Calmann-Lévy, 1961, in-8°, 315 pp, préface de Jean Cocteau, traduction française de Jean Bloch-Michel, broché, couv. illustrée, bon état
Reference : 113990
Voici un roman par lettres. Ce qui est ailleurs un procédé littéraire, aujourd’hui bien démodé, est ici le reflet de la réalité même : c’est-a-dire qu’il s’agit de vraies lettres, mais aussi d’un vrai roman. Quand l’illustre dramaturge Bernard Shaw rencontra la célèbre actrice Béatrice Campbell, le sort décida que cette rencontre ne serait pas infructueuse. Shaw tomba amoureux et il fit jouer « Pygmalion » à celle qu’il aimait. Béatrice ne fut peut-être pas insensible, mais elle s’aperçut assez vite que Shaw vivait son amour en rêve, ce qui n’était pas le lieu où elle désirait voir se jouer sa vie amoureuse. Il s’ensuivit qu’elle épousa M. Cornwallis-West, et que Shaw en conçut une fureur, puis une amertume qui ne s’apaisèrent jamais. Pendant trente ans, ils s’écrivirent, s’aimèrent, se haïrent, se disputèrent, s’injurièrent, incapables, l’un comme l’autre, de se priver de l’admirable partenaire que chacun avait découvert en l’autre. Mais tandis que Bernard Shaw voyait grandir sa gloire et sa fortune, la belle actrice devenait une vieille dame, chassée des studios et des scènes, menant une vie de plus en plus misérable et solitaire. Quand elle se tourna enfin vers celui qui avait prétendu l’aimer, pour lui demander quelque secours, Shaw trouva, à le lui refuser, le plaisir le plus subtil qu’elle lui eut jamais procuré : enfin il se vengeait de l’avoir aimée, qu’un autre lui eut été préféré, et, surtout peut-être, d’avoir été trop bien compris. Cette correspondance – dont on a tiré la pièce « Cher Menteur » – est d’abord un extraordinaire document sur le théâtre au début de ce siècle. Mais c’est aussi l’histoire passionnante d’un amour impossible, puis d’une amitié – ou d’une haine, on ne sait pas très bien – vécue et exprimée par un homme et une femme que leur caractère et leur talent mettaient, ce qui est rare, à la hauteur de leur propre aventure. Désormais les frais d'envoi sont de 6 € seulement pour les livres jusqu'à 1 kg (colissimo suivi), pour la France métropolitaine.
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[1930-1940] 1 vol. relié Importante correspondance de travail échangée entre Carco (1886-1958) et l'un de ses collaborateurs, Jean Auzanet (1877-1943), auteur d'une douzaine de pièces ou romans historiques tombés dans l'oubli. Lettre après lettre, on peut suivre le patient travail de relecture et de correction effectué par ce dernier en marge des différentes publications de Carco au début des années 1930 : "Le Roman de François Villon" (Éditions Trémois, 1930), préface aux "Liaisons dangereuses" (À la Cité des Livres, 1931), réédition de "Bob et Bobette" (Albin Michel, 1931), "Prisons de femmes" (Les Éditions de France, 1931), "Le Fanfaron" (roman inachevé, 1932).Mais l'essentiel de cette correspondance, sur plus de 50 pages, concerne la genèse de la biographie romancée de Verlaine, dont Carco soumet l'idée le 10 août 1938 : "Je me mettrai dans la peau de Verlaine quand il rédigeait ses souvenirs (…) Je montrerai Verlaine en train de revivre son existence, ce qui me permettra de ne retenir que l’essentiel". Le 21 août, l'écrivain précise son projet : "Je prends Verlaine à son arrivée à Paris en 1886, cour St-François, quatre jours après la mort de sa mère, c'est-à-dire le 25 janvier, au commencement de sa déchéance totale (...). Il est au tournant dangereux : il entre dans la vieillesse, sa jambe coule, l'hôpital (dont Mme Verlaine mère ne voulait pas entendre parler) le guette. Enfin, la dernière amarre qui le retenait à un semblant de dignité bourgeoise, est rompue. Mais à mesure qu'il s'embourbe, sa gloire grandit. Il y a là un double courant magnifique à montrer."Carco prie son assistant de se documenter sur l'environnement de Verlaine à l'époque, les cafés, le jardin du Luxembourg, les personnes qu'il fréquente... "Ramassez tout ce que vous pourrez sur Eugénie et Philomène !"La question de l'homosexualité reste une énigme qui fait l'objet de longs développements contradictoires. "Comme Porché, je crois que Verlaine a corrompu (si j'ose dire) Rimbaud par amour de la poésie ! et non pas que Rimbaud a perverti Verlaine (si ce n'est spirituellement). L'un tout sens, avec de gros désirs charnels, l'autre diabolique, méprisant, impossible. Le drôle de ménage s'explique bien ainsi. Quant aux deux pouffiasses de la fin, je m'en remets à vous pour déterminer dans quelle part, Verlaine leur est redevable de son inspiration". Auzanet y va de sa propre analyse : "Ces femmes peu séduisantes auxquelles il a d'abord recouru dès son adolescence, avaient, de par leur laideur même, quelque chose de masculin, d'hommasse. Il a pu fort bien subir une déformation du goût, devenir de moins en moins exigeant et finir par trouver désirables les 'charmes' si j'ose dire, de ce Rimbaud qui était très mal tenu et qui ressemblait à un grand chien". Carco émet une autre hypothèse le 2 septembre : "Pour la tendance à la pédérastie, elle s'est produite de bonne heure en raison de la laideur physique du poète qui, repoussé par les femmes, s'est tourné vers ses camarades mâles. Ne croyez-vous pas