Seghers / Maison & jardin. 1976. In-8. Broché. Bon état, Couv. convenable, Dos satisfaisant, Intérieur frais. 155 pages augmentées de nombreuses planches en noir et blanc.. . . . Classification Dewey : 643-Le logement et son équipement
Reference : RO30312109
Classification Dewey : 643-Le logement et son équipement
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I.c.e.m.. 1981. In-4. Broché. Bon état, Couv. convenable, Dos satisfaisant, Intérieur frais. 28 pages agrafées - quelques photos en noir et blanc dans le texte.. . . . Classification Dewey : 370-Education
Sommaire : Séjour en centres spécialisés - séjour d'une classe en autonomie - séjour commun à plusieurs classes (en autonomie) - les cheminements de l'école de la rue Vitruve (paris) - un autre type de séjour : la classe stage - les textes officiels - préparation matérielle réglementaire - motivations - associer les parents - témoignages sur la préparation d'un séjour en autonomie. Classification Dewey : 370-Education
[Paris, Versailles, Saumur, Saint-Domingue, Nantes, Ath, Hambourg] - [ TRUTIE DE VAUCRESSON, Léger François ]
Reference : 71911
(1840)
1 cahier format 31 x 20 cm, 44 ff. , 2 ff. débrochés (le premier a été manifestement détaché suite à une erreur du rédacteur qui a inversé recto et verso), dont 12 ff. rédigés à l'encre brune, souvent en recto verso, d'une écriture cursive régulière, s.d. [ circa 1830-1849 ] Etat satisfaisant : une forte salissure en angle supérieur droit, 2 feuillets débrochés, qq. accrocs, mais le manuscrit reste bien lisible. Voici la transcription complète : [ Manuscrit autographe : ] Mémoires du Chevalier Léger Trutié de Vaucresson [Souvenirs autobiographiques autographes et inédits retraçant le destin du jeune Léger Trutié de Vaucresson, jeune noble de 15 ans pris dans la tourmente de la Révolution française. Avec un témoignage saisissant du traumatisme de l'été 1789, du massacre de ses proches, Foulon et Bertier de Sauvigny, des derniers jours de la cour de Versailles, une immersion rare dans la société coloniale de Saint-Domingue en 1790 avec ses tensions raciales et un duel à 16 ans, le retour en France en 1791 et les réseaux de l'émigration militaire ] Mémoires du Chevalier T. de Vaucresson. Chapitre 1. Trop avancé dans la vie pour que le présent ait quelque charme pour moi, j’ai besoin de jeter un regard en arrière & e chercher à revivre dans le passé. Je n’ai point la prétention d’occuper le public de moi car je n'aime point à me mettre en évidence. J'abandonne le plan à ceux qui ont l'opinion contraire et cherchent à faire de l'effet, [… ] bien commun dans le siècle où nous vivons. Il auraitt peut-être mieux convenu à mon goût pour le repos de garder le silence et de mourir dans l'oubli, mais dans la longue carrière que j'ai parcourue et au milieu des orages qui se sont renouvelés si fréquemment pendant sa durée, j'ai dû naturellement voir beaucoup de choses & je suis entraîné à les raconter à mes enfants et à mes contemporains pour éclaircir certains faits dont j'ai été témoin et que l'esprit de parti qui corrompt tout a dénaturés. Je parlerai avec le langage de la vérité, si rare dans les convulsions qui nous agitent et des faits qui me sont personnels et de ceux qui se rattachent à la politique.Je ne cacherai rien, je ne déguiserai rien, car, je n’ai aucune raison pour altérer la vérité, et si quelques personnes pouvaient en être blessées, je déclare ici que je n'ai point la volonté de les atteindre et que bien ou mal, je passe condamnation sur tout ce qui a été fait [Page 2 :] même contre moi. Ce n'est point [ au ] déclin de la vie, lorsque l'on n'a plus rien à attendre ou à espérer des hommes que peut continuer de la haine pour eux.Naissance. Je suis né à Paris le 11 mars 1774 : mon père qui possédait une très brillante fortune avait commencé à servir dans les mousquetaires; depuis, lors de la dissolution des parlements à la fin du règne de Louis XV, pressé par le chancelier de Maupeou et par M. Bertier de Sauvigny premier président, il quitta le militaire pour accepter dans le nouveau parlement de Paris une charge de conseiller de grand'chambre, mais l'espèce de réprobation qui paraissait se manifester contre cette magistrature improvisée et les difficultés qu'il éprouva pour obtenir une charge de président à mortier qui lui avait été promise le dégoûtèrent de cette carrière. Iil rentra dans le militaire comme capitaine de cavalerie et acheta une charge de maréchal général des logis de la cavalerie qui devait le porter au grade de Mestre de camp. Quelques temps auparavant il avait épousé à Versailles Marie le Noir de Pasdeloup, d'une des plus anciennes familles nobles de l'Anjou, elle était nièce du Conseille Foulon conseiller d'état surintendant de la guerre et de la marine. De ce mariage il eut plusieurs enfants.Éducation. Dans la position de fortune où était mon père, rien ne fut épargné pour mon éducation [Page 3:] Toutefois à l'époque dont il s'agit, l’éducation n'était pas poussée à fond comme de nos jours, l'état militaire étant [ le seul recherché] par la noblesse, elle négligeait [la connaissance] des sciences exactes et celle du droit [qui demandaient] de longues études et qui ne lui auraient [ pas permis ] d'entreprendre, dès l'âge de 15 ans, la carrière qui lui semblait la seule honorable. [ … ] jusqu'en troisième, l'arithmétique, l'histoire, le dessin, la danse et l'escrime, composaient à peu près toute la science d'un gentilhomme. On pensait alors et peut-être avec raison que l’excès des études propres aux savants détruisaient ou énervaient les forces physiques des jeunes gens et qu'enfin pour remplir avec honneur la carrière militaire il fallait en première ligne s'attacher à développer les forces du corps et à graver dans le coeur de ceux qui s'y destinaient les beaux et nobles sentiments qui dans les siècles précédents ont imposés à la noblesse tant de sacrifices pour le service du Roi et la défense de la patrie.Révolution de 1789. J'atteignais à peine l'âge de 14 ans lorsque la révolution de 1789 vint bouleverser toutes les têtes et troubler le doux repos dont la France jouissait. On a déjà tant parlé à tort ou à raison des causes qui ont amené cette sanglante catastrophe qu'il deviendrait superflu d'y revenir. Chacun a apporté dans ces tristes discussions l'opinion qu'il s'était faite dans son propre intérêt et peut-être n'était-il jamais [Page 4 :] existé de contraintes plus vives de part et d'autre, sans cependant amener le triomphe de la vérité. Trop jeune à cette époque pour avoir pu juger sainement cette grande question, je dois me borner à rappeler ces moments dont chacun s'est plus ou moins ressenti.En 1782, mon père, qui possédait de grands biens à Saint-Domingue, avait été obligé pour rétablir l'ordre dans ses affaires, de se rendre dans cette colonie, où des gérants profitaient de son absence, mettant depuis la mort de mon grand-père tous ses biens au pillage (il était temps d’arrêter ces dilapidations). En quittant la France, il avait abandonné à ma mère qui agissant en cela avec prudence, avait établi dans ses dépenses plus d'ardeur et d'économie que par le passé. Nous habitions l'hiver à Paris et l'été la terre de Vaucresson entre Saint-Cloud et Versailles. Ce fut dans cette terre, qui dans le grand siècle faisait les délices du duc de Bauvilliers, que j'ai passé une partie des premières années de mon enfance. Temps heureux ! où l'avenir se déroulait plein de charmes à mes yeux, bonheur que je croyais sans fin, qui fut bientôt remplacé par de cruelles douleurs.Au mois de juin 1789, nous jouissions de cette douce paix qui n'était troublée que [Page 5: ] par les inquiétudes que font toujours naître les avant-coureurs d'une commotion politique, lorsqu'un courrier venant de Paris annonça à ma mère le massacre de monsieur Foulon et de monsieur Berthier. Les détails de cette circonstance nous affligèrent douloureusement. Non seulement le peuple en délire avait répandu le sang de ses victimes, mais il s'était livré à des excès tels, que les peuples les plus sauvages en auraient rougi de honte, après avoir assouvi leur rage sur ces infortunes, dont le seul crime était leur dévouement comme au roi, ces monstres leur coupèrent la tête, la placèrent au bout d'une pique et connaissant les liens de famille qui existaient entre nous et leurs victimes, ils vinrent présenter leurs têtes sanglantes aux croisées de l'hôtel que nous occupions à Paris. Ces détails étaient un avertissement pour nous de nous tenir sur nos gardes ; en