‎[MANUSCRIT]. [FAIVRE (L.)].‎
‎Vingt-cinq ans et demi de séjour aux forges d'Audincourt, . de 7bre 1879 à avril 1905, d'un universitaire devenu, à la suite d'un accident, un modeste métallurgiste.‎

‎Audincourt, 22 avril 1905, in-4, titre, 60 pp., couvertes d'une écriture moyenne, régulière et très lisible, sans ratures ni biffures (environ 30 lignes par page), [5] ff. vierges, le tout sur papier réglé, broché sous couverture factice de papier bleuté. ‎

Reference : 245526


‎Très intéressant mémoire industriel, signé par un ingénieur nommé L. Faivre (qu'il ne faut évidemment pas confondre avec le syndicaliste Charles Faivre, 1857-1937, futur maire socialiste d'Audincourt à partir de 1914), et qui semble bien la même personne que le conducteur de travaux à l'oeuvre lors de la construction de l'usine hydroélectrique de Mathay menée par la Compagnie des Forges d'Audincourt à partir de 1912, jusqu'en 1914. Il serait né en 1849, ayant 30 ans lors de sa nomination comme premier dénaturateur dans la Compagnie en 1879. Dans son texte, il se montre manifestement très fier de soi, de ses capacités d'innovation et d'invention, de la direction de ses ateliers ("Je dirai que depuis que je suis à la Compagnie, mes ateliers n'ont jamais chômé" ; "Sans me flatter, j'étais l'activité même" ...).Ceci posé, l'on ne peut que souligner la rareté de tels témoignages directs sur l'activité industrielle.Créée dès 1616, et formée en société civile en 1825, la Forge d'Audincourt (Doubs) put se développer et se maintenir jusqu'en 1971, constituant un pôle majeur d'activité dans la région de Montbéliard : cette Compagnie des Forges d'Audincourt et dépendances se présentant comme la plus importante entreprise du Pays de Montbéliard et occupant par ailleurs le huitième rang pour les sociétés sidérurgiques françaises. La période 1879-1905 couverte par notre relation se place entre deux événements importants pour l'histoire de la forge : en 1885, l'arrivée de Camille Steib (en général mal orthographié Streib, mais pas dans le manuscrit) à la direction qui permit de lancer l'activité chauffage et tuyauterie, avec une spécialisation dans les tuyaux ondulés appelés "lyres", utilisés pour le transport de la vapeur, et fournis à la Marine nationale ; et l'année 1904 qui vit l'abandon du fer au bois sous l'impulsion du nouveau directeur, Raymond Joëssel (1871-1937), lequel garda la direction jusqu'en 1936.I. La première partie de ce texte est très technique, et offre peu de renseignements personnels sur son auteur, mais beaucoup sur les procédés de fabrication, ainsi que sur les acteurs de la sidérurgie, tant comtois qu'étrangers, et la clientèle des produits de la forge (dont l'horlogerie). Il commence par la narration de la première tâche attribuée à l'auteur en septembre 1879 : "Quand je suis venu à Audincourt, en 7bre 1879, la direction m'a dit : 'On ne vous demande pas de gagner de l'argent ; on vous demande, simplement, de dénaturer, mensuellement, 20 tonnes de verge, machine fer ; cet appoint nous est nécessaire pour écouler la production totale de notre train machine marchant à 2 tournées'". Après deux années pénibles ("Les années 1880 & 1881 furent les plus dures pour moi"), l'année 1882 lui permit d'accomplir de nouvelles tâches : "Le gérant de l'usine vint à mourir et alors j'obtins qu'on fît du fer de Renard (...). Cette même année, je fis construire un four à recuire qui est une vraie merveille (..). C'était une nouveauté à Audincourt et chacun disait : il ne marchera pas ; c'est une boulette. Mais il marcha, puisqu'il marche encore, et il marcha si bien que, deux mois plus tard, tous les fours à recuire les tôles étaient modifiés d'après mon principe !!".S'ensuivit une période plutôt calme : "Les années 1883, 1884 & 1885 ne donnèrent lieu à aucun incident saillant à relater ; on travaillait ferme, le nombre des clients augmentait ; notre marque en pointes comme en fils de fer était au 1er rang". L'année 1886 vit les débuts de la fabrication du nickel ("métal ingrat, qui a fait et fait encore le désespoir de ceux qui ont cherché à l'étirer") pour laquelle une délégation d'études (composée de deux ingénieurs, d'un contremaître et de quelques ouvriers) fut envoyée à l'entreprise Flackmann sise à Schwerte (actuellement dans le Land de Nordrhein-Westfalen). À son tour, Flackmann fils vint passer deux mois à Audincourt pour compléter les indications ayant trait à la fusion au laminage. Après des essais désastreux, le bon Faivre indique qu'il trouva un procédé innovant de tréfilage qui permit la production pendant plusieurs années .. La fabrication en fut cependant abandonnée en 1892."En résumé, jusquà 1890, nous tenions encore une bonne place sur le marché, et nous vendions à des prix restés rémunérateurs". Cette même année vit l'installation