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Phone number : 01 42 84 16 68Très intéressant catalogue regroupant plus de 1500 échantillons de tissus proposés aux maisons de couture. France, vers 1920. In-folio regroupant plus de 1500 échantillons de tissus sur 171 pages. Quelques échantillons manquent. Relié en demi-toile grise de l’époque à coins. 475 x 320 mm.
[video width="1814" height="1020" mp4="https://www.camillesourget.com/wp-content/uploads/2016/11/Video-album-tissus-1920-MD.mp4"][/video] Très intéressant album d’échantillons présentant un assortiment très varié de tissus aux couleurs et aux motifs multiples : unis, rayés, quadrillés, écossais, ornés de décors géométriques, de motifs fantaisie, de fleurs stylisées, de dessins abstraits… Ce volume présente la collection annuelle proposée par une manufacture de tissus à l’un de ses clients, sans doute une maison de couture. Chacune des pièces collées dans l’album est numérotée afin de faciliter la commande passée par le client. Les motifs, destinés à être reproduits sur toute sorte de vêtements, sont ici imprimés sur de la soie, du satin, du crêpe et de la mousseline. Le présent album semble avoir été produit par une manufacture française (d’après les titres manuscrits présents en haut de chaque page : « dessin »), mais exporté aussitôt vers l’Allemagne. En effet, des annotations manuscrites et des commentaires ont été rajoutés en allemand tout au long du volume. Sans doute est-ce le signe de la prédominance française dans l’univers de la mode au lendemain de la guerre. Bel ensemble d’échantillons d’étoffes, conservé dans sa reliure de l’époque, qui révèle les goûts vestimentaires des Européens au lendemain de la première guerre mondiale. Cet échantillonnage de la production française, des étoffes les plus communes aux modèles plus chatoyants des fabriques de soieries, apporte une contribution précieuse aux historiens de la mode et du costume. Ce type d’ouvrage est d’ailleurs convoité par toutes les grandes maisons de mode et par les historiens du tissu.
Le grand livre illustré sur la cité d’Assise. Montefalisco (Montefiascone), Typographia Seminarii, 1704. In-4, (10) pp. dont 1 frontispice gravé, 104 pp., 78, (2), 16, 12 planches dont 11 dépliantes et 1 à pleine page. Plein veau brun, dentelle dorée encadrant les plats, dos lisse richement orné, doublures et gardes de papier polychrome, tranches rouges. Reliure du XVIIIe siècle. 283 x 190 mm.
Première édition du premier livre imprimé à Montefiascone. Graesse, Trésor de livres rares et précieux, 127; Platner p. 50. Pas dans Lozzi. «Rare.» (Catalogue de la bibliothèque de S.E.D. Paolo Borgese). « Livre curieux, notamment pour les gravures dont il est orné» (Catalogue des livres provenant de la bibliothèque de l’Abbé Sébastien Donati). “’They say that the body of St. Francis is buried there in a place which they show, but the truth is that no one knows the exact spot, not even those in the monastery, except the Pope, one cardinal, and a brother of the monastery, to whom the Pope confides the secret.’ Thus the Spanish pilgrim Pero Tafur summarized his visit to the tomb of St. Francis at Assisi in the spring of 1436… In the sixteenth century, widespread belief in a lost tomb below the Church crystalized around the concept of a third, hidden church. Giorgio Vasari, in the 1550 edition of his famous ‘Lives’, discussed the Basilica of S. Francesco in terms of a tripartite structure: ‘Maestro Iacopo Tedesco designed a beautiful church and convent, built according to the model of three orders: one to act as a crypt, the others as two churches’. In the early years of the seventeenth century, a pilgrim’s pamphlet printed in Assisi graphically captured these beliefs in a series of engravings, while a groundplan and view of the ‘third church’ were included in the first comprehensive history of the Basilica, Francesco Maria Angeli’s ‘Collis Paradisi’, published posthumously in 1704”. (“The tomb of St. Francis in history, legend and art”) L’illustration superbe comporte 1 frontispice gravé orné des armoiries du pape et 12 gravures sur cuivre par Francesco de Providonis dont 11 dépliantes et 1 à pleine page. Bel exemplaire conservé dans sa reliure de l’époque de cet important ouvrage illustré sur l'histoire et l'art de la ville d'Assise et des lieux franciscains.
Séduisant exemplaire conservé dans son vélin souple du temps. L’exemplaire personnel du peintre Antoine Rivalz, avec son ex-libris manuscrit. Venetia, Camillo e Rutilio Borgominieri, 1569. In-folio de (1) f. bl., 195 pp., (6) ff. Vélin souple, titre calligraphié au dos, mouillures éparses, petites galerie de vers marginales sans aucune atteinte au texte. Reliure de l’époque. 313 x 225 mm.
Précieuse édition originale de 1568, avec titre de relais, de ce rare traité. Adams, B-171 ; Berlin Kat., 4694 ; Brunet, I, 644; Cicognara, 809; Fowler, 36; Gamba, 1233; Mortimer Italian, 39 ; Censimento, 16 CNCE, 4133 ; Riccardi, I, p. 76-77. Elle est illustrée d’un très beau titre gravé et de 200 figures gravées dans le texte représentant des illusions d’optique, des formes géométriques, des perspectives, des coupes architecturales, le théâtre de Franceschi, des lettrines, les mesures du corps humain… Plusieurs états de l’édition originale sont décrits sans priorité : le premier dans lequel la date du titre et du colophon est 1568, un état intermédiaire avec le titre seul daté de 1569, un autre dans lequel les deux dates sont changées. Il s’agit du premier ouvrage de perspective pratique publié en Italie. « Opera dottissima e diligentissima” (Cicognara). Les trois bois à pleine page de scènes de théâtre proviennent du Serlio de 1566 ; d'autres sont des copies de Dürer Underweysung der messung. La dernière planche donne une belle représentation d'un instrument de mesure nouvellement inventé par Giacomo Fusto Castriotto. “Barbaro mentions a camera obscura fitted with a ci-convex lens. He introduces a novelty - the use of a diaphragm to sharpen the image. This is the first mention of a device essential in photography... " (Gernsheim, Hist. of Photogr., p. 22) Barbaro reprend dans son ouvrage les idées de Pelerin, Durero, Serlio et Cataneo en les simplifiant et en rendant la perspective plus accessible aux artistes, aux architectes aux peintres et aux sculpteurs. Il donne la première description de la « camera oscura ». “Daniele Barbaro (1514-1570) took an enthusiastic interest in perspective. He was a well-educated scholar from the Venetian nobility and had a distinguished diplomatic career, first within the political administration – spending part of this period as an ambassador to England- and later in ecclesiastical circles. His many activities included commenting on and supervising the publication of an edition of Vitruvius’s work on architecture. In 1568 Barbaro published “La pratica della pespettiva”. On the title page of the work he claims it was beneficial reading for painters, sculptors and architects. Barbaro was well acquainted with the perspective literature and covered almost all the aspects of the discipline known at the time and in a way that makes his book almost encyclopedic.” (K. Andersen). Séduisant exemplaire conservé dans son vélin souple du temps. Provenance : ex-libris manuscrit du peintre Antoine Rivalz daté de 1701 correspondant à l’année de son retour de Rome à Toulouse, après plus de dix ans en Italie. Riche de l’enseignement qu'il avait reçu à Toulouse, à Paris et à Rome, Antoine Rivalz créa un style original et varié, influencé par l'art baroque, l'art classique, les traditions picturales du XVIIe siècle et l'héritage des écoles italiennes.
Il célèbre la joyeuse entrée à La Haye de Guillaume III en tant que roi de Grande-Bretagne. In’s Graavenhaage, By Arnold Leers, Boeckverkooper, 1691. In-folio de (7) ff. y compris 1 frontispice gravé et 1 portrait, 127 pp., 14 gravures hors-texte dont 11 sur double-page et 3 à pleine page. Plein vélin ivoire, dos lisse avec le titre manuscrit, tranches jaspées. Reliure de l’époque. 374 x 250 mm.
Première édition de l'un des plus beaux livres de fête hollandais de la période baroque. Il célèbre la joyeuse entrée à La Haye de Guillaume III en tant que roi de Grande-Bretagne. Berlin Kat. 2952 ; Landwehr, Cérémonies splendides 146 ; Ruggieri 1095 ; Vinet 752 ; Hollstein, Dutch and Flemish, IX, 168-85. Il s’agissait du "costliest and most elaborate public display ever held on Dutch soil" (Nierop) and the first time of a triumphal entry since the rebellion against Spain. Les deux directeurs des festivités étaient Govert Bidloo (1649-1713), le physicien personnel de Guillaume, et Romeyn de Hooghe (1645-1708), l’un des plus grands artistes de l’Age d’Or hollandais. De Hooghe ne participa pas seulement à l’élaboration du programme des festivités, il se chargea aussi de graver les magnifiques planches illustrant ce volume commémoratif. L’illustration superbe, en premier tirage, se compose d’un portrait de Guillaume III par Pieter van Gunst d’après John Brandon et de 15 planches hors texte gravées de Romeyn de Hooghe légendées en français et en hollandais, dont 11 sur double-page et 3 à pleine page. Les gravures de Romeyn de Hooghe montrent la procession, les arcs de triomphe, le Vyverberg et le Binnenhof, les décorations spécialement élaborées pour l'évènement, y compris la peinture et la sculpture, et un spectaculaire feu d'artifice : 1. Aenkomst van S.K. Maj. Op Honslerdyk – Arrivée de Sa Majesté a Honslerdyk 2. Inhaling van S.K. Maj. Aende Westeynder brug – Réception de Sa Majesté au pont de Westeinde 3. Zijn Majesteit verwelkomt op het Binnehof – Réception de Sa Majesté dans La Cour 4. Vreugde-en eereteekenen voor het stadhuis – Illuminations et autres marques d’honneur de la Maison de Ville 5. Eeerepoort op de markt – Arc de Triomphe sur le Marché 6. Eeerepoort op de markt – Arc de Triomphe sur le Marché 7. Schilderyen binnen de eerepoort – Peintures du dedans de l’Arc de Triomphe sur la Place et du Costé du Vizier 8. Intrede van Zyn Majesteit door de zeegeboog voor’t Hof – Entrée de Sa Majesté par dessous l’Arc de Triomphe qui est devant la cour. 9. Zeege- en eerepoorten voor het hof – Arc de Triomphe devant La Cour 10. Beelden, devisen, schilderyen – Statues, Devises, Peintures 11. Zyschilderyen der zeege-en eerepoorten voor, het Hot – Peintures des bouts de l’Arc de Triomphe devant la cour. 12. Schilderyen binne de zeege-en eerepoorten voor het hof – Peintures du dedans de l’Arc de Triomphe qui est devant La Cour 13. Vuurwerk in de vyver – Feu d’artifice au Vyver 14. Verbeeldingen der twee naalden Précieux exemplaire conservé dans sa reliure en vélin de l’époque.
Exemplaire d'une grandeur de marges exceptionnelles, très pur, conservé dans ses élégantes reliures de l'époque. Paris et Amsterdam, 1698. Cinq parties en 2 volumes in-folio: I/ 1 frontispice, (12) ff., 154 pp., (4) pp. de table, 1 frontispice, (4) ff., 1 pl. dépliante, (2) ff. d’errata, 312 pp.; II/ 1 frontispice, (6) ff., pp. 313 à 799, (2) ff. d’errata, rest. en marge latérale de 2 ff. Plein veau brun granité, triple filet doré autour des plats, dos à nerfs, tranches rouges jaspées, charnières frottées. Reliure de l'époque. 425 x 285 mm.
