Néo 1988 In-8 broché 21 cm sur 13. Illustrations en noir hors-texte. 149 pages. Bon état d’occasion.
Reference : 94609
ISBN : 2730400060 9782730400060
Bon état d’occasion
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[Paris, Versailles, Saumur, Saint-Domingue, Nantes, Ath, Hambourg] - [ TRUTIE DE VAUCRESSON, Léger François ]
Reference : 71911
(1840)
1 cahier format 31 x 20 cm, 44 ff. , 2 ff. débrochés (le premier a été manifestement détaché suite à une erreur du rédacteur qui a inversé recto et verso), dont 12 ff. rédigés à l'encre brune, souvent en recto verso, d'une écriture cursive régulière, s.d. [ circa 1830-1849 ] Etat satisfaisant : une forte salissure en angle supérieur droit, 2 feuillets débrochés, qq. accrocs, mais le manuscrit reste bien lisible. Voici la transcription complète : [ Manuscrit autographe : ] Mémoires du Chevalier Léger Trutié de Vaucresson [Souvenirs autobiographiques autographes et inédits retraçant le destin du jeune Léger Trutié de Vaucresson, jeune noble de 15 ans pris dans la tourmente de la Révolution française. Avec un témoignage saisissant du traumatisme de l'été 1789, du massacre de ses proches, Foulon et Bertier de Sauvigny, des derniers jours de la cour de Versailles, une immersion rare dans la société coloniale de Saint-Domingue en 1790 avec ses tensions raciales et un duel à 16 ans, le retour en France en 1791 et les réseaux de l'émigration militaire ] Mémoires du Chevalier T. de Vaucresson. Chapitre 1. Trop avancé dans la vie pour que le présent ait quelque charme pour moi, j’ai besoin de jeter un regard en arrière & e chercher à revivre dans le passé. Je n’ai point la prétention d’occuper le public de moi car je n'aime point à me mettre en évidence. J'abandonne le plan à ceux qui ont l'opinion contraire et cherchent à faire de l'effet, [… ] bien commun dans le siècle où nous vivons. Il auraitt peut-être mieux convenu à mon goût pour le repos de garder le silence et de mourir dans l'oubli, mais dans la longue carrière que j'ai parcourue et au milieu des orages qui se sont renouvelés si fréquemment pendant sa durée, j'ai dû naturellement voir beaucoup de choses & je suis entraîné à les raconter à mes enfants et à mes contemporains pour éclaircir certains faits dont j'ai été témoin et que l'esprit de parti qui corrompt tout a dénaturés. Je parlerai avec le langage de la vérité, si rare dans les convulsions qui nous agitent et des faits qui me sont personnels et de ceux qui se rattachent à la politique.Je ne cacherai rien, je ne déguiserai rien, car, je n’ai aucune raison pour altérer la vérité, et si quelques personnes pouvaient en être blessées, je déclare ici que je n'ai point la volonté de les atteindre et que bien ou mal, je passe condamnation sur tout ce qui a été fait [Page 2 :] même contre moi. Ce n'est point [ au ] déclin de la vie, lorsque l'on n'a plus rien à attendre ou à espérer des hommes que peut continuer de la haine pour eux.Naissance. Je suis né à Paris le 11 mars 1774 : mon père qui possédait une très brillante fortune avait commencé à servir dans les mousquetaires; depuis, lors de la dissolution des parlements à la fin du règne de Louis XV, pressé par le chancelier de Maupeou et par M. Bertier de Sauvigny premier président, il quitta le militaire pour accepter dans le nouveau parlement de Paris une charge de conseiller de grand'chambre, mais l'espèce de réprobation qui paraissait se manifester contre cette magistrature improvisée et les difficultés qu'il éprouva pour obtenir une charge de président à mortier qui lui avait été promise le dégoûtèrent de cette carrière. Iil rentra dans le militaire comme capitaine de cavalerie et acheta une charge de maréchal général des logis de la cavalerie qui devait le porter au grade de Mestre de camp. Quelques temps auparavant il avait épousé à Versailles Marie le Noir de Pasdeloup, d'une des plus anciennes familles nobles de l'Anjou, elle était nièce du Conseille Foulon conseiller d'état surintendant de la guerre et de la marine. De ce mariage il eut plusieurs enfants.Éducation. Dans la position de fortune où était mon père, rien ne fut épargné pour mon éducation [Page 3:] Toutefois à l'époque dont il s'agit, l’éducation n'était pas poussée à fond comme de nos jours, l'état militaire étant [ le seul recherché] par la noblesse, elle négligeait [la connaissance] des sciences exactes et celle du droit [qui demandaient] de longues études et qui ne lui auraient [ pas permis ] d'entreprendre, dès l'âge de 15 ans, la carrière qui lui semblait la seule honorable. [ … ] jusqu'en troisième, l'arithmétique, l'histoire, le dessin, la danse et l'escrime, composaient à peu près toute la science d'un gentilhomme. On pensait alors et peut-être avec raison que l’excès des études propres aux savants détruisaient ou énervaient les forces physiques des jeunes gens et qu'enfin pour remplir avec honneur la carrière militaire il fallait en première ligne s'attacher à développer les forces du corps et à graver dans le coeur de ceux qui s'y destinaient les beaux et nobles sentiments qui dans les siècles précédents ont imposés à la noblesse tant de sacrifices pour le service du Roi et la défense de la patrie.Révolution de 1789. J'atteignais à peine l'âge de 14 ans lorsque la révolution de 1789 vint bouleverser toutes les têtes et troubler le doux repos dont la France jouissait. On a déjà tant parlé à tort ou à raison des causes qui ont amené cette sanglante catastrophe qu'il deviendrait superflu d'y revenir. Chacun a apporté dans ces tristes discussions l'opinion qu'il s'était faite dans son propre intérêt et peut-être n'était-il jamais [Page 4 :] existé de contraintes plus vives de part et d'autre, sans cependant amener le triomphe de la vérité. Trop jeune à cette époque pour avoir pu juger sainement cette grande question, je dois me borner à rappeler ces moments dont chacun s'est plus ou moins ressenti.En 1782, mon père, qui possédait de grands biens à Saint-Domingue, avait été obligé pour rétablir l'ordre dans ses affaires, de se rendre dans cette colonie, où des gérants profitaient de son absence, mettant depuis la mort de mon grand-père tous ses biens au pillage (il était temps d’arrêter ces dilapidations). En quittant la France, il avait abandonné à ma mère qui agissant en cela avec prudence, avait établi dans ses dépenses plus d'ardeur et d'économie que par le passé. Nous habitions l'hiver à Paris et l'été la terre de Vaucresson entre Saint-Cloud et Versailles. Ce fut dans cette terre, qui dans le grand siècle faisait les délices du duc de Bauvilliers, que j'ai passé une partie des premières années de mon enfance. Temps heureux ! où l'avenir se déroulait plein de charmes à mes yeux, bonheur que je croyais sans fin, qui fut bientôt remplacé par de cruelles douleurs.Au mois de juin 1789, nous jouissions de cette douce paix qui n'était troublée que [Page 5: ] par les inquiétudes que font toujours naître les avant-coureurs d'une commotion politique, lorsqu'un courrier venant de Paris annonça à ma mère le massacre de monsieur Foulon et de monsieur Berthier. Les détails de cette circonstance nous affligèrent douloureusement. Non seulement le peuple en délire avait répandu le sang de ses victimes, mais il s'était livré à des excès tels, que les peuples les plus sauvages en auraient rougi de honte, après avoir assouvi leur rage sur ces infortunes, dont le seul crime était leur dévouement comme au roi, ces monstres leur coupèrent la tête, la placèrent au bout d'une pique et connaissant les liens de famille qui existaient entre nous et leurs victimes, ils vinrent présenter leurs têtes sanglantes aux croisées de l'hôtel que nous occupions à Paris. Ces détails étaient un avertissement pour nous de nous tenir sur nos gardes ; en conséquence ma mère quitta sur le champ le château de Vaucresson pour venir se réfugier à Versailles, mais déjà les affreuses nouvelles étaient partout répandues, et ce ne fut pas sans peine et sans être insulté par nos paysans que nous pûmes effectuer notre retraite. [Page 6: ] Ainsi le même jour et presque au même instant les deux chefs vénérés de ma famille nous furent enlevés, par un crime atroce que l'on ne peut avec raison toutefois attribuer entièrement à ceux qui l'ont commis, mais dont nous avons tous connu l'auteur qui, pour arriver au trône, voulait se débarrasser à tout prix des hommes de tête et de coeur qui entouraient le malheureux Louis XVI. Il fallait pour l'atteindre facilement le laisser sans défense.Stanislas … Foulon, baron de Doué, seigneur de Morangies, Soulangé et autres lieux, conseiller d'État, décoré de la croix de commandeur de Saint-Louis, à l'époque de sa mort avait environ 75 ans. Il était d'une famille respectable de Saumur en Anjou. Le marquis de Pasdeloup, mon grand-père maternel, avait épousé sa sœur; sa belle et noble figure, ses talents distingués et principalement la fermeté de son caractère le firent remarquer. Jeune encore, il était commissaire ordonnateur de la guerre et le maréchal duc de Richelieu qui l'aimait le fit nommer intendant de son armée. De retour de ses campagnes, il fut bien accueilli à la cour et sous le ministère de monsieur le duc de Choiseul, fut nommé par le roi surintendant de la guerre et de la marine. La chute du [Page 7:] Premier ministre entraina la sienne, mais le Roi ne pouvant consentir à se priver de ses talens le nomma conseiller d'Etat. Louis Seize qui connoissait sa bonne réputation et qui sentait le besoin de s'entourer d'hommes de tête, ayant en 1789 nommé premier ministre Mr le