Pierre-François Tingry (1743-1821), chimiste, minéralogiste, pharmacien suisse d'origine française. L.A.S., Genève, 5 août 1774, 1p 1/2 in-4. Très intéressante lettre scientifique au médecin Louis Odier (1748-1817), intéressé alors à la chimie autour de la découverte de « l'air fixe » i.e. le dioxyde de carbone et des alcalis doux ou caustiques [orthographe modernisée] : « Monsieur et cher docteur, Je ne pouvais point imaginer que la portion d'alcali rendu caustique par la calcination, put, par la plus grand affinité avec l'air fixe du vinaigre qu'on lui présente, interrompre l'affinité de l'acide contenu dans ce même vinaigre avec la portion d'alcali non caustique. Mon incrédulité était soutenue par des raisonnements et il me fallait greffer de nouvelles batteries pour vous combattre, ce que je viens de faire. J'ai noyé une partie d'alc. de deux parties d'eau qui, selon moi, pouvait lui fournir cette air fixe avant d'y ajouter le vinaigre. Demi heure après, j'y ai joint le vinaigre qui, trop faible alors, à cause de cette eau étrangère, n'a fait effervescence que lorsque j'en ai eu ajouté au moins trois [mot illisible] sur deux gros d'alcali. Peu satisfait de cette première expérience qui ne devait point être assez concluante pour vous, j'ai eu recours à la méthode que [Joseph] Black emploie lui-même pour rendre de l'air fixe à un corps. C'est en saturant de [mot illisible] ou de la terre d'acide vitriolique et en faisant passer l'air qui s'en dégage dans une liqueur alcaline. Cette liqueur saturée d'air fixe a été aussi tardive pour l'effervescence avec le vinaigre, aucune différence quelconque ne pouvait attester la théorie que vous m'annonciez et qui me séduisait. Je dirai donc toujours que l'effervescence qui parait d'abord est due à ce que l'acide du vinaigre présenté à l'alc. en pierre est sur le champ dépouillé de son véhicule aqueux qui est attiré jusque dans l'intérieur de l'alcali, tandis que les particules acides, que cette attraction développe davantage, exercent leur action sur les particules alcalines de la superficie. L'alcali ainsi pénétré par cette première eau ne peut plus concentrer l'acide, qui de son côté ayant moins d'analogie avec l'alcali, exige le concours de nouvelles particules semblables pour réunir leur force en attaquant l'alcali et pour former une nouvelle combinaison. Nous voyons par la terre foliée de tartre combien la combinaison du vinaigre avec l'alcali végétal est peu intime, puisqu'elle attire l'humidité de l'air et que l'évaporation l'alcalise. J'ai pris le parti de vous écrire plutôt que de vous attendre parce que je crains que cette matière ne fasse le sujet de votre leçon et que ce que j'annoncerai alors dans mon cours ne soit en opposition à ce que vous aurez dit. J'ai l'honneur d'être avec une combinaison plus parfaite de l'amitié et du respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Tingry ». Cette lettre est très intéressante et très importante. Louis Odier avait fait sa médecine à Edimbourg. C'est probablement là-bas qu'il a eu accès aux travaux du chimiste écossais Joseph Black (1728-1799) - peut-être même l'a-t-il rencontré. C'est très important car cette lettre est peu de temps après la découverte par Black du dioxyde de carbone, appelé encore « air fixe » Odier revient à Genève en 1772. Odier et Tingry étaient tous deux enseignants de chimie et parmi les premiers professeurs de cette science, il est donc très intéressant de voir que Tingry se dépêche de faire part de ses observations à Odier afin qu'ils ne se contredisent pas en donnant leurs cours respectifs. Cette lettre montre que la révolution dans la chimie est à l'oeuvre. La découverte fondamentale de Black fait abandonner la théorie du phlogistique et la fin du XVIIIe siècle voit les chimistes européens tenter d'isoler tous les gaz. Très belle lettre scientifique. Rare document. [184]
Reference : 018530
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