‎Geneviève d' Ans‎
‎Lui‎

‎de la Plume d'or 1954‎

Reference : 6962


‎Bon état Plaquette brochée, enrichi dun bel envoi autographe signé et daté. poésie xxe - largeur/hauteur : 14x19 cm - poids : 35 g - nombre de pages : 15 p. - langue : Français‎

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L'Avenir du Passé
M. Franck Morant
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‎[Paris, Versailles, Saumur, Saint-Domingue, Nantes, Ath, Hambourg] - ‎ ‎[ TRUTIE DE VAUCRESSON, Léger François ]‎

Reference : 71911

(1840)

‎[ Manuscrit autographe : ] Mémoires du Chevalier Léger Trutié de Vaucresson [Souvenirs autobiographiques autographes et inédits retraçant le destin du jeune Léger Trutié de Vaucresson, jeune noble de 15 ans pris dans la tourmente de la Révolution française. Avec un témoignage saisissant du traumatisme de l'été 1789, du massacre de ses proches, Foulon et Bertier de Sauvigny, des derniers jours de la cour de Versailles, une immersion rare dans la société coloniale de Saint-Domingue en 1790 avec ses tensions raciales et un duel à 16 ans, le retour en France en 1791 et les réseaux de l'émigration militaire ] Mémoires du Chevalier T. de Vaucresson. Chapitre 1. Trop avancé dans la vie pour que le présent ait quelque charme pour moi, j’ai besoin de jeter un regard en arrière & de chercher à revivre dans le passé. Je n’ai point la prétention d’occuper le public de moi car je n'aime point à me mettre en évidence. J'abandonne le plan à ceux qui ont l'opinion contraire et cherchent à faire de l'effet, [… ] bien commun dans le siècle où nous vivons. Il aurait peut-être mieux convenu à mon goût pour le repos de garder le silence et de mourir dans l'oubli, mais dans la longue carrière que j'ai parcourue et au milieu des orages qui se sont renouvelés si fréquemment pendant sa durée, j'ai dû naturellement voir beaucoup de choses & je suis entraîné à les raconter à mes enfants et à mes contemporains pour éclaircir certains faits dont j'ai été témoin et que l'esprit de parti qui corrompt tout a dénaturés. Je parlerai avec le langage de la vérité, si rare dans les convulsions qui nous agitent et des faits qui me sont personnels et de ceux qui se rattachent à la politique.Je ne cacherai rien, je ne déguiserai rien, car, je n’ai aucune raison pour altérer la vérité, et si quelques personnes pouvaient en être blessées, je déclare ici que je n'ai point la volonté de les atteindre et que bien ou mal, je passe condamnation sur tout ce qui a été fait [Page 2 :] même contre moi. Ce n'est point [ au ] déclin de la vie, lorsque l'on n'a plus rien à attendre ou à espérer des hommes que peut continuer de la haine pour eux.Naissance. Je suis né à Paris le 11 mars 1774 : mon père qui possédait une très brillante fortune avait commencé à servir dans les mousquetaires; depuis, lors de la dissolution des parlements à la fin du règne de Louis XV, pressé par le chancelier de Maupeou et par M. Bertier de Sauvigny premier président, il quitta le militaire pour accepter dans le nouveau parlement de Paris une charge de conseiller de grand'chambre, mais l'espèce de réprobation qui paraissait se manifester contre cette magistrature improvisée et les difficultés qu'il éprouva pour obtenir une charge de président à mortier qui lui avait été promise le dégoûtèrent de cette carrière. Iil rentra dans le militaire comme capitaine de cavalerie et acheta une charge de maréchal général des logis de la cavalerie qui devait le porter au grade de Mestre de camp. Quelques temps auparavant il avait épousé à Versailles Marie le Noir de Pasdeloup, d'une des plus anciennes familles nobles de l'Anjou, elle était nièce du Conseille Foulon conseiller d'état surintendant de la guerre et de la marine. De ce mariage il eut plusieurs enfants.Éducation. Dans la position de fortune où était mon père, rien ne fut épargné pour mon éducation [Page 3:] Toutefois à l'époque dont il s'agit, l’éducation n'était pas poussée à fond comme de nos jours, l'état militaire étant [ le seul recherché] par la noblesse, elle négligeait [la connaissance] des sciences exactes et celle du droit [qui demandaient] de longues études et qui ne lui auraient [ pas permis ] d'entreprendre, dès l'âge de 15 ans, la carrière qui lui semblait la seule honorable. [ … ] jusqu'en troisième, l'arithmétique, l'histoire, le dessin, la danse et l'escrime, composaient à peu près toute la science d'un gentilhomme. On pensait alors et peut-être avec raison que l’excès des études propres aux savants détruisaient ou énervaient les forces physiques des jeunes gens et qu'enfin pour remplir avec honneur la carrière militaire il fallait en première ligne s'attacher à développer les forces du corps et à graver dans le coeur de ceux qui s'y destinaient les beaux et nobles sentiments qui dans les siècles précédents ont imposés à la noblesse tant de sacrifices pour le service du Roi et la défense de la patrie.Révolution de 1789. J'atteignais à peine l'âge de 14 ans lorsque la révolution de 1789 vint bouleverser toutes les têtes et troubler le doux repos dont la France jouissait. On a déjà tant parlé à tort ou à raison des causes qui ont amené cette sanglante catastrophe qu'il deviendrait superflu d'y revenir. Chacun a apporté dans ces tristes discussions l'opinion qu'il s'était faite dans son propre intérêt et peut-être n'était-il jamais [Page 4 :] existé de contraintes plus vives de part et d'autre, sans cependant amener le triomphe de la vérité. Trop jeune à cette époque pour avoir pu juger sainement cette grande question, je dois me borner à rappeler ces moments dont chacun s'est plus ou moins ressenti.En 1782, mon père, qui possédait de grands biens à Saint-Domingue, avait été obligé pour rétablir l'ordre dans ses affaires, de se rendre dans cette colonie, où des gérants profitaient de son absence, mettant depuis la mort de mon grand-père tous ses biens au pillage (il était temps d’arrêter ces dilapidations). En quittant la France, il avait abandonné à ma mère qui agissant en cela avec prudence, avait établi dans ses dépenses plus d'ardeur et d'économie que par le passé. Nous habitions l'hiver à Paris et l'été la terre de Vaucresson entre Saint-Cloud et Versailles. Ce fut dans cette terre, qui dans le grand siècle faisait les délices du duc de Bauvilliers, que j'ai passé une partie des premières années de mon enfance. Temps heureux ! où l'avenir se déroulait plein de charmes à mes yeux, bonheur que je croyais sans fin, qui fut bientôt remplacé par de cruelles douleurs.Au mois de juin 1789, nous jouissions de cette douce paix qui n'était troublée que [Page 5: ] par les inquiétudes que font toujours naître les avant-coureurs d'une commotion politique, lorsqu'un courrier venant de Paris annonça à ma mère le massacre de monsieur Foulon et de monsieur Berthier. Les détails de cette circonstance nous affligèrent douloureusement. Non seulement le peuple en délire avait répandu le sang de ses victimes, mais il s'était livré à des excès tels, que les peuples les plus sauvages en auraient rougi de honte, après avoir assouvi leur rage sur ces infortunes, dont le seul crime était leur dévouement comme au roi, ces monstres leur coupèrent la tête, la placèrent au bout d'une pique et connaissant les liens de famille qui existaient entre nous et leurs victimes, ils vinrent présenter leurs têtes sanglantes aux croisées de l'hôtel que nous occupions à Paris. Ces détails étaient un avertissement pour nous de nous tenir sur nos gardes ; en conséquence ma mère quitta sur le champ le château de Vaucresson pour venir se réfugier à Versailles, mais déjà les affreuses nouvelles étaient partout répandues, et ce ne fut pas sans peine et sans être insulté par nos paysans que nous pûmes effectuer notre retraite. [Page 6: ] Ainsi le même jour et presque au même instant les deux chefs vénérés de ma famille nous furent enlevés, par un crime atroce que l'on ne peut avec raison toutefois attribuer entièrement à ceux qui l'ont commis, mais dont nous avons tous connu l'auteur qui, pour arriver au trône, voulait se débarrasser à tout prix des hommes de tête et de coeur qui entouraient le malheureux Louis XVI. Il fallait pour l'atteindre facilement le laisser sans défense.Stanislas … Foulon, baron de Doué, seigneur de Morangies, Soulangé et autres lieux, conseiller d'État, décoré de la croix de commandeur de Saint-Louis, à l'époque de sa mort avait environ 75 ans. Il était d'une famille respectable de Saumur en Anjou. Le marquis de Pasdeloup, mon grand-père maternel, avait épousé sa sœur; sa belle et noble figure, ses talents distingués et principalement la fermeté de son caractère le firent remarquer. Jeune encore, il était commissaire ordonnateur de la guerre et le maréchal duc de Richelieu qui l'aimait le fit nommer intendant de son armée. De retour de ses campagnes, il fut bien accueilli à la cour et sous le ministère de monsieur le duc de Choiseul, fut nommé par le roi surintendant de la guerre et de la marine. La chute du [Page 7:] Premier ministre entraina la sienne, mais le Roi ne pouvant consentir à se priver de ses talens le nomma conseiller d'Etat. Louis Seize qui connoissait sa bonne réputation et qui sentait le besoin de s'entourer d'hommes de tête, ayant en 1789 nommé premier ministre Mr le Maréchal duc de Broglie, Mr Foulon fut nommé ministre de la guerre, mais il connoissait le système de modération et de concession adopté par la cour. Les sourdes menées des révolutionnaires, la confiance d'un Roi faible et timide devait l'exposer personnellement aux plus grands malheurs, sans qu'il put en rien résulter d'avantageux pour son pays; il refusa de se charger d'un fardeau que les circonstances rendaient trop pesant. Sa détermination prise, il crut pouvoir revenir à Paris, mais il y fut insulté dans son hôtel et quelques jours après arrêté par les factieux et conduit à l'hôtel de ville où il fut impitoyablement massacré par une populace ivre de sang.Mr Foulon était malgré la fermeté de son caractère, d'une humeur douce et facile, très attaché à sa famille il avait fait élever ma mère auprès de lui et contribua à son mariage avec mon père. Son gendre Berthier fils de Mr Berthier de Sauvigny, premier président au parlement sous le Chancelier [Page 8:] Maupeou était d'une figure fort agréable et d'une petite taille. Il était doué d'une grande distinction de manières. Très jeune encore il fut nommé intendant de la généralité de Paris. Enfant gâté de la fortune mais d'un esprit aimable et conciliant il avait su se faire pardonner son élévation prématurée et avait peu d'ennemis. Toutefois son dévouement au Roi était connu, c'était assez pour le rendre suspect au duc d'Orléans qui ne laissa pas échapper l'occasion de se débarrasser d'un homme qu'il considérait comme un obstacle à ses projets ambitieux.Ma mère était trop sincèrement attachée à sa famille pour ne pas être profondément affligée de ces événements qui nous firent sur le champ quitter la campagne. Nous arrivâmes en fugitifs à Versailles sans y être attendus et sans savoir où nous irions loger, un de nos amis touché de notre situation nous offrit un asile chez lui et bientôt Madame Elisabeth ayant appris notre arrivée, daigna faire mettre à notre disposition un logement qui lui appartenait rue de Maurepas.J'avais à peine quatorze ans à cette époque, par principe et par devoir j'étais dévoué au Roi, ses malheurs n'avaient fait que développer ce sentiment et je puis affirmer qu'il était arrivé [Page 9: ] à un tel degré d'exaltation qu'il était une sorte de fanatisme. Quoique dans l'âge où l'on ne pouvait être admis à la cour, je ne manquai cependant aucune occasion de m'y présenter et les huissiers de la chambre étaient tellement dans l'usage de me voir que je pénétrais dans tous les appartements sans aucun obstacle. L'habitude de voir le Roi, la Reine et les princes, la fréquentation continuelle de tous les habitués de la galerie du château et de l'oeil de boeuf me donna bientôt le goût et les manières du grand monde & c’est sans contredit à ces premiers mois de mon entrée dans la vie que j’ai dû, depuis les succès que j'ai obtenus dans un monde inférieur.Quatre mois se passèrent ainsi et les événements suivaient leur triste cours. Quelques jours après le peuple de Paris, encouragé par la faiblesse du gouvernement, vint à Versailles pour forcer le Roi de venir s'établir à Paris avec sa famille. (Jusque là les régimens qui composaient la garnison de Versailles s’étaient maintenus dans un assez bon espoir mais pour fortifier encore leurs bonnes dispositions, les Gardes du Corps les invitèrent à dîner avec ma permission du Roi dans la salle de spectacle du château. J’assistais à cette fête où les plus nobles sentimens se manifestèrent. La Reine en digne fille de Marie-Thérèse prit Mr le Dauphin dans ses bras et le présenta aux troupes qui firent éclater leurs transports, mais cette démonstration n’eut aucun bon résulta). Ce fut le 5 octobre 1789 que cet événement s’effectua, une armée de bandits dirigée par les factieux vint assiéger la résidence Royale, les portes du château furent enfoncées, le peuple se précipita dans les appartements et la malheureuse Reine ne dut son salut [Page 10: ] qu'au dévouement d'un garde du corps qui en défendant l'entrée de sa chambre à coucher aux dépens de sa vie, donna le temps à la princesse de se sauver dans la chambre du roi. Cette nuit fut affreuse et j'en conserve encore le souvenir. Chaque instant était marqué par la détonation d'une arme à feu et dix-sept gardes du corps périrent victimes de leur attachement à leur maître.Le lendemain la cour quitta le château de Versailles et cette ville ne pouvant plus être un asile sûr pour nous nous partîmes pour Saumur où était mon grand-père.Saumur est une charmante petite ville sur les bords de la Loire, le marquis de Pasdeloup, père de ma mère y jouissait d'une haute considération, acquise par une conduite sans reproche et une naissance distinguée. Sa maison était ouverte à tout ce qu'il y avait d'honorable dans l'Anjou et à tous les officiers supérieurs de la garnison. C'est alors que sollicité par mes instances ma mère consentit à me faire entrer de suite au service