[video width="1710" height="1080" mp4="https://www.camillesourget.com/wp-content/uploads/2024/07/BLONDEL1.mp4"][/video] Exemplaire sur grand papier de hollande. Seconde édition originale, « augmentée et corrigée », réimprimée sur la première de 1675-1683. Page de titre imprimée en rouge et noir, 3 frontispices gravés, une planche dépliante, nombreuses illustrations gravées incluant 25 estampes à pleine page avec le verso blanc, 12 en-tête et 4 culs-de-lampe. Blondel naquit en 1617. Il fut employé à plusieurs négociations diplomatiques. Il dit, dans son Cours d'architecture, qu'il voyagea en Égypte, et qu'en 1659, il vint à Constantinople, en qualité d'envoyé extraordinaire du roi de France, au sujet de la détention de l'ambassadeur français. Le succès de cette négociation lui valut un brevet de conseiller d'État, et il fut pour enseigner au dauphin, fils de Louis XIV, les belles-lettres et les mathématiques. Il fut aussi professeur de cette dernière science au collège royal. En 1665, Blondel fit connaître et connut lui-même ses talents pour l'architecture, à l'occasion d'un pont élevé à Saintes, sur la Charente. Il le rétablit, et y plaça un arc de triomphe. En 1669, il fut nommé membre de l'académie des sciences ; et le roi ordonna, par lettres patentes, que les ouvrages publics de la ville de Paris seraient dorénavant exécutés sur les plans tracés par Blondel, qui furent mis en dépôt dans l'hôtel de ville. En 1672, on restaura, sous sa direction, la porte St-Antoine, qui, par des raisons de commodité publique, fut démolie en 1777. En 1674, il exécuta pour la porte St-Bernard le même travail, toujours ingrat, et qui offre souvent plus de difficultés qu'une conception première. Blondel put enfin être lui-même dans la construction de l'arc triomphal de la porte St-Denis. Il s'y attacha moins à la quantité d'ornements qu'à la justesse des proportions. On doit observer que Blondel fut lui-même auteur des inscriptions placées sur les édifices qu'il éleva. Ses talents furent récompensés par la place de directeur et professeur à l'académie d'architecture, établie en 1671, et il rédigea, sous le titre de Cours d'architecture, les leçons qu'il donnait aux élèves. «Cet ouvrage exellent prouve combien Blondel avait étudié son art, et combien il avait su profiter des lumières qu'il avait acquises pendant ses voyages, par l'étude d'un grand nombre de monuments anciens et modernes. On construisit encore, d'après les plans de Blondel, la corderie de Rochefort ». Exemplaire d'une grandeur de marges exceptionnelles, très pur, conservé dans ses élégantes reliures de l'époque. Il provient de la bibliothèque James Moore avec signature autographe.
Séduisant exemplaire préservé dans sa reliure d’origine en vélin à recouvrement. Nuremberg, Paul Fursten, 1664. 4 parties en 1 volume in-folio de: I/ 1 frontispice, (3) ff., 32 pp., 4 planches; II/ (1) f., 14 pp., 44 planches; III/ (1) f., 26 pp., 116 planches dont 1 repliée (pte. déchirure à la planche repliée); IV/ (1) f.bl., (1) f., 29 pp., 36 planches. Relié en vélin rigide de l’époque à recouvrement, restes de liens en tissu, dos lisse. Reliure de l’époque. 327 x 218 mm.
Première édition du traité baroque de Boeckler consacré aux jardins, châteaux et fontaines et rédigé en allemand. Berlin catalog, II, 3577-3579; Brunet, I, 1024; Catalogue of the Avery Architectural Library, p. 996; Cicognara, n°886. Architecte de la ville de Nuremberg, G.A. Boeckler publia en allemand un recueil de moulins et autres inventions de mécanique traduit en latin en 1661 sous le titre de Theatrum machinarum. Encouragé par le succès de cet ouvrage, Boeckler composa le texte de l’Architecture hydraulique que Paul Furst, libraire de Nuremberg, publia en 1663, et que J.C. Sturm traduisit en latin l’année suivante sous le titre Architectura curiosa nova. C’est l’ouvrage le plus important de Boeckler, celui qui consacra sa renommée. Avec un sens artistique manifeste, l’architecte illustre en 200 superbes planches en taille-douce les fontaines, jets d’eau, grottes, bassins, labyrinthes et pavillons des plus beaux jardins de l’époque baroque en Italie, France, Angleterre ou Allemagne. Plusieurs de ces estampes sont des projets conçus par l’auteur avec une imagination débridée et une réelle connaissance des mécanismes de l’hydrostatique dans les inventions proposées. «Ouvrage divisé en 4 parties, contenant des figures de jets d’eau, cascades, bassins, fontaines, grottes, etc.» (Brunet). Dans son texte Boeckler développe d’ailleurs la théorie de l’hydrostatique et son application aux fontaines et jets d’eau représentés. La dernière des 4 suites en 36 estampes est consacrée à la représentation de beaux châteaux européens auxquels sont associés des labyrinthes de jardins. Une grande planche dépliante à la fin de la partie III est consacrée à une grande fontaine de Nuremberg. Orné d’un titre séparé en noir et rouge pour chacune des 4 parties, l’ouvrage est illustré d’un grand frontispice général architectural et allégorique signé Abraham Aubry. «Non e comune il trovarne esemplari ben conservati in Italia» (Cicognara). Séduisant exemplaire préservé dans sa reliure d’origine en vélin à recouvrement.
Cet ouvrage donne des renseignements précieux sur Lully et ses contemporains. Paris, Jean Cochart, Etienne Ganeau, Jacque Quillau, 1715. In-12 de (8) ff., 487 pp., (1) p. d’errata. Maroquin rouge, triple filet doré autour des plats, grandes armoiries au centre avec l'emblème de la Toison d'or, fleurs de lys aux angles, dos à nerfs fleurdelysé, entre-nerfs ornés du chiffre entrelacé et couronné du Régent, coupes décorées, roulette fleurdelysée intérieure, tranches dorées sur marbrures. Reliure de l'époque. 164 x 93 mm.
Édition originale de l’Histoire de la musique et de ses effets de Pierre Bonnet imprimée à Paris en 1715. Pierre Bonnet, médecin de la duchesse de Bourgogne, était neveu de l'abbé Bourdelot, qui s'était beaucoup occupé de l'histoire des arts en général, et de la musique en particulier. Pierre Bonnet, héritier de la bibliothèque de son oncle, continua ses recherches, mais ne put les publier. Jacques Bonnet, musicographe et chorégraphe, frère du précédent, hérita des travaux de son frère et de Bourdelot son oncle, et publia, d'après leurs manuscrits, une Histoire de la musique et de ses effets, depuis son origine jusqu'à présent ; Paris, 1715. « Cette histoire était la seule en France lorsqu’elle parut ; aussi procura-t-elle à son auteur une assez grande réputation ». « Jacques Bonnet nous apprend que quoique plus de douze cens Auteurs eussent traité de la Musique, personne jusqu’à lui n’avait essayé d’en faire une histoire complette. Cet ouvrage donne des renseignements précieux sur Lully et ses contemporains ». Exemplaire relié spécialement à l’époque, à la mort de Louis XIV, en 1715 pour le Régent, Monseigneur le Duc d’Orléans. Les dernières années du règne de Louis XIV furent empreintes de désastres et de tristesse et l'avènement du Régent marqua un changement complet d'état d'esprit où la joie, la danse, les fêtes et la musique reprirent leur place. Exemplaire de dédicace relié à l'époque en maroquin rouge aux armes et chiffres couronnés de Philippe II d'Orléans, petit-fils de France, duc d'Orléans, de Valois, de Chartres, de Nemours et de Montpensier. A la mort de Louis XIV, en 1715, la régence qui lui appartenait par sa naissance lui fut déférée par un arrêt solennel du parlement du 2 septembre 1715. « Le Régent adopta une politique presque complètement opposée à celle du règne précédent, supprima les ministères qu'il remplaça par sept conseils et fit quelques reformes utiles ; il fit sacrer roi Louis XV le 22 octobre 1722 et cessa ses fonctions de régent à la majorité du roi le 16 février 1723. Louis XV le prit, comme principal ministre le 11 août suivant, mais le duc d'Orléans mourut peu après à Versailles, le 2 décembre 1723, d'une attaque d'apoplexie, après avoir eu huit enfants légitimes, dont sept filles et plusieurs enfants naturels. » De la bibliothèque L. Wilmerding avec ex-libris gravé, vendu 25 000 € en juin 2007 (Ref. Paris, Livres précieux, n°116).
Premier tirage de l’une des plus admirables suites d’estampes. Paris, 1635. Suite complète de cinq eaux-fortes. (G. Duplessis 1071 à 1075 – A. Blum 1028 à 1032). 325 x 255 mm.
Premier tirage de l’une des plus admirables, célèbres et rares suites d’estampes françaises du règne de Louis XIII gravées en 1635. Les cinq gravures, coupées au cadre, sont en épreuves d’une grande qualité: elles sont chacune placées dans un somptueux cadre en loupe d’orme (510 x 450mm). «Abraham Bosse atteignit avec sa pointe une virtuosité surprenante, au point de graver des planches entières à une seule taille, tour de force qui n’avait été pratiqué qu’au burin, et pour lequel il n’a pas eu d’imitateur. Il dessinait avec une grande facilité, beaucoup d’esprit, se plaisant à représenter, dans de charmantes compositions, dont la vérité rappelle les maîtres hollandais, les mœurs de son temps. Se gravures illustraient des thèmes religieux interprétés dans la vie contemporaine (Le mauvais riche et le pauvre Lazare), des scènes de théâtre, des évènements historiques, surtout de type domestique (Naissance de Louis XIV) et des scènes de la bourgeoisie riche ou de la noblesse. C’est non sans raillerie, mais toujours avec précision, qu’il présente la Noblesse française à l’église, les Œuvres de miséricorde, les scènes intimes de famille bourgeoises. Mariette dit avec raison, parlant de gravures de Bosse:«… Il y représentait ce qui se passe tous les jours dans la vie civile, et cela d’une façon naïve, si vraye que l’on ne peut guère rien désiré de plus intéressant.» Abraham Bosse demeure original, n’empruntant rien à l’art italien il fut essentiellement «français». Il a signé quelquefois Bosse et A. Bosse». Chacune des estampes est accompagnée de légendes en forme de quatrains en latin et en français. «For a faithful picture of comfortable French life during the regency and early part of the reign of Louis XIV, one must turn to the etchings of Abraham Bosse. He was typically the artist of the upper middle class, and he depicted their manners and customs with peculiar fidelity, sobriety, and vividness. The upper middle class is in general the backbone of the culture of a nation. It is they, through their opportunities for higher education, who supply the learned professions, law, medicine, and theology. They stand midway, between the frivolousness of the court and the indigence of the proletariat. It is they who buy books and pictures, who patronize the theatre, who cultivate music. » Carl Zigrosser. Prints and their creators. New York 1974. La rencontre du mathématicien Desargues eut une influence heureuse sur son talent, l’amenant à une étude approfondie de la perspective. Il se querella avec Le Brun auquel il reprochait, entre autres, de ne pas respecter les règles de perspective et publia le très important Traité des manières de graver en taille-douce. L’un des grands moments de l’estampe française de l’âge classique.
Rare réédition des trois principaux ouvrages théoriques d'architecture d'Abraham Bosse, entièrement dessinés et gravés en taille-douce par lui-même, et imprimés d'un seul côté. Paris, Pierre Aubouin, Pierre Emery et Charles Clousier, s.d. [1688]. In-folio de 1 titre, 1 frontispice, 44 planches. - [Suivi de] : Des Ordres de colones en l’Architecture… [Paris, 1688]. 1 frontispice, 1 planche sur double-page, (20) feuillets gravés. - [Et de] : Représentations Géométrales De plusieurs parties de Bastiments faites par les Reigles de l’Architecture antique Et de qui les mesures sont reduites en Piedz poulces & lignes, Afin de saccomoder a la manière de mesurer la plus en usage parmy le commun des Ouvriers. Paris, 1688. 1 frontispice et 22 feuillets gravés. Soit 3 ouvrages en 1 volume in-folio, veau moucheté, encadrement de filets à la Duseuil sur les plats, dos à nerfs orné de fleurons dorés, roulette dorée sur les coupes, tranches mouchetées rouges, qq. usures aux mors sans gravité. Reliure du XVIIIe siècle. 420 x 263 mm.
