HarperCollins 2022 448 pages 10 7x17 7x2 7cm. 2022. pocket_book. 448 pages.
Reference : 500131933
ISBN : 9791033911890
Bon état
Démons et Merveilles
M. Christophe Ravignot
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S.I.E.P.. 1962. In-8. Broché. Bon état, Couv. convenable, Dos frotté, Intérieur frais. 162 pages - nombreuses photos en noir et blanc dans le texte.. . . . Classification Dewey : 70.49-Presse illustrée, magazines, revues
MENSUEL - Sommaire: ce n'etait qu'un reve, burt lancaster, rien de plus que bons amis, soyez belles, je crois en toi, la mode, le train de cinq heures, la bonne cuisine, je reviendrai, le jeu de la verité... Classification Dewey : 70.49-Presse illustrée, magazines, revues
[Paris, Versailles, Saumur, Saint-Domingue, Nantes, Ath, Hambourg] - [ TRUTIE DE VAUCRESSON, Léger François ]
Reference : 71911
(1840)
1 cahier format 31 x 20 cm, 44 ff. , 2 ff. débrochés (le premier a été manifestement détaché suite à une erreur du rédacteur qui a inversé recto et verso), dont 12 ff. rédigés à l'encre brune, souvent en recto verso, d'une écriture cursive régulière, s.d. [ circa 1830-1849 ] Etat satisfaisant : une forte salissure en angle supérieur droit, 2 feuillets débrochés, qq. accrocs, mais le manuscrit reste bien lisible. Voici la transcription complète : [ Manuscrit autographe : ] Mémoires du Chevalier Léger Trutié de Vaucresson [Souvenirs autobiographiques autographes et inédits retraçant le destin du jeune Léger Trutié de Vaucresson, jeune noble de 15 ans pris dans la tourmente de la Révolution française. Avec un témoignage saisissant du traumatisme de l'été 1789, du massacre de ses proches, Foulon et Bertier de Sauvigny, des derniers jours de la cour de Versailles, une immersion rare dans la société coloniale de Saint-Domingue en 1790 avec ses tensions raciales et un duel à 16 ans, le retour en France en 1791 et les réseaux de l'émigration militaire ] Mémoires du Chevalier T. de Vaucresson. Chapitre 1. Trop avancé dans la vie pour que le présent ait quelque charme pour moi, j’ai besoin de jeter un regard en arrière & e chercher à revivre dans le passé. Je n’ai point la prétention d’occuper le public de moi car je n'aime point à me mettre en évidence. J'abandonne le plan à ceux qui ont l'opinion contraire et cherchent à faire de l'effet, [… ] bien commun dans le siècle où nous vivons. Il auraitt peut-être mieux convenu à mon goût pour le repos de garder le silence et de mourir dans l'oubli, mais dans la longue carrière que j'ai parcourue et au milieu des orages qui se sont renouvelés si fréquemment pendant sa durée, j'ai dû naturellement voir beaucoup de choses & je suis entraîné à les raconter à mes enfants et à mes contemporains pour éclaircir certains faits dont j'ai été témoin et que l'esprit de parti qui corrompt tout a dénaturés. Je parlerai avec le langage de la vérité, si rare dans les convulsions qui nous agitent et des faits qui me sont personnels et de ceux qui se rattachent à la politique.Je ne cacherai rien, je ne déguiserai rien, car, je n’ai aucune raison pour altérer la vérité, et si quelques personnes pouvaient en être blessées, je déclare ici que je n'ai point la volonté de les atteindre et que bien ou mal, je passe condamnation sur tout ce qui a été fait [Page 2 :] même contre moi. Ce n'est point [ au ] déclin de la vie, lorsque l'on n'a plus rien à attendre ou à espérer des hommes que peut continuer de la haine pour eux.Naissance. Je suis né à Paris le 11 mars 1774 : mon père qui possédait une très brillante fortune avait commencé à servir dans les mousquetaires; depuis, lors de la dissolution des parlements à la fin du règne de Louis XV, pressé par le chancelier de Maupeou et par M. Bertier de Sauvigny premier président, il quitta le militaire pour accepter dans le nouveau parlement de Paris une charge de conseiller de grand'chambre, mais l'espèce de réprobation qui paraissait se manifester contre cette magistrature improvisée et les difficultés qu'il éprouva pour obtenir une charge de président à mortier qui lui avait été promise le dégoûtèrent de cette carrière. Iil rentra dans le militaire comme capitaine de cavalerie et acheta une charge de maréchal général des logis de la cavalerie qui devait le porter au grade de Mestre de camp. Quelques temps auparavant il avait épousé à Versailles Marie le Noir de Pasdeloup, d'une des plus anciennes familles nobles de l'Anjou, elle était nièce du Conseille Foulon conseiller d'état surintendant de la guerre et de la marine. De ce mariage il eut plusieurs enfants.Éducation. Dans la position de fortune où était mon père, rien ne fut épargné pour mon éducation [Page 3:] Toutefois à l'époque dont il s'agit, l’éducation n'était pas poussée à fond comme de nos jours, l'état militaire étant [ le seul recherché] par la noblesse, elle négligeait [la connaissance] des sciences exactes et celle du droit [qui demandaient] de longues études et qui ne lui auraient [ pas permis ] d'entreprendre, dès l'âge de 15 ans, la carrière qui lui semblait la seule honorable. [ … ] jusqu'en troisième, l'arithmétique, l'histoire, le dessin, la danse et l'escrime, composaient à peu près toute la science d'un gentilhomme. On pensait alors et peut-être avec raison que l’excès des études propres aux savants détruisaient ou énervaient les forces physiques des jeunes gens et qu'enfin pour remplir avec honneur la carrière militaire il fallait en première ligne s'attacher à développer les forces du corps et à graver dans le coeur de ceux qui s'y destinaient les beaux et nobles sentiments qui dans les siècles précédents ont imposés à la noblesse tant de sacrifices pour le service du Roi et la défense de la patrie.Révolution de 1789. J'atteignais à peine l'âge de 14 ans lorsque la révolution de 1789 vint bouleverser toutes les têtes et troubler le doux