j'avais quinze ans et demi, il était temps d'y penser, mais comme à cette époque ainsi que je l'ai déjà dit, la noblesse ne recherchait que le service militaire, il en résultait que toutes les issues dans les corps étaient [Page 11:] encombrées par une foule de jeunes gens dont le nombre excédait de beaucoup celui des places dont le gouvernement pouvait disposer, et qu'ainsi tout mouvement étant arrêté, il fallait attendre quelques fois des années pour arriver à son but et perdre un temps précieux. Le régiment de Royal Roussillon cavalerie (4ème de cuirassier) qui était alors en garnison à Saumur comptait dans ses rangs à cette époque 33 officiers à sa suite absents du corps. Mon impatience ne s'accommodant pas d'un tel état de choses ma mère écrivit en conséquence au marquis de Vignacourt qui était colonel du régiment et le 1er janvier 1790 je fus admis comme volontaire en attendant un brevet de sous-lieutenant.Le service militaire avait un grand attrait pour moi et je ne puis exprimer tout le bonheur que j'éprouvais en portant pour la première fois cet habit depuis longtemps objet de mes désirs. Je commençai donc à faire mon cours d'équitation et à monter mes gardes afin de me rendre digne du grade sur lequel je comptais. Ces occupations qui avaient pour moi un grand charme durèrent toute l'année mais, l'horizon politique se couvrait [Page 12:] de nuages, tout s'écroulait sous nos pieds, la discipline des meilleurs régiments commençait à se relâcher, les bas officiers se plaignaient de ne pas participer aux avancements et d'être commandés par des jeunes gens inexpérimentés dont le seul mérite selon eux était leur titre de noblesse. Toutes ces clameurs suggérées par les nouvelles idées révolutionnaires, étaient en partie fondées par la négligence avec laquelle beaucoup de jeunes officiers faisaient leur service, la plupart suivaient leur carrière à défaut d'autres que les préjugés du temps leur interdisaient et dans le seul but de se faire un état et d'ajouter à leur considération. L'armée était encombrée de ces auxiliaires inutiles et les officiers supérieurs des corps n'avaient pas toujours assez de caractère ou d'indépendance pour les contenir et les diriger, les plaintes des inférieurs pouvaient donc se justifier jusqu'à un certain point et naturellement elles devaient finir par ébranler la discipline et diviser les corps qui à l'époque dont il s'agit avaient plus que jamais besoin d'union. Comme tous les autres devenus la victime de ces fâcheuses dispositions et pour éviter le prétexte d'un mouvement insurrectionnel dans mon régiment je fus obligé de [Page 13: ] m'éloigner et de demander un congé qui me fut accordé sur le champ. Je revins donc chez mon grand-père espérant que mon absence ne serait que momentanée et que les événements me permettraient de reprendre mon service. Cette espérance fut vaine il était dans ma destinée de ne jamais revoir les étendards du régiment de Royal Roussillon et la tourmente révolutionnaire me réservait un autre destin.Pendant le cours de ces tristes événements les colonies n'avaient pas été préservées. Elles étaient alors trop riches et trop florissantes pour ne pas exciter l'envie des révolutionnaires toutefois leur influence n'avait pas encore fait un grand progrès et elles avaient à lutter avec l'intérêt personnel des propriétaires et des habitans et le tems de leur triomphe n'était pas encore venu. J'ai déjà dit que mon père était reparti pour St Domingue en 1782 dans le but d'établir l'ordre dans ses habitations. En 1790, époque dont nous parlons, il était parvenu après huit ans de travail et de peines à remettre ses biens dans l'état le plus florissant mais ce changement n'était d'aucun [Page 14:] avantage pour nous en France; car mon père avait pris depuis le commencement de la révolution une telle aversion pour la France, telle qu'on cherchait à la faire qu'il y avait renoncé pour toujours et qu'il ne voulait faire à ma mère aucun envoye de fonds pour soutenir sa famille. Cet état de choses rendait notre position très fâcheuse en France et il devenait indispensable de la faire cesser. Mon père vint à notre aide en écrivant à ma mère de lui envoyer au plutôt ses trois fils, cet ordre était accompagné de recommandations très detaillées sur les précautions à prendre pour effectuer ce grand voyage qui devait effrayer naturellement beaucoup ma mère.Lorsque l'ordre de mon père arriva je venais de recevoir mon congé, j'étais encore à Saumur. Je n'hésitai pas à me mettre en route et j'arrivai à Nantes en octobre 1790 pour m'embarquer sur le navire le [ Zwininger ? ], Cap. Tarbois en chargement pour St Domingue.A cette époque l'état de la France devenant de plus en plus inquiétant pour le repos des honnêtes gens, chaque personne un peu marquante cherchait à s'éloigner du foyer révolutionnaire et ceux que l'idée d'un voyage long et hasardeux avait effrayés dans un tems [Page 15: ] de calme et de repos n'éprouvaient aucune répugnance à se risquer aux plus grandes entreprises pour fuir des dangers qui leur paraissaient bien plus redoutables. Cette disposition des esprits me fut favorable en ce que je trouvai parmi les nombreux passagers embarqués sur le Zwininger plusieurs personnes respectables dont la société devait naturellement adoucir les ennuis d'un long voyage et les regrets que je devais éprouver en quittant pour la première fois ma mère et le sol de la patrie.Notre bâtiment l'un des plus beaux du commerce de Nantes était depuis quelques jours descendu au mouillage devant St Nazaire petit bourg au-dessous de Paimboeuf à l'entrée de la Loire. Tout étant près pour le départ et le vent étant favorable nous appareillâmes le 24 février 1790. Sous voile nous nous trouvâmes 52 passagers dont 17 à la table du capitaine, parmi ces derniers on remarquait le Comte et la Comtesse Auguste de la Tourette avec Mr. et Mde de Pimelle qui allaient chercher à St Domingue des habitations dont les revenus ne leur parvenaient jamais, Pauvre famille qui était destinée à trouver la mort au lieu de ces grands biens objet de leur espérance. [Page 16:] Monsieur de La Tourette était d'une famille noble très connue en Vivarais et assez mal famée dans son état bien près de la misère tous les moyens leur semblaient bons pour arriver à la fortune. Celui dont il est icy question, comme ses frères, était officier des gardes du corps du Roi, pour se soutenir dans cette position l'argent lui manquait il épousa Mlle de Pimelle fille d'un gentilhomme Bourguignon d'assez bonne race, qui s'était allié à une mulâtresse propriétaire à Saint-Domingue. Mde Auguste de La Tourette était donc femme de couleur ce qui affectait peu la délicatesse de son mari, mais cette origine lui attira à Saint-Domingue de grandes humiliations. Quelques temps après l'arrivée de la famille dans la colonie Messieurs de La Tourette et de Pimelle s'étant présentés dans une assemblée de propriétaires en furent chassés ignominieusement et la douleur qu'ils en ressentirent les conduisit bientôt au tombeau. Mme de La Tourette restée veuve usa fort légèrement de sa liberté et vint au Port au Prince où elle mourut de chagrin en laissant un fils, mort quelques années après. Cette jeune femme n’était pas la seule qui fut nous promettre quelques compensations aux peines du voyage, mais était celle qui méritait le plus vif intérêt. [Page 17:] Je n'entreprendrai pas de détailler ici l'emploi de notre temps pendant la traversée je n'en ai le temps, ni la volonté, de faire le journal de mon voyage, il suffit de dire qu'après quarante cinq jours bons ou mauvais notre bâtiment vint mouiller au Cap Français, à cette époque la plus belle et la plus riche ville des Antilles.Une discussion que j'avais eue à bord avec un nommé Coussin ingénieur se disant Grand Voyer à Saint-Domingue me força de descendre à terre un moment après le mouillage. J'avais alors 16 ans. Je n'avais jamais mis l'épée à la main, mon adversaire âgé de plus de 30 ans avait sur moi un immense avantage. Cette infériorité devait naturellement appeler sur moi tout l'intérêt, aussi lorsque j'arrivais à terre où déjà le bruit du combat s'était répandu je me trouvai entouré de plus de 200 jeunes gens de la ville qui m'accompagnaient au rendez-vous. Cette publicité à laquelle je ne m'attendais pas fit d'abord une forte impression sur moi, toutefois j'étais trop animé pour hésiter un instant je mis l'épée à la main et malgré tous les dangers de ma position et le sentiment de ma propre faiblesse, je me présentai [Page 18:] avec fermeté au-devant de mon adversaire. Les fers croisés l'affaire ne devait pas se prolonger, car, je ne savais ni attaquer, ni me défendre, l'épée de mon adversaire ne rencontrant aucune opposition le sang jaillit bientôt de ma chemise, aussitôt tous les témoins s'écrièrent que j'étais blessé et se jetèrent sur moi en me comblant d'éloges et de marques d'intérêt, ma rentrée en ville fut une véritable ovation, chacun cherchait à me soutenir, tandis que d'autres appelaient un chirurgien à mon secours. De tous ceux cependant qui étaient présents à cette scène j'étais peut-être le plus calme, car je ne me sentais pas gravement blessé et bientôt on reconnut que je ne m'étais pas trompé. Le premier appareil mis je pus sortir le soir me rendre au spectacle.Je restai environ huit jours au Cap et je me rendis ensuite au Port au Prince où je devais trouver mon père. A peine au mouillage un officier vint de la part de Mr. le Comte de Blanchelande alors gouverneur de l'île, ordonner au capitaine de se rendre avec tous ses passagers au gouvernement. Chacun se prépara donc à descendre à terre. Mon frère et moi nous primes nos uniformes et accompagnés des autres passagers nous primes seul le capitaine le chemin du gouvernement.Lorsque nous eûmes traversé la ville et la cour du palais du gouverneur nous nous trouvâmes au pied du grand escalier et comme j'étais en tête de la file avec mon frère je franchis les degrés et m'adressai à un chevalier de Saint Louis qui se tenait sur la terrasse et que je crus être le gouverneur. Je lui dis que d'après des ordres transmis par un de ses aides de camp les passagers du Domingue venaient lui rendre leurs devoirs. Je ne suis point le gouverneur me répondit-il mais voici le gouverneur dans le salon où il vous attend.Nous entrâmes alors en foule dans le salon où nous trouvâmes Monsieur de Blanchelande qui nous reçut avec bonté et demanda au capitaine la liste de ses passagers. Les noms furent appelés successivement et quand le gouverneur fut arrivé au notre il se tourna devers le chevalier de Saint Louis à qui j'avais parlé et lui dit comment Monsieur de Blanchelande n'avez vous pu reconnaitre vos enfans ? Cher Monsieur ajouta-t-il embrassez votre père.L'entrevue fut touchante, mon père nous fit mille caresses. Il nous fit part de la crainte de sa fortune de ses projets et des craintes sur le résultat des troubles qui à cette époque désolaient la France. Son dessein était de réaliser sa fortune et de se retirer au continent de l'Amérique où il voulait nous établir.Le soir même il nous conduisit à son habitation du quartier du Lamentin qui était l'une des plus belles de cette partie de la colonie et les premiers momens de notre séjour auprès de lui eurent mille charmes pour nous. – Toutefois ce tems de repos et de bonheur fut de peu de durée, une querelle, dans le principe fort légère vint mettre un terme à cette bonne harmonie et nous nous sommes obligés de quitter son habitation et de nous retirer au Port au Prince. Cette séparation eut du retentissement dans la colonie et beaucoup de gens qui connaissaient le caractère violent de mon père vinrent à nous, et comme nous ne pouvions revenir au Lamentin sans y donner lieu à un nouveau scandale on prit le parti de la négociation et il fut convenu que nous retournerions en France par le premier bâtiment de commerce en partance et que mon père pourvoirait à nos frais du passage et à notre entretien en France. Ceci bien arrêté nous nous embarquâmes sur un navire de Nantes et après une traversée bien longue [Page 22: ] et bien dangereuse nous arrivâmes à Nantes soixante six jours après notre départ du Port au Prince, le 25 avril 1791.Mes frères partirent pour leurs régimens mais, avant de rejoindre le mien, j'avais à m'assurer si ma présence n'y causerait pas quelque nouveau trouble. En effet les mauvaises dispositions des sous officiers n'avaient fait que s'accroitre et je ne fus pas à me repentir de ma prudence. Je pris le parti de venir en Normandie chez Monsieur de Bertingles ma tante ou ma mère se trouvait alors à y attendre le résultat des événemens qui se préparaient. En Juillet le Roi parti des Tuileries où il était prisonnier, avec toute sa famille et quelques jours après fut ramené à Paris. Cette catastrophe qui plongea la France dans le deuil, vint finir mes irresolutions, je quittai ma famille et le 8 septembre je partis pour Enconnay ville de la frontière de la Flandre autrichienne, dans l'intention de me rendre à Ath, ville désignée pour la réunion de tous les gentilshommes émigrés de France.Les premiers jours d'octobre Monsieur le Comte de la Châtre commandant tout le cantonnement m'ordonna de me rendre à Soignies et me fit incorporer provisoirement dans une compagnie composée de tous les officiers appartenant au régiment Royal des vaisseaux [Page 22sur feuillet volant, décrivant des événemens postérieurs] Mon séjour à Hambourg, le comte Bernhard ambassadeur, le 7 septembre 1798 départ de Hambourg, passage de l'Elbe, voyage dans le pays de Hanovre, arrivée à Leer, première ville hollandaise, mon passeport signé par l'ambassadeur, entrée en France, arrivée à Rouen, [… ] Marchand, je vais me réfugier dans la forêt de Léon au château de St Crespin chez Monsieur de [ Bertinay ?] visite domiciliaire, la gendarmerie cerne le château, conduite du maire et du commissaire de police de Lyon = mon sang-froid en cette circonstance me [ sauve? ], la gendarmerie se retire, résolution que je prends de quitter la Normandie, avec un passeport de complaisance. Arrivée à Saumur chez mon oncle le Ministre pour la succession de mon grand père, séjour à Saumur.. voyage à Poitiers. ‎