Rare réédition des trois principaux ouvrages théoriques d'architecture d'Abraham Bosse, entièrement dessinés et gravés en taille-douce par lui-même, et imprimés d'un seul côté. Brunet, I, 1127. La première édition de ces traités parut en 1664 pour les deux premiers et en 1659 pour le dernier. Le premier ouvrage comprend 45 planches, le second 21 planches et le dernier traité, 23 planches. « Le Traité des manieres de dessiner les ordres est le premier volet du diptyque sur les ordres publié par Abraham Bosse en 1664-65. À ce diptyque Bosse a intégré, comme il l’avait prévu à l’origine, ses Représentations géométrales, retirées avec la page de titre de 1659. L’ouvrage sur les ordres a été divisé artificiellement, de l’aveu de l’auteur, en deux recueils distincts pour « la commodité de beaucoup d’ouvriers ». Le Traité des manières de dessiner les ordres est constitué d’un texte liminaire gravé de deux pages, intitulé « Ordre et Methode des figures representées dedans ce volume », et de quarante planches en taille douce avec des illustrations pleine page. Bosse veut proposer aux praticiens « les plus belles proportions » à partir de la lecture des meilleurs auteurs qui ont écrit sur le sujet. Il y ajoute quelques pratiques des Anciens qui n’ont jamais été jusque-là mises en usage et des pratiques nouvelles (Dédicace). Le recueil est conçu en quatre parties : la première traite des entablements et des « menus » membres (piédestal, base, chapiteau et détail des entablements), la seconde des ornements (socles, appuis et balustres des escaliers). La troisième est consacrée à la représentation de l’architecture, projet et modello, selon les règles de la perspective. La dernière partie, technique, concerne la place des ombres sur les corps ou objets géométraux… Bosse cite les meilleurs auteurs, Palladio, Vignole et Scamozzi dont il livre une synthèse personnelle ; il nomme aussi son contemporain, Fréart de Chambray dont il connaît manifestement le Parallèle... Le mathématicien expose aussi dans le détail les différentes méthodes pour tracer une belle volute. Il propose un instrument de dessin, le compas cartésien, qui permet de réaliser la courbure des colonnes selon la conchoïde de Nicomède et renvoie aux travaux de François Blondel. Bosse est conscient d’innover en traitant de questions jamais ou rarement abordées avec autant de détails par ses prédécesseurs : les escaliers et les voûtes. Il se montre ainsi en phase avec son époque où grâce aux prouesses stéréotomiques se multiplient, à Paris notamment, de vertigineux escaliers suspendus. Mais il critique les erreurs d’escaliers aussi prestigieux que ceux du Luxembourg, du Palais Cardinal et d’autres grandes demeures parisiennes dont les mains courantes ne s’ajustent pas correctement aux retours… Comme Fréart de Chambray, il pense que l’imitation de l’Antiquité doit être mesurée et réfléchie, car toutes les réalisations des Anciens ne sont pas bonnes à imiter. Bosse a une réelle culture architecturale : il a lu le traité de Vitruve (pl. XI) et les théoriciens de la Renaissance (Lemerle 2011, p. 419)… Bosse ne prétend pas imposer une vision moderne et définitive des ordres, comme Perrault, mais il n’en est pas moins ambitieux. Son traité d’architecture en trois volets est le fruit d’une longue réflexion. De la maquette à la réalisation et à l’ornementation, il appréhende l’architecture dans sa globalité. L’ouvrage est à ce titre une somme qui intègre toutes les avancées théoriques et techniques, et notamment la science de la perspective. Attractif dans sa présentation par ses gravures en taille-douce, art dans lequel il est passé maître, il se situe dans la lignée de la Regola de Vignole où l’image prime sur le texte. Destiné aux praticiens ennuyés par les longs discours le livre d’architecture de Bosse est didactique. Le pédagogue va à l’essentiel, construisant son discours du simple au plus complexe en fournissant d’emblée au lecteur les données essentielles, les illustrations se suffisant à elles-mêmes. Le livre d’architecture de Bosse en trois volets dont le Traité des manières de dessiner les ordres constitue la plus importante partie est une étape importante, quoique méconnue, pour la théorie architecturale au milieu du XVIIe siècle. Contemporain de Fréart de Chambray dont il partage les convictions et sur l’œuvre duquel il s’appuie, l’auteur anticipe les publications des frères ennemis François Blondel, avec lequel il fut en relation, et le puissant Claude Perrault. Au terme de sa carrière Bosse a atteint son but : il est parvenu à élever l’art de la gravure au niveau de la peinture, mais par le biais de la perspective il s’est initié à l’architecture représentée comme la « Reine des Arts » dans le frontispice de son recueil sur les ordres de colonnes. La fortune éditoriale de l’ouvrage atteste sa réussite. Il connut encore deux autres tirages posthumes, en 1684, 1688 puis un dernier au début du XVIIIe siècle ». (Frédérique Lemerle (Cnrs, Cesr, Tours) - 2014). Précieux exemplaire très grand de marges conservé dans sa reliure du XVIIIe siècle.
Édition originale de la plus grande rareté de ce précieux recueil d’architecture d’intérieur. S.l. [Paris], s.n. [Chéreau], s.d. [c. 1774-1775]. In-folio de 60 planches gravées, qq. rares rousseurs marginales. Plein maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, dos à nerfs richement orné, pièce de titre noire, tranches dorées. Reliure de l’époque. 391 x 251 mm.
Édition originale de la plus grande rareté de ce précieux recueil d’architecture d’intérieur. Berlin 4054. « In-folio avec 60 planches publiées en 15 cahiers. Décorations intérieures de style Louis XVI » (Rahir Bibliothèque 337). “One of the major works of Boucher, son of the great painter. The plates show interior decoration at the height of the Louis XVI style (and the transition from Louis XV) which few works of the time had done.” L'architecte et graveur Juste-François Boucher (1736-1782), fils du célèbre peintre François Boucher, consacra ses premiers travaux essentiellement à la décoration sans pour autant négliger la serrurerie, le mobilier et l'orfèvrerie. Le Recueil de décorations intérieures en est le complément par la précision des détails. Le présent recueil est orné de 60 superbes planches hors texte d’architecture d’intérieur montrant des Décorations de Lambris, des Elévations d’alcoves, d’un Buffet à vaisselle, d’une Armoire, des Plans et Elévations d’une salle de Bain, d’une salle à manger avec un Buffet, d’une Chambre à coucher, de Bibliothèques aux côtés d’une Cheminée, etc. Superbe exemplaire de ce rarissime recueil recensant le mobilier du XVIIIe siècle, conservé dans sa reliure en maroquin rouge de l’époque, condition très rare pour cet ouvrage paru sous forme de cahiers. Aucun exemplaire de cette édition originale complet de ses 60 planches n’est apparu sur le marché public depuis le début des relevés en 1960. Un fac-similé de cet ouvrage a été édité en 1900.
BOUQUET, Simon / RONSARD, Pierre de / DORAT, Jean / PASQUIER, Étienne.
Reference : LCS-18448
Il renferme des poèmes de Ronsard, Baïf, Jamyn, Dorat et Pasquier en édition originale. Paris, Denis du Pré pour Olivier Codoré, 1572. 54 ff. dont 8 planches à pleine page, 1 planche hors texte à pleine page et 1 planche dépliante hors texte. C’est l’ordre et forme qui a este tenu au sacre & couronnement de tres-haute, tres-excellente, & très-puissante princesse Madame Elizabet d’Autriche Roine de France: faict en l’Eglise de l’Abbaie sainct Denis en France le vingt cinquiesme iour de Mars, 1571. A Paris, de l’imprimerie de Denis du Pré, pour Olivier Codoré, 1571. Avec privilège du roy. 10 ff. Entrée de la Reine. 26 ff., (1) f., (1) f.bl., 6 planches. Soit 3 parties en 1 volume in-4. Veau fauve, double filet or encadrant les plats avec armes au centre, dos à nerfs orné. Reliure début XVIIe siècle.
Édition originale et tout premier tirage de l’un des plus beaux livres de fêtes français de la Renaissance. Mortimer, French, 205; Rothschild, IV, 501-503; Tchemerzine, III, 747; Firmin Didot, Histoire de la gravure sur bois, p. 187; Vinet. Bibliographie des Beaux-Arts, n° 44; Fairfax-Murray, French, 152; Brun, Le livre français illustré de la Renaissance, 181. Premier tirage (bandeau du f. 12 recto, dévoré et non vouloir dévorer au verso, I 3 mq. B de Bouquet mais signature L corrigée en I en cours de tirage, M2) Cette entrée cérémoniale de Charles IX à Paris en mars 1571 intervenait après la paix de Saint-Germain d’Août 1570 et la fin de la guerre civile. Le mariage du Roi avec Élisabeth d'Autriche réaffirmait le désir de tolérance religieuse apaisant les conflits entre catholiques et protestants pour lesquels la liberté de culte était reconnue. Le Roi entra sans sa ville de Paris le 6 mars mais, souffrante, la reine ne put l'accompagner. Elle fit son entrée à Paris le 29 mars après avoir été couronnée à l'abbaye de Saint Denis le 25 mars. Pour l'entrée de Charles furent érigées des arches monumentales ornées de statues allégoriques. Ces arches furent reprises pour l'entrée de la Reine, mais ornées de statues différentes, plus appropriées et plus féminines. Simon Bouquet, magistrat parisien, fut chargé par ses collègues de l'Hôtel de ville de Paris de l'ordonnancement entier de la fête et de la confection des décors. Il en confia la mise en scène et le thème à Pierre de Ronsard et Jean Dorat qui firent appel aux artistes de la première école de Fontainebleau; Germain Pilon pour les sculptures, le conte pour les travaux de charpente et Nicolo Dell’Abbate et Pierre d’Angers pour les perspectives et les peintures. Le thème central était évidemment consacré à la paix et au mariage de la France et de la Germanie, Élisabeth d'Autriche étant la fille de l'empereur Maximilien. Le texte fut rédigé par Simon Bouquet et par les grands poètes français de la Pléiade. Pierre de Ronsard composa ainsi pour cette cérémonie 9 poèmes, signés R pour la plupart dans le Recueil. BI « Comme une fille en toute diligence Voyant un pré émaillé de couleurs Entre dedans et choisissant les fleurs Un beau bouquet pour son sein elle agence…» Antoine de Baïf, Jean Dorat, Amadis Jamyn, Guy de Faur de Pibrac et Etienne Pasquier rivalisèrent également pour célébrer poétiquement cet évènement. L’iconographie de cet ouvrage remarquable comprend 16 grandes estampes à pleine page, 10 pour l’Entrée du roi dont une dépliante, 6 (répétition partielle des précédents complétée par de nouveaux bois) pour celle de la Reine Élisabeth d’Autriche, gravées sur bois sous la direction d’Olivier Codoré, « tailleur et graveur en pierres précieuses ». Il s'agit, suivant Manette, du nom abrégé de Coldoré, surnom donné à Fontenay, futur valet de chambre et graveur en pierres fines de Henri IV, en raison des nombreux colliers d'or qu'il portait. Firmin Didot suggère que les bois ont été réalisés sur les dessins de Jean Cousin. Ces planches fort belles illustrant les arcs de triomphe éphémères dressés à la Porte Saint Denis, à la porte au Peintre, au bout-du Pont Notre-Dame, les fontaines et les statues érigées pour cette grande circonstance, évoquent la facture des illustrations de l'entrée à Paris de Henri II en 1549. L’illustration présente en outre l’intérêt d’être, elle-même, «à transformations». L’ouvrage présente en outre un très beau colophon en calligramme en forme de hanap couvert. Exemplaire remarquable relié pour Louis-Alphonse du Plessis de Richelieu (1582-1653), frère de Richelieu, Archevêque d’Aix puis de Lyon, avec ses armes argentées sur les plats. Les exemplaires en reliure ancienne sont extrêmement rares, la plupart ayant été reliés à nouveau – et lavés par la même occasion – à la fin du XIXe siècle. Mortimer décrit un exemplaire avec la 4ème partie (9 pp., sans illustration) mais indique «the work was also issued without the 9 leaves of Pasquier verses at the end». Parmi les exemplaires en trois parties: Fairfax-Murray, Ruggieri… Cela s’explique par le contexte politique. En effet, le texte de Pasquier fait l'apologie de la Paix de Saint-Germain (août 1570) voulue par Charles IX. Signée avec l’Amiral de Coligny, elle accordait d’importantes libertés aux protestants, prônait la tolérance et l'égalité de traitement entre tous les sujets, quelle que soit leur religion. Après la St Barthelemy et l'assassinat de Coligny (août 1572), cette apologie de Charles IX pacificateur pouvait difficilement subsister. Superbe exemplaire, plus grand de marges que l’exemplaire H. P. Kraus et Friedlander en reliure ancienne non armoriée adjugé 38 300 € (23 avril 2001).
CANAL, Giovanni Antonio, "Il Canaletto" (artiste) et BRUSTOLON Giambattista (graveur).