conséquence ma mère quitta sur le champ le château de Vaucresson pour venir se réfugier à Versailles, mais déjà les affreuses nouvelles étaient partout répandues, et ce ne fut pas sans peine et sans être insulté par nos paysans que nous pûmes effectuer notre retraite. [Page 6: ] Ainsi le même jour et presque au même instant les deux chefs vénérés de ma famille nous furent enlevés, par un crime atroce que l'on ne peut avec raison toutefois attribuer entièrement à ceux qui l'ont commis, mais dont nous avons tous connu l'auteur qui, pour arriver au trône, voulait se débarrasser à tout prix des hommes de tête et de coeur qui entouraient le malheureux Louis XVI. Il fallait pour l'atteindre facilement le laisser sans défense.Stanislas … Foulon, baron de Doué, seigneur de Morangies, Soulangé et autres lieux, conseiller d'État, décoré de la croix de commandeur de Saint-Louis, à l'époque de sa mort avait environ 75 ans. Il était d'une famille respectable de Saumur en Anjou. Le marquis de Pasdeloup, mon grand-père maternel, avait épousé sa sœur; sa belle et noble figure, ses talents distingués et principalement la fermeté de son caractère le firent remarquer. Jeune encore, il était commissaire ordonnateur de la guerre et le maréchal duc de Richelieu qui l'aimait le fit nommer intendant de son armée. De retour de ses campagnes, il fut bien accueilli à la cour et sous le ministère de monsieur le duc de Choiseul, fut nommé par le roi surintendant de la guerre et de la marine. La chute du [Page 7:] Premier ministre entraina la sienne, mais le Roi ne pouvant consentir à se priver de ses talens le nomma conseiller d'Etat. Louis Seize qui connoissait sa bonne réputation et qui sentait le besoin de s'entourer d'hommes de tête, ayant en 1789 nommé premier ministre Mr le Maréchal duc de Broglie, Mr Foulon fut nommé ministre de la guerre, mais il connoissait le système de modération et de concession adopté par la cour. Les sourdes menées des révolutionnaires, la confiance d'un Roi faible et timide devait l'exposer personnellement aux plus grands malheurs, sans qu'il put en rien résulter d'avantageux pour son pays; il refusa de se charger d'un fardeau que les circonstances rendaient trop pesant. Sa détermination prise, il crut pouvoir revenir à Paris, mais il y fut insulté dans son hôtel et quelques jours après arrêté par les factieux et conduit à l'hôtel de ville où il fut impitoyablement massacré par une populace ivre de sang.Mr Foulon était malgré la fermeté de son caractère, d'une humeur douce et facile, très attaché à sa famille il avait fait élever ma mère auprès de lui et contribua à son mariage avec mon père. Son gendre Berthier fils de Mr Berthier de Sauvigny, premier président au parlement sous le Chancelier [Page 8:] Maupeou était d'une figure fort agréable et d'une petite taille. Il était doué d'une grande distinction de manières. Très jeune encore il fut nommé intendant de la généralité de Paris. Enfant gâté de la fortune mais d'un esprit aimable et conciliant il avait su se faire pardonner son élévation prématurée et avait peu d'ennemis. Toutefois son dévouement au Roi était connu, c'était assez pour le rendre suspect au duc d'Orléans qui ne laissa pas échapper l'occasion de se débarrasser d'un homme qu'il considérait comme un obstacle à ses projets ambitieux.Ma mère était trop sincèrement attachée à sa famille pour ne pas être profondément affligée de ces événements qui nous firent sur le champ quitter la campagne. Nous arrivâmes en fugitifs à Versailles sans y être attendus et sans savoir où nous irions loger, un de nos amis touché de notre situation nous offrit un asile chez lui et bientôt Madame Elisabeth ayant appris notre arrivée, daigna faire mettre à notre disposition un logement qui lui appartenait rue de Maurepas.J'avais à peine quatorze ans à cette époque, par principe et par devoir j'étais dévoué au Roi, ses malheurs n'avaient fait que développer ce sentiment et je puis affirmer qu'il était arrivé [Page 9: ] à un tel degré d'exaltation qu'il était une sorte de fanatisme. Quoique dans l'âge où l'on ne pouvait être admis à la cour, je ne manquai cependant aucune occasion de m'y présenter et les huissiers de la chambre étaient tellement dans l'usage de me voir que je pénétrais dans tous les appartements sans aucun obstacle. L'habitude de voir le Roi, la Reine et les princes, la fréquentation continuelle de tous les habitués de la galerie du château et de l'oeil de boeuf me donna bientôt le goût et les manières du grand monde & c’est sans contredit à ces premiers mois de mon entrée dans la vie que j’ai dû, depuis les succès que j'ai obtenus dans un monde inférieur.Quatre mois se passèrent ainsi et les événements suivaient leur triste cours. Quelques jours après le peuple de Paris, encouragé par la faiblesse du gouvernement, vint à Versailles pour forcer le Roi de venir s'établir à Paris avec sa famille. (Jusque là les régimens qui composaient la garnison de Versailles s’étaient maintenus dans un assez bon espoir mais pour fortifier encore leurs bonnes dispositions, les Gardes du Corps les invitèrent à dîner avec ma permission du Roi dans la salle de spectacle du château. J’assistais à cette fête où les plus nobles sentimens se manifestèrent. La Reine en digne fille de Marie-Thérèse prit Mr le Dauphin dans ses bras et le présenta aux troupes qui firent éclater leurs transports, mais cette démonstration n’eut aucun bon résulta). Ce fut le 5 octobre 1789 que cet événement s’effectua, une armée de bandits dirigée par les factieux vint assiéger la résidence Royale, les portes du château furent enfoncées, le peuple se précipita dans les appartements et la malheureuse Reine ne dut son salut [Page 10: ] qu'au dévouement d'un garde du corps qui en défendant l'entrée de sa chambre à coucher aux dépens de sa vie, donna le temps à la princesse de se sauver dans la chambre du roi. Cette nuit fut affreuse et j'en conserve encore le souvenir. Chaque instant était marqué par la détonation d'une arme à feu et dix-sept gardes du corps périrent victimes de leur attachement à leur maître.Le lendemain la cour quitta le château de Versailles et cette ville ne pouvant plus être un asile sûr pour nous nous partîmes pour Saumur où était mon grand-père.Saumur est une charmante petite ville sur les bords de la Loire, le marquis de Pasdeloup, père de ma mère y jouissait d'une haute considération, acquise par une conduite sans reproche et une naissance distinguée. Sa maison était ouverte à tout ce qu'il y avait d'honorable dans l'Anjou et à tous les officiers supérieurs de la garnison. C'est alors que sollicité par mes instances ma mère consentit à me faire entrer de suite au service j'avais quinze ans et demi, il était temps d'y penser, mais comme à cette époque ainsi que je l'ai déjà dit, la noblesse ne recherchait que le service militaire, il en résultait que toutes les issues dans les corps étaient [Page 11:] encombrées par une foule de jeunes gens dont le nombre excédait de beaucoup celui des places dont le gouvernement pouvait disposer, et qu'ainsi tout mouvement étant arrêté, il fallait attendre quelques fois des années pour arriver à son but et perdre un temps précieux. Le régiment de Royal Roussillon cavalerie (4ème de cuirassier) qui était alors en garnison à Saumur comptait dans ses rangs à cette époque 33 officiers à sa suite absents du corps. Mon impatience ne s'accommodant pas d'un tel état de choses ma mère écrivit en conséquence au marquis de Vignacourt qui était colonel du régiment et le 1er janvier 1790 je fus admis comme volontaire en attendant un brevet de sous-lieutenant.Le service militaire avait un grand attrait pour moi et je ne puis exprimer tout le bonheur que j'éprouvais en portant pour la première fois cet habit depuis longtemps objet de mes désirs. Je commençai donc à faire mon cours d'équitation et à monter mes gardes afin de me rendre digne du grade sur lequel je comptais. Ces occupations qui avaient pour moi un grand charme durèrent toute l'année mais, l'horizon politique se couvrait [Page 12:] de nuages, tout s'écroulait sous nos pieds, la discipline des meilleurs régiments commençait à se relâcher, les bas officiers se plaignaient de ne pas participer aux avancements et d'être commandés par des jeunes gens inexpérimentés dont le seul mérite selon eux était leur titre de noblesse. Toutes ces clameurs suggérées par les nouvelles idées révolutionnaires, étaient en partie fondées par la négligence avec laquelle beaucoup de jeunes officiers faisaient leur