‎1 cahier format 31 x 20 cm, 44 ff. , 2 ff. débrochés (le premier a été manifestement détaché suite à une erreur du rédacteur qui a inversé recto et verso), dont 12 ff. rédigés à l'encre brune, souvent en recto verso, d'une écriture cursive régulière, s.d. [ circa 1830-1849 ] Etat satisfaisant : une forte salissure en angle supérieur droit, 2 feuillets débrochés, qq. accrocs, mais le manuscrit reste bien lisible. Voici la transcription complète : [ Manuscrit autographe : ] Mémoires du Chevalier Léger Trutié de Vaucresson [Souvenirs autobiographiques autographes et inédits retraçant le destin du jeune Léger Trutié de Vaucresson, jeune noble de 15 ans pris dans la tourmente de la Révolution française. Avec un témoignage saisissant du traumatisme de l'été 1789, du massacre de ses proches, Foulon et Bertier de Sauvigny, des derniers jours de la cour de Versailles, une immersion rare dans la société coloniale de Saint-Domingue en 1790 avec ses tensions raciales et un duel à 16 ans, le retour en France en 1791 et les réseaux de l'émigration militaire ] Mémoires du Chevalier T. de Vaucresson. Chapitre 1. Trop avancé dans la vie pour que le présent ait quelque charme pour moi, j’ai besoin de jeter un regard en arrière & e chercher à revivre dans le passé. Je n’ai point la prétention d’occuper le public de moi car je n'aime point à me mettre en évidence. J'abandonne le plan à ceux qui ont l'opinion contraire et cherchent à faire de l'effet, [… ] bien commun dans le siècle où nous vivons. Il auraitt peut-être mieux convenu à mon goût pour le repos de garder le silence et de mourir dans l'oubli, mais dans la longue carrière que j'ai parcourue et au milieu des orages qui se sont renouvelés si fréquemment pendant sa durée, j'ai dû naturellement voir beaucoup de choses & je suis entraîné à les raconter à mes enfants et à mes contemporains pour éclaircir certains faits dont j'ai été témoin et que l'esprit de parti qui corrompt tout a dénaturés. Je parlerai avec le langage de la vérité, si rare dans les convulsions qui nous agitent et des faits qui me sont personnels et de ceux qui se rattachent à la politique.Je ne cacherai rien, je ne déguiserai rien, car, je n’ai aucune raison pour altérer la vérité, et si quelques personnes pouvaient en être blessées, je déclare ici que je n'ai point la volonté de les atteindre et que bien ou mal, je passe condamnation sur tout ce qui a été fait [Page 2 :] même contre moi. Ce n'est point [ au ] déclin de la vie, lorsque l'on n'a plus rien à attendre ou à espérer des hommes que peut continuer de la haine pour eux.Naissance. Je suis né à Paris le 11 mars 1774 : mon père qui possédait une très brillante fortune avait commencé à servir dans les mousquetaires; depuis, lors de la dissolution des parlements à la fin du règne de Louis XV, pressé par le chancelier de Maupeou et par M. Bertier de Sauvigny premier président, il quitta le militaire pour accepter dans le nouveau parlement de Paris une charge de conseiller de grand'chambre, mais l'espèce de réprobation qui paraissait se manifester contre cette magistrature improvisée et les difficultés qu'il éprouva pour obtenir une charge de président à mortier qui lui avait été promise le dégoûtèrent de cette carrière. Iil rentra dans le militaire comme capitaine de cavalerie et acheta une charge de maréchal général des logis de la cavalerie qui devait le porter au grade de Mestre de camp. Quelques temps auparavant il avait épousé à Versailles Marie le Noir de Pasdeloup, d'une des plus anciennes familles nobles de l'Anjou, elle était nièce du Conseille Foulon conseiller d'état surintendant de la guerre et de la marine. De ce mariage il eut plusieurs enfants.Éducation. Dans la position de fortune où était mon père, rien ne fut épargné pour mon éducation [Page 3:] Toutefois à l'époque dont il s'agit, l’éducation n'était pas poussée à fond comme de nos jours, l'état militaire étant [ le seul recherché] par la noblesse, elle négligeait [la connaissance] des sciences exactes et celle du droit [qui demandaient] de longues études et qui ne lui auraient [ pas permis ] d'entreprendre, dès l'âge de 15 ans, la carrière qui lui semblait la seule honorable. [ … ] jusqu'en troisième, l'arithmétique, l'histoire, le dessin, la danse et l'escrime, composaient à peu près toute la science d'un gentilhomme. On pensait alors et peut-être avec raison que l’excès des études propres aux savants détruisaient ou énervaient les forces physiques des jeunes gens et qu'enfin pour remplir avec honneur la carrière militaire il fallait en première ligne s'attacher à développer les forces du corps et à graver dans le coeur de ceux qui s'y destinaient les beaux et nobles sentiments qui dans les siècles précédents ont imposés à la noblesse tant de sacrifices pour le service du Roi et la défense de la patrie.Révolution de 1789. J'atteignais à peine l'âge de 14 ans lorsque la révolution de 1789 vint bouleverser toutes les têtes et troubler le doux repos dont la France jouissait. On a déjà tant parlé à tort ou à raison des causes qui ont amené cette sanglante catastrophe qu'il deviendrait superflu d'y revenir. Chacun a apporté dans ces tristes discussions l'opinion qu'il s'était faite dans son propre intérêt et peut-être n'était-il jamais [Page 4 :] existé de contraintes plus vives de part et d'autre, sans cependant amener le triomphe de la vérité. Trop jeune à cette époque pour avoir pu juger sainement cette grande question, je dois me borner à rappeler ces moments dont chacun s'est plus ou moins ressenti.En 1782, mon père, qui possédait de grands biens à Saint-Domingue, avait été obligé pour rétablir l'ordre dans ses affaires, de se rendre dans cette colonie, où des gérants profitaient de son absence, mettant depuis la mort de mon grand-père tous ses biens au pillage (il était temps d’arrêter ces dilapidations). En quittant la France, il avait abandonné à ma mère qui agissant en cela avec prudence, avait établi dans ses dépenses plus d'ardeur et d'économie que par le passé. Nous habitions l'hiver à Paris et l'été la terre de Vaucresson entre Saint-Cloud et Versailles. Ce fut dans cette terre, qui dans le grand siècle faisait les délices du duc de Bauvilliers, que j'ai passé une partie des premières années de mon enfance. Temps heureux ! où l'avenir se déroulait plein de charmes à mes yeux, bonheur que je croyais sans fin, qui fut bientôt remplacé par de cruelles douleurs.Au mois de juin 1789, nous jouissions de cette douce paix qui n'était troublée que [Page 5: ] par les inquiétudes que font toujours naître les avant-coureurs d'une commotion politique, lorsqu'un courrier venant de Paris annonça à ma mère le massacre de monsieur Foulon et de monsieur Berthier. Les détails de cette circonstance nous affligèrent douloureusement. Non seulement le peuple en délire avait répandu le sang de ses victimes, mais il s'était livré à des excès tels, que les peuples les plus sauvages en auraient rougi de honte, après avoir assouvi leur rage sur ces infortunes, dont le seul crime était leur dévouement comme au roi, ces monstres leur coupèrent la tête, la placèrent au bout d'une pique et connaissant les liens de famille qui existaient entre nous et leurs victimes, ils vinrent présenter leurs têtes sanglantes aux croisées de l'hôtel que nous occupions à Paris. Ces détails étaient un avertissement pour nous de nous tenir sur nos gardes ; en conséquence ma mère quitta sur le champ le château de Vaucresson pour venir se réfugier à Versailles, mais déjà les affreuses nouvelles étaient partout répandues, et ce ne fut pas sans peine et sans être insulté par nos paysans que nous pûmes effectuer notre retraite. [Page 6: ] Ainsi le même jour et presque au même instant les deux chefs vénérés de ma famille nous furent enlevés, par un crime atroce que l'on ne peut avec raison toutefois attribuer entièrement à ceux qui l'ont commis, mais dont nous avons tous connu l'auteur qui, pour arriver au trône, voulait se débarrasser à tout prix des hommes de tête et de coeur qui entouraient le malheureux Louis XVI. Il fallait pour l'atteindre facilement le laisser sans défense.Stanislas … Foulon, baron de Doué, seigneur de Morangies, Soulangé et autres lieux, conseiller d'État, décoré de la croix de commandeur de Saint-Louis, à l'époque de sa mort avait environ 75 ans. Il était d'une famille respectable de Saumur en Anjou. Le marquis de Pasdeloup, mon grand-père maternel, avait épousé sa sœur; sa belle et noble figure, ses talents distingués et principalement la fermeté de son caractère le firent remarquer. Jeune encore, il était commissaire ordonnateur de la guerre et le maréchal duc de Richelieu qui l'aimait le fit nommer intendant de son armée. De retour de ses campagnes, il fut bien accueilli à la cour et sous le ministère de monsieur le duc de Choiseul, fut nommé par le roi surintendant de la guerre et de la marine. La chute du [Page 7:] Premier ministre entraina la sienne, mais le Roi ne pouvant consentir à se priver de ses talens le nomma conseiller d'Etat. Louis Seize qui connoissait sa bonne réputation et qui sentait le besoin de s'entourer d'hommes de tête, ayant en 1789 nommé premier ministre Mr le Maréchal duc de Broglie, Mr Foulon fut nommé ministre de la guerre, mais il connoissait le système de modération et de concession adopté par la cour. Les sourdes menées des révolutionnaires, la confiance d'un Roi faible et timide devait l'exposer personnellement aux plus grands malheurs, sans qu'il put en rien résulter d'avantageux pour son pays; il refusa de se charger d'un fardeau que les circonstances rendaient trop pesant. Sa détermination prise, il crut pouvoir revenir à Paris, mais il y fut insulté dans son hôtel et quelques jours après arrêté par les factieux et conduit à l'hôtel de ville où il fut impitoyablement massacré par une populace ivre de sang.Mr Foulon était malgré la fermeté de son caractère, d'une humeur douce et facile, très attaché à sa famille il avait fait élever ma mère auprès de lui et contribua à son mariage avec mon père. Son gendre Berthier fils de Mr Berthier de Sauvigny, premier président au parlement sous le Chancelier [Page 8:] Maupeou était d'une figure fort agréable et d'une petite taille. Il était doué d'une grande distinction de manières. Très jeune encore il fut nommé intendant de la généralité de Paris. Enfant gâté de la fortune mais d'un esprit aimable et conciliant il avait su se faire pardonner son élévation prématurée et avait peu d'ennemis. Toutefois son dévouement au Roi était connu, c'était assez pour le rendre suspect au duc d'Orléans qui ne laissa pas échapper l'occasion de se débarrasser d'un homme qu'il considérait comme un obstacle à ses projets ambitieux.Ma mère était trop sincèrement attachée à sa famille pour ne pas être profondément affligée de ces événements qui nous firent sur le champ quitter la campagne. Nous arrivâmes en fugitifs à Versailles sans y être attendus et sans savoir où nous irions loger, un de nos amis touché de notre situation nous offrit un asile chez lui et bientôt Madame Elisabeth ayant appris notre arrivée, daigna faire mettre à notre disposition un logement qui lui appartenait rue de Maurepas.J'avais à peine quatorze ans à cette époque, par principe et par devoir j'étais dévoué au Roi, ses malheurs n'avaient fait que développer ce sentiment et je puis affirmer qu'il était arrivé [Page 9: ] à un tel degré d'exaltation qu'il était une sorte de fanatisme. Quoique dans l'âge où l'on ne pouvait être admis à la cour, je ne manquai cependant aucune occasion de m'y présenter et les huissiers de la chambre étaient tellement dans l'usage de me voir que je pénétrais dans tous les appartements sans aucun obstacle. L'habitude de voir le Roi, la Reine et les princes, la fréquentation continuelle de tous les habitués de la galerie du château et de l'oeil de boeuf me donna bientôt le goût et les manières du grand monde & c’est sans contredit à ces premiers mois de mon entrée dans la vie que j’ai dû, depuis les succès que j'ai obtenus dans un monde inférieur.Quatre mois se passèrent ainsi et les événements suivaient leur triste cours. Quelques jours après le peuple de Paris, encouragé par la faiblesse du gouvernement, vint à Versailles pour forcer le Roi de venir s'établir à Paris avec sa famille. (Jusque là les régimens qui composaient la garnison de Versailles s’étaient maintenus dans un assez bon espoir mais pour fortifier encore leurs bonnes dispositions, les Gardes du Corps les invitèrent à dîner avec ma permission du Roi dans la salle de spectacle du château. J’assistais à cette fête où les plus nobles sentimens se manifestèrent. La Reine en digne fille de Marie-Thérèse prit Mr le Dauphin dans ses bras et le présenta aux troupes qui firent éclater leurs transports, mais cette démonstration n’eut aucun bon résulta). Ce fut le 5 octobre 1789 que cet événement s’effectua, une armée de bandits dirigée par les factieux vint assiéger la résidence Royale, les portes du château furent enfoncées, le peuple se précipita dans les appartements et la malheureuse Reine ne dut son salut [Page 10: ] qu'au dévouement d'un garde du corps qui en défendant l'entrée de sa chambre à coucher aux dépens de sa vie, donna le temps à la princesse de se sauver dans la chambre du roi. Cette nuit fut affreuse et j'en conserve encore le souvenir. Chaque instant était marqué par la détonation d'une arme à feu et dix-sept gardes du corps périrent victimes de leur attachement à leur maître.Le lendemain la cour quitta le château de Versailles et cette ville ne pouvant plus être un asile sûr pour nous nous partîmes pour Saumur où était mon grand-père.Saumur est une charmante petite ville sur les bords de la Loire, le marquis de Pasdeloup, père de ma mère y jouissait d'une haute considération, acquise par une conduite sans reproche et une naissance distinguée. Sa maison était ouverte à tout ce qu'il y avait d'honorable dans l'Anjou et à tous les officiers supérieurs de la garnison. C'est alors que sollicité par mes instances ma mère consentit à me faire entrer de suite au service j'avais quinze ans et demi, il était temps d'y penser, mais comme à cette époque ainsi que je l'ai déjà dit, la noblesse ne recherchait que le service militaire, il en résultait que toutes les issues dans les corps étaient [Page 11:] encombrées par une foule de jeunes gens dont le nombre excédait de beaucoup celui des places dont le gouvernement pouvait disposer, et qu'ainsi tout mouvement étant arrêté, il fallait attendre quelques fois des années pour arriver à son but et perdre un temps précieux. Le régiment de Royal Roussillon cavalerie (4ème de cuirassier) qui était alors en garnison à Saumur comptait dans ses rangs à cette époque 33 officiers à sa suite absents du corps. Mon impatience ne s'accommodant pas d'un tel état de choses ma mère écrivit en conséquence au marquis de Vignacourt qui était colonel du régiment et le 1er janvier 1790 je fus admis comme volontaire en attendant un brevet de sous-lieutenant.Le service militaire avait un grand attrait pour moi et je ne puis exprimer tout le bonheur que j'éprouvais en portant pour la première fois cet habit depuis longtemps objet de mes désirs. Je commençai donc à faire mon cours d'équitation et à monter mes gardes afin de me rendre digne du grade sur lequel je comptais. Ces occupations qui avaient pour moi un grand charme durèrent toute l'année mais, l'horizon politique se couvrait [Page 12:] de nuages, tout s'écroulait sous nos pieds, la discipline des meilleurs régiments commençait à se relâcher, les bas officiers se plaignaient de ne pas participer aux avancements et d'être commandés par des jeunes gens inexpérimentés dont le seul mérite selon eux était leur titre de noblesse. Toutes ces clameurs suggérées par les nouvelles idées révolutionnaires, étaient en partie fondées par la négligence avec laquelle beaucoup de jeunes officiers faisaient leur service, la plupart suivaient leur carrière à défaut d'autres que les préjugés du temps leur interdisaient et dans le seul but de se faire un état et d'ajouter à leur considération. L'armée était encombrée de ces auxiliaires inutiles et les officiers supérieurs des corps n'avaient pas toujours assez de caractère ou d'indépendance pour les contenir et les diriger, les plaintes des inférieurs pouvaient donc se justifier jusqu'à un certain point et naturellement elles devaient finir par ébranler la discipline et diviser les corps qui à l'époque dont il s'agit avaient plus que jamais besoin d'union. Comme tous les autres devenus la victime de ces fâcheuses dispositions et pour éviter le prétexte d'un mouvement insurrectionnel dans mon régiment je fus obligé de [Page 13: ] m'éloigner et de demander un congé qui me fut accordé sur le champ. Je revins donc chez mon grand-père espérant que mon absence ne serait que momentanée et que les événements me permettraient de reprendre mon service. Cette espérance fut vaine il était dans ma destinée de ne jamais revoir les étendards du régiment de Royal Roussillon et la tourmente révolutionnaire me réservait un autre destin.Pendant le cours de ces tristes événements les colonies n'avaient pas été préservées. Elles étaient alors trop riches et trop florissantes pour ne pas exciter l'envie des révolutionnaires toutefois leur influence n'avait pas encore fait un grand progrès et elles avaient à lutter avec l'intérêt personnel des propriétaires et des habitans et le tems de leur triomphe n'était pas encore venu. J'ai déjà dit que mon père était reparti pour St Domingue en 1782 dans le but d'établir l'ordre dans ses habitations. En 1790, époque dont nous parlons, il était parvenu après huit ans de travail et de peines à remettre ses biens dans l'état le plus florissant mais ce changement n'était d'aucun [Page 14:] avantage pour nous en France; car mon père avait pris depuis le commencement de la révolution une telle aversion pour la France, telle qu'on cherchait à la faire qu'il y avait renoncé pour toujours et qu'il ne voulait faire à ma mère aucun envoye de fonds pour soutenir sa famille. Cet état de choses rendait notre position très fâcheuse en France et il devenait indispensable de la faire cesser. Mon père vint à notre aide en écrivant à ma mère de lui envoyer au plutôt ses trois fils, cet ordre était accompagné de recommandations très detaillées sur les précautions à prendre pour effectuer ce grand voyage qui devait effrayer naturellement beaucoup ma mère.Lorsque l'ordre de mon père arriva je venais de recevoir mon congé, j'étais encore à Saumur. Je n'hésitai pas à me mettre en route et j'arrivai à Nantes en octobre 1790 pour m'embarquer sur le navire le [ Zwininger ? ], Cap. Tarbois en chargement pour St Domingue.A cette époque l'état de la France devenant de plus en plus inquiétant pour le repos des honnêtes gens, chaque personne un peu marquante cherchait à s'éloigner du foyer révolutionnaire et ceux que l'idée d'un voyage long et hasardeux avait effrayés dans un tems [Page 15: ] de calme et de repos n'éprouvaient aucune répugnance à se risquer aux plus grandes entreprises pour fuir des dangers qui leur paraissaient bien plus redoutables. Cette disposition des esprits me fut favorable en ce que je trouvai parmi les nombreux passagers embarqués sur le Zwininger plusieurs personnes respectables dont la société devait naturellement adoucir les ennuis d'un long voyage et les regrets que je devais éprouver en quittant pour la première fois ma mère et le sol de la patrie.Notre bâtiment l'un des plus beaux du commerce de Nantes était depuis quelques jours descendu au mouillage devant St Nazaire petit bourg au-dessous de Paimboeuf à l'entrée de la Loire. Tout étant près pour le départ et le vent étant favorable nous appareillâmes le 24 février 1790. Sous voile nous nous trouvâmes 52 passagers dont 17 à la table du capitaine, parmi ces derniers on remarquait le Comte et la Comtesse Auguste de la Tourette avec Mr. et Mde de Pimelle qui allaient chercher à St Domingue des habitations dont les revenus ne leur parvenaient jamais, Pauvre famille qui était destinée à trouver la mort au lieu de ces grands biens objet de leur espérance. [Page 16:] Monsieur de La Tourette était d'une famille noble très connue en Vivarais et assez mal famée dans son état bien près de la misère tous les moyens leur semblaient bons pour arriver à la fortune. Celui dont il est icy question, comme ses frères, était officier des gardes du corps du Roi, pour se soutenir dans cette position l'argent lui manquait il épousa Mlle de Pimelle fille d'un gentilhomme Bourguignon d'assez bonne race, qui s'était allié à une mulâtresse propriétaire à Saint-Domingue. Mde Auguste de La Tourette était donc femme de couleur ce qui affectait peu la délicatesse de son mari, mais cette origine lui attira à Saint-Domingue de grandes humiliations. Quelques temps après l'arrivée de la famille dans la colonie Messieurs de La Tourette et de Pimelle s'étant présentés dans une assemblée de propriétaires en furent chassés ignominieusement et la douleur qu'ils en ressentirent les conduisit bientôt au tombeau. Mme de La Tourette restée veuve usa fort légèrement de sa liberté et vint au Port au Prince où elle mourut de chagrin en laissant un fils, mort quelques années après. Cette jeune femme n’était pas la seule qui fut nous promettre quelques compensations aux peines du voyage, mais était celle qui méritait le plus vif intérêt. [Page 17:] Je n'entreprendrai pas de détailler ici l'emploi de notre temps pendant la traversée je n'en ai le temps, ni la volonté, de faire le journal de mon voyage, il suffit de dire qu'après quarante cinq jours bons ou mauvais notre bâtiment vint mouiller au Cap Français, à cette époque la plus belle et la plus riche ville des Antilles.Une discussion que j'avais eue à bord avec un nommé Coussin ingénieur se disant Grand Voyer à Saint-Domingue me força de descendre à terre un moment après le mouillage. J'avais alors 16 ans. Je n'avais jamais mis l'épée à la main, mon adversaire âgé de plus de 30 ans avait sur moi un immense avantage. Cette infériorité devait naturellement appeler sur moi tout l'intérêt, aussi lorsque j'arrivais à terre où déjà le bruit du combat s'était répandu je me trouvai entouré de plus de 200 jeunes gens de la ville qui m'accompagnaient au rendez-vous. Cette publicité à laquelle je ne m'attendais pas fit d'abord une forte impression sur moi, toutefois j'étais trop animé pour hésiter un instant je mis l'épée à la main et malgré tous les dangers de ma position et le sentiment de ma propre faiblesse, je me présentai [Page 18:] avec fermeté au-devant de mon adversaire. Les fers croisés l'affaire ne devait pas se prolonger, car, je ne savais ni attaquer, ni me défendre, l'épée de mon adversaire ne rencontrant aucune opposition le sang jaillit bientôt de ma chemise, aussitôt tous les témoins s'écrièrent que j'étais blessé et se jetèrent sur moi en me comblant d'éloges et de marques d'intérêt, ma rentrée en ville fut une véritable ovation, chacun cherchait à me soutenir, tandis que d'autres appelaient un chirurgien à mon secours. De tous ceux cependant qui étaient présents à cette scène j'étais peut-être le plus calme, car je ne me sentais pas gravement blessé et bientôt on reconnut que je ne m'étais pas trompé. Le premier appareil mis je pus sortir le soir me rendre au spectacle.Je restai environ huit jours au Cap et je me rendis ensuite au Port au Prince où je devais trouver mon père. A peine au mouillage un officier vint de la part de Mr. le Comte de Blanchelande alors gouverneur de l'île, ordonner au capitaine de se rendre avec tous ses passagers au gouvernement. Chacun se prépara donc à descendre à terre. Mon frère et moi nous primes nos uniformes et accompagnés des autres passagers nous primes seul le capitaine le chemin du gouvernement.Lorsque nous eûmes traversé la ville et la cour du palais du gouverneur nous nous trouvâmes au pied du grand escalier et comme j'étais en tête de la file avec mon frère je franchis les degrés et m'adressai à un chevalier de Saint Louis qui se tenait sur la terrasse et que je crus être le gouverneur. Je lui dis que d'après des ordres transmis par un de ses aides de camp les passagers du Domingue venaient lui rendre leurs devoirs. Je ne suis point le gouverneur me répondit-il mais voici le gouverneur dans le salon où il vous attend.Nous entrâmes alors en foule dans le salon où nous trouvâmes Monsieur de Blanchelande qui nous reçut avec bonté et demanda au capitaine la liste de ses passagers. Les noms furent appelés successivement et quand le gouverneur fut arrivé au notre il se tourna devers le chevalier de Saint Louis à qui j'avais parlé et lui dit comment Monsieur de Blanchelande n'avez vous pu reconnaitre vos enfans ? Cher Monsieur ajouta-t-il embrassez votre père.L'entrevue fut touchante, mon père nous fit mille caresses. Il nous fit part de la crainte de sa fortune de ses projets et des craintes sur le résultat des troubles qui à cette époque désolaient la France. Son dessein était de réaliser sa fortune et de se retirer au continent de l'Amérique où il voulait nous établir.Le soir même il nous conduisit à son habitation du quartier du Lamentin qui était l'une des plus belles de cette partie de la colonie et les premiers momens de notre séjour auprès de lui eurent mille charmes pour nous. – Toutefois ce tems de repos et de bonheur fut de peu de durée, une querelle, dans le principe fort légère vint mettre un terme à cette bonne harmonie et nous nous sommes obligés de quitter son habitation et de nous retirer au Port au Prince. Cette séparation eut du retentissement dans la colonie et beaucoup de gens qui connaissaient le caractère violent de mon père vinrent à nous, et comme nous ne pouvions revenir au Lamentin sans y donner lieu à un nouveau scandale on prit le parti de la négociation et il fut convenu que nous retournerions en France par le premier bâtiment de commerce en partance et que mon père pourvoirait à nos frais du passage et à notre entretien en France. Ceci bien arrêté nous nous embarquâmes sur un navire de Nantes et après une traversée bien longue [Page 22: ] et bien dangereuse nous arrivâmes à Nantes soixante six jours après notre départ du Port au Prince, le 25 avril 1791.Mes frères partirent pour leurs régimens mais, avant de rejoindre le mien, j'avais à m'assurer si ma présence n'y causerait pas quelque nouveau trouble. En effet les mauvaises dispositions des sous officiers n'avaient fait que s'accroitre et je ne fus pas à me repentir de ma prudence. Je pris le parti de venir en Normandie chez Monsieur de Bertingles ma tante ou ma mère se trouvait alors à y attendre le résultat des événemens qui se préparaient. En Juillet le Roi parti des Tuileries où il était prisonnier, avec toute sa famille et quelques jours après fut ramené à Paris. Cette catastrophe qui plongea la France dans le deuil, vint finir mes irresolutions, je quittai ma famille et le 8 septembre je partis pour Enconnay ville de la frontière de la Flandre autrichienne, dans l'intention de me rendre à Ath, ville désignée pour la réunion de tous les gentilshommes émigrés de France.Les premiers jours d'octobre Monsieur le Comte de la Châtre commandant tout le cantonnement m'ordonna de me rendre à Soignies et me fit incorporer provisoirement dans une compagnie composée de tous les officiers appartenant au régiment Royal des vaisseaux [Page 22sur feuillet volant, décrivant des événemens postérieurs] Mon séjour à Hambourg, le comte Bernhard ambassadeur, le 7 septembre 1798 départ de Hambourg, passage de l'Elbe, voyage dans le pays de Hanovre, arrivée à Leer, première ville hollandaise, mon passeport signé par l'ambassadeur, entrée en France, arrivée à Rouen, [… ] Marchand, je vais me réfugier dans la forêt de Léon au château de St Crespin chez Monsieur de [ Bertinay ?] visite domiciliaire, la gendarmerie cerne le château, conduite du maire et du commissaire de police de Lyon = mon sang-froid en cette circonstance me [ sauve? ], la gendarmerie se retire, résolution que je prends de quitter la Normandie, avec un passeport de complaisance. Arrivée à Saumur chez mon oncle le Ministre pour la succession de mon grand père, séjour à Saumur.. voyage à Poitiers. ‎


