plus qu'à une chose c'est à vous prouver que je n'appartiens plus qu'à vous, que je suis rivé à vous [...]» L'absolu de cet amour est tel que Bataille est prêt à tout : «[...] que vous le sachiez à tel point que si je ne devais plus avoir d'autre moyen qu'une profanation pour vous le prouver, je ferais devant vous cette profanation.» Il se sent pourtant coupable: «Je ne peux pas parler de l'état auquel je suis arrivé, je suis trop agité. Je sens, j'espère que c'est absurde. J'ai honte même de tant souffrir et de vous ennuyer avec ma souffrance quand vous seule êtes malade.» L'année précédente, il avait perdu sa compagne des suites de la tuberculose. Démuni devant la maladie, il admet: «[...] moi je ne peux pas vous guérir, je ne peux même pas vous soigner [...]» Seule Denise Rollin serait capable de l'apaiser: «Tout était noir auparavant [...] ce que je souffre et que vous pouvez si facilement guérir chaque fois que vous le voudrez [...]». Abandonné aux affres de l'angoisse, Bataille admet: «Je suis tellement fou en ce moment (et de cela je veux vous parler) que je ressens comme une complicité et une perfidie de tous pour me faire mal, comme si vous vous prêtiez au jeu pour que je sois encore plus désespéré [...]» Au bord de la paranoïa, il supplie Rollin: «La seule chose dont je veux vous supplier [...], c'est de ne plus douter sans cesse de moi comme vous l'avez fait.» Il comprend pourtant: «[...] il y avait en moi et dans mon passé de quoi vous paraître insupportable [...]» Il lui offre une solution: «Ce qui m'apaiserait le plus si vous m'écriviez, ce serait que vous me disiez que vous me croyez, que vous voulez bien que je sois votre chose.» - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -
s. l. s. d. [circa 1940-1943] | 20.90 x 27 cm | 1 page
Lettre autographe signée de Georges Bataille à Denise Rollin, 18 lignes à l'encre noire. Lettre d'une passion amoureuse durant la guerre, Georges Bataille est à Paris où l'offensive allemande bat son plein: «[...] l'attaque allemande recommence.» Mais ce bouleversement n'atteint pas l'exaltation amoureuse de Bataille, au contraire: «Quelque fois je pense que c'est comme s'il y avait entre toi et moi quelque chose de plus violent et de plus terrible du fait que nous nous sommes trouvés au milieu d'une aussi grande tourmente. Comme si l'amour le plus vrai ne pouvait s'accorder qu'avec le dérangement de tout.» L'écriture possède une qualité presque magique d'incarnation: «En t'écrivant cela c'est comme si tout s'ouvrait de toi à moi et d'une telle façon que ce qui est vivant là pouvait se rire de tout.» Couplée à l'imagination et la force des sentiments, elle permet de vaincre l'absence: «[...] tout à coup tu es là auprès de moi, c'est comme si l'étendue était impuissante à nous séparer.» Bataille tente de rassurer sa correspondante: «Mais en aucun cas il ne faut t'inquiéter de moi. Je te retrouverai encore ce soir à neuf heures.» Il conclut sa lettre en lui demandant: «Embrasse fort la petite Laurence et dis-lui que je lui écrirai demain.» Laurence est la fille que Georges Bataille a eu avec Sylvia Bataille, sa première épouse. Elle est à l'époque de cette lettre à Vézelay avec Denise Rollin, dans cette famille recomposée qui comprend également Jean, le fils que Denise a eu avec son époux. Une preuve s'il en fallait de la liberté sexuelle et morale, encore rare à l'époque, du couple Bataille-Rollin que l'on retrouve dans les revendications de l'auteur. - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -
In-12 (183 × 117 mm) de 225-[5] pp. ; demi-basane noire, dos à faux-nerfs avec titre à l’œser rouge, plats de papier rose foncé, gardes et contregardes du même papier, couverture conservée, le dos n’a pas été préservé (reliure de l’époque).
