Guéret, 1809-1810.
Reference : 18577
L'un des premiers, si ce nest le tout premier, ouvrage encyclopédique sur la Creuse, cette ancienne province de la Marche, plongée, d'après Gault de Saint-Germain, dans l'apathie depuis des siècles (p. 69). Manuscrit publié très partiellement sous le titre de "Lettres inédites sur la géographie, la physique, la topographie, l'histoire naturelle, les antiquités et les hommes illustres de la ci-devant province de Marche, écrites en 1809 et 1810", publié à Clermont-Ferrand chez A. Veysset, en 1861, in- 12 de 68 pp. Richement illustré de quatorze dessins et une carte autographe de grand format, tous originaux de la main de Gault de Saint-Germain, un portrait de l'auteur lithographié par Rouargue, quatre estampes collées, et diverses coupures de presses sur les intempéries collées sur les premières gardes. Le manuscrit présente quelques ratures et biffures, ainsi que des annotations marginales de l'auteur. "Chercheur acharné, historien avisé et passionné des arts" d'après Camilla Murgia, Pierre-Marie Gault de Saint-Germain mena de front une carrière de peintre, d'écrivain et de professeur. Elève de Durameau, Louis XVI lui avait acheté en 1789 "Vue du Port et de la rade de Moka", et de 1791 à 1801, "il exposa au Salon de bons paysages" (Bénézit) ; il publia un assez grand nombre d'écrits sur le dessin et la gravure, a donné des articles au Journal des Beaux-Arts et à beaucoup de périodiques tout en rédigeant une "Vie et oeuvres de Nicolas Poussin" et publiant une nouvelle édition des "Lettres" de Madame de Sévigné ; enfin, ayant fui Paris sous la Terreur pour se réfugier à Clermont-Ferrand, il y enseigna le dessin à l'Ecole centrale de 1792 à 1794, fût conservateur des monuments historiques du département du Puy-de-Dôme de 1794 à 1796, et après un retour à Paris dès 1797, partit enseigner le dessin à Guéret de 1809 à 1810, séjour durant lequel il rédigea notre manuscrit, une description exhaustive de la Creuse, sous forme épistolaire fort à la mode, dans l'esprit de l'Encyclopédie. d'une grande érudition, émaillées de réflexions pertinentes et de citations, ces lettres, fort vivantes, adressées à Madame xxx [Madame Beaulaton, dont il avait fait le portrait au pastel vers 1792, femme d'un juge membre de l'Académie de Clermont- Ferrand] se lisent avec intérêt, illustrées de gravures et de délicats lavis que l'auteur avait soigneusement réalisés dans son carnet lors de ses pérégrinations (Guéret, Jouillat, Aubusson, Bourganeuf, Châteauneuf, flacons, cuiller, costumes, paysages ou scènes de genre), achevant son ouvrage par la magnifique grande carte dépliante de la Creuse quil a dessinée à la plume et au lavis, représentant minutieusement villes antiques, sépultures, châteaux, monastères, abbayes et prieurés, ainsi que les voies romaines et les ressources minéralogiques, avec, dans la marge, la liste et la localisation des tribunaux, prisons, hospices, gendarmerie, collèges et ponts. Notre manuscrit est celui auquel G. Grange fait référence dans sa note liminaire à l'édition des "Lettres inédites sur la géographie, la physique, la topographie, l'histoire naturelle, les antiquités et les hommes illustres de la ci- devant province de Marche", écrites en 1809 et 1810 de 1861. "Dans un premier volume écrit sur l'Auvergne, [], cet auteur annonçait, comme complément de son ouvrage, une seconde partie traitant de l'histoire de la Marche, avec quelques dessins faits par lui, d'après nature. Quelques recherches que nous ayons faites jusquà ce jour, il nous a été impossible de découvrir ce manuscrit. Cest donc pour conserver aux amateurs ce curieux document, (dont nous regrettons vivement les planches), que nous publions ce quil nous en reste." En fait, seules les lettres II et III (pp. 9 à 21) de notre manuscrit sont éditées (pp. 6 à 35), sans de nombreuses notes du manuscrit, et avec quelques paragraphes retranchés (pp. 32 et 33 du ms) ou ajoutés (pp. 34 et 35 de l'imprimé). En outre, la 1ère lettre de l'imprimé, du 18 novembre 1809, ne figure pas dans le manuscrit ; elle cite des éléments et quelques détails tels auberges, manufactures, patois, pont du Diable ou costumes, empruntés aux p. 55 à 58 du manuscrit. Bien entendu, les dessins originaux sont restés inédits. La 1ère lettre, non paginée, adressée