‎Manuscrit manifestement autographe (comme le suggèrent corrections et ratures) constituant un témoignage d'une valeur historique exceptionnelle. Il s'agit des mémoires de jeunesse, inédits, attribuable à Léger François Trutié de Vaucresson (1774-1849) ; ces mémoires couvrent essentiellement la période 1788-1791 (de ses 14 à ses 17 ans) et offrent un récit de première main sur des événements majeurs de la Révolution française (l'assassinat de sont grand-oncle Foulon et Berthier de Sauvigny, les journées d'octobre 1789, la société insulaire à Saint-Domingue et le début de l'Émigration). Le grand-oncle de l'auteur, Joseph François Foulon de Doué (74 ans) et son gendre Louis Benigne François Berthier de Sauvigny (intendant de la généralité de Paris) furent parmi les toutes premières victimes de la violence populaire de la Révolution le 22 juillet 1789, accusés à tort d'avoir accaparé les grains pour affamer le peuple. L'auteur accuse à mots à peine couverts le Duc d'Orléans (Philippe Égalité) d'avoir téléguidé ces assassinats et ces menées. Réfugiée à Versailles, sa famille y est logé dans un appartement mis à sa disposition par Madame Élisabeth. Il assiste et relate le célèbre Banquet des Gardes du Corps du 1er octobre 1789 à l'Opéra royal de Versailles, où la famille royale fut acclamée, événement qui mit le feu aux poudres à Paris. Il part à Saint-Domingue, où son père gère ses possessions depuis plusieurs années. Le texte met en lumière la tension sociale et raciale (dont le refus des colons blancs de laisser siéger les propriétaires mulâtres ou d'accepter les mariages mixtes, tout cela à quelques mois de la grande insurrection des esclaves d'août 1791 et y rencontre le Comte de Blanchelande, Gouverneur général de Saint-Domingue, qui le présente à son propre père. Rentré en France l'année suivante, il rejoint l'armée des émigrés. Suivent quelques notes évoquant sa conduite sous le Directoire (à Hambourg en 1798, retour en France...). Dans ce récit captivant, Léger Trutié de Vaucresson porte son regard acéré sur ces événements de sa jeunesse, avec le recul de la maturité. Son ton se distingue par trois grands traits. Le manuscrit s'ouvre sur un ton d'une sincérité détachée : rédigés au soir de sa vie (« lorsqu'on n'a plus rien à attendre ou à espérer des hommes »), le texte est débarrassé de toute volonté de plaire ou de régler des comptes politiques. Cela n'empêche nullement un ton d'une lucidité sans concession : bien qu'issu de la haute aristocratie et habité par une dévotion monarchique poussée jusqu'à une « sorte de fanatisme », l'auteur ne cède pas au parti pris aveugle et pose un diagnostic clinique sur son propre camp : il dénonce un roi « faible et timide », dont la modération excessive a condamné ses plus fidèles serviteurs, pointe du doigt la désinvolture des jeunes officiers aristocrates (« auxiliaires inutiles ») et la rigidité du système social qui a légitimement exaspéré la troupe, sur Saint-Domingue, il expose crûment les tensions raciales et le mépris de caste subi par les familles de couleur, tout en révélant la gestion brutale et tyrannique de son propre père sur ses terres. Et souvent le ton se fait romanesque dans cet incroyable récit mené comme un roman d'apprentissage sur fond d'effondrement d'un monde. La nostalgie de l'enfance au château de Vaucresson cède brutalement le pas à la tragédie (les têtes de ses proches braquées sous les fenêtres de la demeure familiale au bout de piques), à l'héroïsme désabusé (lors de son duel d'honneur improvisé à 16 ans sur les quais du Cap-Français sous les yeux de 200 spectateurs !) et l'on passe rapidement de la théâtralité des retrouvailles paternelles au Port-au-Prince devant le gouverneur à la rupture familiale soudaine et au retour en France... Léger-François Trutié de Vaucresson fera carrière dans l'administration coloniale, il deviendra Commissaire-Ordonnateur de la Marine puis gouverneur par intérim de la Guadeloupe entre 1814 et 1815. Il semble avoir rédigé ces "Mémoires" dans ses vieux jours, mémoires qu'il interrompt soudainement à la fin de l'année 1791 ; Vaucresson rédige quelques notes évoquant l'année 1798 sur un dernier feuillet, et l'on regrette fort qu'il ne soit pas allé plus avant dans son travail. On sait que son père mourra cette même année en décembre 1791, assassiné à Port-aux-princes dans son habitation du Lamantin (on trouvera d'utiles informations dans le bel article consacré à la famille Trutié de Vaucresson par Bernadette et Philippe Rossignol paru dans GHCaraïbe, n° 238, Juillet-Août 2010)‎