service, la plupart suivaient leur carrière à défaut d'autres que les préjugés du temps leur interdisaient et dans le seul but de se faire un état et d'ajouter à leur considération. L'armée était encombrée de ces auxiliaires inutiles et les officiers supérieurs des corps n'avaient pas toujours assez de caractère ou d'indépendance pour les contenir et les diriger, les plaintes des inférieurs pouvaient donc se justifier jusqu'à un certain point et naturellement elles devaient finir par ébranler la discipline et diviser les corps qui à l'époque dont il s'agit avaient plus que jamais besoin d'union. Comme tous les autres devenus la victime de ces fâcheuses dispositions et pour éviter le prétexte d'un mouvement insurrectionnel dans mon régiment je fus obligé de [Page 13: ] m'éloigner et de demander un congé qui me fut accordé sur le champ. Je revins donc chez mon grand-père espérant que mon absence ne serait que momentanée et que les événements me permettraient de reprendre mon service. Cette espérance fut vaine il était dans ma destinée de ne jamais revoir les étendards du régiment de Royal Roussillon et la tourmente révolutionnaire me réservait un autre destin.Pendant le cours de ces tristes événements les colonies n'avaient pas été préservées. Elles étaient alors trop riches et trop florissantes pour ne pas exciter l'envie des révolutionnaires toutefois leur influence n'avait pas encore fait un grand progrès et elles avaient à lutter avec l'intérêt personnel des propriétaires et des habitans et le tems de leur triomphe n'était pas encore venu. J'ai déjà dit que mon père était reparti pour St Domingue en 1782 dans le but d'établir l'ordre dans ses habitations. En 1790, époque dont nous parlons, il était parvenu après huit ans de travail et de peines à remettre ses biens dans l'état le plus florissant mais ce changement n'était d'aucun [Page 14:] avantage pour nous en France; car mon père avait pris depuis le commencement de la révolution une telle aversion pour la France, telle qu'on cherchait à la faire qu'il y avait renoncé pour toujours et qu'il ne voulait faire à ma mère aucun envoye de fonds pour soutenir sa famille. Cet état de choses rendait notre position très fâcheuse en France et il devenait indispensable de la faire cesser. Mon père vint à notre aide en écrivant à ma mère de lui envoyer au plutôt ses trois fils, cet ordre était accompagné de recommandations très detaillées sur les précautions à prendre pour effectuer ce grand voyage qui devait effrayer naturellement beaucoup ma mère.Lorsque l'ordre de mon père arriva je venais de recevoir mon congé, j'étais encore à Saumur. Je n'hésitai pas à me mettre en route et j'arrivai à Nantes en octobre 1790 pour m'embarquer sur le navire le [ Zwininger ? ], Cap. Tarbois en chargement pour St Domingue.A cette époque l'état de la France devenant de plus en plus inquiétant pour le repos des honnêtes gens, chaque personne un peu marquante cherchait à s'éloigner du foyer révolutionnaire et ceux que l'idée d'un voyage long et hasardeux avait effrayés dans un tems [Page 15: ] de calme et de repos n'éprouvaient aucune répugnance à se risquer aux plus grandes entreprises pour fuir des dangers qui leur paraissaient bien plus redoutables. Cette disposition des esprits me fut favorable en ce que je trouvai parmi les nombreux passagers embarqués sur le Zwininger plusieurs personnes respectables dont la société devait naturellement adoucir les ennuis d'un long voyage et les regrets que je devais éprouver en quittant pour la première fois ma mère et le sol de la patrie.Notre bâtiment l'un des plus beaux du commerce de Nantes était depuis quelques jours descendu au mouillage devant St Nazaire petit bourg au-dessous de Paimboeuf à l'entrée de la Loire. Tout étant près pour le départ et le vent étant favorable nous appareillâmes le 24 février 1790. Sous voile nous nous trouvâmes 52 passagers dont 17 à la table du capitaine, parmi ces derniers on remarquait le Comte et la Comtesse Auguste de la Tourette avec Mr. et Mde de Pimelle qui allaient chercher à St Domingue des habitations dont les revenus ne leur parvenaient jamais, Pauvre famille qui était destinée à trouver la mort au lieu de ces grands biens objet de leur espérance. [Page 16:] Monsieur de La Tourette était d'une famille noble très connue en Vivarais et assez mal famée dans son état bien près de la misère tous les moyens leur semblaient bons pour arriver à la fortune. Celui dont il est icy question, comme ses frères, était officier des gardes du corps du Roi, pour se soutenir dans cette position l'argent lui manquait il épousa Mlle de Pimelle fille d'un gentilhomme Bourguignon d'assez bonne race, qui s'était allié à une mulâtresse propriétaire à Saint-Domingue. Mde Auguste de La Tourette était donc femme de couleur ce qui affectait peu la délicatesse de son mari, mais cette origine lui attira à Saint-Domingue de grandes humiliations. Quelques temps après l'arrivée de la famille dans la colonie Messieurs de La Tourette et de Pimelle s'étant présentés dans une assemblée de propriétaires en furent chassés ignominieusement et la douleur qu'ils en ressentirent les conduisit bientôt au tombeau. Mme de La Tourette restée veuve usa fort légèrement de sa liberté et vint au Port au Prince où elle mourut de chagrin en laissant un fils, mort quelques années après. Cette jeune femme n’était pas la seule qui fut nous promettre quelques compensations aux peines du voyage, mais était celle qui méritait le plus vif intérêt. [Page 17:] Je n'entreprendrai pas de détailler ici l'emploi de notre temps pendant la traversée je n'en ai le temps, ni la volonté, de faire le journal de mon voyage, il suffit de dire qu'après quarante cinq jours bons ou mauvais notre bâtiment vint mouiller au Cap Français, à cette époque la plus belle et la plus riche ville des Antilles.Une discussion que j'avais eue à bord avec un nommé Coussin ingénieur se disant Grand Voyer à Saint-Domingue me força de descendre à terre un moment après le mouillage. J'avais alors 16 ans. Je n'avais jamais mis l'épée à la main, mon adversaire âgé de plus de 30 ans avait sur moi un immense avantage. Cette infériorité devait naturellement appeler sur moi tout l'intérêt, aussi lorsque j'arrivais à terre où déjà le bruit du combat s'était répandu je me trouvai entouré de plus de 200 jeunes gens de la ville qui m'accompagnaient au rendez-vous. Cette publicité à laquelle je ne m'attendais pas fit d'abord une forte impression sur moi, toutefois j'étais trop animé pour hésiter un instant je mis l'épée à la main et malgré tous les dangers de ma position et le sentiment de ma propre faiblesse, je me présentai [Page 18:] avec fermeté au-devant de mon adversaire. Les fers croisés l'affaire ne devait pas se prolonger, car, je ne savais ni attaquer, ni me défendre, l'épée de mon adversaire ne rencontrant aucune opposition le sang jaillit bientôt de ma chemise, aussitôt tous les témoins s'écrièrent que j'étais blessé et se jetèrent sur moi en me comblant d'éloges et de marques d'intérêt, ma rentrée en ville fut une véritable ovation, chacun cherchait à me soutenir, tandis que d'autres appelaient un chirurgien à mon secours. De tous ceux cependant qui étaient présents à cette scène j'étais peut-être le plus calme, car je ne me sentais pas gravement blessé et bientôt on reconnut que je ne m'étais pas trompé. Le premier appareil mis je pus sortir le soir me rendre au spectacle.Je restai environ huit jours au Cap et je me rendis ensuite au Port au Prince où je devais trouver mon père. A peine au mouillage un officier vint de la part de Mr. le Comte de Blanchelande alors gouverneur de l'île, ordonner au capitaine de se rendre avec tous ses passagers au gouvernement. Chacun se prépara donc à descendre à terre. Mon frère et moi nous primes nos uniformes et accompagnés des autres passagers nous primes seul le capitaine le chemin du gouvernement.Lorsque nous eûmes traversé la ville et la cour du palais du gouverneur nous nous trouvâmes au pied du grand escalier et comme j'étais en tête de la file avec mon frère je franchis les degrés et m'adressai à un chevalier de Saint Louis qui se tenait sur la terrasse et que je crus être le gouverneur. Je lui dis que d'après des ordres transmis par un de ses aides de camp les passagers du Domingue venaient lui rendre leurs devoirs. Je ne suis point le gouverneur me répondit-il mais voici le gouverneur dans le salon où il vous attend.Nous entrâmes alors en foule dans le salon où nous trouvâmes Monsieur de Blanchelande