Maréchal duc de Broglie, Mr Foulon fut nommé ministre de la guerre, mais il connoissait le système de modération et de concession adopté par la cour. Les sourdes menées des révolutionnaires, la confiance d'un Roi faible et timide devait l'exposer personnellement aux plus grands malheurs, sans qu'il put en rien résulter d'avantageux pour son pays; il refusa de se charger d'un fardeau que les circonstances rendaient trop pesant. Sa détermination prise, il crut pouvoir revenir à Paris, mais il y fut insulté dans son hôtel et quelques jours après arrêté par les factieux et conduit à l'hôtel de ville où il fut impitoyablement massacré par une populace ivre de sang.Mr Foulon était malgré la fermeté de son caractère, d'une humeur douce et facile, très attaché à sa famille il avait fait élever ma mère auprès de lui et contribua à son mariage avec mon père. Son gendre Berthier fils de Mr Berthier de Sauvigny, premier président au parlement sous le Chancelier [Page 8:] Maupeou était d'une figure fort agréable et d'une petite taille. Il était doué d'une grande distinction de manières. Très jeune encore il fut nommé intendant de la généralité de Paris. Enfant gâté de la fortune mais d'un esprit aimable et conciliant il avait su se faire pardonner son élévation prématurée et avait peu d'ennemis. Toutefois son dévouement au Roi était connu, c'était assez pour le rendre suspect au duc d'Orléans qui ne laissa pas échapper l'occasion de se débarrasser d'un homme qu'il considérait comme un obstacle à ses projets ambitieux.Ma mère était trop sincèrement attachée à sa famille pour ne pas être profondément affligée de ces événements qui nous firent sur le champ quitter la campagne. Nous arrivâmes en fugitifs à Versailles sans y être attendus et sans savoir où nous irions loger, un de nos amis touché de notre situation nous offrit un asile chez lui et bientôt Madame Elisabeth ayant appris notre arrivée, daigna faire mettre à notre disposition un logement qui lui appartenait rue de Maurepas.J'avais à peine quatorze ans à cette époque, par principe et par devoir j'étais dévoué au Roi, ses malheurs n'avaient fait que développer ce sentiment et je puis affirmer qu'il était arrivé [Page 9: ] à un tel degré d'exaltation qu'il était une sorte de fanatisme. Quoique dans l'âge où l'on ne pouvait être admis à la cour, je ne manquai cependant aucune occasion de m'y présenter et les huissiers de la chambre étaient tellement dans l'usage de me voir que je pénétrais dans tous les appartements sans aucun obstacle. L'habitude de voir le Roi, la Reine et les princes, la fréquentation continuelle de tous les habitués de la galerie du château et de l'oeil de boeuf me donna bientôt le goût et les manières du grand monde & c’est sans contredit à ces premiers mois de mon entrée dans la vie que j’ai dû, depuis les succès que j'ai obtenus dans un monde inférieur.Quatre mois se passèrent ainsi et les événements suivaient leur triste cours. Quelques jours après le peuple de Paris, encouragé par la faiblesse du gouvernement, vint à Versailles pour forcer le Roi de venir s'établir à Paris avec sa famille. (Jusque là les régimens qui composaient la garnison de Versailles s’étaient maintenus dans un assez bon espoir mais pour fortifier encore leurs bonnes dispositions, les Gardes du Corps les invitèrent à dîner avec ma permission du Roi dans la salle de spectacle du château. J’assistais à cette fête où les plus nobles sentimens se manifestèrent. La Reine en digne fille de Marie-Thérèse prit Mr le Dauphin dans ses bras et le présenta aux troupes qui firent éclater leurs transports, mais cette démonstration n’eut aucun bon résulta). Ce fut le 5 octobre 1789 que cet événement s’effectua, une armée de bandits dirigée par les factieux vint assiéger la résidence Royale, les portes du château furent enfoncées, le peuple se précipita dans les appartements et la malheureuse Reine ne dut son salut [Page 10: ] qu'au dévouement d'un garde du corps qui en défendant l'entrée de sa chambre à coucher aux dépens de sa vie, donna le temps à la princesse de se sauver dans la chambre du roi. Cette nuit fut affreuse et j'en conserve encore le souvenir. Chaque instant était marqué par la détonation d'une arme à feu et dix-sept gardes du corps périrent victimes de leur attachement à leur maître.Le lendemain la cour quitta le château de Versailles et cette ville ne pouvant plus être un asile sûr pour nous nous partîmes pour Saumur où était mon grand-père.Saumur est une charmante petite ville sur les bords de la Loire, le marquis de Pasdeloup, père de ma mère y jouissait d'une haute considération, acquise par une conduite sans reproche et une naissance distinguée. Sa maison était ouverte à tout ce qu'il y avait d'honorable dans l'Anjou et à tous les officiers supérieurs de la garnison. C'est alors que sollicité par mes instances ma mère consentit à me faire entrer de suite au service j'avais quinze ans et demi, il était temps d'y penser, mais comme à cette époque ainsi que je l'ai déjà dit, la noblesse ne recherchait que le service militaire, il en résultait que toutes les issues dans les corps étaient [Page 11:] encombrées par une foule de jeunes gens dont le nombre excédait de beaucoup celui des places dont le gouvernement pouvait disposer, et qu'ainsi tout mouvement étant arrêté, il fallait attendre quelques fois des années pour arriver à son but et perdre un temps précieux. Le régiment de Royal Roussillon cavalerie (4ème de cuirassier) qui était alors en garnison à Saumur comptait dans ses rangs à cette époque 33 officiers à sa suite absents du corps. Mon impatience ne s'accommodant pas d'un tel état de choses ma mère écrivit en conséquence au marquis de Vignacourt qui était colonel du régiment et le 1er janvier 1790 je fus admis comme volontaire en attendant un brevet de sous-lieutenant.Le service militaire avait un grand attrait pour moi et je ne puis exprimer tout le bonheur que j'éprouvais en portant pour la première fois cet habit depuis longtemps objet de mes désirs. Je commençai donc à faire mon cours d'équitation et à monter mes gardes afin de me rendre digne du grade sur lequel je comptais. Ces occupations qui avaient pour moi un grand charme durèrent toute l'année mais, l'horizon politique se couvrait [Page 12:] de nuages, tout s'écroulait sous nos pieds, la discipline des meilleurs régiments commençait à se relâcher, les bas officiers se plaignaient de ne pas participer aux avancements et d'être commandés par des jeunes gens inexpérimentés dont le seul mérite selon eux était leur titre de noblesse. Toutes ces clameurs suggérées par les nouvelles idées révolutionnaires, étaient en partie fondées par la négligence avec laquelle beaucoup de jeunes officiers faisaient leur service, la plupart suivaient leur carrière à défaut d'autres que les préjugés du temps leur interdisaient et dans le seul but de se faire un état et d'ajouter à leur considération. L'armée était encombrée de ces auxiliaires inutiles et les officiers supérieurs des corps n'avaient pas toujours assez de caractère ou d'indépendance pour les contenir et les diriger, les plaintes des inférieurs pouvaient donc se justifier jusqu'à un certain point et naturellement elles devaient finir par ébranler la discipline et diviser les corps qui à l'époque dont il s'agit avaient plus que jamais besoin d'union. Comme tous les autres devenus la victime de ces fâcheuses dispositions et pour éviter le prétexte d'un mouvement insurrectionnel dans mon régiment je fus obligé de [Page 13: ] m'éloigner et de demander un congé qui me fut accordé sur le champ. Je revins donc chez mon grand-père espérant que mon absence ne serait que momentanée et que les événements me permettraient de reprendre mon service. Cette espérance fut vaine il était dans ma destinée de ne jamais revoir les étendards du régiment de Royal Roussillon et la tourmente révolutionnaire me réservait un autre destin.Pendant le cours de ces tristes événements les colonies n'avaient pas été préservées. Elles étaient alors trop riches et trop florissantes pour ne pas exciter l'envie des révolutionnaires toutefois leur influence n'avait pas encore fait un grand progrès et elles avaient à lutter avec l'intérêt personnel des propriétaires et des habitans et le tems de leur triomphe n'était pas encore venu. J'ai déjà dit que mon père était reparti pour St Domingue en 1782 dans le but d'établir l'ordre dans ses habitations. En 1790, époque dont nous parlons, il était parvenu après huit ans de travail et de peines à remettre ses biens dans l'état le plus florissant mais ce changement n'était d'aucun [Page 14:] avantage pour nous en France; car mon père avait pris depuis le commencement de la révolution une telle aversion pour la France, telle qu'on cherchait à la faire qu'il y avait renoncé pour toujours et qu'il ne voulait faire à ma mère aucun envoye de fonds pour soutenir sa famille. Cet état de choses rendait notre position très fâcheuse en France et il devenait indispensable de la faire cesser. Mon père vint à notre aide en écrivant à ma mère de lui envoyer au plutôt ses trois fils, cet ordre était accompagné de recommandations très detaillées sur les précautions à prendre pour effectuer ce grand voyage qui devait effrayer naturellement beaucoup ma mère.Lorsque l'ordre de mon père arriva je venais de recevoir mon congé, j'étais encore à Saumur. Je n'hésitai pas à me mettre en route et j'arrivai à Nantes en octobre 1790 pour m'embarquer sur le navire le [ Zwininger ? ], Cap. Tarbois en chargement pour St