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(1970)

‎Lui n°82 novembre 1970 - Ecrit à lui - gouté pour lui - lu pour lui - conduit pour lui - entendu pour lui - têtes en pointe - testé pour lui - tête a tête avec Dizzy Gillespie - sages et sardes vacances pour Sophie - Valentine à vos pieds etc.‎

‎Presse-Office. 1970. In-4. Broché. Bon état, Couv. convenable, Dos satisfaisant, Intérieur frais. 200 pages - nombreuses illustrations en couleurs et en noir et blanc dans et hors texte.. . . . Classification Dewey : 70.49-Presse illustrée, magazines, revues‎


‎Sommaire : Ecrit à lui - gouté pour lui - lu pour lui - conduit pour lui - entendu pour lui - têtes en pointe - testé pour lui - tête a tête avec Dizzy Gillespie - sages et sardes vacances pour Sophie - Valentine à vos pieds - Eureka nous voila - Vadim et ses conquêtes de l'ouest - ces dames aux chapeaux de roues - Vasarely le pape de l'op - la longue marche des panthères roses - ces suisses qui ont du coffre - pas de morte saison pour les pompes funèbres - la cérémonie du matin calme - les dévoreurs d'épouses - souriez-lui - quand les bandes de cuir font bandes à part - des petits riens qui font beaucoup. Classification Dewey : 70.49-Presse illustrée, magazines, revues‎

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‎BART, Léo ; BART, Jean ; BART, Charlemagne‎

Reference : 55268

(1915)

‎Belle correspondance personnelle et originale, adressée aux deux frères Charlemagne et Jean Bart par leur frère Léo Bart, du 4 janvier 1915 au 21 août 1917. Jean Bart fut successivement matelot mécanicien à la Caserne Eblé au Havre, puis marin à l’Arsenal de Cherbourg, puis embarqué à bord du sous-marin Denis-Papin. Remarquable correspondance, car pour l'essentiel non soumise à la censure militaire, d’environ 94 lettres et cartes, auxquelles nous joignons quelques photos personnelles des protagonistes.La première lettre est datée du 29 septembre 1914 de Nomain Andignies, adressée des parents Bart à leur « Cher Fils », dont ils ont appris qu’il était blessé mais peu gravement. Ils racontent le passage des allemands, la fuite des habitants de Nomains vers Douai, « et les allemands sont restés pendant 15 jours à Orchies pour préparer leurs mauvais coups il y a eu des anglais qui sont venus les dénicher alors ils sont partis pour Valenciennes [ etc… ] depuis le 24 août nous n’avons plus de courrier nous sommes obligés de faire porter nos lettres à Lille. Nous avons été tranquille jusque le 24 septembre la nous avons eu un combat à Archies les français ont pris 3 auto et dans un fossé on a trouvé un officier tué avec un ordre dans la poche que l’on devait incendier Orchies à 7 heures du soir [… ] et le lendemain ils ont mis le fin à tout Orchies [ …] A l’heur ou je t’écrit on vient de nous dire qu’il y a des Hulans qui viennent reconnaître le terrain et ce matin nous avons vu deux aéroplanes une allemande et une française qui lui a fait la chasse [etc…] ». Il s’agit de l’unique lettre de l’ensemble provenant des parents de Jean Bart, Nomain ayant ensuite été occupée par les allemands.Un frère (manifestement Léo Bart) écrit le 7 décembre 1914 « je ne travaille plus pour l’armée depuis 8 jours car en général tous les patrons parisiens se figurent que parce que nous sommes des réfugiés nous devons subir toutes leurs humiliations et faire des bassesses. J’ai fait 3 boutiques depuis mon arrivée à Paris, et je rentre demain dans la 4e comme contremaître [… ] Je me suis fait inscrire pour passer le conseil mais j’ai bien stipulé « automobiliste » mais c’est une ressource car je ferai tout ce qu’il m’est possible de faire pour me faire réformer de nouveau et si je ne puis l’être au conseil j’aurai au moins la chance de l’être en arrivant au corps ».[ … ] je suis ici avec l’oncle de Germaine, le directeur de chez Thiriez. [ … ] Il a envoyé un télégramme à Germazine « par la voie d’un consul de Hollande » [… ] « tout ce que l’on sait c’est que les Allemands ont tout organisés comme s’ils étaient chez eux à Roubaix ils ont rouvert les écoles, il font marcher les usines en autres la maison Thiriez ». Il évoque la guerre qui va durer au moins l’hiver, s’inquiète de son frère : « Et ton bras, comment va-t-il ? Fais bien attention de ne plus retourner à cette orgie sanguinaire et si les mouvements de ton bras ne sont plus complets ils ne pourront certainement pas de renvoyer au feu si tu sais te débrouiller, maintenant si à force d’insister on voulait te réformer ne te laisse surtout pas réformer n°2 il faut te faire réformer n°1 c’est-à-dire avec pension car il ne faut pas que tous ces messieurs c’en tire à si bon compte [ … ] Maintenant je voudrais bien savoir l’état exact de ton bras, car je crois que tu ne me dis pas toute la vérité [ …] ». Il lui conseille de se faire inscrire comme décolleteur.Suivent deux autres CP datées du 20 puis du 28 décembre 1914. On y apprend que leur frère Charlemagne, blessé, est à Périgueux, et que lui-même, Léo, a dû abandonner côté allemand sa femme et sa fille…Le même écrit le 4 janvier 1915 (1914 par erreur sur la lettre) à Jean, depuis le Grand Hôtel du Pont du Cher, à Saint-Florent, et l’informe qu’il s’y trouve « non comme soldat, mais comme militarisé pour monter une usine pour la fabrication des gaines d’obus. Je suis ici dans un sale patelin et on s’y fait crever à travailer je t’assure que je préfèrerais être sur le front ». Il est sans nouvelles de sa femme et de sa petite-fille, restées à Loos. Le 12 février 1915, il s’inquiète pour son frère « il paraît que chaque fois que tu sors du bois et te rends malade ce n’est pas digne d’un jeune homme tel que toi, que dirais-je moi qui ait laissé ma femme et ma petite-fille à Loos », [ …], « prends patience un grand coup se prépare et avant 1 mois soit persuadé que tous ces bandits seront chassés de chez nous ». Le 9 juin 1915, automobiliste dans le secteur Postal 63, il lui reproche d’avoir fait « de la caisse ». Il sait bien que l’on souhaiterait savoir ce qui se passe sur le front ; leur frère Charlemagne « pourrait te raconter bien des choses, mais la guerre du mois d’août dernier n’était pas celle que l’on fait en ce moment. Je puis t’en causer car ce matin encore je suis allé à 1500 mètres des tranchées boches et je t’assure que ça barde quand tu vois des chevaux coupés en deux par des éclats d’obus il faut pas demander quand cela arrive dans groupe d’hommes [ …] ». Les 11 et 15 mars 1915, Léo Bart écrit à Jean, sur papier à en-tête de l’Hôtel franco-russe à Paris. Il est désormais automobiliste et compte « monter sur le front avec une auto-mitrailleuse ou une auto-canon ou auto-projecteur. Je te conseillerai de faire une demande pour être versé comme moi au 13ème Artillerie comme automobiliste car on en demande beaucoup » [ … ] Charlemagne me dit que tu désires aller voir comment ça se passe sur le front, ne fait jamais cette bêtise là moi j’en reviens j’y ai passé 8 jours et je t’assure que ce n’est pas amusant ». Le 17 mars, Léo lui envoie une des lettres les plus émouvantes : « Je reviens du front où j’ai fait des convois de chevaux et maintenant je suis automobiliste mais malheureusement je crois que je vais repartir bientôt comme auto-mitrailleur. Enfin si jamais j’y laissai ma peau je compte sur toi pour aller voir Germaine et l’embrasser pour moi. Surtout ne dit jamais que c’est moi qui ai demandé à partir, tu me le jureras dans ta prochaine lettre [ souligné six fois !] car je le regrette amèrement ». […] « Ne te fais pas de mousse pour moi, je ne suis pas encore parti et tu sais que je suis débrouillard ». Suivent six missives plus brèves adressées à Jean et Charlemagne (lequel est arrivé au centre des Convalescents de La Force en Dordogne). Léo est désormais au service du courrier.Le 17 juillet 1915, Léo écrit qu’il lui est « arrivé une sale blague, nous étions en train de discuter dans la cour de chez nous quand arriva le lieutenant un copain cria 22, ce lieutenant a peut-être cru que c’était moi qui avait crié et depuis 8 jours je suis sur les épines [ … ] figure toi que le fautif est parti en permission, mais je dois te dire que ce lieutenant est du Midi et soit certain qu’il ne doit pas gober les gens du Nord, et il n’est pas sans savoir que les Gars du Nord détestent les mauvais soldats du Midi. Mais vois-tu la Guerre finira un jour et il faut espérer qu’on les houspillera un peu car ils n’ont rien à souffrir ils sont les bienvenus dans les hautes sphères, ils sont en communication avec les leurs enfin ils ont tou pour être heureux tandis que nous, il nous manque tout cela et non content d’être ainsi favorisé ces salauds là rient de notre malheur et nous tourne en risées [… ] Lorsque j’ai demandé ma permission pour Bergerac au bureau ont ma demandé si c’était pour aller voir Cyrano, j’aurai bien pu leur répondre que s’ils étaient un peu moins fénéants et un peu plus patriotes nous pourrions faire comme eux aller embrasser les nôtres [ … ] ».Le 19 septembre il expose la manière de correspondre avec Lille (« l’enveloppe ne doit pas être cacheté et ne pas parler de la guerre »). Le 20 septembre, Léo annonce avoir reçu des nouvelles de sa femme et de sa fille. Le 22 octobre (à Charlemagne et Jean, tous deux à Cherbourg) : « hier ont a demandé des volontaires pour la Serbie, et je vous prie de croire que si je n’avais pas femme et enfant je me serai fait inscrire car j’en ai assez de vivre au milieu de tous ces salauds là. Qu’est-ce que c’est que la guerre pour eux, ce n’est rien au contraire ils font de l’automobile toute la journée, ils ont de l’argent plein leurs poches, ils font venir leurs femmes quand ils veulent. Tu vois que ces gens là voudraient bien que la guerre dure éternellement [ …] Maintenant dans notre secteur c’est plus calme depuis quelques jours les boches attaquent plus à l’Ouest du côté de Reims mais ils ramassent la purge [ … ] ces vaches là tiennent bon quand même et quand on fait des prisonniers c’est parce qu’ils sont prix par les tirs de barrages qui empêchent les vivres d’arriver sans cela il se font tuer jusqu’au dernier même étant prisonnier ils nous engueulent encore ».Le 1er novembre 1915 puis le 6 novembre, Léo écrit, précisant que « si je t’envoie un lettre par un civil, c’est pour ne pas que ma lettre passe à la censure militaire et farceur que tu es tu mets sur ton adresse pour remettre à un militaire farceur va enfin ça y est tout est arrivé à bon port [ … ] » Dans les lettres suivantes (novembre et décembre ), il essaie d’envisager la réunion des 3 frères à Cherbourg, mais avec prudence, car les mensonger exposent aux enquêtes de gendarmerie.Le 21 janvier 1916, il indique avoir reçu une photo de sa femme dont il est resté marqué, « elle fait pitié tellement elle a maigri ».Le 20 février 1916, il s’inquiète de ne plus recevoir de nouvelles. Il a appris par son oncle que l’explosion du dépôt de munition de la Porte des postes a causé des dégâts considérables, « tout le quartier de Moulins-Lille est rasé il y a 600 immeubles de démolis, 2000 victimes civiles et 300 soldats boches, tout cela demande confirmation bien entendu mais c’est le bruit qui coure ».Le 1er avril 1916 il écrit : « nous sommes de nouveau au repos et tu as dû lire la citation de tous les automobilistes du front de Verdun ». Le 19 mai 1916 il écrit (Motocycliste 551 T. M. Convois auto B.C.M. Paris) : « Pour le moment nous sommes très surmenés avec cette sacrée bataille de Verdun qui n’en fini pas, qui est très fatiguant pour nous car il faut marcher jour et nuit pour le transport des munitions ».Nous ne détaillons pas l’intégralité de la correspondance. En juillet 1916, il raconte que des « nuées d’avions sillonnent continuellement le ciel nuit et jour et les boches ne peuvent plus monter leurs saucisses car on les abat aussitôt ». Le 216 octobre 1916 il évoque un tuyau de l’Intendance anglaise prétendant que Lille sera repris pour la fin du mois. « Contrairement à ce que je t’avais dit, au lieu d’aller dans l’infanterie, c’est pour les tracteurs d’artillerie, ou dans les « Tancks » (crème-de-menthe ») et on relèvera jusqu’à la classe 1902. En novembre « j’ai bien peut d’être expédié à Salonique, car en ce moment c’est une vraie pétaudière ». La dernière lettre du temps de guerre date du 21 août 1917‎