repos dont la France jouissait. On a déjà tant parlé à tort ou à raison des causes qui ont amené cette sanglante catastrophe qu'il deviendrait superflu d'y revenir. Chacun a apporté dans ces tristes discussions l'opinion qu'il s'était faite dans son propre intérêt et peut-être n'était-il jamais [Page 4 :] existé de contraintes plus vives de part et d'autre, sans cependant amener le triomphe de la vérité. Trop jeune à cette époque pour avoir pu juger sainement cette grande question, je dois me borner à rappeler ces moments dont chacun s'est plus ou moins ressenti.En 1782, mon père, qui possédait de grands biens à Saint-Domingue, avait été obligé pour rétablir l'ordre dans ses affaires, de se rendre dans cette colonie, où des gérants profitaient de son absence, mettant depuis la mort de mon grand-père tous ses biens au pillage (il était temps d’arrêter ces dilapidations). En quittant la France, il avait abandonné à ma mère qui agissant en cela avec prudence, avait établi dans ses dépenses plus d'ardeur et d'économie que par le passé. Nous habitions l'hiver à Paris et l'été la terre de Vaucresson entre Saint-Cloud et Versailles. Ce fut dans cette terre, qui dans le grand siècle faisait les délices du duc de Bauvilliers, que j'ai passé une partie des premières années de mon enfance. Temps heureux ! où l'avenir se déroulait plein de charmes à mes yeux, bonheur que je croyais sans fin, qui fut bientôt remplacé par de cruelles douleurs.Au mois de juin 1789, nous jouissions de cette douce paix qui n'était troublée que [Page 5: ] par les inquiétudes que font toujours naître les avant-coureurs d'une commotion politique, lorsqu'un courrier venant de Paris annonça à ma mère le massacre de monsieur Foulon et de monsieur Berthier. Les détails de cette circonstance nous affligèrent douloureusement. Non seulement le peuple en délire avait répandu le sang de ses victimes, mais il s'était livré à des excès tels, que les peuples les plus sauvages en auraient rougi de honte, après avoir assouvi leur rage sur ces infortunes, dont le seul crime était leur dévouement comme au roi, ces monstres leur coupèrent la tête, la placèrent au bout d'une pique et connaissant les liens de famille qui existaient entre nous et leurs victimes, ils vinrent présenter leurs têtes sanglantes aux croisées de l'hôtel que nous occupions à Paris. Ces détails étaient un avertissement pour nous de nous tenir sur nos gardes ; en conséquence ma mère quitta sur le champ le château de Vaucresson pour venir se réfugier à Versailles, mais déjà les affreuses nouvelles étaient partout répandues, et ce ne fut pas sans peine et sans être insulté par nos paysans que nous pûmes effectuer notre retraite. [Page 6: ] Ainsi le même jour et presque au même instant les deux chefs vénérés de ma famille nous furent enlevés, par un crime atroce que l'on ne peut avec raison toutefois attribuer entièrement à ceux qui l'ont commis, mais dont nous avons tous connu l'auteur qui, pour arriver au trône, voulait se débarrasser à tout prix des hommes de tête et de coeur qui entouraient le malheureux Louis XVI. Il fallait pour l'atteindre facilement le laisser sans défense.Stanislas … Foulon, baron de Doué, seigneur de Morangies, Soulangé et autres lieux, conseiller d'État, décoré de la croix de commandeur de Saint-Louis, à l'époque de sa mort avait environ 75 ans. Il était d'une famille respectable de Saumur en Anjou. Le marquis de Pasdeloup, mon grand-père maternel, avait épousé sa sœur; sa belle et noble figure, ses talents distingués et principalement la fermeté de son caractère le firent remarquer. Jeune encore, il était commissaire ordonnateur de la guerre et le maréchal duc de Richelieu qui l'aimait le fit nommer intendant de son armée. De retour de ses campagnes, il fut bien accueilli à la cour et sous le ministère de monsieur le duc de Choiseul, fut nommé par le roi surintendant de la guerre et de la marine. La chute du [Page 7:] Premier ministre entraina la sienne, mais le Roi ne pouvant consentir à se priver de ses talens le nomma conseiller d'Etat. Louis Seize qui connoissait sa bonne réputation et qui sentait le besoin de s'entourer d'hommes de tête, ayant en 1789 nommé premier ministre Mr le Maréchal duc de Broglie, Mr Foulon fut nommé ministre de la guerre, mais il connoissait le système de modération et de concession adopté par la cour. Les sourdes menées des révolutionnaires, la confiance d'un Roi faible et timide devait l'exposer personnellement aux plus grands malheurs, sans qu'il put en rien résulter d'avantageux pour son pays; il refusa de se charger d'un fardeau que les circonstances rendaient trop pesant. Sa détermination prise, il crut pouvoir revenir à Paris, mais il y fut insulté dans son hôtel et quelques jours après arrêté par les factieux et conduit à l'hôtel de ville où il fut impitoyablement massacré par une populace ivre de sang.Mr Foulon était malgré la fermeté de son caractère, d'une humeur douce et facile, très attaché à sa famille il avait fait élever ma mère auprès de lui et contribua à son mariage avec mon père. Son gendre Berthier fils de Mr Berthier de Sauvigny, premier président au parlement sous le Chancelier [Page 8:] Maupeou était d'une figure fort agréable et d'une petite taille. Il était doué d'une grande distinction de manières. Très jeune encore il fut nommé intendant de la généralité de Paris. Enfant gâté de la fortune mais d'un esprit aimable et conciliant il avait su se faire pardonner son élévation prématurée et avait peu d'ennemis. Toutefois son dévouement au Roi était connu, c'était assez pour le rendre suspect au duc d'Orléans qui ne laissa pas échapper l'occasion de se débarrasser d'un homme qu'il considérait comme un obstacle à ses projets ambitieux.Ma mère était trop sincèrement attachée à sa famille pour ne pas être profondément