Édition originale. Exemplaire sur papier d’édition. Envoi de l’auteur à l’encre noire sur le faux-titre : à Sylvia si affectueusement Georges C’est l’exemplaire de Sylvia Bataille, dont l’auteur avait divorcé en 1946 alors qu’elle partageait la vie de Jacques Lacan depuis 1938 (elle n’épousera ce dernier qu’en juillet 1953). Ce roman « athéologique » – il met en scène Robert C., un prêtre déchiré entre mysticisme et débauche, son frère jumeau libertin, Charles C., et une héroïne sadienne, Éponine – est traversé, comme tous les récits de Bataille, de références auto- biographiques. Surtout, L’Abbé C. subit la double influence de Sade et de Laure/Colette Peignot : de Sade, dont il se sépare sur le fondement moral du désir, Bataille cherchant plutôt «à penser une communauté qui fonderait la sexualité»; de Laure, qui avait reproché à Bataille: «Et tu prétends te réclamer de Sade ! Cela ne me mènera jamais à sentir la sacristie, les histoires de famille et le ménage. Tu te réclames en effet des curés catholiques. Au lieu d’un libertinage qui pourrait être une sorte de mouvement puissant et heureux même sans le crime tu veux qu’il y ait un fond amer entre nous. Tu me représentes une apparence de gosse qui sort du confessionnal et va y retourner. – Une apparence de prêtre à cochonneries. » Bataille, souligne Jean-François Louette, « écrit L’Abbé C. dans le souvenir de ces phrases de Laure, ou comme un dialogue avec celle que voici : “Il est temps d’affirmer que la religion du crime nous empoisonne tout autant que celle de la vertu”. Il décide d’assumer la figure que Laure aussi bien que les surréalistes lui prêtent, afin de montrer le sens qu’il lui donne; et la gémellité de Robert et Charles forme le moyen d’exprimer cette dualité interne, celle du prêtre et du libertin ». Autres influences détectées : celle du roman noir, notamment La Confession du pêcheur justifié de James Hogg, que Dominique Aury venait de traduire – un livre envoûtant explorant les thèmes du double et de la gémellité –, ainsi que celle, toujours présente chez Bataille, des romans de Dostoïevski. Enfin, le même Jean-François Louette évoque la figure antagoniste (« la concurrence », écrit-il) de Jean Genet, le seul écrivain, à l’époque, capable de conjuguer en un même récit les thèmes abordés par Bataille dans L’Abbé C. : le sexe, le crime, la guerre, la tra- hison. «C’est sûrement de Genet que Bataille est en 1950 le plus proche». L’auteur de Madame Edwarda n’écrivait-il pas en 1949, dans un compte rendu de la pièce Haute surveillance, ces mots qui résonnent haut et fort chez tout lecteur de Jean Genet : « Il n’est pas de morale possible à vouloir ignorer les vertus du mal » ? Marges un peu jaunies, la couverture est très légèrement tachée. Sobre et séduisante reliure de l’époque conjuguant le rouge du sang et le noir de la soutane. Provenance : Sylvia Maklès (1908-1993) et Jacques Lacan (1901-1981), puis par descen- dance. – Sotheby’s, cat. Livres et manuscrits, 15 décembre 2020, lot 86. Références : Jean-François Louette, notice, in Georges Bataille, Romans et récits, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2004, pp. 1257-1285. – Élisabeth Roudinesco, Jacques Lacan, Paris, Fayard, 1993, pp. 172-229, passim. – Michel Surya, Georges Bataille, la mort à l’œuvre, Paris, Gallimard, 1992 (rééd. 2012), p. 176, passim.
Paris, Les Libraires Entre Les Lignes, (7 avril) 1998 1 vol. (125 x 215 mm) de 13 pp. et [1] f. Broché. Edition originale. Un des 34 exemplaires sur Chronos (n° 27), justifié et signé par l'éditeur et Michel Waldberg.
Ce texte, préfacé par Michel Waldberg, est une version inédite et vraisemblablement antérieure du chapitre trois de "La Pratique de la Joie devant la Mort" parue dans le n° 5 de la revue Acéphale en juin 1939. Elle diffère notamment par la description d'une méthode de méditation pour atteindre un état propice à la « Pratique ». À l'instar des techniques yogi, cette méthode fait appel au silence, à la posture et au souffle. Mais la vraie différence est la présence de l'étoile Alcool. Elle est appelée par les trois premières phrases, véritables actes d'engagement et de consentement. Parfait état de neuf.