Domingue.A cette époque l'état de la France devenant de plus en plus inquiétant pour le repos des honnêtes gens, chaque personne un peu marquante cherchait à s'éloigner du foyer révolutionnaire et ceux que l'idée d'un voyage long et hasardeux avait effrayés dans un tems [Page 15: ] de calme et de repos n'éprouvaient aucune répugnance à se risquer aux plus grandes entreprises pour fuir des dangers qui leur paraissaient bien plus redoutables. Cette disposition des esprits me fut favorable en ce que je trouvai parmi les nombreux passagers embarqués sur le Zwininger plusieurs personnes respectables dont la société devait naturellement adoucir les ennuis d'un long voyage et les regrets que je devais éprouver en quittant pour la première fois ma mère et le sol de la patrie.Notre bâtiment l'un des plus beaux du commerce de Nantes était depuis quelques jours descendu au mouillage devant St Nazaire petit bourg au-dessous de Paimboeuf à l'entrée de la Loire. Tout étant près pour le départ et le vent étant favorable nous appareillâmes le 24 février 1790. Sous voile nous nous trouvâmes 52 passagers dont 17 à la table du capitaine, parmi ces derniers on remarquait le Comte et la Comtesse Auguste de la Tourette avec Mr. et Mde de Pimelle qui allaient chercher à St Domingue des habitations dont les revenus ne leur parvenaient jamais, Pauvre famille qui était destinée à trouver la mort au lieu de ces grands biens objet de leur espérance. [Page 16:] Monsieur de La Tourette était d'une famille noble très connue en Vivarais et assez mal famée dans son état bien près de la misère tous les moyens leur semblaient bons pour arriver à la fortune. Celui dont il est icy question, comme ses frères, était officier des gardes du corps du Roi, pour se soutenir dans cette position l'argent lui manquait il épousa Mlle de Pimelle fille d'un gentilhomme Bourguignon d'assez bonne race, qui s'était allié à une mulâtresse propriétaire à Saint-Domingue. Mde Auguste de La Tourette était donc femme de couleur ce qui affectait peu la délicatesse de son mari, mais cette origine lui attira à Saint-Domingue de grandes humiliations. Quelques temps après l'arrivée de la famille dans la colonie Messieurs de La Tourette et de Pimelle s'étant présentés dans une assemblée de propriétaires en furent chassés ignominieusement et la douleur qu'ils en ressentirent les conduisit bientôt au tombeau. Mme de La Tourette restée veuve usa fort légèrement de sa liberté et vint au Port au Prince où elle mourut de chagrin en laissant un fils, mort quelques années après. Cette jeune femme n’était pas la seule qui fut nous promettre quelques compensations aux peines du voyage, mais était celle qui méritait le plus vif intérêt. [Page 17:] Je n'entreprendrai pas de détailler ici l'emploi de notre temps pendant la traversée je n'en ai le temps, ni la volonté, de faire le journal de mon voyage, il suffit de dire qu'après quarante cinq jours bons ou mauvais notre bâtiment vint mouiller au Cap Français, à cette époque la plus belle et la plus riche ville des Antilles.Une discussion que j'avais eue à bord avec un nommé Coussin ingénieur se disant Grand Voyer à Saint-Domingue me força de descendre à terre un moment après le mouillage. J'avais alors 16 ans. Je n'avais jamais mis l'épée à la main, mon adversaire âgé de plus de 30 ans avait sur moi un immense avantage. Cette infériorité devait naturellement appeler sur moi tout l'intérêt, aussi lorsque j'arrivais à terre où déjà le bruit du combat s'était répandu je me trouvai entouré de plus de 200 jeunes gens de la ville qui m'accompagnaient au rendez-vous. Cette publicité à laquelle je ne m'attendais pas fit d'abord une forte impression sur moi, toutefois j'étais trop animé pour hésiter un instant je mis l'épée à la main et malgré tous les dangers de ma position et le sentiment de ma propre faiblesse, je me présentai [Page 18:] avec fermeté au-devant de mon adversaire. Les fers croisés l'affaire ne devait pas se prolonger, car, je ne savais ni attaquer, ni me défendre, l'épée de mon adversaire ne rencontrant aucune opposition le sang jaillit bientôt de ma chemise, aussitôt tous les témoins s'écrièrent que j'étais blessé et se jetèrent sur moi en me comblant d'éloges et de marques d'intérêt, ma rentrée en ville fut une véritable ovation, chacun cherchait à me soutenir, tandis que d'autres appelaient un chirurgien à mon secours. De tous ceux cependant qui étaient présents à cette scène j'étais peut-être le plus calme, car je ne me sentais pas gravement blessé et bientôt on reconnut que je ne m'étais pas trompé. Le premier appareil mis je pus sortir le soir me rendre au spectacle.Je restai environ huit jours au Cap et je me rendis ensuite au Port au Prince où je devais trouver mon père. A peine au mouillage un officier vint de la part de Mr. le Comte de Blanchelande alors gouverneur de l'île, ordonner au capitaine de se rendre avec tous ses passagers au gouvernement. Chacun se prépara donc à descendre à terre. Mon frère et moi nous primes nos uniformes et accompagnés des autres passagers nous primes seul le capitaine le chemin du gouvernement.Lorsque nous eûmes traversé la ville et la cour du palais du gouverneur nous nous trouvâmes au pied du grand escalier et comme j'étais en tête de la file avec mon frère je franchis les degrés et m'adressai à un chevalier de Saint Louis qui se tenait sur la terrasse et que je crus être le gouverneur. Je lui dis que d'après des ordres transmis par un de ses aides de camp les passagers du Domingue venaient lui rendre leurs devoirs. Je ne suis point le gouverneur me répondit-il mais voici le gouverneur dans le salon où il vous attend.Nous entrâmes alors en foule dans le salon où nous trouvâmes Monsieur de Blanchelande qui nous reçut avec bonté et demanda au capitaine la liste de ses passagers. Les noms furent appelés successivement et quand le gouverneur fut arrivé au notre il se tourna devers le chevalier de Saint Louis à qui j'avais parlé et lui dit comment Monsieur de Blanchelande n'avez vous pu reconnaitre vos enfans ? Cher Monsieur ajouta-t-il embrassez votre père.L'entrevue fut touchante, mon père nous fit mille caresses. Il nous fit part de la crainte de sa fortune de ses projets et des craintes sur le résultat des troubles qui à cette époque désolaient la France. Son dessein était de réaliser sa fortune et de se retirer au continent de l'Amérique où il voulait nous établir.Le soir même il nous conduisit à son habitation du quartier du Lamentin qui était l'une des plus belles de cette partie de la colonie et les premiers momens de notre séjour auprès de lui eurent mille charmes pour nous. – Toutefois ce tems de repos et de bonheur fut de peu de durée, une querelle, dans le principe fort légère vint mettre un terme à cette bonne harmonie et nous nous sommes obligés de quitter son habitation et de nous retirer au Port au Prince. Cette séparation eut du retentissement dans la colonie et beaucoup de gens qui connaissaient le caractère violent de mon père vinrent à nous, et comme nous ne pouvions revenir au Lamentin sans y donner lieu à un nouveau scandale on prit le parti de la négociation et il fut convenu que nous retournerions en France par le premier bâtiment de commerce en partance et que mon père pourvoirait à nos frais du passage et à notre entretien en France. Ceci bien arrêté nous nous embarquâmes sur un navire de Nantes et après une traversée bien longue [Page 22: ] et bien dangereuse nous arrivâmes à Nantes soixante six jours après notre départ du Port au Prince, le 25 avril 1791.Mes frères partirent pour leurs régimens mais, avant de rejoindre le mien, j'avais à m'assurer si ma présence n'y causerait pas quelque nouveau trouble. En effet les mauvaises dispositions des sous officiers n'avaient fait que s'accroitre et je ne fus pas à me repentir de ma prudence. Je pris le parti de venir en Normandie chez Monsieur de Bertingles ma tante ou ma mère se trouvait alors à y attendre le résultat des événemens qui se préparaient. En Juillet le Roi parti des Tuileries où il était prisonnier, avec toute sa famille et quelques jours après fut ramené à Paris. Cette catastrophe qui plongea la France dans le deuil, vint finir mes irresolutions, je quittai ma famille et le 8 septembre je partis pour Enconnay ville de la frontière de la Flandre autrichienne, dans l'intention de me rendre à Ath, ville désignée pour la réunion de tous les gentilshommes émigrés de France.Les premiers jours d'octobre Monsieur le Comte de la Châtre commandant tout le cantonnement m'ordonna de me rendre à Soignies et me fit incorporer provisoirement dans une compagnie composée de tous les officiers appartenant au régiment Royal des vaisseaux [Page 22sur feuillet volant, décrivant des événemens postérieurs] Mon séjour à Hambourg, le comte Bernhard ambassadeur, le 7 septembre 1798 départ de Hambourg, passage de l'Elbe, voyage dans le pays de Hanovre, arrivée à Leer, première ville hollandaise, mon passeport signé par l'ambassadeur, entrée en France, arrivée à Rouen, [… ] Marchand, je vais me réfugier dans la forêt de Léon au château de St Crespin chez Monsieur de [ Bertinay ?] visite domiciliaire, la gendarmerie cerne le château, conduite du maire et du commissaire de police de Lyon = mon sang-froid en cette circonstance me [ sauve? ], la gendarmerie se retire, résolution que je prends de quitter la Normandie, avec un passeport de complaisance. Arrivée à Saumur chez mon oncle le Ministre pour la succession de mon grand père, séjour à Saumur.. voyage à Poitiers.