affligée de ces événements qui nous firent sur le champ quitter la campagne. Nous arrivâmes en fugitifs à Versailles sans y être attendus et sans savoir où nous irions loger, un de nos amis touché de notre situation nous offrit un asile chez lui et bientôt Madame Elisabeth ayant appris notre arrivée, daigna faire mettre à notre disposition un logement qui lui appartenait rue de Maurepas.J'avais à peine quatorze ans à cette époque, par principe et par devoir j'étais dévoué au Roi, ses malheurs n'avaient fait que développer ce sentiment et je puis affirmer qu'il était arrivé [Page 9: ] à un tel degré d'exaltation qu'il était une sorte de fanatisme. Quoique dans l'âge où l'on ne pouvait être admis à la cour, je ne manquai cependant aucune occasion de m'y présenter et les huissiers de la chambre étaient tellement dans l'usage de me voir que je pénétrais dans tous les appartements sans aucun obstacle. L'habitude de voir le Roi, la Reine et les princes, la fréquentation continuelle de tous les habitués de la galerie du château et de l'oeil de boeuf me donna bientôt le goût et les manières du grand monde & c’est sans contredit à ces premiers mois de mon entrée dans la vie que j’ai dû, depuis les succès que j'ai obtenus dans un monde inférieur.Quatre mois se passèrent ainsi et les événements suivaient leur triste cours. Quelques jours après le peuple de Paris, encouragé par la faiblesse du gouvernement, vint à Versailles pour forcer le Roi de venir s'établir à Paris avec sa famille. (Jusque là les régimens qui composaient la garnison de Versailles s’étaient maintenus dans un assez bon espoir mais pour fortifier encore leurs bonnes dispositions, les Gardes du Corps les invitèrent à dîner avec ma permission du Roi dans la salle de spectacle du château. J’assistais à cette fête où les plus nobles sentimens se manifestèrent. La Reine en digne fille de Marie-Thérèse prit Mr le Dauphin dans ses bras et le présenta aux troupes qui firent éclater leurs transports, mais cette démonstration n’eut aucun bon résulta). Ce fut le 5 octobre 1789 que cet événement s’effectua, une armée de bandits dirigée par les factieux vint assiéger la résidence Royale, les portes du château furent enfoncées, le peuple se précipita dans les appartements et la malheureuse Reine ne dut son salut [Page 10: ] qu'au dévouement d'un garde du corps qui en défendant l'entrée de sa chambre à coucher aux dépens de sa vie, donna le temps à la princesse de se sauver dans la chambre du roi. Cette nuit fut affreuse et j'en conserve encore le souvenir. Chaque instant était marqué par la détonation d'une arme à feu et dix-sept gardes du corps périrent victimes de leur attachement à leur maître.Le lendemain la cour quitta le château de Versailles et cette ville ne pouvant plus être un asile sûr pour nous nous partîmes pour Saumur où était mon grand-père.Saumur est une charmante petite ville sur les bords de la Loire, le marquis de Pasdeloup, père de ma mère y jouissait d'une haute considération, acquise par une conduite sans reproche et une naissance distinguée. Sa maison était ouverte à tout ce qu'il y avait d'honorable dans l'Anjou et à tous les officiers supérieurs de la garnison. C'est alors que sollicité par mes instances ma mère consentit à me faire entrer de suite au service j'avais quinze ans et demi, il était temps d'y penser, mais comme à cette époque ainsi que je l'ai déjà dit, la noblesse ne recherchait que le service militaire, il en résultait que toutes les issues dans les corps étaient [Page 11:] encombrées par une foule de jeunes gens dont le nombre excédait de beaucoup celui des places dont le gouvernement pouvait disposer, et qu'ainsi tout mouvement étant arrêté, il fallait attendre quelques fois des années pour arriver à son but et perdre un temps précieux. Le régiment de Royal Roussillon cavalerie (4ème de cuirassier) qui était alors en garnison à Saumur comptait dans ses rangs à cette époque 33 officiers à sa suite absents du corps. Mon impatience ne s'accommodant pas d'un tel état de choses ma mère écrivit en conséquence au marquis de Vignacourt qui était colonel du régiment et le 1er janvier 1790 je fus admis comme volontaire en attendant un brevet de sous-lieutenant.Le service militaire avait un grand attrait pour moi et je ne puis exprimer tout le bonheur que j'éprouvais en portant pour la première fois cet habit depuis longtemps objet de mes désirs. Je commençai donc à faire mon cours d'équitation et à monter mes gardes afin de me rendre digne du grade sur lequel je comptais. Ces occupations qui avaient pour moi un grand charme durèrent toute l'année mais, l'horizon politique se couvrait [Page 12:] de nuages, tout s'écroulait sous nos pieds, la discipline des meilleurs régiments commençait à se relâcher, les bas officiers se plaignaient de ne pas participer aux avancements et d'être commandés par des jeunes gens inexpérimentés dont le seul mérite selon eux était leur titre de noblesse. Toutes ces clameurs suggérées par les nouvelles idées révolutionnaires, étaient en partie fondées par la négligence avec laquelle beaucoup de jeunes officiers faisaient leur service, la plupart suivaient leur carrière à défaut d'autres que les préjugés du temps leur interdisaient et dans le seul but de se faire un état et d'ajouter à leur considération. L'armée était encombrée de ces auxiliaires inutiles et les officiers supérieurs des corps n'avaient pas toujours assez de caractère ou d'indépendance pour les contenir et les diriger, les plaintes des inférieurs pouvaient donc se justifier jusqu'à un certain point et naturellement elles devaient finir par ébranler la discipline et diviser les corps qui à l'époque dont il s'agit avaient plus que jamais besoin d'union. Comme tous les autres devenus la victime de ces fâcheuses dispositions et pour éviter