‎94 cartes et LAS, auxquelles nous joignons quelques photos et quelques lettres postérieures. Belle correspondance personnelle adressée aux deux frères Charlemagne et Jean Bart par leur frère Léo Bart, du 4 janvier 1915 au 21 août 1917, adressée à Jean Bart, matelot mécanicien à la Caserne Eblé au Havre, puis marin à l’Arsenal de Cherbourg, puis embarqué à bord du sous-marin Denis-Papin. Remarquable correspondance, car non soumise à la censure militaire, d’environ 94 lettres et cartes, auxquelles nous joignons quelques photos personnelles des protagonistes.La première lettre est datée du 29 septembre 1914 de Nomain Andignies, adressée des parents Bart à leur « Cher Fils », dont ils ont appris qu’il était blessé mais peu gravement. Ils racontent le passage des allemands, la fuite des habitants de Nomains vers Douai, « et les allemands sont restés pendant 15 jours à Orchies pour préparer leurs mauvais coups il y a eu des anglais qui sont venus les dénicher alors ils sont partis pour Valenciennes [ etc… ] depuis le 24 août nous n’avons plus de courrier nous sommes obligés de faire porter nos lettres à Lille. Nous avons été tranquille jusque le 24 septembre la nous avons eu un combat à Archies les français ont pris 3 auto et dans un fossé on a trouvé un officier tué avec un ordre dans la poche que l’on devait incendier Orchies à 7 heures du soir [… ] et le lendemain ils ont mis le fin à tout Orchies [ …] A l’heur ou je t’écrit on vient de nous dire qu’il y a des Hulans qui viennent reconnaître le terrain et ce matin nous avons vu deux aéroplanes une allemande et une française qui lui a fait la chasse [etc…] ». Il s’agit de l’unique lettre de l’ensemble provenant des parents de Jean Bart, Nomain ayant ensuite été occupée par les allemands.Un frère (manifestement Léo Bart) écrit le 7 décembre 1914 « je ne travaille plus pour l’armée depuis 8 jours car en général tous les patrons parisiens se figurent que parce que nous sommes des réfugiés nous devons subir toutes leurs humiliations et faire des bassesses. J’ai fait 3 boutiques depuis mon arrivée à Paris, et je rentre demain dans la 4e comme contremaître [… ] Je me suis fait inscrire pour passer le conseil mais j’ai bien stipulé « automobiliste » mais c’est une ressource car je ferai tout ce qu’il m’est possible de faire pour me faire réformer de nouveau et si je ne puis l’être au conseil j’aurai au moins la chance de l’être en arrivant au corps ».[ … ] je suis ici avec l’oncle de Germaine, le directeur de chez Thiriez. [ … ] Il a envoyé un télégramme à Germazine « par la voie d’un consul de Hollande » [… ] « tout ce que l’on sait c’est que les Allemands ont tout organisés comme s’ils étaient chez eux à Roubaix ils ont rouvert les écoles, il font marcher les usines en autres la maison Thiriez ». Il évoque la guerre qui va durer au moins l’hiver, s’inquiète de son frère : « Et ton bras, comment va-t-il ? Fais bien attention de ne plus retourner à cette orgie sanguinaire et si les mouvements de ton bras ne sont plus complets ils ne pourront certainement pas de renvoyer au feu si tu sais te débrouiller, maintenant si à force d’insister on voulait te réformer ne te laisse surtout pas réformer n°2 il faut te faire réformer n°1 c’est-à-dire avec pension car il ne faut pas que tous ces messieurs c’en tire à si bon compte [ … ] Maintenant je voudrais bien savoir l’état exact de ton bras, car je crois que tu ne me dis pas toute la vérité [ …] ». Il lui conseille de se faire inscrire comme décolleteur.Suivent deux autres CP datées du 20 puis du 28 décembre 1914. On y apprend que leur frère Charlemagne, blessé, est à Périgueux, et que lui-même, Léo, a dû abandonner côté allemand sa femme et sa fille…Le même écrit le 4 janvier 1915 (1914 par erreur sur la lettre) à Jean, depuis le Grand Hôtel du Pont du Cher, à Saint-Florent, et l’informe qu’il s’y trouve « non comme soldat, mais comme militarisé pour monter une usine pour la fabrication des gaines d’obus. Je suis ici dans un sale patelin et on s’y fait crever à travailer je t’assure que je préfèrerais être sur le front ». Il est sans nouvelles de sa femme et de sa petite-fille, restées à Loos. Le 12 février 1915, il s’inquiète pour son frère « il paraît que chaque fois que tu sors du bois et te rends malade ce n’est pas digne d’un jeune homme tel que toi, que dirais-je moi qui ait laissé ma femme et ma petite-fille à Loos », [ …], « prends patience un grand coup se prépare et avant 1 mois soit persuadé que tous ces bandits seront chassés de chez nous ». Le 9 juin 1915, automobiliste dans le secteur Postal 63, il lui reproche d’avoir fait « de la caisse ». Il sait bien que l’on souhaiterait savoir ce qui se passe sur le front ; leur frère Charlemagne « pourrait te raconter bien des choses, mais la guerre du mois d’août dernier n’était pas celle que l’on fait en ce moment. Je puis t’en causer car ce matin encore je suis allé à 1500 mètres des tranchées boches et je t’assure que ça barde quand tu vois des chevaux coupés en deux par des éclats d’obus il faut pas demander quand cela arrive dans groupe d’hommes [ …] ». Les 11 et 15 mars 1915, Léo Bart écrit à Jean, sur papier à en-tête de l’Hôtel franco-russe à Paris. Il est désormais automobiliste et compte « monter sur le front avec une auto-mitrailleuse ou une auto-canon ou auto-projecteur. Je te conseillerai de faire une demande pour être versé comme moi au 13ème Artillerie comme automobiliste car on en demande beaucoup » [ … ] Charlemagne me dit que tu désires aller voir comment ça se passe sur le front, ne fait jamais cette bêtise là moi j’en reviens j’y ai passé 8 jours et je t’assure que ce n’est pas amusant ». Le 17 mars, Léo lui envoie une des lettres les plus émouvantes : « Je reviens du front où j’ai fait des convois de chevaux et maintenant je suis automobiliste mais malheureusement je crois que je vais repartir bientôt comme auto-mitrailleur. Enfin si jamais j’y laissai ma peau je compte sur toi pour aller voir Germaine et l’embrasser pour moi. Surtout ne dit jamais que c’est moi qui ai demandé à partir, tu me le jureras dans ta prochaine lettre [ souligné six fois !] car je le regrette amèrement ». […] « Ne te fais pas de mousse pour moi, je ne suis pas encore parti et tu sais que je suis débrouillard ». Suivent six missives plus brèves adressées à Jean et Charlemagne (lequel est arrivé au centre des Convalescents de La Force en Dordogne). Léo est désormais au service du courrier.Le 17 juillet 1915, Léo écrit qu’il lui est « arrivé une sale blague, nous étions en train de discuter dans la cour de chez nous quand arriva le lieutenant un copain cria 22, ce lieutenant a peut-être cru que c’était moi qui avait crié et depuis 8 jours je suis sur les épines [ … ] figure toi que le fautif est parti en permission, mais je dois te dire que ce lieutenant est du Midi et soit certain qu’il ne doit pas gober les gens du Nord, et il n’est pas sans savoir que les Gars du Nord détestent les mauvais soldats du Midi. Mais vois-tu la Guerre finira un jour et il faut espérer qu’on les houspillera un peu car ils n’ont rien à souffrir ils sont les bienvenus dans les hautes sphères, ils sont en communication avec les leurs enfin ils ont tou pour être heureux tandis que nous, il nous manque tout cela et non content d’être ainsi favorisé ces salauds là rient de notre malheur et nous tourne en risées [… ] Lorsque j’ai demandé ma permission pour Bergerac au bureau ont ma demandé si c’était pour aller voir Cyrano, j’aurai bien pu leur répondre que s’ils étaient un peu moins fénéants et un peu plus patriotes nous pourrions faire comme eux aller embrasser les nôtres [ … ] ».Le 19 septembre il expose la manière de correspondre avec Lille (« l’enveloppe ne doit pas être cacheté et ne pas parler de la guerre »). Le 20 septembre, Léo annonce avoir reçu des nouvelles de sa femme et de sa fille. Le 22 octobre (à Charlemagne et Jean, tous deux à Cherbourg) : « hier ont a demandé des volontaires pour la Serbie, et je vous prie de croire que si je n’avais pas femme et enfant je me serai fait inscrire car j’en ai assez de vivre au milieu de tous ces salauds là. Qu’est-ce que c’est que la guerre pour eux, ce n’est rien au contraire ils font de l’automobile toute la journée, ils ont de l’argent plein leurs poches, ils font venir leurs femmes quand ils veulent. Tu vois que ces gens là voudraient bien que la guerre dure éternellement [ …] Maintenant dans notre secteur c’est plus calme depuis quelques jours les boches attaquent plus à l’Ouest du côté de Reims mais ils ramassent la purge [ … ] ces vaches là tiennent bon quand même et quand on fait des prisonniers c’est parce qu’ils sont prix par les tirs de barrages qui empêchent les vivres d’arriver sans cela il se font tuer jusqu’au dernier même étant prisonnier ils nous engueulent encore ».Le 1er novembre 1915 puis le 6 novembre, Léo écrit, précisant que « si je t’envoie un lettre par un civil, c’est pour ne pas que ma lettre passe à la censure militaire et farceur que tu es tu mets sur ton adresse pour remettre à un militaire farceur va enfin ça y est tout est arrivé à bon port [ … ] » Dans les lettres suivantes (novembre et décembre ), il essaie d’envisager la réunion des 3 frères à Cherbourg, mais avec prudence, car les mensonger exposent aux enquêtes de gendarmerie.Le 21 janvier 1916, il indique avoir reçu une photo de sa femme dont il est resté marqué, « elle fait pitié tellement elle a maigri ».Le 20 février 1916, il s’inquiète de ne plus recevoir de nouvelles. Il a appris par son oncle que l’explosion du dépôt de munition de la Porte des postes a causé des dégâts considérables, « tout le quartier de Moulins-Lille est rasé il y a 600 immeubles de démolis, 2000 victimes civiles et 300 soldats boches, tout cela demande confirmation bien entendu mais c’est le bruit qui coure ».Le 1er avril 1916 il écrit : « nous sommes de nouveau au repos et tu as dû lire la citation de tous les automobilistes du front de Verdun ». Le 19 mai 1916 il écrit (Motocycliste 551 T. M. Convois auto B.C.M. Paris) : « Pour le moment nous sommes très surmenés avec cette sacrée bataille de Verdun qui n’en fini pas, qui est très fatiguant pour nous car il faut marcher jour et nuit pour le transport des munitions ».Nous ne détaillons pas l’intégralité de la correspondance. En juillet 1916, il raconte que des « nuées d’avions sillonnent continuellement le ciel nuit et jour et les boches ne peuvent plus monter leurs saucisses car on les abat aussitôt ». Le 216 octobre 1916 il évoque un tuyau de l’Intendance anglaise prétendant que Lille sera repris pour la fin du mois. « Contrairement à ce que je t’avais dit, au lieu d’aller dans l’infanterie, c’est pour les tracteurs d’artillerie, ou dans les « Tancks » (crème-de-menthe ») et on relèvera jusqu’à la classe 1902. En novembre « j’ai bien peut d’être expédié à Salonique, car en ce moment c’est une vraie pétaudière ». La dernière lettre du temps de guerre date du 21 août 1917‎


‎Passionnant ensemble, à analyser en profondeur. Prix de l'ensemble, non séparable.‎

