Paris 23 pluviôse an IX [12 février 1801] | 11 x 16.5 cm | Une feuille
Reference : 91111
Lettre autographe signée "ta merre famme Babeuf" de Marie-Anne Babeuf, adressée à son fils Emile (né Robert, et prénommé Emile par son père en hommage à Rousseau). 3 pages sur un bifeuillet. Rarissime et inédite lettre écrite de prison par une révolutionnaire à la biographie encore très lacunaire : la femme du célèbre chef la conjuration des Egaux Gracchus Babeuf. Cet appel désespéré de Marie-Anne Victoire Langlet, modeste femme de chambre devenue activiste date justement dune période de sa vie dont on ne sait quasiment rien car les biographes de Babeuf sarrêtent avec la mort de celui-ci. Aussi faute de sources, peu se sont intéressés au sort de cette quasi inconnue dont on na retenu que la qualité de 'femme de' puis de veuve. Cette lettre désenchantée à son fils est lune des seules que lon connaît après lexécution de son mari. * Fille dun humble marchand de clinquaille dAmiens, Marie-Anne épousa en 1782 le célèbre précurseur du communisme et "partagea tous les tourments de son mari dont elle fut parfois la plus proche collaboratrice" (Jean Risacher). Elle a joué un rôle dans ses activités révolutionnaires babouvistes en participant activement à la distribution et aux abonnements de son journalLe Tribun du Peuple aux côtés de son fils Emile, le destinataire de cette lettre : "Ils sont occupés jour et nuit chez Guffroy, mon imprimeur, au ployage, à la distribution, à l'expédition du journal. La maison est abandonnée. Deux autres jeunes enfants, dont l'un n'a que trois ans, restent tout le jour enfermés seuls durant un mois" écrivit Babeuf dans le Tribun. Dans un contexte de disette, de hausse des prix et de répression accrue contre les sans-culottes, Marie-Anne dénonçait sans relâche labandon des idéaux de 1793, en particulier légalité réelle et le droit à lexistence qui lui valut son premier séjour en prison pour complicité. Le gouvernement thermidorien ordonne son incarcération à la Petite Force, dans la prison des criminelles et filles de mauvaise vie, où elle est privée de nourriture et interrogée pendant deux jours. Elle partageait les convictions de son mari, dont lultime acte politique, la Conjuration des Egaux, concernait aussi légalité des genres : "Laissez vos femmes prendre part à l'intérêt de la patrie; elles peuvent plus que l'on ne pense pour sa prospérité" avait clamé Babeuf dans un plaidoyer pour les droits politiques des femmes (Opinion d'un citoyen..., 12 brumaire an III [2 novembre 1794]). L'engagement de cette femme se fera au prix dimmenses sacrifices : un enfant mort de faim, et de multiples emprisonnements de son mari pendant lesquels elle maintient des contacts clandestins avec les alliés babouvistes en se faisant passer pour une innocente mère de famille - famille qu'elle doit bien souvent nourrir seule. En 1796, le Directoire exécute Babeuf et démantèle sa conjuration des Egaux ; en 1801, Bonaparte tente désormais déliminer le reste des émules babouvistes. Laffaire de la "machine infernale", tentative royaliste dassassinat contre sa personne, lui donna un prétexte pour incriminer la gauche républicaine et néojacobine, qui n'avait pourtant pris aucune part à l'explosion de la rue Saint-Nicaise. Marie-Anne, devenue "marchande à toilette", colporteuse de vêtements et de babioles à Paris, fait toujours partie du mouvement et se voit interpellée ainsi que des dizaines d'autres compagnons de Babeuf. Cette lettre date de cette seconde détention, cette fois à la prison des Madelonettes, comme indiqué dans l'en-tête autographe. Son séjour est nettement plus long que le premier : "tu ne s[a]is donc pas que voilàs carante troi journe que je suis isis [sic] sans ete intorges [sans être interrogée]" écrit-elle d'une orthographe approximative, implorant son fils Emile, alors âgé de seize ans, de lui venir en aide. La faculté à lire et écrire de Marie-Anne Victoire est au cur du débat dhistoriens : plusieurs ont soutenu avec véhémence son illettrisme. Babeuf a laissé croire à son igno
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