le prétexte d'un mouvement insurrectionnel dans mon régiment je fus obligé de [Page 13: ] m'éloigner et de demander un congé qui me fut accordé sur le champ. Je revins donc chez mon grand-père espérant que mon absence ne serait que momentanée et que les événements me permettraient de reprendre mon service. Cette espérance fut vaine il était dans ma destinée de ne jamais revoir les étendards du régiment de Royal Roussillon et la tourmente révolutionnaire me réservait un autre destin.Pendant le cours de ces tristes événements les colonies n'avaient pas été préservées. Elles étaient alors trop riches et trop florissantes pour ne pas exciter l'envie des révolutionnaires toutefois leur influence n'avait pas encore fait un grand progrès et elles avaient à lutter avec l'intérêt personnel des propriétaires et des habitans et le tems de leur triomphe n'était pas encore venu. J'ai déjà dit que mon père était reparti pour St Domingue en 1782 dans le but d'établir l'ordre dans ses habitations. En 1790, époque dont nous parlons, il était parvenu après huit ans de travail et de peines à remettre ses biens dans l'état le plus florissant mais ce changement n'était d'aucun [Page 14:] avantage pour nous en France; car mon père avait pris depuis le commencement de la révolution une telle aversion pour la France, telle qu'on cherchait à la faire qu'il y avait renoncé pour toujours et qu'il ne voulait faire à ma mère aucun envoye de fonds pour soutenir sa famille. Cet état de choses rendait notre position très fâcheuse en France et il devenait indispensable de la faire cesser. Mon père vint à notre aide en écrivant à ma mère de lui envoyer au plutôt ses trois fils, cet ordre était accompagné de recommandations très detaillées sur les précautions à prendre pour effectuer ce grand voyage qui devait effrayer naturellement beaucoup ma mère.Lorsque l'ordre de mon père arriva je venais de recevoir mon congé, j'étais encore à Saumur. Je n'hésitai pas à me mettre en route et j'arrivai à Nantes en octobre 1790 pour m'embarquer sur le navire le [ Zwininger ? ], Cap. Tarbois en chargement pour St Domingue.A cette époque l'état de la France devenant de plus en plus inquiétant pour le repos des honnêtes gens, chaque personne un peu marquante cherchait à s'éloigner du foyer révolutionnaire et ceux que l'idée d'un voyage long et hasardeux avait effrayés dans un tems [Page 15: ] de calme et de repos n'éprouvaient aucune répugnance à se risquer aux plus grandes entreprises pour fuir des dangers qui leur paraissaient bien plus redoutables. Cette disposition des esprits me fut favorable en ce que je trouvai parmi les nombreux passagers embarqués sur le Zwininger plusieurs personnes respectables dont la société devait naturellement adoucir les ennuis d'un long voyage et les regrets que je devais éprouver en quittant pour la première fois ma mère et le sol de la patrie.Notre bâtiment l'un des plus beaux du commerce de Nantes était depuis quelques jours descendu au mouillage devant St Nazaire petit bourg au-dessous de Paimboeuf à l'entrée de la Loire. Tout étant près pour le départ et le vent étant favorable nous appareillâmes le 24 février 1790. Sous voile nous nous trouvâmes 52 passagers dont 17 à la table du capitaine, parmi ces derniers on remarquait le Comte et la Comtesse Auguste de la Tourette avec Mr. et Mde de Pimelle qui allaient chercher à St Domingue des habitations dont les revenus ne leur parvenaient jamais, Pauvre famille qui était destinée à trouver la mort au lieu de ces grands biens objet de leur espérance. [Page 16:] Monsieur de La Tourette était d'une famille noble très connue en Vivarais et assez mal famée dans son état bien près de la misère tous les moyens leur semblaient bons pour arriver à la fortune. Celui dont il est icy question, comme ses frères, était officier des gardes du corps du Roi, pour se soutenir dans cette position l'argent lui manquait il épousa Mlle de Pimelle fille d'un gentilhomme Bourguignon d'assez bonne race, qui s'était allié à une mulâtresse propriétaire à Saint-Domingue. Mde Auguste de La Tourette était donc femme de couleur ce qui affectait peu la délicatesse de son mari, mais cette origine lui attira à Saint-Domingue de grandes humiliations. Quelques temps après l'arrivée de la famille dans la colonie Messieurs de La Tourette et de Pimelle s'étant présentés dans une assemblée de propriétaires en furent chassés ignominieusement et la douleur qu'ils en ressentirent les conduisit bientôt au tombeau. Mme de La Tourette restée veuve usa fort légèrement de sa liberté et vint au Port au Prince où elle mourut de chagrin en laissant un fils, mort quelques années après. Cette jeune femme n’était pas la seule qui fut nous promettre quelques compensations aux peines du voyage, mais était celle qui méritait le plus vif intérêt. [Page 17:] Je n'entreprendrai pas de détailler ici l'emploi de notre temps pendant la traversée je n'en ai le temps, ni la volonté, de faire le journal de mon voyage, il suffit de dire qu'après quarante cinq jours bons ou mauvais notre bâtiment vint mouiller au Cap Français, à cette époque la plus belle et la plus riche ville des Antilles.Une discussion que j'avais eue à bord avec un nommé Coussin ingénieur se disant Grand Voyer à Saint-Domingue me força de descendre à terre un moment après le mouillage. J'avais alors 16 ans. Je n'avais jamais mis l'épée à la main, mon adversaire âgé de plus de 30 ans avait sur moi un immense avantage. Cette infériorité devait naturellement appeler sur moi tout l'intérêt, aussi lorsque j'arrivais à terre où déjà le bruit du combat s'était répandu je me trouvai entouré de plus de 200 jeunes gens de la ville qui m'accompagnaient au rendez-vous. Cette publicité à laquelle je ne m'attendais pas fit d'abord une forte impression sur moi, toutefois j'étais