Manuscrit manifestement autographe (comme le suggèrent corrections et ratures) constituant un témoignage d'une valeur historique exceptionnelle. Il s'agit des mémoires de jeunesse, inédits, attribuable à Léger François Trutié de Vaucresson (1774-1849) ; ces mémoires couvrent essentiellement la période 1788-1791 (de ses 14 à ses 17 ans) et offrent un récit de première main sur des événements majeurs de la Révolution française (l'assassinat de sont grand-oncle Foulon et Berthier de Sauvigny, les journées d'octobre 1789, la société insulaire à Saint-Domingue et le début de l'Émigration). Le grand-oncle de l'auteur, Joseph François Foulon de Doué (74 ans) et son gendre Louis Benigne François Berthier de Sauvigny (intendant de la généralité de Paris) furent parmi les toutes premières victimes de la violence populaire de la Révolution le 22 juillet 1789, accusés à tort d'avoir accaparé les grains pour affamer le peuple. L'auteur accuse à mots à peine couverts le Duc d'Orléans (Philippe Égalité) d'avoir téléguidé ces assassinats et ces menées. Réfugiée à Versailles, sa famille y est logé dans un appartement mis à sa disposition par Madame Élisabeth. Il assiste et relate le célèbre Banquet des Gardes du Corps du 1er octobre 1789 à l'Opéra royal de Versailles, où la famille royale fut acclamée, événement qui mit le feu aux poudres à Paris. Il part à Saint-Domingue, où son père gère ses possessions depuis plusieurs années. Le texte met en lumière la tension sociale et raciale (dont le refus des colons blancs de laisser siéger les propriétaires mulâtres ou d'accepter les mariages mixtes, tout cela à quelques mois de la grande insurrection des esclaves d'août 1791 et y rencontre le Comte de Blanchelande, Gouverneur général de Saint-Domingue, qui le présente à son propre père. Rentré en France l'année suivante, il rejoint l'armée des émigrés. Suivent quelques notes évoquant sa conduite sous le Directoire (à Hambourg en 1798, retour en France...). Dans ce récit captivant, Léger Trutié de Vaucresson porte son regard acéré sur ces événements de sa jeunesse, avec le recul de la maturité. Son ton se distingue par trois grands traits. Le manuscrit s'ouvre sur un ton d'une sincérité détachée : rédigés au soir de sa vie (« lorsqu'on n'a plus rien à attendre ou à espérer des hommes »), le texte est débarrassé de toute volonté de plaire ou de régler des comptes politiques. Cela n'empêche nullement un ton d'une lucidité sans concession : bien qu'issu de la haute aristocratie et habité par une dévotion monarchique poussée jusqu'à une « sorte de fanatisme », l'auteur ne cède pas au parti pris aveugle et pose un diagnostic clinique sur son propre camp : il dénonce un roi « faible et timide », dont la modération excessive a condamné ses plus fidèles serviteurs, pointe du doigt la désinvolture des jeunes officiers aristocrates (« auxiliaires inutiles ») et la rigidité du système social qui a légitimement exaspéré la troupe, sur Saint-Domingue, il expose crûment les tensions raciales et le mépris de caste subi par les familles de couleur, tout en révélant la gestion brutale et tyrannique de son propre père sur ses terres. Et souvent le ton se fait romanesque dans cet incroyable récit mené comme un roman d'apprentissage sur fond d'effondrement d'un monde. La nostalgie de l'enfance au château de Vaucresson cède brutalement le pas à la tragédie (les têtes de ses proches braquées sous les fenêtres de la demeure familiale au bout de piques), à l'héroïsme désabusé (lors de son duel d'honneur improvisé à 16 ans sur les quais du Cap-Français sous les yeux de 200 spectateurs !) et l'on passe rapidement de la théâtralité des retrouvailles paternelles au Port-au-Prince devant le gouverneur à la rupture familiale soudaine et au retour en France... Léger-François Trutié de Vaucresson fera carrière dans l'administration coloniale, il deviendra Commissaire-Ordonnateur de la Marine puis gouverneur par intérim de la Guadeloupe entre 1814 et 1815. Il semble avoir rédigé ces "Mémoires" dans ses vieux jours, mémoires qu'il interrompt soudainement à la fin de l'année 1791 ; Vaucresson rédige quelques notes évoquant l'année 1798 sur un dernier feuillet, et l'on regrette fort qu'il ne soit pas allé plus avant dans son travail. On sait que son père mourra cette même année en décembre 1791, assassiné à Port-aux-princes dans son habitation du Lamantin (on trouvera d'utiles informations dans le bel article consacré à la famille Trutié de Vaucresson par Bernadette et Philippe Rossignol paru dans GHCaraïbe, n° 238, Juillet-Août 2010)
94 cartes et LAS, auxquelles nous joignons quelques photos et quelques lettres postérieures. Belle correspondance personnelle adressée aux deux frères Charlemagne et Jean Bart par leur frère Léo Bart, du 4 janvier 1915 au 21 août 1917, adressée à Jean Bart, matelot mécanicien à la Caserne Eblé au Havre, puis marin à l’Arsenal de Cherbourg, puis embarqué à bord du sous-marin Denis-Papin. Remarquable correspondance, car non soumise à la censure militaire, d’environ 94 lettres et cartes, auxquelles nous joignons quelques photos personnelles des protagonistes.La première lettre est datée du 29 septembre 1914 de Nomain Andignies, adressée des parents Bart à leur « Cher Fils », dont ils ont appris qu’il était blessé mais peu gravement. Ils racontent le passage des allemands, la fuite des habitants de Nomains vers Douai, « et les allemands sont restés pendant 15 jours à Orchies pour préparer leurs mauvais coups il y a eu des anglais qui sont venus les dénicher alors ils sont partis pour Valenciennes [ etc… ] depuis le 24 août nous n’avons plus de courrier nous sommes obligés de faire porter nos lettres à Lille. Nous avons été tranquille jusque le 24 septembre la nous avons eu un combat à Archies les français ont pris 3 auto et dans un fossé on a trouvé un officier tué avec un ordre dans la poche que l’on devait incendier Orchies à 7 heures du soir [… ] et le lendemain ils ont mis le fin à tout Orchies [ …] A l’heur ou je t’écrit on vient de nous dire qu’il y a des Hulans qui viennent reconnaître le terrain et ce matin nous avons vu deux aéroplanes une allemande et une française qui lui a fait la chasse [etc…] ». Il s’agit de l’unique lettre de l’ensemble provenant des parents de Jean Bart, Nomain ayant ensuite été occupée par les allemands.Un frère (manifestement Léo Bart) écrit le 7 décembre 1914 « je ne travaille plus pour l’armée depuis 8 jours car en général tous les patrons parisiens se figurent que parce que nous sommes des réfugiés nous devons subir toutes leurs humiliations et faire des bassesses. J’ai fait 3 boutiques depuis mon arrivée à Paris, et je rentre demain dans la 4e comme contremaître [… ] Je me suis fait inscrire pour passer le conseil mais j’ai bien stipulé « automobiliste » mais c’est une ressource car je ferai tout ce qu’il m’est possible de faire pour me faire réformer de nouveau et si je ne puis l’être au conseil j’aurai au moins la chance de l’être en arrivant au corps ».[ … ] je suis ici avec l’oncle de Germaine, le directeur de chez Thiriez. [ … ] Il a envoyé un télégramme à Germazine « par la voie d’un consul de Hollande » [… ] « tout ce que l’on sait c’est que les Allemands ont tout organisés comme s’ils étaient chez eux à Roubaix ils ont rouvert les écoles, il font marcher les usines en autres la maison Thiriez ». Il évoque la guerre qui va durer au moins l’hiver, s’inquiète de son frère : « Et ton bras, comment va-t-il ? Fais bien attention de ne plus retourner à cette orgie sanguinaire et si les mouvements de ton bras ne sont plus complets ils ne pourront certainement pas de renvoyer au feu si tu sais te débrouiller, maintenant si à force d’insister on voulait te réformer ne te laisse surtout pas réformer n°2 il faut te faire réformer n°1 c’est-à-dire avec pension car il ne faut pas que tous ces messieurs c’en tire à si bon compte [ … ] Maintenant je voudrais bien savoir l’état exact de ton bras, car je crois que tu ne me dis pas toute la vérité [ …] ». Il lui conseille de se faire inscrire comme décolleteur.Suivent deux autres CP datées du 20 puis du 28 décembre 1914. On y apprend que leur frère Charlemagne, blessé, est à Périgueux, et que lui-même, Léo, a dû abandonner côté allemand sa femme et sa fille…Le même écrit le 4 janvier 1915 (1914 par erreur sur la lettre) à Jean, depuis le Grand Hôtel du Pont du Cher, à Saint-Florent, et l’informe qu’il s’y trouve « non comme soldat, mais comme militarisé pour monter une usine pour la fabrication des gaines d’obus. Je suis ici dans un sale patelin et on s’y fait crever à travailer je t’assure que je préfèrerais être sur le front ». Il est sans nouvelles de sa femme et de sa petite-fille, restées à Loos. Le 12 février 1915, il s’inquiète pour son frère « il paraît que chaque fois que tu sors du bois et te rends malade ce n’est pas digne d’un jeune homme tel que toi, que dirais-je moi qui ait laissé ma femme et ma petite-fille à Loos », [ …], « prends patience un grand coup se prépare et avant 1 mois soit persuadé que tous ces bandits seront chassés de chez nous ». Le 9 juin 1915, automobiliste dans le secteur Postal 63, il lui reproche d’avoir fait « de la caisse ». Il sait bien que l’on souhaiterait savoir ce qui se passe sur le front ; leur frère Charlemagne « pourrait te raconter bien des choses, mais la guerre du mois d’août dernier n’était pas celle que l’on fait en ce moment. Je puis t’en causer car ce matin encore je suis allé à 1500 mètres des tranchées boches et je t’assure que ça barde quand tu vois des chevaux coupés en deux par des éclats d’obus