Paris, Les Libraires Entre Les Lignes, (7 avril) 1998 1 vol. (125 x 215 mm) de 13 pp. et [1] f. Broché. Édition originale. Un des exemplaires sur vergé non justifiés, signé par Michel Waldberg.
Ce texte, préfacé par Michel Waldberg, est une version inédite et vraisemblablement antérieure du chapitre trois de "La Pratique de la Joie devant la Mort" parue dans le n° 5 de la revue Acéphale en juin 1939. Elle diffère notamment par la description d'une méthode de méditation pour atteindre un état propice à la « Pratique ». À l'instar des techniques yogi, cette méthode fait appel au silence, à la posture et au souffle. Mais la vraie différence est la présence de l'étoile Alcool. Elle est appelée par les trois premières phrases, véritables actes d'engagement et de consentement.
1918 1 vol. broché 1 page in-4 à l'encre, vers 1918. Brouillon autographe de deux poèmes, l'un de six vers, entièrement raturé (et sans doute inachevé), l'autre de quatre quatrains en alexandrins, intitulé "Les Fronts des vieux". C'est le seul document connu attestant des recherches poétiques de Georges Bataille dans sa jeunesse, selon son biographe Michel Surya : "Il a dû exister des poèmes de jeunesse de Bataille. Un seul a pu être retrouvé parmi les papiers ayant appartenu à sa cousine Marie-Louise : 'Les fronts des vieux'. Il est inédit et, sans doute, est-ce mieux ainsi." (Georges Bataille, la mort à l'oeuvre. Paris, Séguier, 1987, p. 38)D'inspiration parnassienne, le poème décrit la physionomie des paysans auvergnats burinée par les rigueurs du climat : "Quand le vent sur la neige abattue dans la nuit / Fait un ravage rude et froid sur les plateaux (...) Rien n'est plus en son lieu qu'un front barré de rides / Fronçant des yeux riants sous le chapeau bourru (...) Fronts du paysan fruste et du paysan vieux / Dont l'âme est souvenante et le corps est cassé". Une dédicace empruntée à Beethoven et placée en exergue, "An die Fernen geliebten" (aux êtres chers éloignés), laisse penser que Bataille a composé ce poème, soit pendant sa mobilisation en 1916, soit aux premiers temps de son installation à Paris en 1918. Document unique.
Billom (Puy-de-Dôme). 1982. Grand in-8° à l'italienne, broché. Nombreux photos et documents reproduits. 84 pages. Bon état.
Catalogue d'une exposition organisée par l'association Billom-Bataille (Georges Bataille étant né dans cette commune du Puy-de-Dôme). Le texte principal est de Jean Piel. Intéressant article de Dominique Lecoq sur le photographe Jacques-André Boiffard. Article de René-Jean Clot sur les dessins de Raymond Queneau (avec des reproductions). Autres contributions de Christian Limousin, Patrick Rousseau, Claude Rameil, Michel Blais
[1949] Rare portrait inédit de Georges Bataille, posant de face, les mains croisées, où sont à peine esquissés les contours du visage, pour mieux faire ressortir l'expression intense et pénétrante du regard, à la limite de la folie. Cette étonnante oeuvre sur parchemin a figuré à l'une des premières expositions de Robert Lapoujade, "Portraits d'écrivains exécutés à la pointe d'argent" (Galerie Chardin, Paris, 1949). Bataille a composé en regard de son portrait un long commentaire - lui aussi inédit - qui est une méditation sur les concepts de mort et d'absence : "Etre d'air ? de lumière ? être encore ? être c'était mourir à l'être qui n'est pas, quand la parfaite inanité de l'être qui est renonce à l'absence qui me rompt le coeur. Mais la vérité, l'absence, si tout se dissipe se révèle." Document unique et inconnu des biographies.