trop animé pour hésiter un instant je mis l'épée à la main et malgré tous les dangers de ma position et le sentiment de ma propre faiblesse, je me présentai [Page 18:] avec fermeté au-devant de mon adversaire. Les fers croisés l'affaire ne devait pas se prolonger, car, je ne savais ni attaquer, ni me défendre, l'épée de mon adversaire ne rencontrant aucune opposition le sang jaillit bientôt de ma chemise, aussitôt tous les témoins s'écrièrent que j'étais blessé et se jetèrent sur moi en me comblant d'éloges et de marques d'intérêt, ma rentrée en ville fut une véritable ovation, chacun cherchait à me soutenir, tandis que d'autres appelaient un chirurgien à mon secours. De tous ceux cependant qui étaient présents à cette scène j'étais peut-être le plus calme, car je ne me sentais pas gravement blessé et bientôt on reconnut que je ne m'étais pas trompé. Le premier appareil mis je pus sortir le soir me rendre au spectacle.Je restai environ huit jours au Cap et je me rendis ensuite au Port au Prince où je devais trouver mon père. A peine au mouillage un officier vint de la part de Mr. le Comte de Blanchelande alors gouverneur de l'île, ordonner au capitaine de se rendre avec tous ses passagers au gouvernement. Chacun se prépara donc à descendre à terre. Mon frère et moi nous primes nos uniformes et accompagnés des autres passagers nous primes seul le capitaine le chemin du gouvernement.Lorsque nous eûmes traversé la ville et la cour du palais du gouverneur nous nous trouvâmes au pied du grand escalier et comme j'étais en tête de la file avec mon frère je franchis les degrés et m'adressai à un chevalier de Saint Louis qui se tenait sur la terrasse et que je crus être le gouverneur. Je lui dis que d'après des ordres transmis par un de ses aides de camp les passagers du Domingue venaient lui rendre leurs devoirs. Je ne suis point le gouverneur me répondit-il mais voici le gouverneur dans le salon où il vous attend.Nous entrâmes alors en foule dans le salon où nous trouvâmes Monsieur de Blanchelande qui nous reçut avec bonté et demanda au capitaine la liste de ses passagers. Les noms furent appelés successivement et quand le gouverneur fut arrivé au notre il se tourna devers le chevalier de Saint Louis à qui j'avais parlé et lui dit comment Monsieur de Blanchelande n'avez vous pu reconnaitre vos enfans ? Cher Monsieur ajouta-t-il embrassez votre père.L'entrevue fut touchante, mon père nous fit mille caresses. Il nous fit part de la crainte de sa fortune de ses projets et des craintes sur le résultat des troubles qui à cette époque désolaient la France. Son dessein était de réaliser sa fortune et de se retirer au continent de l'Amérique où il voulait nous établir.Le soir même il nous conduisit à son habitation du quartier du Lamentin qui était l'une des plus belles de cette partie de la colonie et les premiers momens de notre séjour auprès de lui eurent mille charmes pour nous. – Toutefois ce tems de repos et de bonheur fut de peu de durée, une querelle, dans le principe fort légère vint mettre un terme à cette bonne harmonie et nous nous sommes obligés de quitter son habitation et de nous retirer au Port au Prince. Cette séparation eut du retentissement dans la colonie et beaucoup de gens qui connaissaient le caractère violent de mon père vinrent à nous, et comme nous ne pouvions revenir au Lamentin sans y donner lieu à un nouveau scandale on prit le parti de la négociation et il fut convenu que nous retournerions en France par le premier bâtiment de commerce en partance et que mon père pourvoirait à nos frais du passage et à notre entretien en France. Ceci bien arrêté nous nous embarquâmes sur un navire de Nantes et après une traversée bien longue [Page 22: ] et bien dangereuse nous arrivâmes à Nantes soixante six jours après notre départ du Port au Prince, le 25 avril 1791.Mes frères partirent pour leurs régimens mais, avant de rejoindre le mien, j'avais à m'assurer si ma présence n'y causerait pas quelque nouveau trouble. En effet les mauvaises dispositions des sous officiers n'avaient fait que s'accroitre et je ne fus pas à me repentir de ma prudence. Je pris le parti de venir en Normandie chez Monsieur de Bertingles ma tante ou ma mère se trouvait alors à y attendre le résultat des événemens qui se préparaient. En Juillet le Roi parti des Tuileries où il était prisonnier, avec toute sa famille et quelques jours après fut ramené à Paris. Cette catastrophe qui plongea la France dans le deuil, vint finir mes irresolutions, je quittai ma famille et le 8 septembre je partis pour Enconnay ville de la frontière de la Flandre autrichienne, dans l'intention de me rendre à Ath, ville désignée pour la réunion de tous les gentilshommes émigrés de France.Les premiers jours d'octobre Monsieur le Comte de la Châtre commandant tout le cantonnement m'ordonna de me rendre à Soignies et me fit incorporer provisoirement dans une compagnie composée de tous les officiers appartenant au régiment Royal des vaisseaux [Page 22sur feuillet volant, décrivant des événemens postérieurs] Mon séjour à Hambourg, le comte Bernhard ambassadeur, le 7 septembre 1798 départ de Hambourg, passage de l'Elbe, voyage dans le pays de Hanovre, arrivée à Leer, première ville hollandaise, mon passeport signé par l'ambassadeur, entrée en France, arrivée à Rouen, [… ] Marchand, je vais me réfugier dans la forêt de Léon au château de St Crespin chez Monsieur de [ Bertinay ?] visite domiciliaire, la gendarmerie cerne le château, conduite du maire et du commissaire de police de Lyon = mon sang-froid en cette circonstance me [ sauve? ], la gendarmerie se retire, résolution que je prends de quitter la Normandie, avec un passeport de complaisance. Arrivée à Saumur chez mon oncle le Ministre pour la succession de mon grand père, séjour à Saumur.. voyage à Poitiers.