qui nous reçut avec bonté et demanda au capitaine la liste de ses passagers. Les noms furent appelés successivement et quand le gouverneur fut arrivé au notre il se tourna devers le chevalier de Saint Louis à qui j'avais parlé et lui dit comment Monsieur de Blanchelande n'avez vous pu reconnaitre vos enfans ? Cher Monsieur ajouta-t-il embrassez votre père.L'entrevue fut touchante, mon père nous fit mille caresses. Il nous fit part de la crainte de sa fortune de ses projets et des craintes sur le résultat des troubles qui à cette époque désolaient la France. Son dessein était de réaliser sa fortune et de se retirer au continent de l'Amérique où il voulait nous établir.Le soir même il nous conduisit à son habitation du quartier du Lamentin qui était l'une des plus belles de cette partie de la colonie et les premiers momens de notre séjour auprès de lui eurent mille charmes pour nous. – Toutefois ce tems de repos et de bonheur fut de peu de durée, une querelle, dans le principe fort légère vint mettre un terme à cette bonne harmonie et nous nous sommes obligés de quitter son habitation et de nous retirer au Port au Prince. Cette séparation eut du retentissement dans la colonie et beaucoup de gens qui connaissaient le caractère violent de mon père vinrent à nous, et comme nous ne pouvions revenir au Lamentin sans y donner lieu à un nouveau scandale on prit le parti de la négociation et il fut convenu que nous retournerions en France par le premier bâtiment de commerce en partance et que mon père pourvoirait à nos frais du passage et à notre entretien en France. Ceci bien arrêté nous nous embarquâmes sur un navire de Nantes et après une traversée bien longue [Page 22: ] et bien dangereuse nous arrivâmes à Nantes soixante six jours après notre départ du Port au Prince, le 25 avril 1791.Mes frères partirent pour leurs régimens mais, avant de rejoindre le mien, j'avais à m'assurer si ma présence n'y causerait pas quelque nouveau trouble. En effet les mauvaises dispositions des sous officiers n'avaient fait que s'accroitre et je ne fus pas à me repentir de ma prudence. Je pris le parti de venir en Normandie chez Monsieur de Bertingles ma tante ou ma mère se trouvait alors à y attendre le résultat des événemens qui se préparaient. En Juillet le Roi parti des Tuileries où il était prisonnier, avec toute sa famille et quelques jours après fut ramené à Paris. Cette catastrophe qui plongea la France dans le deuil, vint finir mes irresolutions, je quittai ma famille et le 8 septembre je partis pour Enconnay ville de la frontière de la Flandre autrichienne, dans l'intention de me rendre à Ath, ville désignée pour la réunion de tous les gentilshommes émigrés de France.Les premiers jours d'octobre Monsieur le Comte de la Châtre commandant tout le cantonnement m'ordonna de me rendre à Soignies et me fit incorporer provisoirement dans une compagnie composée de tous les officiers appartenant au régiment Royal des vaisseaux [Page 22sur feuillet volant, décrivant des événemens postérieurs] Mon séjour à Hambourg, le comte Bernhard ambassadeur, le 7 septembre 1798 départ de Hambourg, passage de l'Elbe, voyage dans le pays de Hanovre, arrivée à Leer, première ville hollandaise, mon passeport signé par l'ambassadeur, entrée en France, arrivée à Rouen, [… ] Marchand, je vais me réfugier dans la forêt de Léon au château de St Crespin chez Monsieur de [ Bertinay ?] visite domiciliaire, la gendarmerie cerne le château, conduite du maire et du commissaire de police de Lyon = mon sang-froid en cette circonstance me [ sauve? ], la gendarmerie se retire, résolution que je prends de quitter la Normandie, avec un passeport de complaisance. Arrivée à Saumur chez mon oncle le Ministre pour la succession de mon grand père, séjour à Saumur.. voyage à Poitiers.
Manuscrit manifestement autographe (comme le suggèrent corrections et ratures) constituant un témoignage d'une valeur historique exceptionnelle. Il s'agit des mémoires de jeunesse, inédits, attribuable à Léger François Trutié de Vaucresson (1774-1849) ; ces mémoires couvrent essentiellement la période 1788-1791 (de ses 14 à ses 17 ans) et offrent un récit de première main sur des événements majeurs de la Révolution française (l'assassinat de sont grand-oncle Foulon et Berthier de Sauvigny, les journées d'octobre 1789, la société insulaire à Saint-Domingue et le début de l'Émigration). Le grand-oncle de l'auteur, Joseph François Foulon de Doué (74 ans) et son gendre Louis Benigne François Berthier de Sauvigny (intendant de la généralité de Paris) furent parmi les toutes premières victimes de la violence populaire de la Révolution le 22 juillet 1789, accusés à tort d'avoir accaparé les grains pour affamer le peuple. L'auteur accuse à mots à peine couverts le Duc d'Orléans (Philippe Égalité) d'avoir téléguidé ces assassinats et ces menées. Réfugiée à Versailles, sa famille y est logé dans un appartement mis à sa disposition par Madame Élisabeth. Il assiste et relate le célèbre Banquet des Gardes du Corps du 1er octobre 1789 à l'Opéra royal de Versailles, où la famille royale fut acclamée, événement qui mit le feu aux poudres à Paris. Il part à Saint-Domingue, où son père gère ses possessions depuis plusieurs années. Le texte met en lumière la tension sociale et raciale (dont le refus des colons blancs de laisser siéger les propriétaires mulâtres ou d'accepter les mariages mixtes, tout cela à quelques mois de la grande insurrection des esclaves d'août 1791 et y rencontre le Comte de Blanchelande, Gouverneur général de Saint-Domingue, qui le présente à son propre père. Rentré en France l'année suivante, il rejoint l'armée des émigrés. Suivent quelques notes évoquant sa conduite sous le Directoire (à Hambourg en 1798, retour en France...). Dans ce récit captivant, Léger Trutié de Vaucresson porte son regard acéré sur ces événements de sa jeunesse, avec le recul de la maturité. Son ton se distingue par trois grands traits. Le manuscrit s'ouvre sur un ton d'une sincérité détachée : rédigés au soir de sa vie (« lorsqu'on n'a plus rien à attendre ou à espérer des hommes »), le texte est débarrassé de toute volonté de plaire ou de régler des comptes politiques. Cela n'empêche nullement un ton d'une lucidité sans concession : bien qu'issu de la haute aristocratie et habité par une dévotion monarchique poussée jusqu'à une « sorte de fanatisme », l'auteur ne cède pas au parti pris aveugle et pose un diagnostic clinique sur son propre camp : il dénonce un roi « faible et timide », dont la modération excessive a condamné ses plus fidèles serviteurs, pointe du doigt la désinvolture des jeunes officiers aristocrates (« auxiliaires inutiles ») et la rigidité du système social qui a légitimement exaspéré la troupe, sur Saint-Domingue, il expose crûment les tensions raciales et le mépris de caste subi par les familles de couleur, tout en révélant la gestion brutale et tyrannique de son propre père sur ses terres. Et souvent le ton se fait romanesque dans cet incroyable récit mené comme un roman d'apprentissage sur fond d'effondrement d'un monde. La nostalgie de l'enfance au château de Vaucresson cède brutalement le pas à la tragédie (les têtes de ses proches braquées sous les fenêtres de la demeure familiale au bout de piques), à l'héroïsme désabusé (lors de son duel d'honneur improvisé à 16 ans sur les quais du Cap-Français sous les yeux de 200 spectateurs !) et l'on passe rapidement de la théâtralité des retrouvailles paternelles au Port-au-Prince devant le gouverneur à la rupture familiale soudaine et au retour en France... Léger-François Trutié de Vaucresson fera carrière dans l'administration coloniale, il deviendra Commissaire-Ordonnateur de la Marine puis gouverneur par intérim de la Guadeloupe entre 1814 et 1815. Il semble avoir rédigé ces "Mémoires" dans ses vieux jours, mémoires qu'il interrompt soudainement à la fin de l'année 1791 ; Vaucresson rédige quelques notes évoquant l'année 1798 sur un dernier feuillet, et l'on regrette fort qu'il ne soit pas allé plus avant dans son travail. On sait que son père mourra cette même année en décembre 1791, assassiné à Port-aux-princes dans son habitation du Lamantin (on trouvera d'utiles informations dans le bel article consacré à la famille Trutié de Vaucresson par Bernadette et Philippe Rossignol paru dans GHCaraïbe, n° 238, Juillet-Août 2010)
Mitau, 25 avril 1808 in-4, [4] ff. n. ch., couverts d'une écriture fine et très lisible (environ 35/40 lignes par page), quelques ratures et biffures, en feuilles.