Phone number : 09 82 20 86 11

EUR790.00

‎SOUBIRAN, Yvonne‎

Reference : 54723

(1928)

‎Journal Intime d'Yvonne Soubiran, élève au lycée français de Madrid puis à l'Institut Français de Madrid [ Du 16 mars 1928 au 8 mai 1928 puis du 16 février 1943 au 30 avril 1943 ] Remarquable document qui nous plonge dans la vie quotidienne et intellectuelle d'Yvonne Soubiran, 15 ans en mars 1928 ("j'ai quinze ans, c'est vrai"), une brillante lycéenne du Lycée Français de Madrid. Dans un premier cahier (daté de 1928), elle évoque sa vie quotidienne, et expose le détail de ses cours et des nombreuses conférences auxquelles elle prend plaisir à assister, telle celles de M. Lavedan sur les Hurdes. Elle évoque le cinéma Pardinas où elle se rend le 2 mai pour voir le film "El dos de Mayo". Surtout, elle parle (en date du 8 mai 1928) "d'une conférence très bien de Mr. Chevallier [le philosophe et ami de Bergson Jacques Chevalier ] au sujet de Bergson. Dans sa jeunesse, au sortir de l'école normale Bergson est positiviste. Un jour, professeur à Clermont-Ferrand, il explique à ses élèves la théorie d'Achille et de la Tortue. Pour les mathématiques, il est impossible de démontrer qu'Achille dépasse la tortue s'il part après elle, or dans la réalité il en est autrement. Ce trait donne à réfléchir au savant, il finit par conclure que le mouvement n'est pas une trajectoire mais une durée" [... ] "On pouvait se rendre compte de l'intérêt de la conférence par le silence absolu de la salle, on entendait les mouches voler. L'esprit était emporté vers des régions supérieures, on ne vivait plus qu'en extase, pendus aux mots du conférencier. [ ... ] Marie Louis et sa mère y étaient mais elles n'ont pas été très épatées, moi j'étais transportée, je l'aurai entendu pendant des heures. Maman me disait qu'elle avait ressenti la même impression en écoutant Bergson lui-même qui est venu à Madrid en 1916, pendant la guerre". Dans un second cahier (à partir du mardi 16 février 1943), elle évoque les nombreuses conférences auxquelles elle assiste à l'Institut Français de Madrid, notamment les conférences d'histoire de la littérature et surtout d'histoire de la poésie moderne par l'abbé Jobit (dont elle présente à chaque fois un compte-rendu détaillé, ainsi sur Mallarmé, Valéry ou Apollinaire), par le docteur Botella Llusia, par M. Mattei en philosophie ("un homme d'une culture supérieure, je regrette bien de ne pasl'avoir connu plus tôt") ainsi qu'aux concerts (par le pianiste Reuchsel, la violoniste Albina de Madinaveita, Reine Gianoli, etc...) ; elle se fait embaucher à l'Institut, fête le 15 mars 1943 son anniversaire ("j'ai trente ans aujourd'hui, cela me paraît impossible. Quand j'avais quinze ans il me semblait qu'on était vieux à cet âge, et maintenant je me trouve encore si peu de chose, si enfant par bien des côtés. Comme j'ai toujours vécu dans les jupons de maman, je n'ai pas l'habitude des responsabilités, et je ne sais pas me décider dans les choses sérieuses". Elle évoque les films qu'elle vient de voir (dont Rebecca avec Laurence Ollivier), un peu l'actualité : le recul des allemands devant Karkhov, "l'ambassadeur d'Allemagne von Molkte est mort en quelques jours à la suite d'une appendicite. Il y avait à peine deux mois qu'il était arrivé ici en remplacement de von Störer qui avait été dégommé. Cette mort subite a fait sensation ici et le pauvre chirurgien qui l'a opéré, le Docteur Cardenal a dû être bien embêté"... Elle relate l'arrestation d'un ami par la sûreté espagnole pour complicité dans le passage en fraude de deux voyageurs à la frontière basque. Enfermé à la Puerta del Sol, il est tout d'abord mis au secret dans une cellule microscopique : "le plus triste, c'est qu'on a commencé par lui flanquer une bonne volée pour essayer de le faire parler". Deux jours plus tard "Charles est toujours en prison. Mr Widhof est allé le rejoindre, car naturellement il a tout pris sur lui en disant que c'est lui qui l'avait envoyé à la frontière". Le 1er avril elle décrit l'imposant défilé militaire ; pour le vendredi Saint, les impressionnantes processions de pénitents‎

‎3 cahiers manuscrits dont deux brochés (l'un oblong), 1928, 40 ff. et 1943, 36 ff. et l'autre cartonné (recueil de citations). Rappel du titre complet : Journal Intime d'Yvonne Soubiran, élève au lycée français de Madrid puis à l'Institut Français de Madrid [ Du 16 mars 1928 au 8 mai 1928 puis du 16 février 1943 au 30 avril 1943 ] Remarquable document qui nous plonge dans la vie quotidienne et intellectuelle d'Yvonne Soubiran, 15 ans en mars 1928 ("j'ai quinze ans, c'est vrai"), une brillante lycéenne du Lycée Français de Madrid. Dans un premier cahier (daté de 1928), elle évoque sa vie quotidienne, et expose le détail de ses cours et des nombreuses conférences auxquelles elle prend plaisir à assister, telle celles de M. Lavedan sur les Hurdes. Elle évoque le cinéma Pardinas où elle se rend le 2 mai pour voir le film "El dos de Mayo". Surtout, elle parle (en date du 8 mai 1928) "d'une conférence très bien de Mr. Chevallier [le philosophe et ami de Bergson Jacques Chevalier ] au sujet de Bergson. Dans sa jeunesse, au sortir de l'école normale Bergson est positiviste. Un jour, professeur à Clermont-Ferrand, il explique à ses élèves la théorie d'Achille et de la Tortue. Pour les mathématiques, il est impossible de démontrer qu'Achille dépasse la tortue s'il part après elle, or dans la réalité il en est autrement. Ce trait donne à réfléchir au savant, il finit par conclure que le mouvement n'est pas une trajectoire mais une durée" [... ] "On pouvait se rendre compte de l'intérêt de la conférence par le silence absolu de la salle, on entendait les mouches voler. L'esprit était emporté vers des régions supérieures, on ne vivait plus qu'en extase, pendus aux mots du conférencier. [ ... ] Marie Louis et sa mère y étaient mais elles n'ont pas été très épatées, moi j'étais transportée, je l'aurai entendu pendant des heures. Maman me disait qu'elle avait ressenti la même impression en écoutant Bergson lui-même qui est venu à Madrid en 1916, pendant la guerre". Dans un second cahier (à partir du mardi 16 février 1943), elle évoque les nombreuses conférences auxquelles elle assiste à l'Institut Français de Madrid, notamment les conférences d'histoire de la littérature et surtout d'histoire de la poésie moderne par l'abbé Jobit (dont elle présente à chaque fois un compte-rendu détaillé, ainsi sur Mallarmé, Valéry ou Apollinaire), par le docteur Botella Llusia, par M. Mattei en philosophie ("un homme d'une culture supérieure, je regrette bien de ne pasl'avoir connu plus tôt") ainsi qu'aux concerts (par le pianiste Reuchsel, la violoniste Albina de Madinaveita, Reine Gianoli, etc...) ; elle se fait embaucher à l'Institut, fête le 15 mars 1943 son anniversaire ("j'ai trente ans aujourd'hui, cela me paraît impossible. Quand j'avais quinze ans il me semblait qu'on était vieux à cet âge, et maintenant je me trouve encore si peu de chose, si enfant par bien des côtés. Comme j'ai toujours vécu dans les jupons de maman, je n'ai pas l'habitude des responsabilités, et je ne sais pas me décider dans les choses sérieuses". Elle évoque les films qu'elle vient de voir (dont Rebecca avec Laurence Ollivier), un peu l'actualité : le recul des allemands devant Karkhov, "l'ambassadeur d'Allemagne von Molkte est mort en quelques jours à la suite d'une appendicite. Il y avait à peine deux mois qu'il était arrivé ici en remplacement de von Störer qui avait été dégommé. Cette mort subite a fait sensation ici et le pauvre chirurgien qui l'a opéré, le Docteur Cardenal a dû être bien embêté"... Elle relate l'arrestation d'un ami par la sûreté espagnole pour complicité dans le passage en fraude de deux voyageurs à la frontière basque. Enfermé à la Puerta del Sol, il est tout d'abord mis au secret dans une cellule microscopique : "le plus triste, c'est qu'on a commencé par lui flanquer une bonne volée pour essayer de le faire parler". Deux jours plus tard "Charles est toujours en prison. Mr Widhof est allé le rejoindre, car naturellement il a tout pris sur lui en disant que c'est lui qui l'avait envoyé à la frontière". Le 1er avril elle décrit l'imposant défilé militaire ; pour le vendredi Saint, les impressionnantes processions de pénitents‎


‎Très remarquable document qui nous plonge dans la vie quotidienne et intellectuelle d'Yvonne Soubiran, 15 ans en mars 1928 ("j'ai quinze ans, c'est vrai"), une brillante lycéenne du Lycée Français de Madrid. Dans un premier cahier (daté de 1928), elle évoque sa vie quotidienne, et expose le détail de ses cours et des nombreuses conférences auxquelles elle prend plaisir à assister, telle celles de M. Lavedan sur les Hurdes. Elle évoque le cinéma Pardinas où elle se rend le 2 mai pour voir le film "El dos de Mayo". Surtout, elle parle (en date du 8 mai 1928) "d'une conférence très bien de Mr. Chevallier [le philosophe et ami de Bergson Jacques Chevalier ] au sujet de Bergson. Dans sa jeunesse, au sortir de l'école normale Bergson est positiviste. Un jour, professeur à Clermont-Ferrand, il explique à ses élèves la théorie d'Achille et de la Tortue. Pour les mathématiques, il est impossible de démontrer qu'Achille dépasse la tortue s'il part après elle, or dans la réalité il en est autrement. Ce trait donne à réfléchir au savant, il finit par conclure que le mouvement n'est pas une trajectoire mais une durée" [... ] "On pouvait se rendre compte de l'intérêt de la conférence par le silence absolu de la salle, on entendait les mouches voler. L'esprit était emporté vers des régions supérieures, on ne vivait plus qu'en extase, pendus aux mots du conférencier. [ ... ] Marie Louis et sa mère y étaient mais elles n'ont pas été très épatées, moi j'étais transportée, je l'aurai entendu pendant des heures. Maman me disait qu'elle avait ressenti la même impression en écoutant Bergson lui-même qui est venu à Madrid en 1916, pendant la guerre". Dans un second cahier (à partir du mardi 16 février 1943), elle évoque les nombreuses conférences auxquelles elle assiste à l'Institut Français de Madrid, notamment les conférences d'histoire de la littérature et surtout d'histoire de la poésie moderne par l'abbé Jobit (dont elle présente à chaque fois un compte-rendu détaillé, ainsi sur Mallarmé, Valéry ou Apollinaire), par le docteur Botella Llusia, par M. Mattei en philosophie ("un homme d'une culture supérieure, je regrette bien de ne pasl'avoir connu plus tôt") ainsi qu'aux concerts (par le pianiste Reuchsel, la violoniste Albina de Madinaveita, Reine Gianoli, etc...) ; elle se fait embaucher à l'Institut, fête le 15 mars 1943 son anniversaire ("j'ai trente ans aujourd'hui, cela me paraît impossible. Quand j'avais quinze ans il me semblait qu'on était vieux à cet âge, et maintenant je me trouve encore si peu de chose, si enfant par bien des côtés. Comme j'ai toujours vécu dans les jupons de maman, je n'ai pas l'habitude des responsabilités, et je ne sais pas me décider dans les choses sérieuses". Elle évoque les films qu'elle vient de voir (dont Rebecca avec Laurence Ollivier), un peu l'actualité : le recul des allemands devant Karkhov, "l'ambassadeur d'Allemagne von Molkte est mort en quelques jours à la suite d'une appendicite. Il y avait à peine deux mois qu'il était arrivé ici en remplacement de von Störer qui avait été dégommé. Cette mort subite a fait sensation ici et le pauvre chirurgien qui l'a opéré, le Docteur Cardenal a dû être bien embêté"... Elle relate l'arrestation d'un ami par la sûreté espagnole pour complicité dans le passage en fraude de deux voyageurs à la frontière basque. Enfermé à la Puerta del Sol, il est tout d'abord mis au secret dans une cellule microscopique : "le plus triste, c'est qu'on a commencé par lui flanquer une bonne volée pour essayer de le faire parler". Deux jours plus tard "Charles est toujours en prison. Mr Widhof est allé le rejoindre, car naturellement il a tout pris sur lui en disant que c'est lui qui l'avait envoyé à la frontière". Le 1er avril elle décrit l'imposant défilé militaire ; pour le vendredi Saint, les impressionnantes processions de pénitents‎

Phone number : 09 82 20 86 11

EUR415.00

‎FAURE-DECAMPS Veuve DENTU, Mme Léonie ; BINOT DE VILLIERS‎

Reference : 44465

(1887)