Manuscrit manifestement autographe (comme le suggèrent corrections et ratures) constituant un témoignage d'une valeur historique exceptionnelle. Il s'agit des mémoires de jeunesse, inédits, attribuable à Léger François Trutié de Vaucresson (1774-1849) ; ces mémoires couvrent essentiellement la période 1788-1791 (de ses 14 à ses 17 ans) et offrent un récit de première main sur des événements majeurs de la Révolution française (l'assassinat de sont grand-oncle Foulon et Berthier de Sauvigny, les journées d'octobre 1789, la société insulaire à Saint-Domingue et le début de l'Émigration). Le grand-oncle de l'auteur, Joseph François Foulon de Doué (74 ans) et son gendre Louis Benigne François Berthier de Sauvigny (intendant de la généralité de Paris) furent parmi les toutes premières victimes de la violence populaire de la Révolution le 22 juillet 1789, accusés à tort d'avoir accaparé les grains pour affamer le peuple. L'auteur accuse à mots à peine couverts le Duc d'Orléans (Philippe Égalité) d'avoir téléguidé ces assassinats et ces menées. Réfugiée à Versailles, sa famille y est logé dans un appartement mis à sa disposition par Madame Élisabeth. Il assiste et relate le célèbre Banquet des Gardes du Corps du 1er octobre 1789 à l'Opéra royal de Versailles, où la famille royale fut acclamée, événement qui mit le feu aux poudres à Paris. Il part à Saint-Domingue, où son père gère ses possessions depuis plusieurs années. Le texte met en lumière la tension sociale et raciale (dont le refus des colons blancs de laisser siéger les propriétaires mulâtres ou d'accepter les mariages mixtes, tout cela à quelques mois de la grande insurrection des esclaves d'août 1791 et y rencontre le Comte de Blanchelande, Gouverneur général de Saint-Domingue, qui le présente à son propre père. Rentré en France l'année suivante, il rejoint l'armée des émigrés. Suivent quelques notes évoquant sa conduite sous le Directoire (à Hambourg en 1798, retour en France...). Dans ce récit captivant, Léger Trutié de Vaucresson porte son regard acéré sur ces événements de sa jeunesse, avec le recul de la maturité. Son ton se distingue par trois grands traits. Le manuscrit s'ouvre sur un ton d'une sincérité détachée : rédigés au soir de sa vie (« lorsqu'on n'a plus rien à attendre ou à espérer des hommes »), le texte est débarrassé de toute volonté de plaire ou de régler des comptes politiques. Cela n'empêche nullement un ton d'une lucidité sans concession : bien qu'issu de la haute aristocratie et habité par une dévotion monarchique poussée jusqu'à une « sorte de fanatisme », l'auteur ne cède pas au parti pris aveugle et pose un diagnostic clinique sur son propre camp : il dénonce un roi « faible et timide », dont la modération excessive a condamné ses plus fidèles serviteurs, pointe du doigt la désinvolture des jeunes officiers aristocrates (« auxiliaires inutiles ») et la rigidité du système social qui a légitimement exaspéré la troupe, sur Saint-Domingue, il expose crûment les tensions raciales et le mépris de caste subi par les familles de couleur, tout en révélant la gestion brutale et tyrannique de son propre père sur ses terres. Et souvent le ton se fait romanesque dans cet incroyable récit mené comme un roman d'apprentissage sur fond d'effondrement d'un monde. La nostalgie de l'enfance au château de Vaucresson cède brutalement le pas à la tragédie (les têtes de ses proches braquées sous les fenêtres de la demeure familiale au bout de piques), à l'héroïsme désabusé (lors de son duel d'honneur improvisé à 16 ans sur les quais du Cap-Français sous les yeux de 200 spectateurs !) et l'on passe rapidement de la théâtralité des retrouvailles paternelles au Port-au-Prince devant le gouverneur à la rupture familiale soudaine et au retour en France... Léger-François Trutié de Vaucresson fera carrière dans l'administration coloniale, il deviendra Commissaire-Ordonnateur de la Marine puis gouverneur par intérim de la Guadeloupe entre 1814 et 1815. Il semble avoir rédigé ces "Mémoires" dans ses vieux jours, mémoires qu'il interrompt soudainement à la fin de l'année 1791 ; Vaucresson rédige quelques notes évoquant l'année 1798 sur un dernier feuillet, et l'on regrette fort qu'il ne soit pas allé plus avant dans son travail. On sait que son père mourra cette même année en décembre 1791, assassiné à Port-aux-princes dans son habitation du Lamantin (on trouvera d'utiles informations dans le bel article consacré à la famille Trutié de Vaucresson par Bernadette et Philippe Rossignol paru dans GHCaraïbe, n° 238, Juillet-Août 2010)