Malheureusement incomplet, ce mémoire d'émigration forme une réflexion des plus intéressantes sur les avantages et désavantages du séjour de Louis XVIII en Angleterre. Il fut rédigé juste après le calamiteux voyage qui conduisit le frère de Louis XVI de Mitau [Jelgava] à Gosfield Hall (septembre-octobre 1807).Le premier bifeuillet est complet, mais le second ne le continue pas : il manque au moins un feuillet entre les deux. De plus, un petit manque de papier en haut de la p. [5] prive le lecteur d'une phrase au moins p. [6].1. Premier bifeuillet. Pour le reste, le rédacteur, proche des Princes et apparemment demeuré dans le Palais de Mitau après le départ de Louis XVIII se montre au minimum sceptique sur le séjour anglais de ce dernier, d'autant que les conditions mises par le cabinet britannique s'étaient révélées drastiques : "Il se présente aujourd'hui une question de la plus haute importance : le Roi cherchera t-il à fixer sa résidence en Angleterre ? Il ne nous appartient pas de le décider ; mais jusqu'à ce que l'intention de Sa Majesté nous soit signifiée, il n'y a ni témérité ni présomption à se permettre d'en discuter les résultats. Nous ne raisonnerons que dans l'hyppothèse [sic] où le Roi pourroit se décider à rester en Angleterre, et d'abord nous demanderons ce que Sa Majesté peut espérer des Anglois, lorsque s'étant mis dans leur dépendance, elle ne pourra plus faire une démarche, ni entretenir aucune correspondance sans leur aveu et sans leur permission ? Est-on bien assuré des dispositions du gouvernement britannique en faveur de la famille des Bourbons ?" Tout le raisonnement respire une méfiance innée de l'Angleterre, traditionnelle en France, mais ravivée par le rôle réel ou supposé de la rivale dans les événements de la Révolution, depuis les émeutes de 1789 jusqu'à l'affaire de Quiberon. Le rédacteur incline manifestement en faveur de la Russie d'Alexandre Ier, même s'il faut se résigner à un séjour très à l'intérieur du pays, mais il estime que la Cour n'avait pas à quitter précipitamment Mitau.2. Second bifeuillet. Il concerne le même objet (le séjour de Louis XVIII en Angleterre), mais est formé apparemment d'une très longue citation d'un périodique politique anglais, bien informé et exposant la façon de voir des Britanniques sur cet événement, servant sans doute de pièce justificative à l'exposé précédent : "Nous croyons que le fait se réduit à ceci - il est certain que, malgré les paragraphes des journaux étrangers touchant l'intention de Louis XVIII de venir en Angleterre, notre gouvernement, loin d'avoir reçu aucun avis d'un pareil projet de la part de Sa Majesté Très Chrétienne, avoit toute raison de croire que les bruits répandus dans les papiers étrangers étoient entièrement dénués de fondement ; et ce n'a été que vers le milieu de la semaine dernière que l'on a reçu l'intimation de la résolution prise par cet illustre prince de venir dans ce pays ..." Le reste de l'article se montre plus que réticent à ce que l'Angleterre relève l'étendard des Bourbons et s'embarrasse de la personne du prétendant sur son sol, alors que, seule puissance encore en lutte contre Napoléon, elle a besoin de saisir toute ouverture ou perspective d'accomodement pour terminer le conflit. - - VENTE PAR CORRESPONDANCE UNIQUEMENT - LIEN DE PAIEMENT, NOUS CONSULTER.
Un carnet format in-12 relié demi-veau à petits coins rouge, avec petits onglets de vélin (porte plume) , étiquette du librairie Gardiner & Sons, n°20 Princes Street, Cavendish Sqe, 90 ff. (à 20 lignes par pages, tracées au crayon par l'auteur) dont 95 pp. mas (encre) avec 7 ff. découpés (dont 4 entre pp. 92 et 101), 4 ff blancs, 2 pp. ms. (encre), 9 ff. blanc (ou avec petit croquis - coupe d'un château), 14 ff. ms. (encre et crayon), 2 ff. blanc, 1 p. ms.
Extraordinaire manuscrit d'une jeune française anonyme, dame de compagnie de la Duchesse Charlotte Douglas-Hamilton et de sa fille aînée Lady Charlotte. Le récit est plein de vie et d'esprit et dresse un extraordinaire portrait de l'Angleterre de l'époque, et de certaines de ses figures célèbres (le duc Edward St Maur, et la duchesse de Somerset, Lord Robert Seymour, Lord Beckford, Sir Richard Hoare, etc..). The story is full of life and spirit and provides an extraordinary portrait of England at the time, and some of its famous figures (the Duke and Duchess of Somerset, Lord Robert Seymour, Lord Beckford, Sir Richard Hoare , etc. ..). Voici une longue série d'extraits du journal : "Je quitte Londre le 5 d'août 1822. Je pars ravie, enchantée d'aller visiter la plus belle province de l'Angleterre en voyageant de la manière la plus agréable. ... Il est 9 heures et demi nous montons dans une bonne berline attelée de 4 chevaux. Hyde Park et sa nouvelle statue (celle du Duc de Wellington)... Londres enfin et ses faubourgs disparaissent à notre vue. Nous allons comme le vent, et bientôt nous entrons dans ces campagnes si bien ornées qui environnent la capitale des 3 royaumes. L'intérieur de la voiture est très paisible. Le rhume de la Duchesse nous prive de son amabilité ordinaire. Lady Charlotte a pris l'habitude d'être grave en voiture, elle es sérieuse comme elle le sera pendant tout le voyage. Le Duc seul a la bonté de répondre à toutes mes questions ; c'est à sa douceur, à son esprit éclairé qui en atteignant les branches les plus élevées des hautes sciences, sait encore se plier au niveau des esprits les plus ordinaires, que je dois la connaissance de quelques détails sur ce pays bien digne d'être le rival de la France." "Notre 1er relais est à Brenfort sur la Tamise. Le roi George III avait choisi ce lieu pour sa résidence d'été. Il y a a fait bâtir un château gothique dont la singularité et le mauvais goût rappellent autant le pauvre royal esprit qui l'ordonne que la sottise de l'architecte qui put en donner le plan. Ce monument tombe déjà en ruine, car Georges IV, au lieu de continuer les folies de son père, en a créé de nouvelles dans le goût chinois" ... "La grande route de Bath présente un aspect bien différent. Elle traverse des landes immenses pendant plusieurs milles qui ne sont interrompues que par de jolies maisons de campagne dont les parcs ornés de la plus belle végétation contrastent d'une manière frappante avec l'aridité qui les entoure. Ainsi la terre pour être fertile ne demande que l'aide de l'homme opulent et celui-ci satisfait des landes où il peut chasser le renard et le lièvre oublie que des familles nombreuses pourraient trouver l'opulence dans le sacrifice d'un plaisir qui se changerait bientôt en une source de jouissances réelles" ... "L'anglais s'occupe du bonheur du monde entier, chez lui une grande partie de la nation vit d'aumône, et cette île renferme 22 millions d'arpents incultes !" ... "Nous atteignons le village de Belfont, si célèbre dans la gastronomie anglaise par l'auberge de Harvey, auteur immortel d'une sauce piquante à laquelle il a donné son nom, et qui est vraiment digne de l'éternité tant qu'il y aura des palais délicats. Cette auberge a encore acquis un autre genre de célébrité en logeant chaque nuit les fly-midnight. Le génie anglais (grâce à la bonne sauce du maître de cette maison, qui provoque le débit de ses vins de Portugal), reconnaît aux mouches de cette habitation un pouvoir surnaturel. Vers le soir elles prennent un corps humain avec ou sans une ame, je ne sais, monte dans une élégante voiture aérienne et parcourent ainsi tout le royaume. une chambre reste en permanence pour elle car les premiers rayons de l'aurore les rappellent ici, fussent-elles en Lancaster Shire. Cette chambre est remplie d'habits qui varient presque tous les jours. On n'y voit des pommades et des rubans, car remarquez que c'est un corps de demoiselles que ces mouches prennent, comme si elles pensaient que cette figure abrégeait un peu la métamorphose. Nous n'arrêtons point à cette auberge, nous avons déjeuné, la sauce est inutile, et les fly-midnight au milieu du jour n'y sont que des mouches ordinaires. Nous continuons notre route maintenant bordée de haies, qui ombrage d'un côté du chemin au moins un trottoir à s'il en est bien entretenu. Nous y rencontrons plusieurs de ces robustes galloises vêtues de jupons courts marchant à grands pas la tête couverte d'un petit bonnet noir sur lequel elles placent un immense panier de fraise ou de framboise qu'elle portent à la capitale.ces