Reference : LCS-17633
Première édition et premier état de cette somptueuse et magnifique suite de vues sur Venise. Venice, Ludovico Furlanetto, 1763. In-folio oblong de (1) f. de titre et 21 planches à pleine page. Demi-vélin à coins, dos lisse avec titre manuscrit en long, non rogné. Reliure de l’époque. 715 x 512 mm.
Première édition et premier état de cette somptueuse et magnifique suite de vues sur Venise. Katalog Berlin, 2713 ; Constable, Canaletto, II, pp. 673-674 ; Nessi, Una Venezia di Carte, p. 31, n° 16 (« Presentazione del Doge… »). Condition d’une insigne rareté : immense de marges (715 x 512 mm), à l’état neuf, conservé dans sa reliure italienne en demi-vélin à coins strictement de l’époque. Aucun autre exemplaire en cette condition n’est apparu sur le marché depuis un demi-siècle. Suite formée d’un titre d’après Visentini et de 20 vues, l’ensemble gravé au burin et à l’eau forte par Giovanni Battista Brustolon. 14 de ces vues sont des adaptations d’après Canaletto et Visentini ; 4 sont inspirées par Marieschi et 2 sont des interprétations d’après Giambattista et Giuseppe Moretti. Par leur format, plus grand, et le souci du détail, ces 20 vues sont considérées comme des œuvres d’art à part entière ; les marchands de gravures ne s’y sont pas trompés. Au XVIIIe siècle, Venise « La Serenissima » avait perdu son rôle important dans le jeu économique et politique de l’Europe en faveur de la Grande Bretagne et des Pays-Bas. Derrière les riches façades des palazzi, Venise se détériorait. Le gouvernement était incapable de supporter ses artistes par des commandes pour l’exécution des travaux de décoration des grand palais et édifices. Au début du XVIIIe siècle les aristocrates anglais et des nobles de l’Allemagne se profilent comme les plus importants connaisseurs et acheteurs de l’art des peintres Vénitiens. Venise et son charme intemporel deviennent au XVIIIe siècle le sujet de prédilection de peintre appelés védutistes. Leurs vues de Venise se répandent très vite en Europe et font de la veduta, encore de nos jours, le genre le plus collectionné et l’un des plus aimés du public. Maître incontesté de la veduta, Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (Venise 1697-1768) marque son siècle en fixant dans ses toiles les différents visages de la Venise de son temps. Outre la Place Saint-Marc et le Grand Canal, immédiatement reconnaissables, on y retrouve les campi et les églises de Venise, ainsi que des vues de la lagune, de la vie quotidienne ou des jours de fête. Peintre de théâtre dans sa jeunesse, Canaletto parvient à associer un grand sens de la mise en scène, une technique de la perspective qu’il maîtrise parfaitement, et de très séduisants effets de lumière. On doit à Canaletto les plus belles et les plus novatrices vues de Venise, sources d’inspiration pour ses suiveurs. « Suite de très belles Vues Vénitiennes gravées par J.B. Brustolini. 1763. Gr. fol. En largeur. Cette œuvre contient les vues les plus belles de cette ville fameuse et de ses environs, en 20 feuilles. » (Catalogue des estampes du cabinet de ma dame la comtesse d’Einsiedel, n°248). Michele Marieschi (1710-1743), presque de la même génération que Canaletto, est considéré comme son brillant rival. Mais il se distingue par son goût des angles de vue inattendus. Natif de Val Zoldone, Brustolon (ca 1716-1796) s’installa à Venise dès 1733 en tant qu’illustrateur de livres pour G. Zerletti A. Girardi, Fr. Pitteri et les deux grands éditeurs, A. Zatta et G. Pasquali. Apprenti dans l’atelier de Giuseppe Wagner, Brustolon fut initié très jeune à l’art de la gravure et devint l’un des grands graveurs vénitiens du XVIIIe siècle. Probablement à l’initiative du consul Smith, Furnaletto le sollicita par la commande de cette série de gravures sur Venise et son architecture. Leur deuxième réalisation fut une série connue sous le nom de « Feste Dogali », commencée en 1766 et achevée en 1779, qui consiste en une suite de 12 vues. Exemplaire du premier état, avant les numéros, dans sa présentation à plat, la plus convoitée. Les vues sont d’un beau tirage, elles sont à toutes marges. Le papier a conservé toute sa fraîcheur. Quelques traces de plis. Une 21ème planche, « Presentazione del Doge in an Marco », a été ajoutée au volume. Provenant de la série « Feste Dogali », elle est du tirage avec numéro, soit le deuxième sur quatre. Recensement des suites Canaletto-Brustolon complètes passées sur le marché international depuis 30 ans, conservées dans leur reliure de l’époque : -Sotheby’s, 5 décembre 1996. Maroquin d’époque aux armes Foscarini. Exemplaire ne comprenant que le titre et les 11 vues du premier volume. Restauration à une planche. Vendu 52 700 $ il y a 18 ans. -Sotheby’s, année 2003 : complet du frontispice et des 20 vues de l’édition originale de 1763 ; ajoutées les deux vues de l’édition définitive de 1778 et une œuvre incomplète de 18 planches sur 24 des vues de Venise de Sandi de 1779. Reliure postérieure du XIXe siècle ; exemplaire très rogné 430 x 310 mm contre 512 x 720 pour le présent exemplaire. Second état avec le numéro des estampes pour la suite de Canaletto contre premier état avant les numéros pour le présent exemplaire. Vendu en cet état 66 000 € il y a 10 ans. Provenance : étiquette de rangement ancienne, non identifiée.
Les peintures murales de Pompéi à travers 20 superbes chromolithographies du plus haut intérêt. Proprietà Cav. Uff. Pasquale d’Amelio, Napoli, n.d. [1886]. Grand in-folio de (1) f. de couverture, ix pp. (dont le titre lithographié orné d’une vignette), 20 pp. de texte et 20 chromolithographies numérotées. Infimes rousseurs. Conservé en feuilles, tel que paru, dans la chemise de l’éditeur. 630 x 445 mm.
Rare ouvrage superbement illustré consacré aux peintures murales découvertes à Pompéi aux XVIIIe et XIXe siècles. Le texte qui accompagne les planches est imprimé sur deux colonnes parallèles, en italien et en français et la préface en italien est de Giulio de Petra. L’illustration magnifique se compose de 20 grandes chromolithographies réalisées d’apres l’architecte italien Edoardo Cerillo et gravées par Vincenzo Loria (1850-1939). Elles représentent : la Maison de la Princesse Marguerite, la Maison de Vedius Siricus, la Maison de la petite fontaine en mosaïque, la Maison d’Arianne ou des chapiteaux colorés, la Maison d’Arianne abandonnée, la Maison de Marc Lucrèce, la Maison de la paroi noire, la Maison du poète tragique, la Maison de Castor et Pollux, la Maison d’Orphée, la Panthéon, la Maison du notaire, la Maison de Salluste, la Maison d’Apollon, la Maison de Vedius Siricus, la Maison de la Reine d’Italie, la Maison d’Elpidius Sabinus, la Maison d’Adonis, la Maison du Decumanus Maior, les Thermes Stabianes. Les couleurs extrêmement vives sont considérées comme étant très proches des couleurs originales observées sur le site au moment des fouilles. Le présent ouvrage est extrêmement intéressant car c’est le premier à offrir une vision d’ensemble des compositions murales de Pompei. "The 20 large plates finished last year by Richter & Co., of Naples, and issued by Cavalier Pasqualé d’Amelio, with Italian and French comments in parallel columns, bring into prominence the architectonic side of Pompeiian wall painting. The colors are very close to the originals during the first days of their recovery from the darkness of 2000 years, before the hot Neapolitan sun has bleached some of the pigments and induced a delicacy of tone which was not meant by the painters. The text is written by an architect, Edoardo Cerillo, who is not only well read in the great literature that deals with this famous little buried town, but has ideas of his own, and bold ones. He calls attention to the value of these compositions, invented to give variety and change to plain walls, not so much for their artistic beauty as for the lessons they contain concerning the architecture of Rome, Greece and the Orient. Hence the publication is of special interest to the architect and decorative artist; for to the one it shows the variety and grace of buildings now impossible to reconstruct from any other sources, and to the other the possibility of introducing bold and beautiful effects on blank walls by the use of colors. The 20 plates in chromo-lithography, together with ample descriptive and critical text, appears in large, loose sheets in a portfolio, cost $75 a set, and form a limited edition. If the publisher receives encouragement here the American edition will be 100 copies”. (The New York Times, 20 juin 1887). Aucun exemplaire de ce livre n’est répertorié dans ABPC. Précieux ouvrage de toute beauté, du plus haut intérêt du point de vue de l’architecture, de la décoration, mais aussi de l’histoire de la civilisation romaine.
Bel exemplaire bien complet de l’ensemble de ses planches, conservé dans les chemises de l’éditeur. Paris, Maison Quantin & Librairie Centrale des Beaux-Arts - A Londres, M. M. Davis, 1890 [Tome I], 1891 [Tome II & III], 1892 [Tome IV-VI], 6 volumes grand in-folio en feuilles conservés dans les chemises à rabats de l’éditeur. Illustrés de 342 planches hors texte imprimées en chromolithographie, héliotypie, collotypie, etc. dont de nombreuses en couleurs. 505 x 360 mm
[video width="1920" height="1020" mp4="https://www.camillesourget.com/wp-content/uploads/2024/07/SPITZER.mp4"][/video] Edition originale de ce monumental et superbe catalogue de la collection Spitzer. Exemplaire n°3, l’un des 25 précieux exemplaires de tête sur papier Japon sur un tirage de 625 exemplaires. Ouvrage magnifiquement illustré de 342 planches hors-texte imprimées en chromolithographie, héliotypie, collotypie, etc., certaines rehaussées à l’or. De nombreuses illustrations in-texte viennent agrémenter les descriptions des divers objets d’art. Frédéric Spitzer (1815-1890) est un collectionneur et marchand d’art viennois installé à Paris à partir 1852. Sa collection d’œuvres d’art de l’époque médiévale à la Renaissance et la finesse de ses connaissances le propulsèrent comme marchand auprès de grands collectionneurs tels qu’Adolphe de Rothschilds ou encore Sir Richard Wallace. Frédéric Spitzer entreprit l’élaboration du catalogue de sa collection (renommée «Musée Spitzer» par son entourage mondain) car il avait pour objectif de «faire profiter de son œuvre le monde entier, apportant ainsi des éléments nouveaux, extrêmement intéressants, à l’histoire de tous les arts ». «Ce nom, relativement oublié aujourd’hui, est celui d’un homme haut en couleur, un personnage comme seul le XIXe siècle pouvait en produire. Il est aussi synonyme d’une collection d’art immense. «Choisissant ce que l’art a créé de plus exquis, ce que l’industrie humaine a pétri, limé, tissé, forgé, ciselé ou fondu de plus admirable, le célèbre amateur avait formé une collection sans rivale, unique en Europe, et bâti un palais pour la loger. » C’est en ces termes des plus dithyrambiques que l’historien de l’art Edmond Bonnaffé décrit la collection rassemblée par Frédéric Spitzer (1815-1890), et pour laquelle il rédigea l’un des six volumes lui rendant hommage. L'ensemble étant aujourd'hui dispersé dans les grands musées nationaux occidentaux ou en mains privées, les nombreux témoignages, ainsi que la pléthore d’ouvrages publiés sur le sujet, permettent de se faire une idée de ce qu'il pouvait représenter.» Les 6 volumes en feuilles cataloguant la collection Spitzer sont divisés en 35 sections répertoriant les objets par typologie: Vol. I: Antiques - 7 pl., Ivoire - 24 pl., Orfèvrerie liturgique - 25 pl., Tapisseries - 7 pl. Vol. II: Emaux peints - 16 pl., Meubles et bois sculptés - 20 pl., Faïences de Saint-Porchaire - 3 pl., Faïences de Bernard Palissy - 7 pl., Serrurerie - 5 pl., Cuirs - 6 pl. Vol. III: Orfèvrerie civile - 15 pl.,Incrustations sur métal - 3 pl., Peinture sous verre - 2 pl., Verreries - 9 pl., Vitraux - 3 pl., Bijoux et bagues - 7 pl., Grès - 4 pl., Coutellerie - 5 pl., Sculpture en buis et en pierre de Munich - 11 pl. Vol. IV: Faïences italiennes - 22 pl., Faïences hispano-mauresque - 2 pl., Sculpture - 22 pl., Plaquettes - 4 pl., Médailles - 4 pl., Dinanderie - 2 pl. Vol. V: Gemmes 10 pl., Horloges et montres - 8 pl., Instruments de mathématiques - 4 pl., Manuscrits - 6 pl., Miniatures et dessins - 2 pl., Cires - 1 pl., Etoffes et broderies - 14 pl. (avec la 11bis), Coffrets - 3 pl., Jeux - 2 pl. Vol. VI: Armes - 57 pl. «Le 23 avril 1890, au cours même de l'impression du présent volume, l'éminent collectionneur Frédéric Spitzer est mort... Nous n'avons pas la prétention d'ajouter ici un hommage de plus aux hommages publics qui ont été rendus à sa mémoire; nous devons dire seulement la part qui lui revient dans ce catalogue, dont il considérait la publication comme le couronnement de sa carrière, et qui devait être le complément du musée incomparable qu'il avait créé. Non content, en effet, d'ouvrir ses galeries à tous ... Frédéric Spitzer voulut faire profiter de son œuvre le monde entier, apportant ainsi des éléments nouveaux, extrêmement intéressants, à l'histoire de tous les arts. C'est de cette généreuse préoccupation qu'était née chez lui l'idée de ce catalogue... Mme. Spitzer, soucieuse de l'avenir de l'œuvre à laquelle son mari s'était attaché avec tant de passion, a voulu que ses intentions fussent scrupuleusement respectées.» (Les Editeurs). «Afin que ce livre fût un modèle du genre, [Frédéric Spitzer] fit appel à des historiens d’art d’une autorité reconnue, et il s’attacha à faire exécuter, de tous les objets de choix, des reproductions absolument fidèles. Tout a concouru, en un mot, pour faire du Catalogue de la Collection Spitzer non seulement un beau livre, mais encore un livre d’une utilité incontestable.» Préface, Les Editeurs. L’ensemble de la collection comptait près de 4 000 objets qui seront dispersés en 1893 par La Galerie Georges Petit (Paris) en 38 vacations. Une seconde vente eut lieu en 1895 spécifiquement pour les armes et armures. Bel exemplaire bien complet de l’ensemble de ses planches, conservé dans les chemises de l’éditeur.