3 lettres signées Comtesse de Scibor Rylski puis Augusta, 1872, format in-12 de 2 ff. (4 pages), 2 ff. (4 pages), et 4 ff. (7 pages) et 1 brouillon autographe d'Edouard Dentu, s.d., format in-12, 1 f. (une page) : Suivent qq. extraits : 3 Lettres manuscrites signées Comtesse de Scibor Rylski puis Augusta, et brouillon autographe d'Edouar Dentu ] I : "Lyon, ce 14 août 1872. Monsieur, puisque vous ne voulez pas être mon éditeur, voulez-vous être mon ami. Car pour le moment nous ne pouvons être que deux amis. Pourquoi cherchez-vous un ami dans un inconnu direz-vous. Votre personne m'est inconnue, m'est votre esprit, votre coeur me sont connus, ils me plaisent ; et puis je me sens des sentiments dans l'âme qui veulent un homme de génie pour unique confident. Je ne veux pas que le Poëme de mon coeur soit inutile. Il brillera pour vous comme il eût brillé popur vous seul..." ... "Permettez-moi de vous tendre la main, oh une main bien amie, celle de votre Servante. Comtesse de Scibor Rylski, 174 Cours Lafayette, Lyon, ce 14 août" ; II : Brouillon de réponse non daté de la main d'Edouard Dentu : "Chère Madame, Je suis blessé, et par vous ! Aussi je vous demande de me continuer vos ravissantes confidences, priant Dieu qu'il épargne à votre coeur de nouveaux déchirements car votre nature si délicieusement fine est de celles qui ressentent cruellement les meurtrissures de cette vie" ... "...soyez assez bonne pour m'adresser à l'avenir les lettres dont vous voudrez bien m'honorer à mon domicile personnel, rue Sainte Claire 9 à Passy-Paris".III : 27 août 1872 : "J'ai été ravie je ne voudrais pas autrement que vous êtes dans cette lettre La première oh qu'elle ne soit pas la dernière. Quel autre que vous aurait pu jamais excuser et répondre si gracieusement à une inconnue et la deviner... aussi je vous salue au fond de mon coeur comme on salue un phar qui nous a montré les écueils où l'on pouvait périr. Maintenant que nous voilà amis je vous demande pour le moment une alliance proprement morale et mystérieuse. Venez dans mon coeur quand vous serez malheureux, fatigué, où blessé par quelques-uns de ces échecs moraux qui vous attendent à tous les passages importants de la vie" ... "... votre Augusta". IV : "Lyon, ce 15 Septembre 1872. Mon ami, Laissez-moi vous donner ce nom et comprenez-moi bien, en parlant à Dieu nous lui demandons une foule de choses, il reste muet, moi je veux trouver en vous les réponses que Dieu ne nous fait pas. De plus, je crois qu'il est possible de faire exister, comme dans une symphonie deux harpes qui à distance se répondent, vibrent, et produisent une délicieuse mélodie" ... "ordinairement, les mariages, même les liésons, se font au rebours du sens commun, une famille prend des renseignements sur un jeune homme. Si le Léandre fourni par la voisine ou pêché dans un bal n'a pas volé, s'il n'a pas de tare visible, s'il a la fortune qu'on lui désire, s'il sort d'un collège ou d'une école de Droit, ayant satisfait aux idées vulgaires sur l'éducation, et s'il porte bien ses vêtements, on lui permet de venir voir une personne, lacée dès le matin à qui sa mère ordonne de bien veiller sur sa langue, et recommande de ne rien laisser passer de son âme, de son coeur, sur sa physionomie"... "J'attends votre réponse et suis de grand coeur votre Augusta"
Etonnante correspondance dont on ne sait s'il faut réellement l'imputer à la Comtesse de Scibor Ryslki (Agnès Veth ?) qui signe par la suite "Augusta". Mais curieux lot, révélateur de la passion que pouvait alors (toujours ?) susciter un éditeur célèbre du temps. Un mystère à élucider...