cela satisfaisant ? Il avait l'instinct femelle (sa sensibilité ne le prouve que trop) et plus tard parce qu'on l'empêchait de voir son fils : un transfert s'est opéré et Verlaine s'est cru le père d'élection de Létinois. Chez tous les passifs, la hantise est de devenir actif. J'en ai eu de nombreux exemples sous les yeux. Avec l'âge, 'elles' se croient des hommes, pareils à la grande Sapho, pas vrai ?" Finalement, le 17 septembre 1938, Carco avoue son incompréhension : "Dans ses amours d'hommes, on a trop insisté sur les révélations érotiques : elles existent, bien entendu, mais la prise de possession de Verlaine par Rimbaud a été plus complète, plus entière qu'on le dit. C'est de l'envoûtement". Cette correspondance inédite, rédigée sur des papiers de différents coloris, formats et en-têtes, est complétée par plusieurs documents originaux annexes : un portrait de Carco, un récépissé de virement, des lettres signées d'André Billy, Jérôme Carcopino, Jean Marèze, ainsi que F.-A. Cazals (1865-1941, qui fixe rendez-vous à Jean Auzanet en 1938 pour l'entretenir du souvenir de Verlaine).Ensemble unique, en très belle condition.
Paris Gallimard 1976 2 vol. broché 2 vol. in-8, brochés, couvertures à rabats, 1034 pp., portrait-frontispice, index. Édition originale. Un des 58 exemplaires numérotés sur vélin pur fil Lafuma-Navarre, en excellent état.La relation de Gide et de Ghéon (1875-1944) est littéralement coupée en deux. La première partie correspond à une phase de complicité amicale et littéraire quasi fusionnelle, qui se nourrit de leur même appétit sexuel. Ghéon et Gide seront des compagnons de virées à la recherche de partenaires, allant jusqu’à partager leurs amants. Il n’était pas étonnant dès lors que L’Immoraliste soit dédié à ce « franc camarade ». La devise de Ghéon « Beaucoup, de tout, deux fois » dit l’exubérance d’un homme enthousiaste, dont l’énergie porta Gide. Leur correspondance nous fait entrer dans l’intimité de Gide dont elle embrasse toute la vie littéraire jusqu’en 1915, Ghéon étant un critique avisé au Mercure de France avant de participer activement à l’aventure de La NRF.Mais leur histoire commune se brise durant la Première Guerre mondiale quand Ghéon se convertit et abjure sa vie passé. La perte de cet ami fut douloureuse. Dans une lettre du 9 mai 1920, Ghéon prend acte : « Hélas ! Mon pauvre vieux, comment veux-tu qu’un certain silence n’ait pas tendance à s’établir une fois pour toutes entre nous ? Nous ne vivons plus sur le même plan. Ne pouvant plus pécher, je me tais. Le Ghéon que je fus et que tu regrettes, je l’abomine ; c’est peu dire, je le vomis. » (p. 972) Ghéon se consacra ensuite à une littérature religieuse édifiante, à mille lieux de Gide...Curieusement, c’est à un prêtre du lycée Stanislas qu’il revint de publier cette correspondance, aussi sulfureuse qu’abondante : plus de 850 lettres ! Ghéon les avait conservées pour servir d’exemple : « mes malheureux frères (...) sauront d’où je suis sorti, où je suis entré et je sèmerai en eux un grain d’espoir qui se lèvera » (p. 129). Au décès de Ghéon en 1944, Gide ravive le souvenir du compagnon que Dieu lui avait confisqué, concluant : « Rien dans ma vie, et peut être aussi dans la sienne, ne fut égal ou comparable à cette première amitié. »
Paris Gallimard 1980- 2006 10 vol. Brochés 10 vol. in-8, brochés, couvertures à rabats. Collection complète en grand papier de cette correspondance générale couvrant les années 1896 à 1958, présentée et établie selon les volumes par Maurice Rieuneau, André Daspre, Claude Sicard, Jean-Claude Airal, Pierre Bardel et Bernard Duchatelet. Un des 88 exemplaires numérotés sur vélin d'Arches Arjomari-Prioux pour les deux premiers volumes, un des 41 exemplaires numérotés sur vélin pur chiffon de Rives Arjomari-Prioux pour les volumes III à V, et un des 21 exemplaires numérotés sur vélin ivoire de Lana ou pur fil Mamenayde pour les volumes VI à X, seuls tirages en grand papier. On joint à cette série en parfait état deux lettres autographes signées de Roger Martin du Gard :Dans le tome III, une lettre inédite adressée à Paul Colin (2 p. in-8 à l'en-tête gaufré de Bellême, avec enveloppe, 12 juin 1925) pour le remercier de l'envoi de son livre-album sur Van Gogh : "Le choix des reproductions est une magistrale illustration de votre étude et fait avec elle un ensemble sans bavures, strict et concentré, qui donne à Van Gogh son véritable contour. Ai-je besoin de dire que ce contour ne le limite pas ? Il le précise, l'explique, et motive l'admiration. L'auteur du "Testament du père Leleu" ne peut être insensible à l'art de Van Gogh, et je suis heureux de posséder, grâce à vous, ce Van Gogh de poche, qui me permettra de vivre en plus grande familiarité avec un artiste que j'ai de longue date fait mien". Dans le tome VIII, une lettre adressée à Florent Margaratis (2 p. in-8, Nice, 1er avril 1941, deux petites perforations ne gênant pas la lecture) reproduite pp. 184 et 185 déjà parue en 1958 dans les Cahiers du Sud n°45.Enfin, le dernier tome contient une carte de visite autographe datée de décembre 1953 et adressée à une dame : "Si l'un de nous "admire" l'autre, c'est moi, pour votre charitable et persévérante activité".Superbe ensemble !