il faut pas demander quand cela arrive dans groupe d’hommes [ …] ». Les 11 et 15 mars 1915, Léo Bart écrit à Jean, sur papier à en-tête de l’Hôtel franco-russe à Paris. Il est désormais automobiliste et compte « monter sur le front avec une auto-mitrailleuse ou une auto-canon ou auto-projecteur. Je te conseillerai de faire une demande pour être versé comme moi au 13ème Artillerie comme automobiliste car on en demande beaucoup » [ … ] Charlemagne me dit que tu désires aller voir comment ça se passe sur le front, ne fait jamais cette bêtise là moi j’en reviens j’y ai passé 8 jours et je t’assure que ce n’est pas amusant ». Le 17 mars, Léo lui envoie une des lettres les plus émouvantes : « Je reviens du front où j’ai fait des convois de chevaux et maintenant je suis automobiliste mais malheureusement je crois que je vais repartir bientôt comme auto-mitrailleur. Enfin si jamais j’y laissai ma peau je compte sur toi pour aller voir Germaine et l’embrasser pour moi. Surtout ne dit jamais que c’est moi qui ai demandé à partir, tu me le jureras dans ta prochaine lettre [ souligné six fois !] car je le regrette amèrement ». […] « Ne te fais pas de mousse pour moi, je ne suis pas encore parti et tu sais que je suis débrouillard ». Suivent six missives plus brèves adressées à Jean et Charlemagne (lequel est arrivé au centre des Convalescents de La Force en Dordogne). Léo est désormais au service du courrier.Le 17 juillet 1915, Léo écrit qu’il lui est « arrivé une sale blague, nous étions en train de discuter dans la cour de chez nous quand arriva le lieutenant un copain cria 22, ce lieutenant a peut-être cru que c’était moi qui avait crié et depuis 8 jours je suis sur les épines [ … ] figure toi que le fautif est parti en permission, mais je dois te dire que ce lieutenant est du Midi et soit certain qu’il ne doit pas gober les gens du Nord, et il n’est pas sans savoir que les Gars du Nord détestent les mauvais soldats du Midi. Mais vois-tu la Guerre finira un jour et il faut espérer qu’on les houspillera un peu car ils n’ont rien à souffrir ils sont les bienvenus dans les hautes sphères, ils sont en communication avec les leurs enfin ils ont tou pour être heureux tandis que nous, il nous manque tout cela et non content d’être ainsi favorisé ces salauds là rient de notre malheur et nous tourne en risées [… ] Lorsque j’ai demandé ma permission pour Bergerac au bureau ont ma demandé si c’était pour aller voir Cyrano, j’aurai bien pu leur répondre que s’ils étaient un peu moins fénéants et un peu plus patriotes nous pourrions faire comme eux aller embrasser les nôtres [ … ] ».Le 19 septembre il expose la manière de correspondre avec Lille (« l’enveloppe ne doit pas être cacheté et ne pas parler de la guerre »). Le 20 septembre, Léo annonce avoir reçu des nouvelles de sa femme et de sa fille. Le 22 octobre (à Charlemagne et Jean, tous deux à Cherbourg) : « hier ont a demandé des volontaires pour la Serbie, et je vous prie de croire que si je n’avais pas femme et enfant je me serai fait inscrire car j’en ai assez de vivre au milieu de tous ces salauds là. Qu’est-ce que c’est que la guerre pour eux, ce n’est rien au contraire ils font de l’automobile toute la journée, ils ont de l’argent plein leurs poches, ils font venir leurs femmes quand ils veulent. Tu vois que ces gens là voudraient bien que la guerre dure éternellement [ …] Maintenant dans notre secteur c’est plus calme depuis quelques jours les boches attaquent plus à l’Ouest du côté de Reims mais ils ramassent la purge [ … ] ces vaches là tiennent bon quand même et quand on fait des prisonniers c’est parce qu’ils sont prix par les tirs de barrages qui empêchent les vivres d’arriver sans cela il se font tuer jusqu’au dernier même étant prisonnier ils nous engueulent encore ».Le 1er novembre 1915 puis le 6 novembre, Léo écrit, précisant que « si je t’envoie un lettre par un civil, c’est pour ne pas que ma lettre passe à la censure militaire et farceur que tu es tu mets sur ton adresse pour remettre à un militaire farceur va enfin ça y est tout est arrivé à bon port [ … ] » Dans les lettres suivantes (novembre et décembre ), il essaie d’envisager la réunion des 3 frères à Cherbourg, mais avec prudence, car les mensonger exposent aux enquêtes de gendarmerie.Le 21 janvier 1916, il indique avoir reçu une photo de sa femme dont il est resté marqué, « elle fait pitié tellement elle a maigri ».Le 20 février 1916, il s’inquiète de ne plus recevoir de nouvelles. Il a appris par son oncle que l’explosion du dépôt de munition de la Porte des postes a causé des dégâts considérables, « tout le quartier de Moulins-Lille est rasé il y a 600 immeubles de démolis, 2000 victimes civiles et 300 soldats boches, tout cela demande confirmation bien entendu mais c’est le bruit qui coure ».Le 1er avril 1916 il écrit : « nous sommes de nouveau au repos et tu as dû lire la citation de tous les automobilistes du front de Verdun ». Le 19 mai 1916 il écrit (Motocycliste 551 T. M. Convois auto B.C.M. Paris) : « Pour le moment nous sommes très surmenés avec cette sacrée bataille de Verdun qui n’en fini pas, qui est très fatiguant pour nous car il faut marcher jour et nuit pour le transport des munitions ».Nous ne détaillons pas l’intégralité de la correspondance. En juillet 1916, il raconte que des « nuées d’avions sillonnent continuellement le ciel nuit et jour et les boches ne peuvent plus monter leurs saucisses car on les abat aussitôt ». Le 216 octobre 1916 il évoque un tuyau de l’Intendance anglaise prétendant que Lille sera repris pour la fin du mois. « Contrairement à ce que je t’avais dit, au lieu d’aller dans l’infanterie, c’est pour les tracteurs d’artillerie, ou dans les « Tancks » (crème-de-menthe ») et on relèvera jusqu’à la classe 1902. En novembre « j’ai bien peut d’être expédié à Salonique, car en ce moment c’est une vraie pétaudière ». La dernière lettre du temps de guerre date du 21 août 1917
Passionnant ensemble, à analyser en profondeur. Prix de l'ensemble, non séparable.
REGIS, Professeur Emmanuel ; TAMBURINI, Augusto ; HACK TUKE, Daniel ; LASCHI, Rodolfo ; COUTAGNE, Henry ; MONTORGUEIL, Georges
Reference : 72004
(1889)
Ensemble sous 3 chemises cartonnées: Premier dossier réunissant les courriers (18 L.A.S., 2 lettres tapuscrites signées, 9 feuillets tapuscrits en anglais, attribuable à Daniel Hack Tuke et qq. prospectus) ; Second dossier de 56 ff. autographes format in-8 et in-4 contenant de nombreuses notes et brouillons pour son ouvrage et ses articles sur les régicides : Troisième dossier d’environ 280 ff. manuscrits (autographes du docteur Emmanuel Régis ou d'autres mains de divers scripteurs, copistes ou traducteurs) et divers documents imprimés joints recueillant les sous-dossiers consacrés aux régicides. Détail du contenu : ] Important lot d'archives comprenant plus de 336 feuillets manuscrits, souvent autographes, du Professeur et aliéniste Emmanuel Régis (brouillons, notes de travail, relevés de notes sur les assassins politiques pour son ouvrage sur les "Régicides"), divers documents imprimés joints et de nombreux lettres autographes signées (L.A.S.) d'intervenants majeurs parmi lesquels Augusto Tamburini (1 L.A.S.), Daniel Hack Tuke (2 L.A.S. et un document autographe signé), Rodolfo Laschi (1 L.A.S.), Henry Coutagne (1 L.A.S.), le journaliste Georges Montorgueil (4 L.A.S.), 2 journaux américains (Gilliams Press Syndicate & The Associated news) : - Augusto Tamburini: lettre en italien rédigée depuis l'asile d'aliénés de Reggio Emilia par le célèbre psychiatre italien Augusto Tamburini, adressée au Dr Emmanuel Régis au sujet du cas de Giovanni Passannante (l'anarchiste ayant tenté d'assassiner le roi Humbert I d'Italie en 1878). LAS de 2 pp. sur 2 ff. à en-tête «FRENOCOMIO DI REGGIO NELL’EMILIA - IL MEDICO DIRETTORE» «S. Maurizio il 21. 2. 1890 Egregio Collega Nel suo bel lavoro sui Regicidi pubblicato nel fascicolo di Gennajo degli Archives d’Anthropologie Criminelle, trovo asserito che « il Passannante dà tuttora dalla sua prigione lo spettacolo di un forzato giunto all’ultimo grado della degradazione e della demenza ». L’uomo ora ciò più non soffre, così mi preme di avvertirla che fino dal Maggio dello scorso anno 1889, in seguito a giudizio pronunciato dal Mr Biffi e da me, incaricati dal Ministero dell’Interno, di visitarlo, il Passannante come affetto da delirio sistematizzato persecutivo e ambizioso allucinatorio, è stato dal Bagno di Portoferrajo trasferito al Manicomio Criminale dell’Ambrogiana, instituito dallo stesso Ministero dell’Interno, dove trovasi sotto cura e custodia psichiatrica. Poiché veggo ch’Ella sta per pubblicare un volume sullo stesso argomento, io Le ho scritto perché, s’Ella crede, voglia rettificare l’asserto, tenuto conto che il voto da Lei emesso era già stato soddisfatto. Gradisca, Egregio Collega, con perfetta stima e considerazione». [ Traduction: «Dans votre bel ouvrage sur les Régicides publié dans le fascicule de janvier des Archives d’Anthropologie criminelle, je trouve affirmé que « Passannante offre encore depuis sa prison le spectacle d'un forçat arrivé au dernier degré de la dégradation et de la démence ». Cet homme ne souffre plus de cela désormais, aussi tenais-je à vous avertir que dès le mois de mai de l'année dernière 1889, à la suite du jugement rendu par le Biffi et moi-même, chargés par le ministère de l'Intérieur de l'examiner, Passannante — atteint d'un délire systématique de persécution et d'ambition allucinatoire — a été transféré du bagne de Portoferraio vers l'asile d'aliénés criminels de Montelupo (L'Ambrogiana), créé par ce même ministère de l'Intérieur, où il se trouve actuellement sous soins et garde psychiatriques. Voyant que vous êtes sur le point de publier un ouvrage sur ce même sujet, je vous écris afin que vous puissiez, si vous le jugez bon, rectifier cette affirmation en tenant compte du fait que le vœu que vous aviez émis avait déjà été exaucé…]En 1878, Passannante avait tenté de poignarder le roi Humbert I . Condamné à mort, sa peine fut commuée en prison à vie. Enfermé dans la prison de Portoferraio (île d'Elbe) dans des conditions inhumaines (cellule sous le niveau de la mer, sans lumière, enchaîné), ce régime provoqua sa folie complète. Face au scandale public, le gouvernement italien chargea Augusto Tamburini et Serafino Biffi d'examiner le détenu. Ils conclurent à sa folie (délire de persécution et d'ambition) et obtinrent son transfert à l'asile d'aliénés criminels de Montelupo Fiorentino (Villa L'Ambrogiana). Tamburini rectifie ici l'information auprès d'Emmanuel Régis pour la mise à jour de son futur livre Les Régicides.