Bi-feuillet (208 x 163 mm) rédigé à l’encre brune sur les 2 premières pages.
Reference : CLL-99
François Noël Babeuf, plus connu sous le nom de Gracchus Babeuf (1760-1797), autodidacte, ancien clerc de notaire et commissaire à terrier, Administrateur de district dans la Somme, est à l'origine d'une doctrine, le babouvisme, considérée comme une forme de communisme primitif mais si extrême dans son idée de partage égalitaire des richesses que le Directoire le considéra comme un danger. À la suite de l'échec de la Conjuration des Égaux, il fut guillotiné à Vendôme le 27 mai 1797. Il devait exposer ses opinions dans trois journaux principalement: LeCorrespondant Picard (1790), Le Journal de la liberté (1794) et Le Tribun du peuple (1794-1796). En 1790, date de rédaction de cette lettre, Babeuf était installé à Roye, entre Amiens et Noyon. Ils’était distingué dès 1789 comme un des animateurs en Picardie d’un mouvement opposé aux droits féodaux et perception des taxes de l’Ancien Régime, notamment des droits d’aides, impôts indirects sur les denrées et les transports. À la suite de la pétition rédigée contre ces contributions, signée par 800 communes de Picardie et adressée à l’Assemblée nationale, Babeuf fut arrêté le 19 mai 1790 sur la demande de la Cour des Aides et emprisonné à Paris jusqu’au début juillet. Un mois plus tard, il est de retour en Picardie. Première évocation du Correspondant Picard. C’est dans ce contexte que s’inscrit la lettre adressée à sa femme, Marie Anne Victoire née Langlet, demeurée à Paris. Il avait épousé en 1782 cette “fille de chambre” de la comtesse de Bracquemont, née en 1757, issue de parents pauvres et ayant peu d’instruction. Plus tard, Gracchus l’appellera “la femme de la nature” (V. Advielle, p.15). “Les lettres adressées par Babeuf à sa femme, au cours de l’été 1790, sont moins nombreuses […]. Huit d’entre elles ont été retrouvées” (R. Legrand, 1972, p. 22). Celle-ci, dont il existe une copie conservée aux Archives départementales de la Somme (ibid., p. 51, note 28) est datée de “Noyon le 14 août 1790 cinq heures du matin”. Babeuf partage avec sa fidèle compagne ses difficultés pour obtenir quelques secours financiers espérés ou une place promise et lui annonce la prochaine naissance du Correspondant Picard, dont il révèle pour la première fois le titre: “Monsieur Devin m’imprime le prospectus d’un journal intitulé Le Correspondant Picard, dont Monsieur Galoppe a répondu des frais. Je communiquerai le prospectus aussitôt qu’il sera fait, à Monsieur Auddifred”. Il se trouve alors à Noyon auprès de “son cher compère” l’imprimeur libraire Devin qui édite le prospectus du Correspondant Picard que Babeuf entend lancer pour élargir et intensifier son combat politique. Paraissant finalement avec retard en octobre, ce périodique hebdomadaire comptera en tout 40numéros. Il se composait de deux parties, la première consacrée aux matières politiques et la seconde aux pétitions, adresses, etc. destinées aux différents corps administratifs. “Ce journal eut un nombre prodigieux d’abonnés et amena à son cabinet d’affaires une foule de malheureux, mais l’obligea à plaider plus de deux cents causes en six mois” (V. Advielle, p.74). V.?Advielle, Histoire de Gracchus Babeuf et du Babouvisme, Paris 1884. -C. Jacquemin, “La misère de Babeuf”, Revue des Curiosités Révolutionnaires, 1910-1911, t. I, pp. 202-207 (lettre du 14 août publiée). - M. Dommanget, Pages choisies de Babeuf, Paris, 1935, pp. 98-103. - R.Legrand, Aspects de la Révolution en Picardie XIV, Babeuf en 1790 Correspondance inédite, Abbeville, 1972,pp. 50-51, Pièce X. - C. Mazauric, Babeuf Écrits, Pantin, 2009, pp. 233-239.
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