galloises quittent leur pays montagneux vers le mois d'avril ; viennent par bande se louer dans les jardins qui approvisionnent Londres ; elles y sont employées pour les travaux du jardinage, cueillent les fraises, et les apportent sur leur tête, quelquefois d'une très grande distance. Mais beaucoup plus fraîches que si elles avaient essuyé les cahots d'une charrette. à la fin d'août ces femmes satisfaites du petit produit de leur peine achètent quelques nouveaux vêtements et retourne chercher la neige de leurs montagnes. Rentrées dans leurs chaumières elles passent dans la plus grande oisiveté sept ou huit mois de l'année après la corvée qu'elles sont venues faire en Angleterre, dont le produit les a vêtues et qui a peut-être acheté aussi quelques provisions. Elles ne se créent plus d'autres besoins et laissent à leurs brebis et leurs pommes de terre le soin de les faire vivre jusqu'au printemps prochain. Ainsi milieu d'un des peuples les plus civilisées de l'Europe on peut retrouver l'état sauvage de nos premiers parents." ... "Nous arrivons à Stains. Sa jolie église bâtie en briques mais d'une forme très élégant est certainement un monument remarquable. ... Lord Glenberrie occupait une jolie maison à quelque distance de la route lorsqu'il remplissait la charge d'inspecteur des forêts du royaume. La troisième poste est à Bayshot. Le gouvernement a choisi ce lieu pour l'établissement d'une école militaire. On a créé au milieu des bruyères qui s'étendent à perte de vue pendant plusieurs milles, un assemblage de maisons bien bizarres il me semble, en les comparant leurs motifs même. ... La 4ème Poste est à Barfort Bridge. La nature devient plus gaie, elle est cultivée. Nous atteignons ainsi la cinquième poste à la petite ville de Basingstoke. La route continue entre deux haies dont la fraîche verdure et la belle végétation annonce la bonté du terrain. ... La duchesse est toujours souffrante, d'ailleurs cette route lui est si connue que si elle pouvait la faire en dormant ce ne serait que mieux. Je ne puis penser de même, tout ce que je vois et nouveau je jouis dans toute l'étendue de ce mot et le duc veut bien ne pas se lasser de toutes mes questions. La 6me Poste es à Overton, la campagne est charmante jusqu'à Whyte Church. ... c'est au milieu de cette belle campagne que nous apercevons l'habitation de Mylord Porstmouth. Ah ! le pauvre lord ! ... toutes voulaient lui plaire, et cependant il était fou !" [ et l'auteur de raconter les déboires du Lord et son mariage avec la fille de l'intendant... ] ... "7ème Poste à Andover. la vue qui se perd dans le plus riche des paysages rappelle à mon souvenir les plaines fertiles de Beaumont, Mafliers, Villiers-Adam." ... Bientôt les plaines incultes de Salisbury viennent remplacer un si beau coup d'oeil" ... Bientôt "les Stones Henge de leurs formes bizarres viennent frapper notre vue. .Leurs contours irréguliers, de couleur sombre placée dans un terrain nu est élevée, se dessinent de loin sur le vaste horizon. La route n'y passe point directement ; mais nous y faisons une petite excursion. Nous contemplons ce témoignage de la plus haute antiquité qui rappelle le sol breton. Sa forme ronde, ces pierres immenses disposées en portique, tout fait croire qu'il a servi de temple aux Druides. Mais comment ont été transportés ses énormes morceaux de granite ? Leur espèce n'est pas trouvée dans aucun des alentours, leur examen des faits trouvait semblable à la serpentine d'Anglesey." ... "Nous continuons notre route dans l'immense plaine de Salsbury, partout si inculte qu'elle se refuse aux soins du laboureur. Des troupeaux nombreux qui cherchent leur pâture, les bêlements des agneaux, les airs rustiques des pâtres animent seuls la nature. Sur un plateau plus élevé nous apercevons rien de beau qu'un seul que l'on dit être un camp des Danois. ... Le Duc y possède quelques terres. Nous nous nous arrêtons à l'auberge de Stratford qui fait partie de son domaine. Le rhume de la duchesse l'oblige à se coucher de bonheur ; Lady C. et moi dînons avec le duc et convenons de faire le lendemain à 7 heures du matin une promenade au bord du ruisseau que nous apercevons des fenêtres de notre auberge." [ Le lendemain :] "cependant 9:00 ont sonné ! Peut-être la duchesse nous attend ? Cette pensée me donne des ailes pour regagner le toit hospitalier mais vainement nous nous hâtons, la faute est commise ! La duchesse à déjeuné, les chevaux sont à la voiture, pour la première fois notre voyage est troublé de la peine que nous ressentons d'avoir manqué à notre devoir, et des petits reproches que nous adresse la duchesse. Nous déjeunons à la hâte et en silence montons en voiture. Les postillons en ordre d'aller à l'abbaye de Fonthill. [ Suit pendant 9 pages toute la description de Fonthill, oeuvre de Sir Beckford ; puis ils arrivent à Bradley ] "On me dit que nous sommes à Bradley. Nous entrons dans un antique manoir, tout y retrace certainement l'ancienneté de la noble famille ; mais rien ne s'offre à ma vue qui ne fasse sentir les améliorations que le tems amène. Il n'a passé ici qu'armé de sa faux. En voyant le Duc et la Duchesse parcourir ces appartements revêtus de boiseries délabrées, de tapisserie plus vieilles encore, meublée d'antiques fauteuils, je n'ai plus retrouvé le siècle où nous vivons. J'ai pensé faire une découverte dans la nuit du passé, et je m'attendais qu'un ancêtre du 16e siècle allait venir féliciter ses illustres descendants du souvenir qu'ils lui accordaient." ... " ... "Nous couchons à Bradley. Le 7 août à midi nous partons. Bientôt nous quittons les plaines arides du Wiltshire pour entrer dans le Comté de Somerset. Nous traversons la belle habitation de Sir Richard Hoare, voisin et ami de la Duchesse. Le maître est amateur de beaux arts, de longues galleries sont ornés de tableaux des différentes écoles, et la bibliothèque est d'une étendue et d'un choix remarquable. Tout atteste le goût du propriétaire"... "Sir Richard, bon vieillard de 72 ans, est sourd comme les personnages de la gallerie. La Duchesse peut seule lui parler en collant sa bouche près de son oreille". ... "La Poste se trouve à Wincanton, jolie petite ville bien connue par tous les prisonniers français." ... "Nous changeons de chevaux à Ilchester sur la rivière de Yeovill. C'est dans la prison bâtie sur ces bords que fut enfermé Mr. Hunt chef des radicaux. D'après l'expérience qu'il en a faite, on va réformer cette prison pour cause d'insalubrité. Ce sera une grande dépense qu'on aurait peut-être pu épargner, en ne cédant qu'en partie aux clameurs des partisans de Mr. Hunt. Nous allons à Ilminster, il est trop tard pour gagner Exeter. Nous couchons à Ilminster". ... "Le rhume de la Duchesse est mieux ; en traversant l'auberge, elle a aperçu un homme âgé, mal vêtu, portant un paquet sur ses épaules, suspendu au bout d'un gros bâton ; et les gens de l'Auberge l'appelaient Mylord. Ce mylord rustique piqua la curiosité de la Duchesse, elle interrogea les domestiques ; on lui dit que cet homme était Lord Robert Seymour, qu'il avait la coutume de loger dans cette maison, qu'il arrivait toujours dans la même simplicité d'équipage, commandait un assez bon souper, fesait allumer 10 ou 12 bougies dans sa chambre, ne souffrait point qu'un seul domestique lui rendit aucun soin, et partait d'ordinaire à 7 heurs du matin, sans parler à personne. Comme allié de la famille, la Duchesse voulut engager cet original à profiter du hazard qui les réunissait dans cette maison" ... "Le 8 août nous quittons Ilminster. Il pleut, les postillons après s'être laissé mouiller pendant plus d'une demi-heure pensent à mettre leurs manteaux. Je ne voudrais point juger le caractère anglais d'après ce trait. Cependant le Duc me dit : Voilà bien le caractère du peuple ; il ne prévoit rien, et ne pense même à quitter ou à changer un état quelconque quel que mauvais qu'il soit, qu'après en avoir été longtemps victime. Mais aussi cette impassibilité, cette lenteur à prendre une détermination nous met à l'abri des événemens qui ont bouleversé la France, et qui l'agitent encore." ... "Nous traversons la rivière de Yarle, qui sert de limite au comté de Somerset et nous sommes maintenant dans le Devonshire." ... "Nous changeons de chevaux à Honiton jolie petite ville. la conversation est soutenue par les connaissances du duc sur l'histoire de France. ... Nous