«Il est l'un des hommes les plus importants, je ne dirai pas seulement de la caricature, mais encore de l'art moderne.» (Baudelaire). Paris, Aubert, s.d. [1840]. In-folio de 30 planches. Demi-basane verte, dos orné en long. Reliure de l’époque. 339 x 263 mm.
Suite complète et très rare de 30 lithographies originales en très belles épreuves en noir sur blanc, en très rare épreuve du 2e ou 3e état (sur 3 ou 4), avant la correction, avec l’adresse d’Aubert, effacée par la suite. Delteil, 760 à 790. Les baigneurs des bords de la Seine ont offert à Daumier de multiples sujets propices à évoquer des situations cocasses. La série de trente planches des Baigneurs, publiée entre juin 1839 et septembre 1842 dans Le Charivari, était très appréciée de Delacroix pour la qualité des études anatomiques qu'elle contient, et qui aura un pendant féminin, en 1847, avec Les Baigneuses. «Daumier recherche avant tout l’expression juste qui lui est fournie par une rare faculté d’observation, ce qui fit dire à Champfleury:“Dans le moindre croquis de Daumier on sent la griffe du lion”. Les Daumier font aujourd’hui des prix fous.» (Carteret, Trésor du bibliophile, III, p.188). Honoré Daumier (1808-1879) débute sa carrière comme caricaturiste politique pour les journaux «La Caricature» et «Le Charivari» sous le signe d'une opposition à Louis-Philippe conduite par Charles Philipon, le directeur de ces publications. Mais les lois de septembre 1835 mettent un frein à la liberté de la presse et obligent Daumier à se réorienter vers la caricature de mœurs. La société parisienne est alors épinglée dans toutes ses strates sous les yeux des lecteurs du «Charivari». Formidable caricaturiste des ridicules de la société française du XIXe siècle, qualifié de «Michel-Ange de la caricature», il développa sa carrière lithographique pour la presse, de la Monarchie de Juillet jusqu'à la chute du Second Empire. «Delacroix, non seulement, appréciait, mais même étudiait le nu des Baigneurs de Daumier». (Béraldi). «Si plus tard les héritiers de Delacroix trouvèrent dans un de ses nombreux portefeuilles des croquis d’après ‘les Baigneurs’ de Daumier, cela n’étonnera pas les admirateurs des deux maîtres. Les yeux gourmands de Delacroix, dans leur soif d’études et d’observations, ne pouvaient jamais assez se rassasier de lignes passionnées, d’emportements michelangesques et de mouvements réels. L’accentuation robuste des œuvres de Daumier enthousiasmait cette nature distinguée, comme un cavalier qui, monté sur un élégant cheval arabe, s’arrête tout à coup pour admirer un cheval de brasseur.» (Revue de Paris) “The source of the river Seine is found in Burgundy, runs through Paris and ends in the Channel. The public baths in the Seine offered a highly welcomed refreshment in summer. According to information by Provost one of the ""Bathing Boats" called ""Petit, Ecole de Natation"" was moored very close to Daumier's house at the Quai d'Anjou on the river Seine. In turning over this album all the different schools of swimming, from the working-man's bath at 10 Centimes up to the noble baths, where one walks on rugs. Daumier even allows us to peak a stolen glance at the ladies aquatic section. We also enjoy a view of the Seine and those strong gentlemen racing the train in the water, swimming against the current. We see all these aspects from their amusing angle, because Daumier's drawings are filled with grotesque physiognomies, amusing scenes and all those little mishaps which strike the unfortunate swimmer. (from a Charivari advertisement August 2, 1843) The French painter Delacroix (1798-1863) was so impressed by Daumiers Bathers that he pinned a lithograph from this series to the wall of his studio. He advised his students to look at Daumiers prints exhibited in the windows of Auberts gallery in order to appreciate this masters drawing talent."" Belle condition, sauf quelques rousseurs à certaines planches.
Précieux exemplaire conservé dans sa reliure de l’époque de cette œuvre d’intelligence de Diderot unissant l’art et la littérature. A Paris, Chez Fr. Buisson, L’An Quatrième de la République (1795). In-8 de (2) ff. faux titre et titre, iv et 415 pages, coin inf. du titre déchiré sans atteinte au texte, pte. déch. en marge des pp. 85 et 321 sans manque. Demi-maroquin rouge à coins verts, tranches jaspées. Reliure de l’époque. 196 x 120 mm.
Edition originale importante, l’une des plus difficiles à trouver parmi les œuvres de Diderot, dans laquelle il exprime au moyen de la littérature «toute sa doctrine sur l’art au XVIIIe siècle.» Écrit sous forme de journal manuscrit avant d’être ici imprimé, ce texte fut réservé à une douzaine de souscripteurs: Catherine II; le prince de Prusse… Adams, EF1; Tchemerzine, II, 964. «Cet essai de Diderot écrit en 1766 resta inédit jusqu’en 1795. Diderot y expose les principes qui l'ont guidé dans la critique de ses Salons, il y étudie la peinture en suivant le classement habituel: le dessin, le clair-obscur, et surtout la couleur, à la compréhension de laquelle il arrive à travers le concept naturaliste: l'art est imitation de la nature ; celle-ci est imitable pour autant qu'elle est visible, et elle est visible pour autant qu'elle est colorée. Diderot se montre assez peu sensible à la magie du dessin : pour lui, un bon dessin peut toujours s'apprendre, tandis que la couleur est un don de la nature ; c'est elle qui révèle le plus sûrement le caractère d'un peintre et qui lui permet d'entrer en communication directe avec l'imagination du public. Le caractère, l'humeur même de l'artiste influent sur sa manière de colorer : il suffirait de voir comment il mélange ses couleurs sur sa palette, comment il les dépose sur sa toile, pour se faire une idée de la richesse et de l'originalité plus ou moins grandes de son art. L'accord est la loi fondamentale du coloris. Il y a des accords simples, faciles, agréables à voir mais attendus, qui sont le propre des peintres médiocres ; il y a des ‘peintres pusillanimes’, ‘des ronds-de-cuir de la peinture’ qui se restreignent et se répètent. Les peintres de génie se reconnaissent à leur ‘pinceau intrépide’, qui cherche inlassablement et crée les accords les plus nouveaux et les plus difficiles, et joue sur les contrastes les plus audacieux. De telles idées, exprimées dans le style ‘parlé’ de Diderot, extraordinairement vivant et coloré, capable de refléter d'une manière incomparable toute la chaleur d'une discussion animée, donnent toute sa signification à cet essai où s'exprime toute la doctrine sur l’art du XVIIIe siècle.» (Dictionnaire des Œuvres, II, 734). Ce volume réunit les textes de Diderot qui contiennent l’essentiel de ses idées sur l’art, y compris ses Observations sur le Salon de Peinture de 1765, célèbre essai critique par lequel il se fit rénovateur de la critique de salon d’art. Diderot, dans ces écrits, tâche de ramener les artistes à une observation plus sincère de la nature. Il n’envisage pas l’œuvre d’art sous le seul angle des qualités formelles, mais s’attache aussi à la décrire dans ses rapports ambigus, souvent déterminants, avec la société et les institutions politiques. «Métier d’écrivain, métier de peintre, le texte de Diderot va de l’un à l’autre. Il ne lui suffit plus de regarder, de décrire, de penser, de juger, il va expérimenter la peinture par l’écriture dans sa capacité à rendre le visible… Il fait entrer l’écriture dans le tableau, et pas par la petite porte.» - Le Monde. Précieux exemplaire conservé dans sa reliure de l’époque de cette œuvre d’intelligence de Diderot unissant l’art et la littérature.
Un recueil témoignant de l’imagination créative de l’artiste, inventeur de talent du néo-classicisme et dont l’influence dans l’art décoratif serait de première importance à la veille de la Révolution. 6 dessins ou aquarelles de format in-folio, sous maries-louises bleues, regroupés dans une boite-étui en demi-maroquin rouge signée Devauchelle. -Projet de fauteuil en cabriolet vu de trois quarts. Aquarelle, plume et encore noire. 245 x 320 mm. Signé en bas à gauche à la plume « J.D. Dugourc. Inv. Del. Paris », vers 1790. Fauteuil en cabriolet au dossier ovale décoré d’une lionne dans un semis de fleurs. Les accotoirs, dégagés du dossier, sont recouverts d’un motif de palmette, comme le coussin. -Projet de fauteuil de profil et de chaise de face. Plume et encre noire sur papier calque collé sur le support en deux morceaux. 197 x 330 mm. Titre « Fauteuil et chaise pour salle à manger », vers 1790. La chaise décorée d’une lionne est assortie au fauteuil et reprend les mêmes motifs. -Projet de feu à griffons. Pierre noire. Titre « Idées de Bronzes ». 190 x 255 mm. Le feu est orné de deux griffons médaillés, séparés par un autel de feu. Sur l’autel, les initiales des prénoms du Comte de Provence, à qui ces feux étaient destinés. -Projet de girandole à cinq branches. Plume et encre noire sur papier calque collé sur le support. Titre « 24, girandolle ». 225 x 145 mm. Girandole à cinq branches portées par deux grotesques dont le corps terminé en volute est posé sur un socle aux pieds en sabre. Ces figures sont reliées entre elles par des pendeloques de cristal. -Projet de lit à la duchesse. Plume et encre noire, rehaussée de lavis brun et de gouache blanche sur papier calque collé sur le support. Titre « Lit à la duchesse ». 510 x 308 mm. Couronnement décoré de plumets et de petits amours. -Projet de trône. Plume, encre noire et lavis gris. Un aigle, ailes étendues figure au-dessus de l’impériale, un brin de laurier au bec et le pied sur la foudre. Deux pans de rideaux retenus par des trophées tombent de chaque côté du trône aux piétements en forme de sabres courbes entrecroisés ; deux hérons buvant dans une coupe décorent le dossier du trône.