[Masson] - Jean-Louis BARRAULT- Georges BATAILLE - André BRETON- Robert DESNOS - Paul ELUARD - Armel GUERNE, Pierre-Jean JOUVE - Madeleine LANDSBERG - Michel LEIRIS - Georges LIMBOUR - Benjamin PERET
Reference : 013127
(1940)
S.l. S.n. 1940 plein maroquin gold, lettre or au dos lisse, tête dorée, couverture illustrée et dos conservés. Edition originale
EDITION ORIGINALE de cet album publié à l'initiative de Robert Desnos et d'Armand Salacrou, regroupant 54 dessins d'André Masson et des textes de Jean-Louis Barrault, Georges Bataille, André Breton, Robert Desnos, Paul Eluard, Armel Guerne, Pierre-Jean Jouve, Madeleine Landsberg, Michel Leiris, Georges Limbour et Benjamin Péret consacrés à l'artiste. Tirage à 400 exemplaires numérotés et signés des initiales par le peintre. Un des 297 sur vélin de luxe. Petite insolation en couverture mais bon exemplaire. Bon 0
s. l. s. d. [circa 1940] | 20.90 x 26.90 cm | 2 pages sur un feuillet
Lettre autographe signée de Georges Bataille à Denise Rollin, 40 lignes à l'encre noire, 2 pages sur un feuillet. La relation entre Georges Bataille et Denise Rollin a duré de l'automne 1939 à l'automne 1943 et a laissé une courte mais passionnante correspondance. La présente lettre date des débuts de leur histoire mais laisse déjà apparaître les angoisses de Bataille: «Peut-être ai-je été trop heureux avec vous pendant quelques mois, même alors que l'angoisse ne tardait jamais beaucoup à interrompre, au moins pour un temps, un bonheur qui était presqu'un défi.» Amoureux passionné, il passe de l'exaltation au doute le plus profond et offre même à sa maîtresse une potentielle échappatoire à leur relation: «Si vous ne pouvez plus supporter, me supporter, je vous en supplie, ne vous trompez plus: dites que c'est moi, et non une maladresse que j'aurais pu éviter, qui est facilement réparable.» Il se propose en tant que victime sacrificielle sur l'autel de leur amour plutôt que de vivre une histoire fade et sans saveur: «Comprenez-moi quand je vous dis que je ne voudrais pas que tout s'enlise, que je veux bien accepter la souffrance pour moi, plutôt que pour vous et moi une sorte de médiocrité infirme.» Plus tôt dans la lettre, c'est à l'humour qu'il a recourt pour la distraire de ses préoccupations: «J'ose à peine vous faire rire en vous racontant que je maigris, que mes pantalons tombent quelquefois, parce que je n'ai pas encore pris l'habitude de serrer la ceinture au nouveau cran.» Puis, il se refait suppliant: «je vous écris comme un aveugle, parce qu'en me parlant comme vous le faites quand vous me quittez ou quand vous me téléphonez, vous me faites tomber dans une obscurité presqu'insupportable.» Avant de tenter de se raisonner lui-même: «il y a des moments où j'ai honte de douter de vous et d'avoir peur, ou encore de perdre stupidement la tête.» Enfin, cerné par toutes ses incertitudes d'homme amoureux, Bataille tente de trouver du répit dans l'évocation de la famille qu'il a recomposée avec Denise et son fils Jean (alias Bepsy): «Si vous m'écrivez, dites-moi comment est Bepsy, c'est la seule chose, peut-être, que vous pouvez me dire qui ne touche plus en moi un point douloureux.» - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -
Paris Gallimard NRF 1945 In-12 Broché
Edition originale, Maximes et textes recueillis et présentés par Georges BATAILLE. Un des 1650 exemplaires numérotés sur alfa vergé Lafuma-Navarre, seul tirage. Bel exemplaire sous couverture gris bleuté imprimée en noir et rouge. Très bon 0
Paris Jean-Jacques Pauvert 1966 in 12 (18,5x12) 1 volume broché, couverture imprimée à rabats, 71 pages [3]. Note de Jean-Jacques Pauvert. Préface de Georges Bataille. Achevé d'imprimer à la date du 30 juin 1966. Georges Bataille, 1897-1962, écrivain français. Première édition sous le nom de Georges Bataille. Bel exemplaire ( Photographies sur demande / We can send pictures of this book on simple request )
Très bon Broché
Stanford Stanford French Review 1988 1 vol. Broché plaquette in-8, agrafée, p. 13-30. Tiré à part de cet article en français paru au sein d'un numéro spécial sur Georges Bataille.
Gallimard, Les Essais XIII, 1943, 1 volume in-12 de 190x120 mm environ, 252 pages, broché, feuillets non coupés. Exemplaire du Service de Presse, première édition. Couverture insolée avec légers plis de lecture sur le dos, quelques rousseurs sur la tranche de tête, sinon bon état.