à Audincourt d'un four Martin-Siemens (à réverbération). Faivre s'étend longuement sur la qualité des productions permises par cette nouvelle machine, notamment en fer de Renard, jusqu'à l'année 1896, où la qualité commença à baisser jusqu'en 1898 : "On vient de voir qu'en 1897, 1898, la qualité du fer en général baissait ; en 1899, 1900 & 1901, il ne donna à peu près plus que des rebuts pour la pointe et il fallut bien se résoudre encore à faire en acier les n°s 13, 14 & 15 (...). En 1902 et 1903, il fallut renoncer à faire les pointes n°s 16, 17 & 18 en fer, et on les fabriqua en acier ; mais l'acier d'Audincourt baissait parallèlement avec la qualité du fer à la forge". Suit un long développement sur les raisons de cette mauvaise qualité de l'acier (pp. 22-35).II. En revanche, à partir de la page 35, l'auteur se livre davantage sur son parcours, comme il l'indique en liminaire : "Ce qu'il y a de certain, c'est que mes études n'ont point été dirigées dans le sens de l'industrie ni de la métallurgie, et c'est ce qui me reste à dire pour expliquer le titre que j'ai donné à ce résumé ; je dirai ensuite comment je suis entré à la Compagnie, pour laquelle je travaillais déjà avant de faire partie de son personnel". Le récit qui suit devra faire l'objet d'une critique soigneuse, tant le narrateur cherche à se mettre en valeur en permanence, tout en donnant des détails controuvés (e.g. le nom du préfet du Doubs jusqu'en 1865, qu'il appelle cureiusement Picard). En bref, issu d'une famille modeste (son père était entrepreneur de menuiserie à Saint-Hippolyte), il échoua à entrer comme demi-boursier à l'École normale de Besançon à l'âge de 15 ans (alors qu'il se rangeait le troisième sur 78 candidats) par suite - prétend-il - de subversives manoeuvres préfectorales. Il dut ainsi commencer à travailler avec son père, avant de pouvoir finalement intégrer l'école en janvier 1866, à la suite de la mutation du préfet. Après des débuts difficiles liés au nécessaire rattrapage par rapport aux élèves entrés trois mois auparavant, il se classa premier plusieurs années de suite, prétend avoir effectué en 1868 le remplacement provisoire de "Triboulet" comme directeur du petit lycée de Besançon ("J'étais directeur des études pour toutes les classes et en même temps chargé de cours pour la classe supérieure ; j'enseignais l'histoire naturelle, la géométrie, la physique et la cosmographie, et j'y fus vite bien coté"), sous le provisorat de Boullet (attesté effectivement entre 1860 et 1871). En 1868, il entra à l'École normale d'enseignement secondaire spécial de Cluny (à Paris), fondée en 1866 par Duruy et fermée en 1891. Elle formait des professeurs de sciences et de lettres pour l'enseignement secondaire "spécial" [= professionnel]. Au cours de sa formation à Cluny, il effectua un stage de huit mois assez approfondi (comptabilité, tréfilage, affinage, sondage, corroyage, laminage) aux forges de Saint-Hippolyte, alors dirigées par Stanislas de Blondeau, qui deviendra par la suite maire de la ville et conseiller général du Doubs de 1872 à 1883, abandonnant son activité industrielle. Cette nouvelle vocation commençant à lui plaire plus que l'enseignement, un congé d'un an lui fut alors accordé par l'École de Cluny, dans la perspective d'un retour rapide à sa formation ("L'inspecteur d'Académie m'écrivit alors que je faisais de l'industrie par caprice, que je m'en lasserais, et qu'avant peu je rentrerais dans l'enseignement"). Nommé chef de fabrication par Blondeau, le jeune Faivre demeura dans sa forge même après 1872 et le départ du directeur Bichon avec une grande partie des contremaîtres la création d'un atelier lyonnais de transformation des fusils à baguette. Il faut dire que le jeune homme était devenu soutien de famille pour sa mère et sa soeur (son père était mort le 1er juillet 1871). Il demeura donc à Saint-Hippolyte après la vente de l'entreprise à Auguste Izoard, se maria et poursuivit son travail jusqu'en 1879 et l'Exposition universelle de 1878 à Paris (cf. pp. 52-53). Démissionnaire le 11 mai 1879, il se fit engager par les forges d'Audincourt, et sa relation se termine par l'évocation d'entretiens renouvelés avec Izoard en 1886.À signaler particulièrement, aux pp. 5-6, le récit d'un séjour que fit l'auteur au château de Syam, le fief des Jobez, où, invité par Alphonse Jobez (1813-1893) et sa femme Amélie, il put profiter des ressources de sa grande bibliothèque (cf. catalogue Teissèdre de la vente de cette collection en février 2010, devenu un outil bibliographique précieux pour les chercheurs et les collectionneurs qui s'intéressent à l'histoire de la Franche-Comté et du Jura). - - VENTE PAR CORRESPONDANCE UNIQUEMENT - LIEN DE PAIEMENT, NOUS CONSULTER.‎

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