Recueil de dessins et aquarelles de projets de mobilier et ornements réalisés par Jean-Démosthène Dugourc, l’un des créateurs du néo-classicisme. Un document passionnant publié par M. Anatole de Montaiglon dans « Nouvelles Archives de l’Art français » (1877, p. 367 à 371) nous révèle la biographie de ce célèbre ornemaniste adulé par les Grands sous Louis XVI. « Dugourc est né à Versailles, en 1749, d'un père qui, depuis plus de vingt ans, était contrôleur ordinaire de la Maison de Mr le Duc d’Orléans, premier prince de sang, et jouissait de beaucoup d'aisance. Il montra dès son enfance des dispositions peu communes. A huit ans il dessinait d’après nature des académies; à dix ans il savoit la géométrie, l’architecture et perspective ; à douze, il commençait sa rhétorique au Collège de Jully, le plus célèbre de ceux des Oratoriens, lorsqu’il fut placé près du duc de Chartres pour partager ses études et ses récréations. Là il apprit la physique de l’abbé Nolet et de Brisson, l’histoire naturelle d’Aubenton, la langue française de Chateaubrun et Foncemagne, tous deux de l’Académie Française, l’histoire et l’éloquence du savant auteur du ‘Jeune Anacharsis’, l’abbé Barthélemy. Avec de tels secours il devint à quinze ans un homme que le Comte de Cani, nommé Ambassadeur extraordinaire à Rome, demanda à son père pour l’y accompagner ; mais à peine y étoit il arrivé que la mort de sa mère le força de retourner en France, ayant seulement entrevu cette ville fameuse et vu quelques moments le célèbre Winckelmann, dont l’enthousiasme lui inspira le goût de l’Antiquité, dont il s’est depuis occupé sans cesse. Revenu dans sa patrie, la fortune de son père s’évanouit par la perte d’un long procès, et, d’amateur qu’il étoit, Dugourc devint artiste. Alors la peinture, la sculpture et la gravure devinrent ses délices pendant quelques années jusqu’à ce que M. de Gribeauval, Inspecteur général de l’Artillerie, l’associât à ses travaux militaires dans son Gouvernement de Valenciennes, servant dans le corps Royal du Génie. Dugourc ne put suivre longtemps cette carrière ; les instances de son père le rengagèrent dans celle des arts. L’Antiquité devint alors le but de toutes ses recherches et, dans un ouvrage publié en 1779, il posa les premiers fondements de la réforme totale des costumes théâtraux. Dans le cours des neuf ou dix années qui précédèrent la Révolution, le premier il donna l’exemple d’employer les genres Arabesque et Etrusque, non seulement dans les décorations d’architecture, mais encore pour les dessins exécutés à Lyon par Pernon, ainsi que tous les bronzes et les bijoux présentés en cette Cour par feu Godon ont été inventés et dirigés par lui. Il peut même assurer que tout ce qui s’est fait à Paris de précieux et de recherché pendant cet espace de temps a été conduit par lui et soumis à son examen. Il partagea toujours avec Belanger, son beau-frère et premier architecte de M. le Comte d’Artois, les soins donnés aux bâtimens du Prince de Paris, Maisons, Saint-Germain et Bagatelle, bâtimens dont la dépense s’élevoit annuellement de trois à quatre millions de livres. Il fit de la même manière pour Laborde, banquier de la Cour, et pour Saint-James, Trésorier de la Marine, les deux plus riches particuliers de France, des maisons de plaisance et des jardins du genre Anglais d’une vaste étendue, et pour Mylord Schelburnn, l’un des membres les plus distingués du Parlement d’Angleterre, les projets d’un Muséum très magnifique. En 1780, il devint Dessinateur du Cabinet de Monsieur, frère du Roi, et dirigea les fêtes et les spectacles donnés à Brunoy pour la Reine et le Roy. En 1781, Dugourc fut chargé par S.M. le Roi de Suède de donner les dessins des décorations et des habits pour monter six opéras pour la salle nouvellement bâtie à Stockholm. En 1782, le Grand-Duc de Russie, depuis Paul Ier, étant à Paris, lui fit les propositions les plus brillantes pour l’emmener ; mais, marié depuis peu, Dugourc n’accepta point les offres de ce prince, pour lequel il fit depuis les dessins d’une grande galerie pour la Palais de Camenoïstrof, comme il fit, pour l’Impératrice Catherine II, les projets d’un palais pour le Général Lanscoy, l’un de ses confidents, dont la mort subite empêcha l’exécution. En 1783, la direction des décorations et des costumes de l’Opéra lui fut confiée. En 1784, il devint Dessinateur du Garde-meuble de la Couronne et Intendant des Bâtimens de Monsieur. Enfin, à l’époque de la Révolution, la place d’Inspecteur général des Manufactures de France lui était offerte, et il balençoit à l’accepter parcequ’il préféroit celle de Directeur particulier des Bâtimens du Roi, Jardins, Arts et Manufactures Royales, que la Reine vouloit créer en sa faveur pour soulager d’une partie du travail du Département Mr d’Angivillier, qui en étoit Ordonnateur Général ». Fondateur du néo-classicisme par ses références constantes à l’Antiquité, Dugourc allait insuffler des idées novatrices aux décorateurs, étendre son champ d’investigation à des domaines très divers en faisant aussi bien des suggestions aux bronziers (son projet de feu à griffons) qu’en proposant des modèles aux ébénistes (ses projets de chaise, fauteuil, lit, trône...) et en créant lui-même des motifs de décoration pure. Son projet de fauteuil illustre le génie de Dugourc qui mêlait ainsi intimement références antiques dans les lignes ou les motifs, aux sujets très nouveaux à thème de feuillage ou animalier puisés dans la nature. Un recueil témoignant de l’imagination créative de l’artiste, inventeur de talent du néo-classicisme et dont l’influence dans l’art décoratif serait de première importance à la veille de la Révolution.
Rare et magnifique recueil sur les Fontaines et les jardins de Rome et Tivoli en reliure de l’époque. Rome, 1691. De la bibliothèque Earls of Macclesfield. Rome, G. G. de Rossi, vers 1691. 33 feuillets entièrement gravés dont le titre, la dédicace et les estampes. [Relié à la suite] : FALDA. Le Fontane delle ville di Frascati, nel Tusculano, con li loro prospetti, Parte seconda. Ibid, vers 1691. 18 feuillets entièrement gravés dont un dépliant. [Relié à la suite] : VENTURINI, Giovanni Francesco. Le Fontane ne’Palazzi e ne’giardini di Roma. Ibid, 1691. 28 feuillets entièrement gravés, dont une planche dépliante. Ibid. Le Fontane del giardino Estense in Tivoli… Parte quarta. Ibid, [vers 1691]. 28 feuillets entièrement gravés, dont une planche dépliante. Soit 4 parties reliées en un volume in-folio oblong, veau moucheté, double filet doré et roulette à froid autour des plats, dos à nerfs richement orné de fleurs-de-lys dans les caissons, coupes décorées, tranches mouchetées rouges. Reliure de l’époque. 275 x 395 mm.
La plus belle suite de gravures sur les fontaines de Rome et ses environs imprimée et gravée à Rome en 1691. 4 feuillets de titre, 4 feuillets de dédicace et 99 gravures d’après Giovanni Battista Falda (1643-1678) et Francesco Venturini (1630-1710) interprétées par ces derniers et L. Rouhier. Elles représentent des fontaines pour la plupart construites aux XVIe et XVIIe siècles. « Exact et bien gravé. Le 4e livre, contenant28 planches, manque quelquefois ». Brunet, II, 1172. Exemplaire d’un très beau tirage et bien conservé, proche de l’exemplaire de la New York Public Library dont la partie iv ne comprenait que 21 estampes contre 28 dans le présent exemplaire, proche aussi du second exemplaire « The Library of Congress ». Les planches sont ici numérotées. “This collection of plates is the most charming that has ever appeared on the fountains of Rome and its environs. Part I was issued about 1675 (Berlin Catalog 3603); Part II before 1687 as Gio. Francesco Negroni, to whom it was dedicated as "Chierico Delle Camera Apostolica", became papal legate to Bologna in 1687 ; Part III probably about 1689 because it was dedicated to Livio Odescalchi, nephew of His Holiness Pope Innocent XI who died in 1689. As in the case of Falda’s Nuovo Teatro all the copies examined vary in numbering and arrangement of the plates. The New York Public Library has a copy of Part I-IV, dated [1691?], with unnumbered plates : Part I [1-33], II [1-18], III [I-28], IV [I-21] ; The Library of Congress has one copy with numbered plates, Part I-II [1675] I-33, 1-18 pl., Part III [1691] I-28 pl., and a second copy with Part I-III numbered, Part IV unnumbered plates [1-28]. The Berlin Catalog (3603) lists a dated issue of 1691 with numbered plates in the four parts. The New York Public Library has a much later edition, issued with the stamp of the "Calcografia Di Roma" in the corner of the plates. Between 1798 and 1815, many sets of earlier plates were reprinted under the direction of Giuseppe Valadier. There was also an edition with 42 plates, Nuremberg, 1685. Berlin Catalog 3603-3604 ; Bartsch XXI, p. 239-245, 248-249 ; Cicognara 3863” (Fowler Architectural collection)”. Giovanni Battista Falda, né vers 1640 à Valdaggia, dans le Milanais, se rendit très jeune à Rome pour s’y perfectionner dans le dessin, et depuis s’appliqua tout entier à la gravure. Huber (Manuel des amateurs) trouve une grande ressemblance entre la manière de Falda et celle d’Israël Silvestre. Il a gravé les principales vues de Rome d’après ses propres dessins, ou d’après ceux du cavalier Bernin. Ses estampes à l’eau-forte sont très recherchées. (W. S.) « Les dessins et gravures de ses jardins, fontaines et édifices publics sont exécutés avec une science très grande de la perspective et ornés de personnages ». Benezit, IV, 255. Superbe exemplaire, très pur, gravé sur grand papier, conservé dans sa reliure de l’époque. Provenance: Earls of Macclesfield avec ex-libris. A crisp copy of Falda’s views of Roman fountains, which was completed by Venturini after Falda’s death. The watermark is predominantly a fleur-de-lys inside a double circle (Heawood 1600 ; see BAL RIBA for a discussion of dating by watermark). BAL, II, 1014 ; Fowler & Baer, 117 (éd. De 1675-1689) ; Millard, IV, 36 (… this is the most sophisticated and elaborate collection of plates ever engraved on this subject”) ; Katalog Berlin, 3603.
Édition originale in-12 de la « Description des Invalides ». Le merveilleux exemplaire de Madame de Bure, relié en maroquin rouge de l’époque. Paris, J. Quillau, 1706. 2 volumes in-12 de : I/ 1 frontispice, (1) f., 168 pp., 1 plan, (2) ff., (1) f. d’extrait de privilège, 11 pp., 26 pl. dépl. hors-texte, 14 pl. à pleine page; II/ (1) f., 317 pp., (5) pp. Relié en maroquin rouge, filet doré encadrant les plats, dos à nerfs ornés, coupes décorées, roulette intérieure dorée, tranches dorées sur marbrure. Reliure de l'époque. 145 x 77 mm.