de Guéret, le 19 juillet 1810, sert d'introduction : "Le manuscrit qui suit est la copie du double de mes lettres autographes que vous avez sous vos yeux, et de la plume d'un malheureux qui était sans pain". l'auteur y rappelle les grandes lignes de son ouvrage : malgré l'obscurité politique du département, la tristesse et la monotonie de ses montagnes peu attrayante, son peu d'intérêt historique, la Creuse "a comme tout autre ses richesses territoriales ; [ce département] a ses montagnes, ses carrières, ses mines, ses pâturages, ses bestiaux ; il a ses plantes, ses étangs, ses rivières, ses poissons, ses animaux, ses volatiles, ses insectes particuliers ; il a aussi ses sujets remarquables dans la nécrologie des indigènes. Sa population y est considérable pour l'étendu de son territoire. Les habitants y sont portés au commerce et à l'agriculture et il ne leur manque quune parfaite connaissance du sol quils cultivent pour en vaincre les obstacles comme pour en saisir les avantages." Il fait donc des voeux "pour que vous accueillez favorablement les vues et les idées que jai hasardés sur une des contrées de la France la plus ignorée, peut-être, jusquà présent." La pagination a été revue vraisemblablement par l'auteur, la précédente biffée, avant de confier son manuscrit au relieur dont le couteau a rogné certaines de ces nouvelles paginations. Le texte manuscrit est passé de 160 à 104 pp., auquel l'auteur a ajouté les notes et les illustrations. La continuité du manuscrit nest pas affectée, bien que les lettres V à VII indiquées dans la Table aient été retirées ; elles traitaient de la zoologie, l'agriculture, l'économie rurale et l'élevage (Lettre V), l'ornithologie en générale et celle de la Creuse en particulier (Lettre VI), et enfin les reptiles, poissons, insectes et cours d'eau du département (Lettre VII). I. Route de la Sablière de Guéret à la Châtre, nature du sol, géologie ; monument de Joulliat [pour Jouillat], avec dessin du château p. 114 ; l'araire et la charrue, le climat insalubre et la nature viciée de l'air provoquant nombre de maladies ; végétation triste et uniforme ; beau point de vue sur les montagnes de Saint-Vaulry. II. Mauvaise qualité de la terre végétale, ("le sol, les plantes, les hommes, les animaux, en un mot jusquà la vie champêtre, tout manque de couleur, de physionomie et de caractère"), observations météorologiques sur Guéret et ses environs, sa situation topographique ; effets des météores aqueux sur les montagnes, leur influence sur les habitants qui sont "d'une stature médiocre, ils ont les épaules étroites, les jarrets ployants sous le genou et fatiguent aisément sous le poids du travail ; cette constitution dégénérée est remarquable sur les conscrits ; quoique jeunes, ils sont grêles, un peu voûtés et sans ardeur ; rarement ils produisent de beaux hommes aux armées." Observations de Cassini et de M. de Laambre sur la tour de Sermur, phénomènes curieux sur les courants d'air (faubourg de l'Etang jusquà mi-chemin du bois de la Rode), avec une belle digression sur les représentations artistiques des halos ; enfin, il évoque les violents contrastes météorologiques (orages, foudres, ouragans, etc.) et les météores. III. Histoire ancienne et moderne du département. (Il déplore l'absence de bibliothèque monastique à Guéret). Les plus anciens monuments, avec leurs inscriptions, ses sépultures et objets funéraires (La Souterraine, Ahun, La Courtine), les voies romaines et les camps de César, les antiquités religieuses (monastère de Saint Pardoux). Enfin, les monuments de Guéret : 'Le caprice ou le besoin ont été plus consultés que l'art dans l'ensemble de la ville de Guéret et même sur ses monuments qui nont ni apparence, ni dignité, ni goût tant en dehors que dans les distributions intérieures. l'église paroissiale est une carrière de pierres, grossièrement ornée. Le Palais et la chambre du Tribunal rappellent plutôt une communauté de Marchands que le siège de la justice. Les fontaines publiques ressemblent aux petites guérites des sentinelles.' Il décrit ensuite le château, puis l'hôtel de la préfecture et le collège, l'hospice de Guéret qui peut contenir 300 malades, son organisation et fonctionnement, et ceux du département, enfin les prisons "autrefois si malsaines à Guéret, ont