- Daniel Hack Tuke (2 L.A.S. et un document autographe signé): Daniel Hack Tuke (1827–1895), célèbre médecin et aliéniste anglais, inventeur du mot»psychothérapie», coauteur d'ouvrages majeurs de référence en psychiatrie au XIX siècle et éditeur du Journal of Mental Science. Première C.P.: “Lyndon Lodge Hanwell, London April 5, 1889 I am very sorry to have been so long in sending you the note on Régicide &c., but you will receive the M.S. in a few days (probably Wednesday). I have found it very difficult to obtain the particular information you require. There is no book in which the information is given, so that I have referred to many”. Yours, Hack Tuke [ Traduction: Je suis très désolé d'avoir tardé à vous envoyer la note sur le régicide, etc., mais vous recevrez le manuscrit dans quelques jours (probablement mercredi). J'ai trouvé très difficile d'obtenir les informations particulières dont vous avez besoin. Il n'existe aucun livre contenant ces informations, si bien que j'ai dû me référer à beaucoup». Deuxième C.P. « Apr 29th / 89 My dear Doctor, I send you the Journal of Mental Science for July 1882 containing a report of the trial of Maclean for shooting at the Queen, & a few remarks by myself upon the trial, in the same number. It is very difficult to obtain for you the information you desire. If I can send you notices of more cases of Regina-cide I will do so with pleasure. In reply to your question, I do not think our judges are more averse to the plea of insanity in Royal cases than in others. The fact is, they are opposed to it in all cases. I think that now, as much justice would be done in cases of attempted Regina-cide as in ordinary attempts to murder. Yours faithfully Hack Tuke» [ Traduction: Mon cher Docteur, Je vous envoie le Journal of Mental Science de juillet 1882 contenant un compte-rendu du procès de Maclean pour avoir tiré sur la Reine, ainsi que quelques remarques de ma part sur ce procès dans le même numéro. Il est très difficile d'obtenir pour vous les informations que vous désirez. Si je peux vous envoyer des notices sur d'autres cas de régicide ("Regina-cide"), je le ferai avec plaisir. En réponse à votre question, je ne pense pas que nos juges soient plus opposés au plaidoyer de folie dans les cas royaux que dans les autres. Le fait est qu'ils y sont opposés dans TOUS les cas. Je pense qu'aujourd'hui, autant de justice serait rendue dans les cas de tentative de régicide que dans les tentatives ordinaires de meurtre ]. 9 feuillets tapuscrits en anglais, attribuable à Daniel Hack Tuke (avec son nom et adresse au crayon sur l’un des feuillets), relatifs à plusieurs régicides, sont présents dans le dossier (Mc’Naughten , Hadfield, Bellingham, Margaret Nicholson, Oxford and Francis)Le procès de Roderick Maclean (1882) concerne la tentative d'assassinat de la reine Victoria à Windsor. Maclean fut déclaré « non coupable pour cause de démence » (Not guilty by reason of insanity), ce qui incita la reine à faire modifier la loi anglaise via le Trial of Lunatics Act de 1883 (« guilty, but insane »). - Rodolfo Laschi 1 L.A.S. de 2 pp.: « Avv. RODOLFO LASCHI PIAZZA S. NICOLÒ, 1 VERONA Verona, Monsieur, J’ai reçu Votre aimable lettre du e je Vous remercie pour avoir bien voulu vous mettre d’accord avec moi au sujet de la question posée sous mon nom au prochain Congrès d’Anthropologie Criminelle. La communication que j’avais l’honneur de présenter au Congrès, aura pour but d’exposer le résultat d’une étude faite sur le mouvement réactionnaire en France, dans ses rapports avec la race, le génie, la densité de la population, l’alimentation, etc... Cet étude n’est qu’un petit extrait d’un gros ouvrage qui paraîtra prochainement à Turin, pour le quel j’ai l’honneur d’avoir collaborateur M. le prof. Cesare Lombroso et qui traite précisément du Crime politique au point de vue anthropologique, juridique et sociologique ; naturellement un des chapitres s’occupe aussi des fanatiques politiques (fous, mattoïdes, passionnés) étudiés en rapport de leur état mental. - Mais de cette partie j’ai déjà donné comunication au premier Congrès de Rome e Vous pouvez la voir resumée dans les Actes du Congrès même pubbliés en ; c’est pour cela que Votre comunication, loin de faire double emploi avec la mienne, ne pourra que donner des nouveaux et certainement précieux matériaux aux recherches déjà faites dans l’argument et en confirmer les résultats. En attendant le plaisir de faire votre personnelle connaissance au Congrès, veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus distingués. Avv. Rodolfo Laschi»Juriste et avocat véronais, disciple proche de Cesare Lombroso et figure clé de l'École italienne de criminologie, Rodolfo Laschi évoque ici le célèbre traité « Le Crime politique et les révolutions par rapport au droit, à l'anthropologie criminelle et à la science du gouvernement » (Il delitto politico e le rivoluzioni), coécrit par Cesare Lombroso et Rodolfo Laschi et qui sera publié à Turin (Fratelli Bocca) en 1890. Dans son courrier, Laschi emploie le terme « mattoïdes » (mattoidi), un néologisme typiquement lombrosien désignant des individus à la frontière entre le génie, l'excentricité et la folie morale, très fréquemment associés dans leurs théories aux illuminés politiques et aux auteurs d'attentats.- Henry Coutagne (1846-1895), médecin légiste et collaborateur d’Alexandre Lacassagne aux «Archives de l’anthropologie criminelle et des sciences pénales», 1 L.A.S. de 2 pp.: «Archives de l’anthropologie criminelle et des sciences pénales. Rédaction au laboratoire de médecine légale de la Faculté de médecine de Lyon Lyon, le 20 mai 1889 Mon cher confrère, J’ai transmis votre lettre au Dr Magitot, secrétaire général du congrès, 8 rue des Saints-Pères à Paris, qui s’empressera certainement de vous inscrire comme membre et vous enverra le programme avec un bulletin d’adhésion que vous n’aurez qu’à lui renvoyer avec 20 francs. Votre communication est d’autant mieux en situation que Laschi, avocat italien, est déjà inscrit pour un travail sur le crime politique. Je vous prie de vouloir bien tenir votre promesse relativement à « L’Encéphale », et nous serions heureux de recevoir de vous soit dans ce journal, soit ailleurs, les critiques que vous jugerez méritées par nos Archives. Nous faisons de notre mieux et en somme de « mauvaises », dont l’application de l’adage : « nul n’est prophète en son pays ». Je crois que nous avons plus d’abonnés à Buenos-Ayres qu’à Paris ! La publication du congrès nouspoussera, je crois, en avant. En attendant le plaisir de vous voir à Paris, je vous prie de me croire votre tout dévoué confrère Henry Coutagne»La lettre fait le lien avec le document de Rodolfo Laschi présenté précédemment : l'expéditeur confirme à Régis que l'avocat italien Laschi est déjà inscrit pour présenter ses recherches sur le crime politique au congrès de Paris. Les «Archives de l’Anthropologie Criminelle » : Revue scientifique phare fondée à Lyon en 1886 par Lacassagne, rivale directe de la revue italienne de Lombroso (Archivio di psichiatria).- Georges Montorgueil 4 L.A.S. «: L’Éclair Journal Politique Quotidien Indépendant. Rédaction 10 Rue du Faubourg Montmartre Paris. Monsieur, Je me trouve empêché d’avoir une entrevue avec Lebrun. J’ai fait demander à M. de Valles, juge d’instruction, de vous autoriser à un titre scientifique quelconque à voir cet anarchiste. J’ignore encore ce qu’il décidera. Dès que j’aurai sa réponse, je vous la transmettrai. Votre interview a produit une très grande et très heureuse impression. Agréez, monsieur, l’assurance de mes sentiments dévoués. Georges Montorgueil» / «Cher Monsieur, M. de Valles a qui j’ai fait part de votre désir serait très heureux de vous voir. Je ne songe pas [… ], mais vos travaux l’ont frappé. Écrivez-lui, dites-lui que vous devez avoir un entretien avec lui, M. de Valles, il vous donnera certainement audience. Alors, une fois là, vous le convaincrez de faire plus. Agréez, monsieur et cher Docteur, de mes sentiments dévoués. G. M.» / «Cher maître, On publie un peu partout une opinion de Lombroso en contradiction avec la vôtre, au moins sur un point essentiel. Sur une contradiction, votre avis serait précieux. Je le sollicite [… ] de votre ordinaire bienveillance. Ce serait grand profit pour le public qui vous a prêté dans cet important débat une oreille [… ] Veuillez agréer, cher maître, l'expression de mes sentiments dévoués et respectueux. Georges Montorgueil» / Cher docteur, J’ai tellement songé à vous que mon article est resté sur le marbre [ … ] Nous serions très heureux d’avoir une impression de vous à ce sujet. N’êtes vous pas très qualifié pour parler comme il sied de la mentalité de ces fanatiques? [… ] je me tiendrai à votre disposition si vous me prenez un rendez-vous […] Georges Montorgueil»Nom de plume d'Octave Lebesgue, grand reporter, chef des informations puis rédacteur en chef au journal L'Éclair, Georges Montorgueil était célèbre pour ses grands dossiers d'actualité et ses ouvrages illustrés. Il évoque ici Ernest de Valles, juge d'instruction parisien réputé, chargé de grands dossiers criminels et d'attentats anarchistes à la fin des années 1890 et au début des années 1900. Pour contourner les règles administratives strictes du dépôt ou de la prison de la Santé, Montorgueil suggère de faire valoir le profil de chercheur et d'universitaire du Dr Régis (« à un titre scientifique quelconque »), afin que la visite ne passe pas pour une simple démarche journalistique ou de curiosité sensationnaliste, mais tout en même temps manifeste l’influence de la grande presse sur la justice et sa prise en compte de la psychiatrie moderne.