Édition originale de format in-12 imprimée dans un grand caractère qui la rend d’une lecture confortable. Brunet, II, 1203 ; Katalog Berlin 2487 ; Morgand et Fatout, 6712 ; Bourgeois & André, Les sources de l’histoire de France, 6765. L’ouvrage donne une description détaillée des Invalides, dont la construction venait d'être achevée. La seconde partie passe en revue les tableaux qui décorent ce monument. « Operetta benissimo stampata con molte diligenti tavole in fine, e comoda, e ristretta per chi voglia esaminare quel belissimo stabilimento. » Cicognara, 4287. Au XVIIe siècle, alors qu'aucune structure n'existait pour abriter les soldats invalides, malgré les souhaits précurseurs de Philippe Auguste et surtout d’Henri IV, Louis XIV décide par l'ordonnance de 1670 et complétée par l'édit d'avril 1674 de faire construire : « un hostel royal pour y loger tous les officiers et soldats tant estropiés que vieux et caduques ». Après rachat d'un terrain sur la plaine de Grenelle par le roi, sur sa cassette personnelle, le marquis de Louvois, ministre de la Guerre est chargé de la réalisation du projet. Libéral Bruant est lui choisi pour en être l'architecte. En octobre 1674, dès la fin des travaux, les premiers invalides, la plupart rescapés de la Guerre de trente ans, rentrent dans leur hôtel. Dans son édit de fondation de l'hôtel des invalides, en 1670, Louis XIV estimait « qu'il était bien raisonnable que ceux qui ont exposé librement leur vie et prodigué leur sang pour la défense et le soutien de notre Monarchie..., jouissent du repos qu'ils ont assuré à nos autres sujets et passent le reste de leurs jours en tranquillité ». La pose de la première pierre a lieu le 30 novembre 1671. En trois ans, Libéral Bruant construit les grands bâtiments qui accueillent aussitôt les invalides (1673), mais l'architecte ne parvient pas à obtenir un projet cohérent pour la construction des deux églises, celle des soldats et l'église royale. Remercié en 1676 par Louvois qui s'occupe de l'hôtel, c'est Jules Hardouin-Mansart qui achève les deux églises qu'il couronne d'un dôme dont la coupole intérieure est peinte par Charles de La Fosse. Il y a plus de trois cents ans, le 28 août 1706, Louis XIV inaugurait l'église royale des Invalides. C'est la dernière visite que le Roi-Soleil fera aux Invalides. Voici ce qu'écrivait Madame de Maintenon à son amie la princesse des Ursins, le lendemain de la visite du roi à l'église royale des Invalides : « Le Roy alla hier aux Invalides, sans autre dessein que de faire plaisir à M. Mansart qui a fini cet ouvrage. Cependant, ce fut un beau spectacle : le Roi suivi de la famille royale et de toute la cour, entrant dans le plus beau lieu du monde au milieu de tous les soldats, une musique mêlée de trompettes et de cimbales, M. le Cardinal de Noailles disant la messe. Je n'ai pas la peine de croire que cela était très beau, car vous croyez bien, madame, que je n'y étais pas ». Tranquillité n'est pas oisiveté : la vie de l'hôtel est parfaitement codifiée, des tâches nombreuses sont confiées aux pensionnaires, des ateliers s'organisent, les relations avec la ville sont encadrées. Sous le règne de Louis XIV, le succès de l'hôtel s'affirme, près de six mille invalides seront admis entre 1676 et 1690. Pour les soigner, l'infirmerie qui emploie des médecins et chirurgiens prestigieux préfigure le premier hôpital moderne où les règles d'hygiène sont rigoureuses, la recherche clinique active. Ainsi se définissent d'emblée les missions dont l'institution est aujourd'hui héritière après plus de trois siècles d'existence. Cet hôtel, où la vie spirituelle occupe une part importante, s'enrichit en 1678 par la construction de l'église des soldats, devenue Saint-Louis, puis par celle du dôme, ou église royale, œuvre de Jules-Hardouin Mansart, en 1706. Le présent ouvrage est orné d’un frontispice, d’un plan et de 40 planches dont 26 dépliantes. Superbe et précieux exemplaire conservé dans son élégant maroquin rouge de l’époque. Il provient de la bibliothèque formée à partir de 1780 par Mme de Bure, l'épouse du libraire et bibliophile Guillaume de Bure (1732-5782), le rédacteur du catalogue du duc de La Vallière (1783). Femme de goût et d'esprit connaissant parfaitement bien l'espagnol, elle possédait un cabinet avec des livres précieux dans cette langue. À sa mort, ses livres passèrent chez son fils aîné, Jean-Jacques de Bure (1765-1853). Il porte la mention manuscrite « C[abinet].d[e].m[a].m[ère]. 815 » sur la première garde blanche. Provenance : Mme Guillaume de Bure née Saugrain Jean-Jacques de Bure (Cat. 1853, n°402).
Précieux exemplaire revêtu d’une élégante reliure en maroquin rouge de l’époque. A Paris, chez Antoine Chrétien, 1603 [pour 1703]. In-8 de (5) ff., 363 pages, (1) p., 5 planches dépliantes, (23) ff. de tables, (1)f.bl. Maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, dos à nerfs orné, roulette dorée sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranches dorées sur marbrure. Reliure de l’époque. 160 x 93 mm.
[video width="1920" height="1080" mp4="https://www.camillesourget.com/wp-content/uploads/2024/07/FELIBIEN1.mp4"][/video] Edition originale fort rare illustrée de 5 planches dépliantes. Jean-François Félibien, sieur des Avaux, né en 1658 à Chartres et mort le 23 juin 1733 à Paris, est un architecte comme son père André Félibien, considéré comme le fondateur de l’histoire française de l’art, et également trésorier de l'Académie des inscriptions et belles lettres, historiographe du roi et secrétaire de l'Académie royale d'architecture en 1718. L’étude de la peinture, de la sculpture et de l’architecture l’enthousiasmait et lui permit de publier plusieurs ouvrages dont cette description très claire du château de Versailles sous Louis XIV. Les différentes étapes de la construction du château y sont donc portées. Sa Description sommaire de Versailles s’inscrit dans la lignée des écrits de son père, qui avait, dès 1674, fait paraître une Description sommaire du chasteau de Versailles (rééditée deux ans plus tard), et constitue une référence majeure pour la connaissance du dernier Versailles de Louis XIV. Jean-François Félibien poursuivra son œuvre en 1711 en publiant une Description de la chapelle du chasteau de Versailles et des ouvrages de sculpture et de peinture. L’ouvrage est orné d’une vignette allégorique en tête avec une vue générale du château et de 5 planches dépliantes : - Plan de Versailles pour l’ancienne description, - Plan de Versailles pour la Nouvelle description, - Vues anciennes et nouvelles du chasteau de Versailles du costé de la ville, - Vue de la Grande galerie, - Vues anciennes et Nouvelles du chasteau de Versailles du costé des jardins. Précieux exemplaire revêtu d’une élégante reliure en maroquin rouge de l’époque.
Fort bel exemplaire en vélin ivoire de l’époque. Rome, Domenico Basa, 1590. In-folio, portrait-frontispice replié, titre illustré gravé, 108 ff. (certains numérotés en double et un feuillet 66bis), (4) ff. (tables, errata et colophon), et 2 planches dont une dépliante. Plein vélin ivoire, dos lisse. Reliure de l’époque. 407 x 272 mm.
[video width="1798" height="1080" mp4="https://www.camillesourget.com/wp-content/uploads/2024/07/FONTANA1.mp4"][/video] Première édition de la description illustrée d'un des événements marquants de la Rome papale du XVIe siècle. Brunet I, 1329 ; Mortimer n° 193 ; Fowler n° 124 ; Dibner, Heralds of Science, n° 174. Elle est illustrée de 40 planches gravées sur cuivre par Natale Bonifacio (1537-1592) d'après les dessins de Domenico Fontana, dont un portrait-frontispice replié du pape Sixte V, un titre gravé illustré d'un portrait de Fontana dans un encadrement richement architecturé, 2 planches hors texte in fine, dont une dépliante, et 36 planches incluses dans la pagination. 12 planches représentent le déplacement de l'obélisque, les autres, les travaux de Fontana pour Sixte V : la Villa Montalto, la chapelle de Santa Maria Maggiore, l'érection dans l'abside de cette chapelle d'un obélisque augustinien, la description de la cathédrale San Giovanni, et diverses portes de Rome. « Le projet consistait à disposer au centre de la place Saint-Pierre l'obélisque jusqu'alors situé au ras de l'abside de la nouvelle basilique. [...] Ce chantier s'inscrit dans une série de grands travaux entrepris dans la ville de Rome par le Pape Sixte Quint (1521-1590). [...] Le transfert de l'obélisque, précédemment évoqué, avait été jugé irréalisable y compris par Michel-Ange (1475-1564) consulté à ce propos par Paul III (1468-1549) ; l'idée avait par conséquent été abandonnée. Mais, quatre mois seulement après son avènement, Sixte V remet le sujet à l'ordre du jour, il nomme une commission, formée de quatre prélats, quatre cardinaux et du sénateur de Rome, en charge d'organiser le concours d'architectes. Le projet présenté par Domenico Fontana (1543-1607) fut retenu... [...]. Pour réaliser sa mission, Fontana décida de soulever l'obélisque et de le poser horizontalement sur un traîneau pour le transporter au centre de la place Saint-Pierre, là où il devait être érigé. Mais l'apparente simplicité de la procédure envisagée, ne doit pas faire oublier qu'il s'agit d'un monolithe de granit rouge haut de 25,36 mètres pesant plus de 700 tonnes ! Pour parvenir à ses fins, Fontana dut également concevoir toutes les machines nécessaires à une telle entreprise [...] Le transfert à proprement parler, qui nécessita plus de 900 hommes et 150 chevaux, se déroula devant une foule de spectateurs réduits à un silence absolu par édit du gouvernement. L'opération fut couronnée de succès et Fontana fut nommé noble citoyen de Rome par Sixte V». L'architecte publia « Della trasportatione dell'obelisco vaticano » en 1590 dont une dizaine de planches illustrent le transfert même de l'obélisque, le reste de l'ouvrage étant consacré à d'autres travaux que lui confia Sixte Quint : Villa Montalto, résidence sur le mont Quirinal, chapelle de Santa Maria Maggiore, cathédrale San Giovanni, etc. L'étroite collaboration entre Fontana et Sixte V fut fructueuse et l'architecte contribua largement à l'ambitieux projet du pape : reconstruire la Ville éternelle. Comme le soulignera plus tard le baron von Hübner, « faire tout ce que Sixte-Quint a fait en cinq ans, c'était arriver aux dernières limites du possible : concevoir, mûrir ces projets, au milieu de tant d'autres occupations, c'était les franchir, c'était faire des miracles », miracles rendus possibles par l'ingéniosité de Domenico Fontana. (Elodie Desserle, Déplacer des montagnes avec Domenico Fontana). “One of the most famous stories in engineering history” (Dibner). “The plates are an important example in the development of architectural drawing” (Fowler). Fort bel exemplaire en vélin ivoire de l’époque.
L’exemplaire Robert Hoe imprimé sur grand-papier. Paris, Imprimé par l’Auteur, & se vend chez Barbou, 1764-1766 [1768]. 2 tomes en 2 volumes in-8 de : I/ (2) ff.bl., 1 frontispice gravé, 1 portrait de l’auteur, xxxii pp. d’avertissement, 323 pp., (5) pp., 16 planches sur double-page ; II/ 1 frontispice, 1 titre gravé, xliv pp. d’avertissement, (2), 306 pp., 16 planches sur double-page. Reliés en plein maroquin havane janséniste du XIXe siècle, dos à nerfs ornés de filets à froid, double filet doré sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranches dorées. Reliure signée A. Motte. 174 x 110 mm.