été réparées, agrandies, entourées de cours aérées, où les prisonniers des deux sexes peuvent se promener séparément ; ailleurs elles sont restées dans un état d'insalubrité qui fait frémir l'humanité" sauf celle de Bourganeuf, plus spacieuse et mieux aérée. Suit un "Tableau des hommes célèbres de la ci-devant province de la Marche", du XIIIe siècle à la fin XVIIIe. IV. Fouilles de Boussac (1782-1783), bains antiques de Fades et sa légende, les eaux minérales de la Creuse (Evaux, avec description, Blessac et Mallereix), antiquités d'Aubusson, forteresse de Crozant, petite et grande Creuse. V. Seule subsiste la note p. 110 sur les "Ouvriers de la Creuse". Il regrette que l'on confonde les Marchois et les Limousins et l'avis défavorable qu'ont porté les écrivains à leur sujet : "Ils sont lourds dans leur manière de vivre, sales en leurs meubles et leurs tables, sordides en ménage, épargnants et un peu chiches, grands mangeurs de pain, superstitieux, assez rudes, superbes et glorieux." VIII. Moeurs et usages du département. Guéret "n'a ni spectacles, ni fêtes publiques, ni Société", "quaurais-je à puiser dans des réunions de table, de jeu et de médisance ? Des ridicules ?". Il fustige l'illettrisme du département (30 maîtres de lecture et d'écriture pour 293 communes dont un tiers des maires ne savent pas lire) ; cette ignorance entretient la pauvreté, la misère et tue l'industrie. Il décrit une métairie, modèle "du vice de l'architecture rurale", puis les Creusois : "pas d'un naturel fort courtisan, ils sont généralement bons pères de famille, bons époux, mais ils portent sur leur physionomie au sein du ménage un air de dédain qui semble avertir les femmes quelles sont esclaves. Ils sont excessivement intéressés, peu hospitaliers et ne fêtent les étrangers qu'autant quils ont quelque chose à en espérer. Ils sont prompts à décider et lents à agir, très religieux et souvent dévots jusquà la superstition. " Il évoque les fêtes villageoises, leur appétit pour le pain, les pratiques thérapeutiques désastreuses, les funérailles et le deuil, les cérémonies de mariage selon les régions du département, la danse "lourde et maussade, leur musique est aigre et monotone [] Les bourrées d'Auvergne sont méconnaissables quand les Marchois les dansent", le costume qui "na rien de remarquable" [illustré p. 125] et le port du sabot. Enfin, il fait état de la découverte à Guéret de sépultures antiques contenant des flacons [ill. p. 119] dont il a recueilli le baume, et d'une petite cuiller à l'usage des sacrifices antiques [ill. p. 129]. IX. L'industrie, les manufactures et le commerce. Aubusson [avec illustrations] et sa "manufacture de tapisserie de haute-lisse" en perte de vitesse ; il déplore l'absence d'une école de dessin "du sein de laquelle sortirait bientôt une pépinière d'ouvriers qui rendrait à leur manufacture la célébrité quelle a perdue" ; cependant il note que le goût pour l'art de la tapisserie ne se perd point à Aubusson et que "l'émulation renaît parmi ses fabricants, mais quils songent que pour obtenir les suffrages et du débit, il faut quils travaillent à se placer sur la ligne des progrès quont atteinte les arts depuis vingt ans." Il parle de la direction de l'entreprise, et du dynamisme d'Aubusson qui "a eu le bon esprit d'élever et d'entretenir une brasserie et cest la seule ; elle fabrique environ 250 feuillets de bière par an." Il aborde ensuite Bourganeuf et ses papeteries, celles de Felletin et de Saint-Quentin, avec leurs défauts de papier, l'échec de la papeterie de Pont-à-la-Dauge. Il note la mégisserie peu développée ; la production de bas tricotés (avec description des ouvrières), de la toile (production majeure du département), de la draperie (étoffes grossière), de la chandelle (défectueuse), poterie (Saint-Loup, grossière), chapellerie, verrerie (Coupie). Il décrit ensuite les foires et marchés (plus de 300), le commerce des denrées (blé, seigle, sarrasin, avoine, orge, lentilles, châtaignes dont le peuple souffre beaucoup quand elles manquent, légumes et fruits). Il évoque l'apiculture, mal maîtrisée. Il aborde ensuite les voies de communication, source de développement industriel (pont du Diable à Anzême), puis le patois. Enfin, il relate une procession menée par M. Delille, curé de Guéret, avec son