- 2 courriers tapuscrits datés du 20 et 22 août 1900 de deux agences de presses américaines. L'été 1900 a été marqué par l'assassinat du roi d'Italie Humbert Ier, le 29 juillet 1900, par l'anarchiste Gaetano Bresci après une série de régicides anarchistes en Europe (notamment la mort de l'impératrice Sissi en 1898 ou du président Sadi Carnot en 1894). Le XIIIe Congrès international de médecine s’est tenu à Paris du 2 au 9 août 1900. Emmanuel Régis y a présenté des travaux majeurs sur les régicides, la régicidomanie et la psychologie des criminels politiques/anarchistes et les deux lettres d'agences de presse américaines de Philadelphie et New York montrent la vitesse à laquelle les débats psychiatriques européens sur le régicide ont suscité la curiosité des médias aux États-Unis, inquiets des montées anarchistes (le président américain McKinley sera d'ailleurs assassiné un an plus tard, en septembre 1901, par l'anarchiste Leon Czolgosz).- Charpentier (probablement le docteur Auguste Charpentier, célèbre alieniste français du XIX siècle, médecin-chef à l'asile de Bicêtre«Mon cher ami J’ai égaré l’observation que j’avais prise de Gasnier et que je vous avais apportée au congrès ; mais vous aviez disparu. Vous recevrez en même temps que ce mot, copie de tout ce que j’ai pu faire réunir par [… ] Michel. Je viens de faire photographier Gasnier, Je vous l’enverrai après. Gasnier a réalisé par une attaque d’apoplexie une hémiplégie gauche consécutive. Le diagnostic est cérébral. Cette attaque remonte à un mois à peu près. Dans l’intervalle entre les quinze jours consécutifs à son entrée dans mon service et son apoplexie, un médecin ignorant les motifs de sa séquestration l’eût mis en liberté tant était grand son calme, sa possession de lui-même, tant était nette sa lucidité d’esprit. Il avait refusé absolument toute visite de famille pour éviter toute émotion. A vous. Charpentier»Autres courriers reçus du Dr Ferrus, ami et aliéniste parisien, de Debrit, correspondant suisse le remerciant en 1904 au nom de M. Bouvier et de la Société Jean-Jacques Rousseau pour son article sur Jean-Jacques, de E. Graves, érudit de Mantes lui fournissant des détails sur Louvel, plusieurs lettres d’un confrère bordelais le renseignant sur les régicides dans les pays de langue germanique, d’un collègue palois critique, etc…- A la suite de cette correspondance, on trouve un dossier de 56 ff. autographes format in-8 et in-4 contenant de nombreuses notes et brouillons pour son ouvrage et ses articles sur les régicides, dont un brouillon de lettres datée du 8 septembre 1901 adressée au rédacteur en chef de la Petite Gironde et prenant pour argument l’attentat tout récent contre le Président Mac Kinley. Dans un autre brouillon, probable compte-rendu manuscrit d’un tiers, on évoque son ouvrage sur les Régicides: «Cet ouvrage, qui fait partie de la bibliothèque de Criminologie, a pour objet l’étude psychologique et médico-légale des Régicides, plus exactement les individus qui, en dehors de toute secte et de toute conjuration, ont assassiné ou tenté d’assassiner un monarque ou un puissant du jour. Il est basé sur l’observation comparative de plus de 80 fanatiques célèbres, passés ou présents, dont l’histoire pathologique jusqu’ici mal connue, a été établie aux sources les plus sûres et les plus établies». On y explique que l’auteur plaidant pour le placement en asile d’aliénés pour ces assassins, les derniers coupables de ce type de crime «ont été unanimement déclarés irresponsables et internés. L’auteur pense que son mémoire n’est pas resté absolument étranger à ce résultat et que, désormais, les régicides, types mieux connus, seront traités non plus en criminels mais en malades».- Dossier d’environ 280 ff. et divers documents imprimés joints recueillant les sous-dossiers consacrés aux régicides:- MacLean attentat contre la Reine Victoria 2 mars 1882 ( 9ff.)- Mariotti (c. Freycinet 1885) (6 ff. dont 2 ms.)- Passanante (agression du Roi Humbert 17 novembre 1878) (24 ff. in-8 «Considérations sur le procès de Passanante por le Professeur Cesar Lombroso directeur du Cabinet de Psichiatrie (sic) et de médecine légale dans la Royale Université de Turin», 3 ff. in-4, 13 ff. in-4 (Expertise médico-légale des professeurs ThomasVerga, Biffi, Buonomo, Tamburini, secrétaire Tamburini) manifestement traduits par un scripteur de langue italienne native- Guillaume Parry (att. contre la reine Elizabeth d’Angleterre 1584), 3 ff.- Balthazar Gérard (att. De Guillaume le Taciturne 10 juillet 1584) 4 ff.- Jacques Clément (att. De Henri III 1er août 1589) 13 ff. in-4 et in-8- Nicole Mignon Jean de Lille 1600-1605: 1 f.- De Paris l’Aîné att. De Lepelletier de St Fargeau 20 janvier 1793: 2 ff.- Charlotte Carlemigellix att. du député Féraud 1er prairial an III: 1 f.- John Wilkes Booth ass. du Président Lincoln 1865 : 4 ff.- Guiteau ass. du Président Garfield 2 juillet 1881: 17 ff.- Aubertinass. De Jules Ferry(11 ff. et une coupure de presse)- Santiago Salvador (anarchiste) att. Du Liceo 7 nov. 1893 : Journal Le petit Parisien du 29 juillet 1894- Angiolello (Espagne): 2 ff.- Affaire Baffier: Rapport de MM. Les Docteurs Brouardel et Motet Experts Commis 1887 (rapport lithographié de 19 pp.)- W. Channing. L’etat mental de Czolgosz: 16 ff.- Procédure de Soleyman El-Khaleby, assassin de Kléber: 9 ff.- Mariotti: 2 ff.- Perrin att. contre M. Carnot 5 mai 1889: recueil de coupures de presse dont «L’Intransigeant»du 9 mai 1889- Lucas, attentat contre Louise Michel janvier 1888: 2 ff. de journaux- Galeoti assassin de l’archevêque Martinez Izquierdo 18 avril 1886 (4 ff. avec forte déchirure à la liasse)- Cocher Moore att. contre Edouard Lockroy 14 août 1893 (coupures de presse)- Gasnier septembre 1888 (8 ff. avec forte déchirure à la liasse)- Staps et Schulz : 130 ff. manuscrits, dont traduction française au moins partielle et inédite d'un ouvrage allemand paru à Berlin en 1843 (Berlin 1843, Librairie du Cabinet de lecture berlinois), et extraits d'ouvrage divers (Savary, Bourienne...) consacré à deux cas célèbres de régicides/attentats politiques sous la période napoléonienne Frédéric Staps (Friedrich Staps), jeune illuminé protestant qui tenta d'assassiner Napoléon Ier avec un couteau à Schönbrunn en octobre 1809. Déclaré sain d'esprit à l'époque par le médecin de Napoléon (Corvisart) malgré son fanatisme mystique, il fut fusillé et Charles Jean Frédéric Schulz (Carl Johann Friedrich Schultz)fusillé à Kyritz en septembre 1807 sur ordre du gouvernement français
Très remarquable réunion d'archives privées du célèbre psychiatre et professeur bordelais Emmanuel Régis (1855-1918), auteur d'un important ouvrage, paru en 1890 sur les "Les Régicides dans l'histoire et dans le présent. Étude médico-psychologique". Professeur écouté, Emmanuel Régis attirera à son cours libre de psychiatrie donné à l'hôpital Saint-André de Bordeaux des élèves célèbres tels Saint-John Perse ou Victor Segalen, et son "Manuel pratique de maladie mentale" devenu "Précis de Psychiatrie" à partir de 1906 a marqué son temps. Rédigés entre 1889 et 1904, ces présents documents et cette correspondance internationale dessinent le laboratoire où s'est élaborée la psychiatrie du crime politique à la fin du XIXe siècle : ils reviennent sur l'attentat de Passannante contre Humbert Ier (1878) et sur la tentative de Maclean contre la reine Victoria (1882), et se prolongent jusqu'aux dépêches américaines de 1901, intéressées par les conclusions de l'auteur relatives au traitement des régicides et développées lors du Congrès Médical de Paris. Emmanuel Régis a constitué ici, avec le concours des grandes écoles italienne (Tamburini, Laschi, dans l'orbite de Lombroso), anglaise (Hack Tuke) et française (Coutagne, Charpentier), le socle documentaire de son ouvrage sur "Les Régicides", plaidoyer pionnier pour que le régicide cesse d'être jugé comme un crime et soit enfin traité comme une maladie. La correspondance des principaux aliénistes de l'époque, les brouillons autographes de l'auteur et l'écho pris par ses travaux dans la grande presse composent un ensemble tout à fait remarquable, à la croisée de l'histoire de la psychiatrie, du droit pénal et de l'anarchisme fin-de-siècle. IMPORTANT : Pour tout achat à l'étranger (hors France), une demande d'autorisation d'export doit être demandée, ce qui peut entraîner des délais supplémentaire d'un à deux mois (voire plus) avant expédition.