1943 Ensemble de 10 lettres autographes signées "Edith", au total 19 pages au format in-4 ou in-8, écrites de Marseille, Paris, New York et Hollywood, entre 1943 et 1956.Rare et émouvante correspondance inédite à Robert Dalban (1903-1987), mémorable majordome des Tontons flingueurs que Piaf rencontre par l'entremise de son épouse, la comédienne Madeleine Robinson avec laquelle elle a sympathisé aux Bouffes-Parisiens. Plus qu'un ami, "son Bob" devient pour Piaf un confident, un frère : elle signe à plusieurs reprises ses lettres d'un "ta frangine Edith".Cette correspondance dévoile toute l’ardeur sentimentale de la chanteuse. En 1943, elle évoque les tensions avec son amant en titre le parolier Henri Contet, alors même qu’elle entretient une liaison avec Yvon Jeanclaude, jeune chanteur ténébreux à la voix de basse. En 1946, c’est Yves Montand qui fait battre son cœur, "tout ce que je peux te dire c'est que je l'aime à en crever !" L’interprète évoque son état de santé fragile, "c'est patraque tout le temps cette pauvre mère Piaf", et sa joie de faire la nique à "Trenet, Chevalier et Tino" qui, comme elle, se produisent en matinées à Marseille en zone libre.Le coeur d’Edith est à son paroxysme en 1949 : elle a rencontré Marcel Cerdan. Mais le boxeur disparaît dans un accident d’avion le 28 octobre alors qu'il rejoignait Piaf en tournée à New York. Dans les lettres écrites entre le 3 novembre 1949 et le 21 janvier 1950, on peut lire le choc, la profonde détresse et le deuil provoqué par ce drame : "Tu sais, ma douleur, c'est affreux, je ne réalise pas. C'était la première fois que j'aimais et puis voilà. On m'enlève tout, on me brise le cœur, on me l'arrache, on m'écrase. Je voudrais mourir mais j'ai peur de ne pas le retrouver si je me suicide. Je ne vis que dans cet espoir, être là où il est, le reste je m'en fous! (...) je n'ai plus envie de chanter, tout ce que je faisais c'était pour lui!".Les dernières lettres couvrent la période avec son mari le chanteur Jacques Pills. Si le cœur d’Edith s’est apaisée, notamment avec le soutien qu’elle a trouvé auprès des Rose-Croix, elle fait montre d’une lassitude morale et physique, "aussi je veux serrer les poings, pendant deux ou trois ans avant qu'il ne m'arrive un pépin !" (1956). Fiche détaillée sur demande.
Paris Gallimard 1926-1928 4 vol. reliés 4 vol. in-4 tellière, demi-maroquin lavallière à coins bordé de filets dorés, dos à nerfs soulignés de pointillés dorés, triple filet et guirlande dorés en encadrement des caissons, têtes dorées, non rognés, couvertures et dos conservés (P.L. Martin), 351, 396, 380 et 388 pp., fac-similés en frontispice. Édition originale de cette célèbre correspondance qui se lit comme un roman d'apprentissage. Jacques Rivière et Henri Fournier se rencontrent en octobre 1903 au lycée Lakanal de Sceaux, où ils préparent le concours d’entrée à l’École Normale Supérieure. De tempéraments différents, rien ne les prédestine à nouer un lien d'amitié si ce n'est leur goût commun de la lecture. C'est en découvrant "Tel qu'en songe" de Henri de Régnier que les deux jeunes gens accèdent aux sortilèges de la littérature, une illumination qui décide de leur vocation d'écrivain, mais chacun selon sa manière : d'un côté l'homme appliqué qui prendra les commandes de la Nouvelle Revue française ; de l'autre, l'auteur fougueux du Grand Meaulnes, qui tombera au front en 1914. Chaque volume est l'un des 109 exemplaires de tête réimposés et numérotés sur vergé Lafuma-Navarre (n°26). Superbe ensemble, dans d'élégantes reliures signées de Martin.