‎[ La fin d'une Dynastie de Libraire-Editeur : Importantes archives réunissant 7 dossiers manuscrits datés de 1887 à 1892 relatifs à la liquidation de la Librairie Edouard Dentu ] I : Mémoire de Madame veuve Dentu [ Mémoire manuscrit autographe de Léonie Dentu, 8 pp. in-folio, circa 1887 : ] "Madame Veuve E. Dentu, mise en cause, en vertu d'insinuations dépourvues de tout fondement lui imputant des dépenses exagérées, et une gestion imprudente de ses biens et revenus personnels, croit devoir protester avec la dernière énergie contre les calomnies dirigées contre elle dans un but intéressé. Elle met ses adversaires au défi de fournir une seule preuve de tous les faits qu'ils ont allégués. Elle n'a pas d'autre réponse à faire que d'exposer la situation désastreuse qui lui a été créée par l'incurie des liquidateurs de la succession de son mari." [Suit tout le détail de la situation, depuis le décès d'Edouard Dentu le 13 avril 1884. On relève quelques passages :] " M. Sauvaître qui avait été institué administrateur judiciaire après le décès de M. Dentu, avait présenté au notaire liquidateur, sans livre, ni écriture de commerce, des inventaires et des bilans qui n'avaient aucun caractère d'authenticité. [...] Il n'a pu ou n'a voulu fournir aucune situation relativement à ses comptes ; il s'est refusé à dresser un nouvel inventaire, à ouvrir les livres exigés par la loi, à remettre aux employés comptables les pièces leur permettant de dresser les états qu'il ne voulait ou ne pouvait faire lui-même. De plus, par son imprévoyance il accumulait de nouvelles et lourdes charges pour la maison de librairie déjà durement éprouvée par la crise commerciale ; enfin il empiétait sur les prérogatives de Mme Dentu en traitant sans mandat les auteurs. Par exemple il faisait imprimer le livre "Le Gaga" et se hâtait de le mettre en vente malgré une défense expresse de Mme Dentu. Déjà blessée par l'attitude outrageante qu'il prenait à son égard, elle ne put se dispenser de le congédier après inutiles remontrances [ ... ] C'est ainsi que la reconstitution entière de la comptabilité et les rectifications d'écriture qui en étaient la conséquence n'ont pu être essayées qu'après le départ de M. Sauvaître à dater du 1er janvier 1886. Elles ont abouti en peu de temps à la constatation de la situation désastreuse qui avait été faite à Mme Dentu. [ Celle-ci se tourne en vain de tous côtés : ] Elle fit plusieurs versements pour une somme totale de 50000 fr. à la caisse de la librairie. Elle essaya en outre de s'associer des capitalistes. Dès le mois de juin 1886 un acquéreur présenté par M. de La Batut étudiait un projet d'achat dans des conditions paraissant avantageuses [ ... mais c'est l'échec. Elle souscrit un emprunt ] Mais malgré ses efforts et en raison des manoeuvres de concurrents et des ennemis acharnés surgissant de tous côtés contre elle, elle n'eut pu suffire à conjurer le péril d'une suspension de paiement si elle n'eût conclu en février 87 un acte d'association qui consacrait presque entièrement tous les avantages et toutes les prérogatives qu'on lui avait attribués lors du partage. Malheureusement la persistance de la crise commerciale et le danger de continuer les opérations qui pouvaient créer pour l'avenir des charges qu'elle n'eût été en état de supporter même partiellement l'obligèrent à conclure de nouveaux arrangements pécuniaires pour partager la responsabilité commerciale avec ceux des associés qui étaient mieux qu'elle en mesure d'en subir les conséquences, puis à se retirer entièrement, et définitivement par acte de cession du 1er octobre 87. [...] Sans entrer dans une discussion de chiffre quelconque, il est facile d'établir quelles sont les causes directes du déficit laissé par Dentu à son décès : ce sont exclusivement les dépenses personnelles engagées depuis l'année 1879 jusqu'à la fin de 1883, notamment l'achat de divers immeubles de plaisance, d'un prix élevé, coûteux d'entretien et sans revenus avec les frais d'aménagement d'installations et d'ameublement (sans parler de l'établissement de Mme de la Batut) ; les sommes déboursées pour ces différentes affaires dépassaient pour cette période 500000 fr., prélevés sur le compte courant du comptoir d'escompte c'est-à-dire les recouvrements effectués sur les clients de la librairie, le véritable actif commercial, qui n'était alors nullement disponible". [ etc.] II : Rapport d'arbitrage par Binot de Villiers daté du 26 novembre 1892. Contestation entre Madame Veuve Dentu Demanderesse d'une part et MM. Hippeau, Curel, Gougis, Richardin d'autre part [ Rapport d'arbitrage de 39 pp. manuscrites in-folio, détaillant avec grande clarté et précision le litige complexe opposant la Veuve Dentu à ses nouveaux associés, liés par divers contrats sur la seule année 1887. Remarquable document sur l'histoire de la librairie et de l'édition à la fin du XIXe siècle. On citera notamment ce passage : ] "Pour obtenir une avance de la librairie Dentu, un auteur promet d'apporter prochainement un manuscrit, et la librairie lui fait cette avance pour qu'il n'aille pas apporter son manuscrit ailleurs et c'est-à-dire pour s'assurer la préférence. Si l'auteur ne remplit pas sa promesse la librairie subit une perte presque toujours irrecouvrable. S'il remplit sa promesse, pas de difficultés si ce n'est qu'à ce moment on lui verse généralement le complément de ses droits d'auteur. Comme la librairie n'a d'espoir d'être remboursé que sur le produit de la vente et c'est ce qu'indique très clairement la convention du 13 octobre 1887, lorsqu'elle est édicte que le remboursement des avances se fera par voie de déduction sur les sommes auxquelles ont droit les auteurs, la librairie commence par déduire des droits d'auteur les avances déjà faites et ne se libère ensuite que contre remise du manuscrit. Elle ne court plus alors que le risque de l'insuccès de l'ouvrage." ; III : Liquidation de la Société Dentu & Cie dissoute le 30 juin 1887. Deuxième Compte [ 8 feuillets in-folio. Le rapport d'arbitrage indique : " à la date du 8 février 1887, une société était formée sous la raison sociale Dentu & Cie entre Mme Veuve Dentu et M. Hippeau, associés en nom collectif et M. Curel simple commanditaire ; mais quelques mois plus tard, c'est-à-dire le 16 juillet 1887, cette société était dissoute avec effet rétroactif aux 30 juin" ] ; IV : Compte Personnel de Mme Vve Dentu du 1er octobre 1887 au 30 Juin 1888 [ 1er et 2e compte, ensemble 4 feuillets in-folio ] ; V : Librairie Dentu. Société Curel Gougis et Cie. Compte Personnel de Madame Vve Edouard Dentu, période du 1er juillet au 8 novembre 1888 [ 4 ff. in-folio] ; VI : Lot d'une cinquantaine de feuillets d'inventaire, essentiellement Inventaire des Magasins de Ségur [ Comme le précise le rapport de l'arbitre, "Le magasin de l'avenue de Ségur n'était pas un magasin de vente était uniquement un lieu de dépôt choisi par Mme dentu dans une maison montée des propriétaires et elle seule avait la clé de ce dépôt où elle avait rassemblé les ouvrages qui n'étaient plus de vente courante."] ; VII : Compte Principal de Madame Dentu chez son mandataire M. Albert Baudry depuis le 10 décembre 1889 [ 4 feuillets in-4 sous chemise, daté du 31 mars 1892 ]‎

‎Important ensemble de 7 dossiers manuscrits datés de 1887 à 1892 relatifs à la liquidation de la Librairie Edouard Dentu ] I : Mémoire de Madame veuve Dentu [ Mémoire manuscrit autographe de Léonie Dentu, 8 pp. in-folio, circa 1887 : ] "Madame Veuve E. Dentu, mise en cause, en vertu d'insinuations dépourvues de tout fondement lui imputant des dépenses exagérées, et une gestion imprudente de ses biens et revenus personnels, croit devoir protester avec la dernière énergie contre les calomnies dirigées contre elle dans un but intéressé. Elle met ses adversaires au défi de fournir une seule preuve de tous les faits qu'ils ont allégués. Elle n'a pas d'autre réponse à faire que d'exposer la situation désastreuse qui lui a été créée par l'incurie des liquidateurs de la succession de son mari." [Suit tout le détail de la situation, depuis le décès d'Edouard Dentu le 13 avril 1884. On relève quelques passages :] " M. Sauvaître qui avait été institué administrateur judiciaire après le décès de M. Dentu, avait présenté au notaire liquidateur, sans livre, ni écriture de commerce, des inventaires et des bilans qui n'avaient aucun caractère d'authenticité. [...] Il n'a pu ou n'a voulu fournir aucune situation relativement à ses comptes ; il s'est refusé à dresser un nouvel inventaire, à ouvrir les livres exigés par la loi, à remettre aux employés comptables les pièces leur permettant de dresser les états qu'il ne voulait ou ne pouvait faire lui-même. De plus, par son imprévoyance il accumulait de nouvelles et lourdes charges pour la maison de librairie déjà durement éprouvée par la crise commerciale ; enfin il empiétait sur les prérogatives de Mme Dentu en traitant sans mandat les auteurs. Par exemple il faisait imprimer le livre "Le Gaga" et se hâtait de le mettre en vente malgré une défense expresse de Mme Dentu. Déjà blessée par l'attitude outrageante qu'il prenait à son égard, elle ne put se dispenser de le congédier après inutiles remontrances [ ... ] C'est ainsi que la reconstitution entière de la comptabilité et les rectifications d'écriture qui en étaient la conséquence n'ont pu être essayées qu'après le départ de M. Sauvaître à dater du 1er janvier 1886. Elles ont abouti en peu de temps à la constatation de la situation désastreuse qui avait été faite à Mme Dentu. [ Celle-ci se tourne en vain de tous côtés : ] Elle fit plusieurs versements pour une somme totale de 50000 fr. à la caisse de la librairie. Elle essaya en outre de s'associer des capitalistes. Dès le mois de juin 1886 un acquéreur présenté par M. de La Batut étudiait un projet d'achat dans des conditions paraissant avantageuses [ ... mais c'est l'échec. Elle souscrit un emprunt ] Mais malgré ses efforts et en raison des manoeuvres de concurrents et des ennemis acharnés surgissant de tous côtés contre elle, elle n'eut pu suffire à conjurer le péril d'une suspension de paiement si elle n'eût conclu en février 87 un acte d'association qui consacrait presque entièrement tous les avantages et toutes les prérogatives qu'on lui avait attribués lors du partage. Malheureusement la persistance de la crise commerciale et le danger de continuer les opérations qui pouvaient créer pour l'avenir des charges qu'elle n'eût été en état de supporter même partiellement l'obligèrent à conclure de nouveaux arrangements pécuniaires pour partager la responsabilité commerciale avec ceux des associés qui étaient mieux qu'elle en mesure d'en subir les conséquences, puis à se retirer entièrement, et définitivement par acte de cession du 1er octobre 87. [...] Sans entrer dans une discussion de chiffre quelconque, il est facile d'établir quelles sont les causes directes du déficit laissé par Dentu à son décès : ce sont exclusivement les dépenses personnelles engagées depuis l'année 1879 jusqu'à la fin de 1883, notamment l'achat de divers immeubles de plaisance, d'un prix élevé, coûteux d'entretien et sans revenus avec les frais d'aménagement d'installations et d'ameublement (sans parler de l'établissement de Mme de la Batut) ; les sommes déboursées pour ces différentes affaires dépassaient pour cette période 500000 fr., prélevés sur le compte courant du comptoir d'escompte c'est-à-dire les recouvrements effectués sur les clients de la librairie, le véritable actif commercial, qui n'était alors nullement disponible". [ etc.] II : Rapport d'arbitrage par Binot de Villiers daté du 26 novembre 1892. Contestation entre Madame Veuve Dentu Demanderesse d'une part et MM. Hippeau, Curel, Gougis, Richardin d'autre part [ Rapport d'arbitrage de 39 pp. manuscrites in-folio, détaillant avec grande clarté et précision le litige complexe opposant la Veuve Dentu à ses nouveaux associés, liés par divers contrats sur la seule année 1887. Remarquable document sur l'histoire de la librairie et de l'édition à la fin du XIXe siècle. On citera notamment ce passage : ] "Pour obtenir une avance de la librairie Dentu, un auteur promet d'apporter prochainement un manuscrit, et la librairie lui fait cette avance pour qu'il n'aille pas apporter son manuscrit ailleurs et c'est-à-dire pour s'assurer la préférence. Si l'auteur ne remplit pas sa promesse la librairie subit une perte presque toujours irrecouvrable. S'il remplit sa promesse, pas de difficultés si ce n'est qu'à ce moment on lui verse généralement le complément de ses droits d'auteur. Comme la librairie n'a d'espoir d'être remboursé que sur le produit de la vente et c'est ce qu'indique très clairement la convention du 13 octobre 1887, lorsqu'elle est édicte que le remboursement des avances se fera par voie de déduction sur les sommes auxquelles ont droit les auteurs, la librairie commence par déduire des droits d'auteur les avances déjà faites et ne se libère ensuite que contre remise du manuscrit. Elle ne court plus alors que le risque de l'insuccès de l'ouvrage." ; III : Liquidation de la Société Dentu & Cie dissoute le 30 juin 1887. Deuxième Compte [ 8 feuillets in-folio. Le rapport d'arbitrage indique : " à la date du 8 février 1887, une société était formée sous la raison sociale Dentu & Cie entre Mme Veuve Dentu et M. Hippeau, associés en nom collectif et M. Curel simple commanditaire ; mais quelques mois plus tard, c'est-à-dire le 16 juillet 1887, cette société était dissoute avec effet rétroactif aux 30 juin" ] ; IV : Compte Personnel de Mme Vve Dentu du 1er octobre 1887 au 30 Juin 1888 [ 1er et 2e compte, ensemble 4 feuillets in-folio ] ; V : Librairie Dentu. Société Curel Gougis et Cie. Compte Personnel de Madame Vve Edouard Dentu, période du 1er juillet au 8 novembre 1888 [ 4 ff. in-folio] ; VI : Lot d'une cinquantaine de feuillets d'inventaire, essentiellement Inventaire des Magasins de Ségur [ Comme le précise le rapport de l'arbitre, "Le magasin de l'avenue de Ségur n'était pas un magasin de vente était uniquement un lieu de dépôt choisi par Mme dentu dans une maison montée des propriétaires et elle seule avait la clé de ce dépôt où elle avait rassemblé les ouvrages qui n'étaient plus de vente courante."] ; VII : Compte Principal de Madame Dentu chez son mandataire M. Albert Baudry depuis le 10 décembre 1889 [ 4 feuillets in-4 sous chemise, daté du 31 mars 1892 ]‎


‎Important ensemble réunissant diverses pièces relatives au "naufrage" de la librairie Dentu, au lendemain du décès du grand éditeur Edouard Dentu. On notera un remarquable rapport d'arbitrage détaillant avec une grande clarté les litiges très complexes qui opposèrent la Veuve Dentu à ses nouveaux associés. L'arbitre plonge dans les arcanes de l'édition et de la librairie parisienne des années 1884-1890. Prix du lot, non séparable.‎

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