festin champêtre. X. Production minéralogique. Granit de qualité, quartz fort répandu, schiste micacé, gisements de fer, pierre meulière, cristaux de roche, roches magnésiennes couvertes d'une sorte de lichen, l'orseille (qui "macérée avec de l'urine et réduit en pâte donne l'écarlate, le violet et le bleu"), terres argileuses (à ce sujet, il déplore l'usage du "verre métallique pour vernir les poteries propres à la cuisson des comestibles ; ce vernis soluble dans les graisses et les acides est infiniment dangereux"), la stéatite (pouvant remplacer le savon). Il évoque ensuite la production de houille à développer : "le défaut de consommation et de communication est la principale cause des lenteurs et des faibles moyens quils [les Creusois] emploient pour exploiter leurs mines", les mines d'antimoine. Puis il regrette le peu de goût des Creusois pour les sciences, les arts et les lettres : "a ville capitale semble même les repousser. Jai tenté plusieurs fois d'y inspirer le goût d'une Société littéraire, mais la plus petite réunion à cet égard parait comme impossible." Guéret a tout de même ses hommes de mérite, et il en cite plusieurs (Joulietton, Michelet, Grand, Dupuis). "Il y a deux imprimeurs environ dans le Département, je ny connais pas un seul libraire." Concernant la vaccination, la pratique sen propage avec empressement. En post-scriptum, il décrit un nouveau flacon antique découvert et dont il a fait brûler les grains d'encens et d'aubépine qui ont embaumé sa chambre. XI. La végétation, la flore, les arbres, les fruits et légumes. En post-scriptum, il décrit le camp des prisonniers espagnols à Joliet près de Guéret, sur la route de Moulins [avec illustration p. 135]. "C'est un spectacle hideux que les prisonniers de cette nation campés sous des méchantes cahutes, construites tout exprès pour eux et afin de garantir la ville des épidémies dont ils infectent l'air, partout où ils passent, et arrêter un fléau dont beaucoup de personnes ont été victimes avant cette précaution. Ce camp, Madame, est un rassemblement de spectres ambulants qui promènent la misère et la mort sur un vaste cimetière. Les illuminations des feux de la St Jean détournent ma vue de ce tableau qui fait frémir l'humanité." Il déplore que ces réjouissances de la St Jean tombent en désuétudes, abandonnées aux enfants "qui souvent, sans qu'on sen doute, conservent dans leurs jeux les plus antiques usages". Sur un béquet, figure la "suite de l'observation sur les montagnes" concernant les prétendus volcans de la Creuse, théorie que réfute Gault. Suivent ensuite le "Programme de la carte du Département de la Creuse", la table et une page d'omissions. 7 pp. de notes sur papier fin (pp. 105 à 112) remplaçant des notes de bas de page revues et corrigées précèdent les dessins de l'auteur légendées à la plume : "La Ville de Guéret prise sur la route de Moulins", "Joulliat, château situé à mi côté des montagnes qui séparent l'ancienne Marche d'avec le Berry", "Château d'Aubusson tel quil était en 1646 lorsque Louis XIII en ordonna la démolition", "Flacons d'argile trouvés dans les anciennes sépultures découvertes à Guéret le 7 de mai 1810. Les plus grands ont 5 pouces", "Salle de spectacle de la ville de Guéret", [un paysage géologique, non légendé], "Costume des hommes de la Marche", "Château de Bourganeuf, La tour de Zizime est à gauche", "Usine aux environs de Guéret", [une cuiller], "Chateauneuf sur la rivière de Cher, la ville divisée en haute et basse forme une espèce d'amphithéâtre dont le château occupe la partie supérieure. Il a été bâti par Guillaume de l'Aubespine, seigneur du lieu jadis", "Pont sur la rivière de Cher à Châteauneuf", "Etude d'après Nature près de Crosant. L'aqueduc est ajouté", "Camp des prisonniers espagnols à Joliet près de Guéret", et "Carte du département de la Creuse, dressée par l'auteur pour sa correspondance". Il est joint 4 lettres de l'auteur autographes signées. Dos de la reliure frotté. /// In-4 de Titre, 111 pp., 16 pp. de gravures et dessins contrecollés, 1 grande carte à la plume dépliante. Demi-basane verte, dos doré d'un décor romantique, pièce de titre en maroquin rouge. (Reliure de l'époque.) //// /// PLUS DE PHOTOS SUR WWW.LATUDE.NET
Hugues de Latude
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