traversons le village d'Heavitree qui présente le coup d'oeil le plus riant qu'on puisse imaginer. Les chaumières sont bâties en terre rouge, le jasmin, la clématite grimpent à toutes les murailles. Chaque paysan cultive devant sa porte les roses de Bengale, les myrthes, les lauriers, les roses trémières. Toute annonce le bonheur et l'aisance. Je voudrais qu'Heavy Tree fut le terme du voyage ; mais on me dit que chaque partie de ce beau comté offre les mêmes avantages." ... " La route continue dans ce nouvel éden jusqu'à Exeter. Cette ancienne et belle ville n’est pas la Capitale du comté de Devon. Elle forme à elle seule une province. ... La cathédrale bâtie dans le sixième siècle renferme des antiquités assez curieuses. La ville est bien bâtie, ces rues sont propres et larges, on n'y trouve de jolies allées bien planté. La rivière d’Ex porte les bateaux marchands jusque dans la ville, dans le commerce des biens considérables. Le château d'Ex était autrefois une place forte ; ses ruines maintenant sont environnées de remparts ombragés d'arbres antiques qui forment la promenade de la ville. J'aimerais à visiter les autres établissements mais la voiture est prête, il faut partir. En quittant Exeter nous montons une grande montagne à pied. La terre rouge est très fertile. On peut bâtir, en la mélangeant avec de la paille, des murailles très solide. Quelquefois les cabanes sont de couleur rose parce qu'on a mélangé cette terre avec du plâtre. Cette diversité de couleur ajoute encore à l'air de gaieté du paysage. Nous traversons le domaine de Lord Clifford. Cette antique demeure qu'aucune fureur révolutionnaire n'a jamais bouleversé présente un charme inexprimable par la hauteur et l'étendue de ses bois, ses vertes prairies que le printemps rajeunit sans doute mais auquel il ne peut ôter cet air d'antiquité, qu'a même un ruisseau, coulant paisiblement sur des pierres mousseuses à travers des buissons envahis par le lierre. Les touffes d'hortensias bleus sont épars dans les prairies. De gros moutons dont la laine est devenue rougeâtre comme la terre se reposent à l'ombre des grands arbres." ... "Nous traversons la petite rivière de Teign sur un pont qui a un quart de mille de longueur. La poste est à Newton Bushell petite ville. La route continue au milieu des terres coupées en petits morceaux par des haies. C'est le temps de la moisson. ... Notre vue est bornée dans le lointain par la plus haute colline du Devon appelée Hey Torr. ... Nous gagnons un petit village [manifestement il s'agit de Berry Pomeroy ] ... la voiture s'arrête près de l'église. Une modeste maison est auprès. Des pommiers ombragent le devant de la porte, des fenêtres à petits carreaux donnent l'apparence l'habitation d'un fermier ; nous y descendons cependant et cette humble demeure va loger un des premiers Ducs et Pairs d'Angleterre. Que de jouissance mee promet cette belle nature, cette simplicité de tels hôtes !" [Après 2 ff. blancs, elle reprend son récit : ] "Adieu champêtre Berry ! Les deux mois que j'ai passés dans son paisible séjour ont été des plus heureux de ma vie ! Dans ta douce tranquillité, libre d'inquiétude, j'ai joui avec délices des vraies beautés de la nature. Adieux beaux arbres, belle prairie ! Je vous quitte avec reconnaissance. Que de fois votre contemplation à combler ma jouissance ? Air pur et calme, doux murmure, cristal des ruisseaux ! Harmonie de la nature, adieu ! Demain nous partons pour la ville." ... "Le 28 octobre 1822 à 7 heures du matin nous quittons Berry. Quel différent aspect me présente la campagne ! En roulant dans notre chaise je regarde chaque bois chaque prairie je leur dis adieu comme à des amis dont la vie me présente un souvenir agréable. Nous sommes égayés par la rencontre d'un paysan monté sur un mauvais cheval, le chemin est étroit comme la plupart de ceux du Devonshire ; nous le faisons courir malgré lui pendant un quart de mille avant qu'il puisse trouver un refuge." ... "Mr Hunt sortira mercredi. Cette nouvelle paraît être répandue sur toutes les figures de la canaille des environs. Nulle part le bas peuple n'a l'air si insolent. Je regarde avec effroi pour ce beau pays le nouvel aspect que semble présenter cette race de radicaux." ... "le 29 octobre après le déjeuner nous prenons la route de Bradley." ... " Nous nous arrêtons 2 heures au château. Enfin la duchesse nous permet de partir avant elle. Nous voyons les bois qui dépendent de la terre. Par leur étendue, le mouvement du terrain, je commence à me réconcilier avec Bradley que je n'avais vu jusqu'ici que d'un côté peu favorable. Pendant le temps que nous étions à Bradley j'ai visité l'église du village qui renferme un assez beau monument en l'honneur d'un des ancêtres du noble duc le Sir Édouard Seymour [1603-1707]." "La route traverse un pays plat, mais bien cultivé jusqu'à Frome. Nous voyons la belle habitation de Lord Cork. ... La voiture de la duchesse nous y retrouve. [ Ils se rendent à Bath, abondamment décrit ] … "la salle de spectacle est jolie quoique petite. Nous y avons été voir Tom and Jerry or Life in London. Cette pièce est certainement prise dans la classe un peu trop basse de la société. Quelques scènes sont dégoûtantes. Au total cependant elle peint au naturel les moeurs purement anglaises. Les salles de bal et de concerts sont les plus belles que j'ai vues en Angleterre." ... "J'ai fait une jolie promenade à cheval avec la duchesse et Sir Alexander J. sur les hauteurs de Claverton Down." [ Suivent encore de nombreuses descriptions ] … "Le 24 novembre, j'allais à Clifton voir Miss Rice. Clifton n'est qu'un faubourg de Bristol très bien bâti et habité seulement par une classe aisée. ... Bristol était une des villes les plus commerçantes de l'Angleterre avant que Liverpool lui eut enlevé cet honneur". ... "J'ai fait connaissance à Bath de Mme St Clair femme charmante et de Miss Marie Jackson. Après un séjour d'un mois dans cette ville qui passe pour la plus belle d'Angleterre et même d'Europe, nous sommes partis pour Londres". "Le 27 novembre à 7 heures du matin nous quittons Bath. ... la poste est à Marlborough et l'auberge qu'on appelle Castle Inn était autrefois un château qui appartenait à la famille de Somerset. ... La route traverse la belle propriété de Lord Aylesbury, autrefois encore le domaine de la noble famille Somerset. ... Nous traversons la petite ville d'Hungerford, la route côtoie l'habitation de Lord Crevon." [ Ils passent par Newbury, Reading, Maiden Head ] "L'intérieur de notre chaise est devenu bien paisible. Lord Algernon dort. Lady Maria et Henrietta soupirent après leur dîner. Je fais de même et nous promettons de ne plus nous embarquer si imprudemment sans provision avec nous. On dirait que le mouvement de la voiture, l'air vif et pur que nous avons respiré toute la journée, que tout s'est joint enfin pour nous faire sentir qu'elle est toute l'importance d'un dîner. Nous changeons de chevaux à Brentford sur la Tamise" ... "Nous touchons aux barrières et le brouillard qui paraît en permanence sur cet immense cité nous enveloppe de toutes parts. Adieu air pur et serein, coups d'oeil enchanteurs ! Nous voilà bornés à l'horizon de notre chambre jusqu'au moment où nous quitterons cette ville ténébreuse pour Paris !" .... "Je passe l'hiver à Londres. Un des plus tristes de ma vie. Quel froid ! Quel brouillard ! Quelle monotonie dans le cours de chaque journée !" "Lady H. et M. sont malades, on conseille l'air de la campagne. Nous partons à Richmond [ Richmond Hill ] le 2 mars" ... "Nous dominons les bords de la Tamise ; nous ne sommes ni à la campagne à la ville" ... " 31 mars lundi de Pâques. Je quitte Richmond et reprend à Londres le cours ordinaire de notre vie. La duchesse a deux assemblées dans le commencement de mai. J'y vois la première noblesse de ce pays. Je vais à de petites soirées chez Mme Barnes. Voilà pendant trois mois mes seuls plaisirs. Lord Glenberry meurt à Bath de la jaunisse. Lady Jane s'échappe de la maison. Commencement d'un orage dont je n'ose prévoir la fin ! La fin est que la duchesse résout de séparer ses trois filles, les deux plus jeunes iront dans une école, Lady Jane restera à la maison. Pourtant la duchesse me témoigne un véritable intérêt ; ces dames partent à Tunbrige pour leur santé, je reste seule avec Lady Charlotte. Dans mes loisirs je mets en ordre la belle collection de gravures du duc, et bientôt le médecin ordonne l'air de la mer à Lady Charlotte. La duchesse ne pouvant quitter Londres résout de l'envoyé seul avec moi. Nous partons incognito. Le duc nous conduit jusqu'aux escaliers de la douane. Un petit canot nous conduit à bord du steam paquet [ steam packet] l'Albion et nous nous dirigeons vers Margate. ... Le Steam Paquet vole sur les eaux et grâce à sa rapidité aucun objet n'a le temps de nous paraître insipide. Pendant la navigation nous visitons l'intérieur de la machine ; nous sommes conduits par le maître même du Steam. Nous voyons l’énorme fournaise attisée sans cesse par deux hommes et qui met en ébullition la chaudière dont la vapeur fait tourner les deux roues qui font avancer notre vaisseau. Ce spectacle m'a paru aussi curieux qu'il était nouveau. 