Georges Bataille, né le 10 septembre 1897 à Billom (Puy-de-Dôme), mort le 9 juillet 1962 à Paris, est un écrivain français. Merci de nous contacter à l'avance si vous souhaitez consulter une référence au sein de notre librairie.
s. l. [Paris] [circa 1940-1943] | 21 x 27.30 cm | 1 page
Lettre autographe de Georges Bataille à Denise Rollin, 14 lignes à l'encre noire et à la mine de plomb. Cette lettre, issue de la correspondance amoureuse que Bataille adresse à Denise Rollin durant la guerre et l'Occupation, contient en germe les sentiments qui explosent dans toute l'oeuvre de Bataille. Flux et reflux incessant d'amour et de souffrance, d'extase et de déception, de calme et d'énergie, mêlant tutoiement et vouvoiement, compliments et reproches, cette lettre ressemble à son auteur et à l'époque : « Comment pouvez-vous être assez aveugle pour ne pas voir le mal que vous me faîtes en vous laissant aller au premier caprice venu ? Que je le veuille ou non, une vie ne peut pas dépendre de caprices vides de sens. » La relation est houleuse, les deux protagonistes sont passionnés. Dans son ouvrage Le Coupable, il résume les affres de la passion amoureuse : « L'amour a cette exigence : ou son objet t'échappe ou tu lui échappes. S'il ne te fuyait pas, tu fuirais l'amour. Des amants se trouvent à la condition de se déchirer. L'un et l'autre ont soif de souffrir. Le désir doit en eux désirer l'impossible. Sinon, le désir s'assouvirait, le désir mourrait. » Ainsi Bataille, amoureux, souffre : « Je n'ai même plus le courage de vous dire ce que je souffre : en tout cas imposer une pareille souffrance à un homme exactement pour rien, cela devient comme une maladie, comme un délire. » Denise Rollin se montrait-elle cruelle ou Bataille était-il inutilement angoissé ? Toujours est-il qu'il se montre las de ces agitations : « Je ne sais pas comment j'ai trouvé moyen d'espérer malgré tout, jusqu'ici. » - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -
s. l. [Paris] s. d. [1940-1943] | 13.40 x 20.40 cm | 2 pages sur un feuillet
Lettre autographe signée de Georges Bataille à Denise Rollin, 25 lignes à l'encre noire sur un feuillet. Première des lettres que Bataille envoie à Denise Rollin après le départ de cette dernière pour Vézelay. Bataille reste à Paris car il est employé à la Bibliothèque nationale qui ne ferme pas durant la guerre. La séparation vient de se produire mais Bataille s'empresse d'écrire : « J'ai hâte de mettre la lettre à la poste, elle vous suivra de très près, comme tout ce que je suis voudrait vous suivre partout. » Pour l'apaiser, il cherche dans les évènements des indices de bon augure : « La sirène que vous avez entendue à l'instant même où nous avons été séparés l'un de l'autre annonçait une fin d'alerte. D'abord j'ai été déprimé par une coïncidence désarmante mais quand j'ai su que c'était la fin de l'alerte je me suis pris au contraire à espérer. » Dans cet éloignement, bien qu'essentiels, les mots sont pauvres pour exprimer le désarroi de Bataille : « Mais combien c'est dur de me sentir ainsi tout à coup arraché à vous, de ne plus rien pouvoir vous dire, d'être réduit à cette lettre. » Il cherche à faire comprendre à Denise la frustration qui l'habite : « Je voudrais que cela soit si transparent entre nous et si ardent en même temps que lorsque vous toucherez ce papier ce soit comme si nous nous touchions. » Il souhaite retrouver cette proximité qu'ils ont tous les deux éprouvée : « Comme j'ai été près de vous dans la voiture tout à l'heure, presque comme jamais : je suis sûr que c'était la même chose pour vous. » - Photographies et détails sur www.Edition-Originale.com -
Paris Pauvert 1956 1 vol. relié in-12, reliure de l'éditeur de feutrine verte, chemise et étui de rhodoïd, 81 pp. Première édition publique avec la préface de Bataille en originale. Tirage limité à 1500 exemplaires numérotés. Dos passé comme souvent.