Edition originale de l’ouvrage le plus célèbre consacré à l’art typographique. Brunet, II, 1359 ; Cohen, Manuel de l’amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle, 410 ; Rahir, La Bibliothèque de l’amateur, 431 ; Bulletin Morgand et Fatout, 10316 et 6118 ; Catalogue Destailleur, 937 ; Bigmore & Wyman, I, p. 228 ; Sander 728 ; « Le premier volume de cet ouvrage intéressant traite de la gravure et de la fonderie des caractères d’imprimerie ; le second (qui n’a paru qu’en 1768) contient les épreuves des différentes sortes de caractères. Ces deux volumes devaient être suivis de deux autres, dont l’un aurait traité de l’art de l’imprimerie, et l’autre de l’histoire des typographes célèbres ; mais la mort de l’auteur nous a privés de cette suite. » (Brunet). « Le plus grand ouvrage de Fournier, celui qui lui a coûté le plus de travail, est son Manuel typographique, utile aux gens de lettres ; ouvrage immense dont il n’a pu donner que deux volumes, et pour lequel il a laissé une quantité de matériaux, entr’autres sur la vie des typographes, matière intéressante, que Fournier pouvait traiter lui seul, puisque lui seul réunissait les connaissances nécessaires pour juger du talent de ceux qui l’avaient précédé. Le premier volume du Manuel typographique contient la description des deux premières parties ; savoir, la gravure ou taille des caractères, qui n’avait jamais été décrite, et la fonte des mêmes caractères qui n’avait été connue jusqu’alors que par le détail abrégé donné par Fournier lui-même dans l’Encyclopédie. On y trouve aussi l’histoire et le détail des nouveaux caractères pour la musique, inventés par Fournier, exécutés par lui, approuvés par l’académie royale des sciences, et honorés du suffrage du célèbre Rameau. Le second volume est divisé en six articles. Le premier contient un exemple des caractères tant romains qu’italiques, dont on se sert ordinairement dans l’imprimerie, avec les différentes nuances de grosseur qui les font distinguer. Le second contient ce qui regarde les ornemens de l’impression. Le troisième présente les modèles de divers caractères propres à quelques pays, d’un usage particulier ou ancien. Le quatrième renferme les exemples des différents caractères orientaux, hébreux, rabiniques, samaritains, cophtes, arméniens, éthiopiens et grecs. Le cinquième comprend les notes de musique et de plain-chant. Le sixième offre les signes que l’esprit humain a inventés pour exprimer ses idées, en nous présentant une suite des alphabets de chaque langue, d’après les différens monumens imprimés ou manuscrits qu’on a pu consulter sur cette partie. Une explication très curieuse de ces différens alphabets, termine le volume, où se trouvent encore des détails intéressans sur les principales fonderies établies en Europe […]. Voilà ce que nous avons du grand ouvrage de Fournier. Il devait y joindre deux volumes ; l’un sur le mécanisme de l’imprimerie, et l’autre sur l’histoire des meilleurs typographes. Sa mort prévint l’exécution entière d’un si beau plan. » (Les Siècles littéraires de la France, pp. 133-138). Le second volume comporte 250 pages de spécimens de caractères français et étrangers, dont 101 alphabets des langues modernes et anciennes et 5 planches dépliantes de musique dont une gravée en rouge et noir. Ces spécimens représentent le fonds de Fournier qui influencera l’imprimerie européenne jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. « Le ‘Manuel typographique’ de Fournier contient de nombreuses vignettes, qui décèlent un goût parfait. Ce manuel est, du reste, un petit chef-d’œuvre typographique. L’école de Fournier pour l’ornement des livres dura près d’un demi-siècle. » (Dupont, Histoire de l’imprimerie, p. 372). L’illustration se compose de deux frontispices gravés par Fessard d’après Gravelot et De Sève, d’un portrait de l’auteur gravé par Gaucher d’après Bichu, et de 16 planches sur double page à la fin du premier volume qui montrent les différents instruments propres à l’art typographique. Le présent exemplaire comporte en outre une suite supplémentaire des 16 planches techniques, reliée à la fin du second volume. Précieux exemplaire, tres grand de marges car imprime sur grand papier (hauteur : 174 mm contre 165 mm pour un exemplaire ordinaire), provenant de la collection Robert Hoe, l’un des grands bibliophiles américains. Cette association est particulièrement intéressante car Robert Hoe (1839-1909), fabricant de presses à imprimer et inventeur de nouveaux procédés d’impression, est une personnalité qui a marqué l’histoire de l’imprimerie au XIXe siècle.
Bel exemplaire de ce rare recueil orné de 25 superbes planches en vifs coloris de l’époque, conservé dans sa reliure de l’époque en demi-chagrin rouge. Paris, chez Desève, artiste-éditeur et Deterville, libraire, de l’imprimerie de Crapelet, 1809. Grand in-folio de (2) ff. de faux-titre et titre, 2 pp. d’Avertissement, 8 pp., 7 pp. d’explication, 25 planches en couleurs accompagnées chacune de 1 ou 2 ff. de texte explicatif et protégées par des serpentes. Qq. discrètes piqûres. Relié en demi-chagrin rouge à coins, dos à nerf orné de filets dorés. Qq. frottements aux charnières et aux coins, manque à la coiffe supérieure. Reliure de l’époque. 546 x 356 mm.
Superbe et rare recueil présentant les tableaux peints par Rubens pour orner le palais du Luxembourg construit pour Marie de Medicis. Graesse, Trésor de livres rares, 12 ; Sander 747 ; Cohen, Guide de l’amateur de livres à gravures, 914 (pour l’édition de 1808) ; Brunet, IV, 1443. « C’est l’histoire allégorique de Marie de Médicis. Les originaux de Rubens, qui ont orné longtemps le Palais du Luxembourg, construit pour cette princesse, sont maintenant au Louvre » (Cohen). Un recueil similaire avait déjà paru en 1710 sous le titre : « La Galerie du Palais du Luxembourg, peinte par Rubens », mais le présent ouvrage, publié presque cent ans plus tard, est entièrement nouveau, avec des gravures différentes, accompagnées d’un texte explicatif. Les bibliographes mentionnent une édition de Paris, 1808 mais nous ne sommes parvenus à en localiser aucun exemplaire. On apprend dans l’Avertissement que : « La Galerie du Luxembourg, cette belle collection des tableaux de Rubens, avait déjà été reproduite par le burin. Mais depuis longtemps le recueil en était devenu rare dans le commerce. L’éditeur actuel s’est flatté qu’en reproduisant de nouveau [cette belle collection des tableaux de Rubens], sous une forme plus commode, accompagnée d’un texte historique et allégorique, elle serait bien reçue du Public. Il a pensé ainsi que Rubens ayant excellé dans le choix et l’éclat des couleurs, ce serait lui faire perdre plus qu’à un autre de se borner à rendre les traits et l’expression. Il a donc mis tous ses soins pour imiter, autant qu’il est possible, le charme du coloris de l’original ». La superbe illustration se compose d’un portrait de Rubens par Le Clerc gravé par Benoist et de 24 planches d’après les tableaux de Rubens gravées par Benoist, Duthé, Gauthier le jeune, Gabriel, Gouyon, Disart et Pierron. Elles représentent : un Portrait de Marie de Médicis en Minerve, un Portrait de François II, un Portrait de Jeanne d’Autriche, les Parques, la Naissance de la reine, l’Education de la reine, Henri IV qui délibère sur son futur mariage, le Mariage de Marie de Médicis avec Henri IV, le Débarquement de la reine à Marseille, la Ville de Lyon qui va au-devant de la reine, l’Accouchement de la reine, Henri IV qui part pour l’Allemagne, le Couronnement de la reine, l’Apothéose de Henri IV, le Gouvernement de la reine, le Voyage de la reine au pont de Cé, l’Echange des deux reines, la Félicité de la régence, la Majorité de Louis XIII, la Reine s’enfuit de Blois, la Reine prend le parti de la paix, Conclusion de la paix, la Paix confirmée dans le ciel, le Tems découvre la vérité. « Les figures existent en noir et imprimées en couleur. En noir, reliure, 350 francs ; en couleurs, reliure, 2 000 francs » (Sander). Précieux exemplaire du tirage de luxe, dont l’ensemble des planches ont été imprimées en couleurs et finement rehaussées à la main à l’époque. Le présent ouvrage étant l’un des premiers à comporter des planches imprimées en couleurs qui reproduisent fidèlement des tableaux d’un grand maitre, il occupe une place importante dans l’étude de l’histoire de l’art. Bel exemplaire de ce rare recueil orné de 25 superbes planches en vifs coloris de l’époque, conservé dans sa reliure de l’époque en demi-chagrin rouge.
Los Proverbios de Goya. Publicala la Real Academia de Nobles Artes de San Fernando, Madrid, 1891. Album in-folio comprenant un titre et la suite complète de 18 eaux-fortes publiées sous le titre « Los Proverbios » mais dont le titre prévu par Goya était « Disparates » (Extravagances). Brochure verte de l’époque défraichie. 315 mm x 490 mm.
Troisième édition, premier tirage imprimé à quelques dizaines d’exemplaires seulement. Harris, 248-265 ; Delteil 202-219. D’autres éditions furent imprimées, notamment en 1864, en 1875, en 1902, en 1904... Un industriel espagnol, primitivement propriétaire des cuivres, avait donné une édition différente en 1850. Elle est aujourd’hui introuvable. « This edition is well printed on suitable paper » (Harris). Seuls 100 exemplaires de cette troisième édition, tirages a et b confondus, furent imprimés. « Dans le premier tiers du XIXe siècle, domine en Espagne l’un des plus grands artistes des temps modernes et dont la haute valeur dépasse toutes les frontières : Goya y Lucientes. Une partie de l’œuvre de ce maître repose sur le XVIIIe siècle : ses traductions des peintures de Velasquez, quelques planches isolées et rares, puis sa célèbre série des ‘Caprices’. Toutefois, une autre portion de son œuvre, au moins d’égal intérêt, a vu le jour au XIXe siècle, comme la ‘Tauromachie’, les ‘Désastres de la Guerre’, les ‘Disparates’ et ses belles lithographies, comme les ‘Taureaux’, dits de Bordeaux, qui eurent une influence indéniable sur Eugène Delacroix. L’œuvre gravé et lithographié de Goya est très important. Il ne renferme pas moins de 288 pièces qui placent leur auteur parmi les maîtres les plus extraordinaires et les plus attirants de l’estampe, tant par la science, la fantaisie, l’imagination, la profondeur de pensée, l’indépendance d’esprit, la puissance d’exécution, la verve enfin qui traversent son œuvre, qu’il s’agisse des ‘Caprices’ ou des ‘Désastres de la Guerre’, et le rendent à la fois si précieux, si varié et si captivant. Goya d’ailleurs, tout en appartenant en partie au XVIIIe siècle, comme nous l’avons déjà fait remarquer, a devancé son époque ; il est et doit être regardé dans l’histoire de l’Art comme l’un des plus grands précurseurs des temps modernes, aussi bien par ses hardiesses et les buts qu’il a atteints, que par la richesse de sa pointe, à l’aide de laquelle il sait exprimer la quintessence de la vie jusque dans le domaine purement imaginatif. Son esprit est d’ailleurs avant tout attiré par les fortes émotions et son arme principale est la satire ». Loÿs Delteil. Exemplaire à toutes marges de la dernière grande œuvre de Goya. Elle fut gravée par l’artiste après La Tauromachie, dans les années 1818-1820, époque à laquelle Goya se replonge dans la vie populaire espagnole qu’il a toujours aimée.
Précieux exemplaire d’une grande pureté, conservé dans son vélin souple de l’époque, de ce très beau livre de fêtes du milieu du XVIIe siècle. Dijon, Philibert Chavance, 1656. In-folio de 1 frontispice, (7) ff., 117 pp. avec 2 figures gravées dans le texte, 1 page avec le colophon, 6 planches dépliantes, 10 planches à pleine page, 2 planches à pleine page avec texte explicatif en regard. Soit un total de 18 planches gravées hors texte. Une toute petite déchirure anciennement restaurée dans une planche, planche de la seconde colonne anciennement renforcée au dos. Vélin souple, dos lisse, petit manque de vélin au coin inférieur du plat supérieur, dessin géométrique tracé au compas sur le plat inférieur. Reliure de l’époque. 307 x 203 mm.
Rare édition originale de la relation de la fête somptueuse offerte par la ville de Dijon à Bernard de Foix de La Valette, Duc d’Epernon (1592-1661), le 8 mai 1656. Barbier, 277 ; Brunet, Suppl. I, 61 ; Vinet, 784 ; Ruggieri, 486 ; Berlin 2997. « Le personnage principal de cette entrée n’est point, comme on pourrait le supposer à première vue, le favori de Henri III, mais bien son fils, Bernard de Nogaret, de la Valette et de Foix, duc d’Epernon, pair de France, comte de Candale, gouverneur de Bourgogne et de Bresse, colonel général de l’infanterie française, mort en 1661. Cette entrée fut magnifique. La noblesse entière de la Bourgogne accourut. Huit cents gentilshommes accompagnèrent le duc. Les planches qui ornent la relation de cette entrée représentent quatre arcs de triomphe, avec des emblèmes, une colonne érigée pour la fête dans la rue Saint-Etienne, et le feu d’artifice qui fut tiré sur la place de la Sainte-Chapelle. Volume omis par Brunet et Grässe. » (Vinet). Le présent ouvrage fut réalisé par Bénigne Grignette, « advocat en Parlement & Eschevin de la ville de Dijon », en collaboration avec Jean Godran, lui aussi avocat de la ville, qui dessina les éléments architecturaux de la fête. « Livre rare et curieux » (Ruggieri). « Ce très rare volume d’Entrée est orné d’un beau frontispice et de 18 planches, arcs de triomphe, colonnes, figures allégoriques, feu d’artifice, etc., gravées par Mathieu, d’après Godran. » (Destailleur, n°254). La remarquable illustration gravée par A. Mathieu d’après Jean Godran comprend 19 figures dont un superbe frontispice, 12 planches à pleine page et 6 dépliantes représentant les 4 arcs de triomphe dressés pour l’occasion par la ville de Dijon, le portique érigé à la Porte d’Ouche, une imposante « colonne militaire » ressemblant à la colonne de Trajan ainsi que le somptueux feu d’artifice qui fut tiré sur la place de la Sainte-Chapelle. Précieux exemplaire d’une grande pureté, conservé dans son vélin souple de l’époque, de ce très beau livre de fêtes du milieu du XVIIe siècle.