200 passagers étaient répandues sur le pont et dans les chambres qui sont très bien décoré ; les uns lisaient , d'autres jouaient aux dames, aux échecs, au trictrac et deux et trois ou quatre musiciens donnaient toutes les demi-heures une petite sérénade. Pendant 6 heures le temps se soutint assez beau mais nous avions passé la vue de Gravesend et nous admirions dans le lointain l'île de Chappey et l'embouchure de la Midway couverte de ces énormes vaisseaux qui se rend à Chatham lorsque tout à coup l'horizon s'obscurcit ; quelques gouttes de pluie firent rentrer avec un grand empressement tous les passagers dans les chambres" [Elles logent 3 semaines durant à Broadstairs, visitent Ramsgate, la duchesse les y rejoint puis les quittent "après un séjour d'un mois" ] "Nous nous établissons à Chatham Place, où nous passons deux mois très agréables. Nous ne voyons personne. Mais notre intérieur est bien mis." ... "Nous nous promenons tous les jours sur le port. C'est la promenade publique de la vie. Mais nous choisissons les moments où nous n'y rencontrons que des marins de différentes nations que des tempêtes ou le but de leur voyage rassemblent également dans le port.". "9 de décembre, nous faisons nos paquets et demain à 6 heures nous partons pour Londres. Lady Cha, Lady Jane, A. M. et moi remplissons l'intérieur d'une diligence qui partant de Ramsgate à 7:00 promet de nous faire voir le pont de Londres à 4 heures et demi et il y a 78 milles de distance" ... " Je suis la même route qu'à mon arrivée en Angleterre. Silencieuse dans la voiture, je compare ma position avec celle où je me trouvais il y a deux ans et demi, lorsque le je trouvais ce pays inconnu ; j'ai perdu l'appui qui m'y guidait, mais forte de ma conscience et du but qui m'anime, je remercie la Providence de l'amélioration que je trouve dans ma position ; remplie d'espérance je ne voyais pas d'abord toute l'étendue d'un revers ; mais je l'ai touché de près et un danger ainsi évité fait trouver le bonheur dans l'absence même d'un événement heureux" [ Suit, comme à l'habitude le récit du voyage ] "Bientôt nous atteignons Greenwich ; il est arrêté, le brouillard qui semble rester en permanence sur la grande cité nous annonce que nous touchons au but de notre voyage. Nous déballons de notre coche aérien et un Hackney Coach nous conduit à Park Lane. Il est 6 heures quand nous arrivons. La duchesse me donne une grande preuve d'amitié. Je lui en voue une éternelle reconnaissance. Bientôt nous reprenons le fil accoutumé de notre existence. Je commence l'année 1824. L'almanach seul m'indiquant le cours d'un tems que vois écouler sans peine puisqu'il m'avance à la mort !" ... "19 février : la duchesse a une grande soirée. J'y vois le fameux capitaine Harry. R. a beaucoup d'esprit, de connaissances. Je l'aimerais si je pouvais aimer..." [4 pages ont été découpées, le texte reprend p. 101 ] " Ces plaisirs ne sont pas ce que je demandais au sort ! Les grandeurs dont je vois si bien le revers me dégoûtent de plus en plus de leurs veines éclats. Nous quittons Paris le 17 mai 1824. ... Nous arrivons le 19 à Boulogne. j'y trouve ma malle et une lettre de E. Notre traversée se fait en 3 heures 30. Après le dîner nous visitons un escalier très curieux pratiqué dans les rochers, et des casernes qui peuvent contenir 20 000 hommes. Nous quittons Dover à 9 heures le 20 et sans même descendre une fois de la voiture nous arrivons à Londres vers 6 heures" ... " Le 23 de juin je vois un bouquet de roses pour la première fois de l'année ! Que leur vue me plaît ! Quels souvenirs elles me rappellent ! Oh ! Peut-on n'être pas heureux lorsqu'on jouit sans contrainte de ces dons de la nature ! [ Suivent 4 ff. blancs, puis :] "22 Décembre 1827, 3ème anniversaire de notre mariage ! Nous passons ce jour entre nous et nos enfants, et nous nous plaisons à récapituler le temps qui vient de s'écouler si rapidement. Combien nous devons remercier la providence ! Aucun malheur n'a troublé notre félicité. Ma fille a 25 mois, n'a jamais été malade. Son intelligence se développe aussi heureusement que son physique, elle nous donne des plus belles espérances. Son frère à 10 mois et jouit en proportion des mêmes avantages que sa soeur. Ma petite Caroline, mon Hippolyte vous faites et vous ferez toujours le bonheur de vos parents ! ... Notre paix intérieure n'a jamais été troublé que quelques instants, mais nous nous aimons trop l'un et l'autre pour ne pas revenir au bon accord, signe le plus parfait du véritable amour." [ Suivent plusieurs feuillets blancs, puis qq. pages de pensées diverses. On retrouve pp. 146 et suivantes quelques écrits plus anciens, rédigés au crayon : ] Je passe le jour de Noël 1823 tristement dans mon lit. Il faut bien peu de raisons pour s'affliger d'être malade ce jour-là plutôt qu'un autre ; cependant je ne puis m'empêcher d'envier ce que ce jour rassemblant famille au milieu de leurs amis." [suivent quelques feuillets rédigés à l'encre et plus souvent au crayon, plus ou moins lisibles ]
Illustrations de Henri Patez volume in-8 broché en parfait état, 225x170, dans son emboîtage d'origine. 144 pp non coupées. Exemplaire parfait état, numéroté 116 sur Lafuma. Edition Roissard, Grenoble, 1964, Cercle du Bibliophile.
Récit historique sur le passage de Jean-Jacques Rousseau à Grenoble en juillet et août 1768. Il voyageait sous le nom de Renou. Le récit est basé sur un manuscrit de Gaspard Bovier, dont la famille accueillit Jean-Jacques Rousseau lors de son passage à Grenoble. Ce manuscrit, qui contient le récit jour par jour du séjour de Rousseau, avait aussi pour objectif de répondre au portrait malveillant que celui-ci donne de Bovier dans la 7e promenade des Rêveries du promeneur solitaire. Il lui reproche d'abord de ne pas l'avoir quitté ni le jour, ni la nuit. Surtout, il raconte une anecdote malveillante où G. Bovier, par « humilité dauphinoise », n'avait pas osé l'arrêter alors qu'il mangeait des baies empoisonnées lors d'une excursion sur les bords du Drac. L'ouvrage est un récit circonstancié du séjour de Rousseau à Grenoble, depuis son arrivée en provenance de Lyon, son passage à la Grande-Chartreuse pour herboriser jusqu'à son arrivée à Grenoble le 12 juillet 1768. Le récit au jour le jour de ce mois grenoblois est aussi une tentative de réhabiliter l'honneur de la famille Bovier, en rappelant toute la bonne volonté qu'ils ont mis à accueillir Jean-Jacques Rousseau, malgré son caractère irritable et changeant. Le portrait de l'auteur donne du philosophe met bien en valeur sa misanthropie, ses craintes de persécution, son caractère suspicieux et susceptible. Au-delà, c'est aussi l'occasion de découvrir comment la bourgeoisie cultivée et libérale de la ville pouvait recevoir un philosophe qui était déjà extrêmement populaire. Le séjour se termine par une obscure affaire de tentative d'escroquerie de Jean-Jacques Rousseau par un certain Thévenin. Il fuit Grenoble en août, pour n'y revenir que quelques jours en septembre 1768 alors qu'il est à Bourgoin. L'auteur raconte que le départ précipité de Rousseau est la conséquence d'une maladresse du président du Parlement, Berulle, qui avoua avec franchise : "ce n'est pas que je connaisse vos ouvrages; je n'en ai jamais lu aucun". On voit d'ailleurs comment les différentes « autorités » de la ville cherchent à rencontrer un homme qui, par ailleurs, ne leur était pas spécialement favorable. Preuve de sa notoriété, mais aussi preuve d'un certain aveuglement sur la pensée de Rousseau et sur l'influence qu'elle aura sur les bouleversements à venir.