LE JARDIN DES MODES. MARS-AVRIL 1950. In-12. Broché. Bon état, Couv. convenable, Dos satisfaisant, Intérieur frais. 90 pages. Nombreuses illustrations en couleurs et noir et blanc dans et hors texte.. . . . Classification Dewey : 70.49-Presse illustrée, magazines, revues
Revue officielle du salon des arts ménagers. Sommaire : Avant-première au salon des arts ménagers, Ménagère mais par Marcelle Auclair, Ménagère mais Mimi pinson par P. Dedeban, Ménagère mais artiste peintre, Ménagère mais toujours pressée, Ménagère mais souriante, Ménagère mais attrayante par Suzanne Berçot Classification Dewey : 70.49-Presse illustrée, magazines, revues
WALCKENAER, Baron Charles Athanase [ Homme Politique ; Historien ; Géographe ] ; DENTU, Gabriel-André [ Imprimeur ; Editeur ]
Reference : 44282
(1811)
34 pp. manuscrites rédigées par Walckenaer, 2 pp. par Dentu et 2 pp. d'un auteur inconnu (nom indéchiffrable) Descriptif complet fourni sur demande : 1 L.A.S. du Libraire Gabriel Dentu datée du 29 Avril 1811, 2 pp. [copie par lui-même ou projet de lettre adressées à l'Empereur Napoléon Ier ] "Sire, Permettez à l'un de vos sujets de réclamer votre attention sur une affaire d'un genre tout à fait nouveau dans la République des Lettres. Le nommé Malte-Brun, Danois, accueilli en France, n'a reconnu cette hospitalité qu'en insultant les Savans français et en les dépouillant des fruits de leurs travaux. J'ai réuni dans le petit ouvrage que je remets à Votre Majesté les preuves irrécusables des nombreux plagiats de cet étranger. Je demande à votre Majesté qu'elle veuille bien lui donner l'ordre que je puisse répondre aux attaques de cet homme, dans le Journal de l'Empire. Je saisis cette occasion pour remettre à votre Majesté un exemplaire d'une nouvelle édition des Poésies d'Officier : c'est le Chantre des Braves" ... "Agréez, Sire, les sentimens respectueux du plus fidèle et du plus dévoué de vos Sujets". / 1 L.A. par Walckenaer datée du 29 Mai 1811, 2 pp. avec adresse de Dentu Libraire, rue du Pont de Lodi n°3 : "J'irai voir Mr. de Vandebourg, c'est un homme aimable et franc que j'aime beaucoup, un véritable littérateur". ... "J'espère peu de M. Guizot - voici pourquoi : il est l'entrepreneur d'une Journal d'éducation qui commence, il a besoin du Journal des Débats. Voilà la cause de la résistance que vous éprouvez dans M. Etienne. ... Mais c'est égal, réimprimez votre brochure et répandez là, elle fera tête à tous les journaux et les discréditera parce que les journaux des départements et les journaux étrangers seront pour vous. ... Il est vrai que pour faire tranquillement ma Turquie je pense à aller passer sept ou huit jours à la campagne... " / 1 L.A. par Walckenaer adressée à Monsieur Dentu, s.d., 2 pp. : "Vous êtes un étourdi et je vous renvoye encore la copie de l'Empire Birman que vous aviez pris hier. Il y a plus de trois semaines que je vous ai observé qu'il y avait une lacune. C'est probablement les feuillets moeurs langues que Mr. Langles aura gardé" ... "Je suis désolé de l'affaire de St **** une gazette aussi ridicule et un rédacteur qui l'est autant ne peut que relever votre ennemi et vous faire du tort, ainsi qu'à votre cause. Malte Brun sera enchanté de telles attaques et fera de jolies plaisanteries. Je crois à toutes les bontés du ministre pour vous excepter à celle de vous ouvrir une seule fois [ souligné ] le Journal de l'Empire, voilà bien pourquoi je me garderai bien de perdre mon tems à préparer une réponse. ... Qu'on nous ouvre seulement tous les autres journaux pour réponses, répliques et répliques de répliques ... sera beaucoup". / 1 document de 6 pp. manuscrites par Walckenaer, s.d. intitulé : "Suite du tableau des nouveaux plagiats de Malte-Brun". Document divisé en deux colonnes opposant le T. 3 du "Précis de la Géographie Universelle de Malte-Brun" au T. 5 de la traduction française de Pinkerton dans l'édition de 1804. Walckenaer y relève notamment un passage de Malte-Brun le mettant lui-même en cause pour une traduction trop ingénieuse et il commente en regard : "tout cela paraît bien curieux à imprimer". / Importante L.A. de 2 pp. et 2 lignes par Walckenaer, s.d. : "Etant aussi peu aidé que vous l'êtes par les journaux, il n'y a pas de doutes que votre brochure ne sera pas assez répandue" ... "Non seulement votre idée pour l'Empereur est bonne mais vous devriez faire une pétition au Grand Maître de l'Université pour obtenir un règlement qui exclut les écoles des livres où le plagiat est ainsi aussi évidemment constaté. Au ministre de la Police pour qu'il écrive aux Journaux de ne pas faire l'éloge de pareils livres" ... "Au Ministre de la Justice et à la Commission du Sénat pour la liberté de la Presse pour solliciter une loi à ce sujet"... "N'oubliez pas d'en envoyer à Biquet deux exempl. Tous ceux qui aiment la géographie vont chez lui. Envoyez en aussi à Monsieur le Comte Estève, à M. Daru et au Grand Chambellan qui a le département de la Bibliothèque dans la maison de l'Empereur. N'oubliez pas le Prince Berthier et sa soeur qui demeure rue Royale n° 3. Envoyez en aussi à De Wailly les autres proviseurs et les chefs de maison d'éducation à Paris. / 1 document autographe de 6 pp. par Walckenaer, s.d. intitulé : "Projet de pétition pour le Ministre de la Police". "Excellence, un des plus grands bienfaits de votre ministère est de prévenir, de punir, et d'arrêter les délits ténébreux que les lois n'ont point prévues. Qu'il me soit dont permis de dénoncer à votre Excellence un brigandage auquel elle peut seule mettre un terme..." ... "Voici les faits : Le Sieur Malte-Brun, danois, depuis six ans copie des pages et des volumes entiers d'un ouvrage que j'ai acquis et que j'ai payé. Il en a fait d'anciens ouvrages qu'il a vendu à un librairie nommé Tardieu. Il en a composé encore très rapidement et très facilement un nouvel ouvrage qu'il a vendu au Sieur Buisson. Ces fragments de livres réimprimés dans un ordre différent sont vantés dans le Journal de l'Empire et dans tous les autres journaux. L'ouvrage original au contraire, qui a été payé par moi très cher est critiqué presque tous les jours avec acharnement et ceux qui y ont travaillé sont non seulement critiqués mais même mentionnés avec des termes injurieux et méprisants. Et cependant, ce sont des Membres de l'Institut et d'autres gens de lettres aussi recommandables par leur moralité que par leurs talents". ... "Je suis ruiné pour avoir été utile à mon pays en dénonçant des délits également nuisibles à la gloire nationale..." ... "Je demande donc à Votre Excellence justice pour le passé et protection pour l'avenir". / 1 document autographe de 4 pp. par Walckenaer, s.d., [ Brouillon de lettre à Son Excellence le Duc de Rovigo, Ministre de la Police Générale ] / 1 document autographe de 4 pp. in-4 par Walckenaer : [ brouillon de lettre à une Excellence anonyme, peut-être Charles-Guillaume Etienne, Censeur général de la Police et Rédacteur du Journal de l'Empire : "Voilà ce que j'ai griffonné. Votre brochure fait effet, ne vous découragez pas. ... N'oubliez pas M. de Fortia rue de la Rochefoucauld. ... et François de Neufchateau, mon voisin..." ] "Excellence, on s'est armé d'une de vos décisions pour exclure de toutes les institutions publiques un livre qui leur avait été précédemment recommandé, mais on avoulu chercher à le flétrir sous le prétexte qu'il était désapprouvé par vous dont l'opinion est si importante et exerce un si grand empire sur tous ceux qui cultivent les lettres".... etc. / 1 L.A. par Walckenaer, s.d., 1 p. avec adresse de Dentu Libraire, rue du Pont de Lodi n°3 : "Je vous envoye votre brouillon de lettre au ministre. Vous ferez très bien d'écrire toutes ces lettres ou pétitions et de les faire appuyer. Mais tout le monde dit que pour une chose aussi bien faite et aussi décisive vous ne l'avez pas tiré en assez grand nombre et que vous n'avez pas assez répandu cela". Lettre faisant manifestement référence à l'un des brouillons décrit ci-dessus. / 1 L.A. par Walckenaer, s.d., 1 p. in-folio adressé à Dentu :"Tout le monde est d'avis, et surtout Monsieur de Se [ Sevelinges ] que vous adressiez des pétitions aux ministres et surtout à celui de la police et à celui de la justice." ... Ne vous endormez pas auprès des puissans. Tâchez s'il est possible de gagner M.r Ett. le censeur des Débats. Consultez vos almanacs pour voir si vous n'avez pas oublié d'envoyer à de certains personnes qui l'attendent lorsque d'autres du même corps ou du même rang en ont reçu"... / 1 L.A. par Walckenaer, s.d., 2 p. in-folio adressé à Monsieur Dentu Imprimeur Librairie rue du Pont de Lodi : "Ne perdez pas un instant. Ditez que si vous n'avez pas réclamé plut tôt, cela vient de ma répugnance à cet égard. Plaignez vous de moi comme un homme apathique pour tout autre choe que pour le travail et ne se souciant de rien de ce qui se passe hors de son cabinet."... / 1 L.A. par Walckenaer, s.d., 2 pp. in-12 adressé à Dentu : "Comme je ne travaille que pour vous et qu'il est instant que je finis votre abrégé, je croirai vous voler votre temps que de l'employer à une révision que tout autre peut faire mieux que moi" ... "En comparant avec le Pinkerton, il vous sera facile de trouver ces fautes. Je vous engage aussi à relever les corrections de l'errata .... comme Malte-Brun a copié un exemplaire de la première journée, ... on pourra ajouter peut-être ajouter à cela quelques petits mots où l'on observera cela ". / 1 document autographe de 3 pp. in-4 par Walckenaer : [ adressé à Dentu qu'il exhorte au combat ] : "Je vous renvoye la lettre d'Etienne et une réponse" [ voir ci-dessus ]. " ... ce qui me désole c'est que vous n'ayiez pas répandu déjà les six mille exemplaires". ... / 1 document autographe de 1 pp. in-4 par Walckenaer [ Projet de lettre pour les présidents des trois "Classes" de l'Institut, langue, histoire, beaux-arts ] / 1 lettre manuscrite d'auteur non identifié, 2 pp. 1/2, s.d., destinée aux Rédacteur du Journal de Paris : "Messieurs, Les deux lettres que je vous ai envoyées ont excité la bile de M. Malte-Brun et ont donné lieu de sa part à une réclamation insolente..."
Ce dossier est remarquable par la force du style et la précision des conseils donnés par Walckenaer au librairie Gabriel Dentu. L'affaire du plagiat par Malte-Brun de la Géographie de Pinkerton abrégée par Walckenaer et publiée par Dentu défraya la chronique littéraire et fut l'occasion de combats littéraires (Dentu imprimera notamment dans ce but les 140 pp. d'un ouvrage intitulé "Moyen de parvenir en littérature" !) et juridiques épiques. Les présents manuscrits de Walckenaer ne sont jamais signés ; mais lui seul pouvait être l'auteur de tous ces textes puissants et informés, et la vérification de sa graphie confirme l'attribution sans aucune équivoque. Les stratégies élaborées par Walckenaer pour son ami Gabriel Dentu n'obtiendront peut-être pas tout le succès espéré, mais elle révèle l'homme d'une intelligence supérieure, familier des puissants du temps et des rapports de pouvoir.