BONNARD (Abel) : L’Enfance. Paris, Le Divan, 1927. Plaquette petit in-8 sensu stricto, 72pp. [dont faux-titre et titre]-(1) f. [blanc / achevé d’imprimer], brochée, couverture imprimée ocre (de très bonne apparence, malgré une petite trace d’enfoncement en bas du dos, par contre, à l’intérieur, invasion de taches brunes – déjà - : papier de très mauvaise qualité). ÉDITION ORIGINALE, dans la collection « Les Soirées du Divan », n° 25, tirée à 925 exemplaires numérotés (celui-ci un des huit cents sur « bel alfa bouffant » (sic). D’entrée, le propos se veut rassurant : « J’aime plus l’enfance que les enfants » (p.7), mais, l’éducation doit être sévère : « (elle) n’est que le dernier cas du dressage » (p.59). Par ailleurs, quelle condescendance, quelle suffisance envers les plus démunis : « Un petit pauvre regarde avec une sorte d’étonnement et d’indépendance la misère de ses parents, qui n’est pas encore la sienne [sic !]» (p.44). Quel détachement du petit malheureux sur son sort : il est vrai que la religion est là, qui lui promet un bel avenir post-mortem. Surtout, pas de révolte, car, « rien de plus sinistre qu’un polisson gouailleur (…), c’est pourquoi le type de Gavroche est si repoussant » (p.41). Rien que çà. Autobiographie ? : « Un petit garçon de quatre ans jouait souvent avec une jeune fille, qui le maniait comme une poupée (…). Moi aussi, dit-il, quand je serai une jeune fille comme toi. – Mais, mon chéri, répondit-elle, tu ne seras jamais une jeune fille. Il faillit pleurer » (p.45). Dépit. Il faudra choisir, drame freudien / cornélien, attirance/répulsion : « Les enfants excellent à manier les grandes personnes (…) Dans ces manèges, l’adresse des deux sexes n’est pas égale (…) [Les garçons] sont plus simples, plus rudes (…) Les petites filles sont des femmes dès leur naissance, et les premières armes de ces innocentes sont celles des courtisanes » (p.63). Malgré tout, le Bonnard poète jaillit in fine : « Les enfants sont l’illusion de l’espèce, comme le printemps est l’illusion de l’année » (p.70)
Reference : G425
FAKE HISTORY Cette histoire n’est qu’un conte, une histoire à dormir debout. Les historiens se sont fourvoyés, volontairement ou non : une ascendance noble, fut-elle impériale et illégitime, flatte l’orgueil du bourgeois. Seulement voilà : comme la terre, l’État Civil ne ment pas, …au moins sur les dates. On trouvera dans les Archives de la Corse du Sud, l’acte de mariage de Pauline Benielli et Ernest Bonnard, dans celles de la Vienne, l’acte de naissance d’Abel : le premier en date du 10/02/1880 (note 13), le second, en date du 19/12//1883 (note 14). Que la gestation fut longue ! Et on comprend mieux l’attachement d’Abel à sa maman ! Elle mourra dans la villégiature pétainiste de Sigmaringen en 1945. Mais il a encore mieux : Abel n’était pas fils unique, avant lui étaient nés un frère et une sœur, décédés tous deux en bas âge (note 15). =================
Note 3- Abel Bonnard : Pour l’élite intellectuelle, dans la Revue hebdomadaire, t.7, 07/07/1936, p.248). Note 4- cité d’après B. Pénicaud et Vincent Vidal-Naquet : Les révolutions de l’Amour (etc.). Note 5- aujourd’hui remis à la mode par nos chères politiques, NKM à propos de Patrick Buisson, la Marine au sujet du beau Florian… [en 2017…] Note 6- cf. Pierre Dac, qui à Radio Londres, fustigeait le ministre : dans son parti, « l’envers vaut l’endroit ») Note 7- hexagonegay.com précise qu’à l’époque, « les lieux de rencontre homos parisiens (cinémas et vespasiennes) connaiss[ai]ent bien sa silhouette » ; en revanche, il déplore que « Je Suis Partout » ni la presse d’extrême- droite, si prompts à dénoncer l’homosexualité (…) n’ont fait état de l’homosexualité de Bonnard ». Note 8- pour present.fr/tag/abel-bonnard/ : « La belle Bonnard… Gestapette… Yves Morel le sait : immanquablement, ce sont les plaisanteries qui fuseront de la bouche des sots si vous jetez le nom d’A.B. dans une conversation (même universitaire). Et pourtant, voilà une personnalité plus complexe que sa mauvaise renommée : on ne lui connaît que des liaisons féminines ». Sans rire ! Note 9- Buisson (Patrick) : 1940-1945. Années érotiques (Paris, Albin Michel, 2009.2 volumes. « Abel Bonnard, le scandaleux » (t. I, p.263 et suiv.) nous apprend que « son vrai père est un aristocrate italien, J.N. Primoli, descendant de Lucien Bonaparte, qui séduisit sa mère, Marie-Paule [sic !] Benielli, peu de temps avant son mariage [re-sic !!]». Note 10- Descendia de José Bonaparte, Rey de Espana y de las Indias, y sus entronques i talianos y franceses (Anales de la Real Academia Matritense de Heràldica y Genealogia, vol.XII, 2009, pp. 143-327). Note 11- Pasquali, Costanza : Proust, Primoli. La Moda. Otto lettere inedite di Proust e tre saggi. Roma, Ed. di Storia et litteratura, 1961, p.32. Note 12- Yves Morel ( Abel Bonnard. Coll. Qui suis-je ? Editions Pardès, 2017) : « Ne pouvant épouser le père de son enfant, Pauline Benielli se résolut à un mariage de raison avec Ernest Bonnard (…) qui reconnut Abel et lui donna son nom », qui complète bien la formule de P. Buisson (note 9). Note 13- Archives Départementales de Corse du Sud Ajaccio, Mariages, 1880 (f° 55-56/159) Note 14- Archives Départementales de la Vienne, Naissances, 1883 (9 E, p. 251), avec cette note marginale manuscrite : « Décédé à Madrid (Espagne) le 31 mars 1968 ». Confirmation de sa naissance, post mortem. Note 15- Abel- Jean- Désiré (A) aux prénoms identiques et Fanny-Françoise-Justine (B) (A) Melun, avril 1881- Poitiers, 26/06/1883. A.D. de la Vienne , Décès 1883, n°490, f° 147/278 (B) AD de la Vienne, Poitiers, 08/07/1885 [Naissances 1885, n°438, f°121/250]- 12/05/1886 [Décès 1886, n°370, f° 102/259. « Nom de la mère : Pauline Bennieni »] !! Aujourd’hui, (08/2022), que l’on consulte Wikipédia, ou des sites dits sérieux ( ?) de généalogie (geneanet, geneastar), la fausse généalogie prospère. Une lueur d’espoir : la généalogie d’Ernest Bonnard, le père « nourricier »… Patatras ! Si le frère aîné Abel (1881-1883) est bien mentionné, on trouve immédiatement après un « demi-frère Abel, etc.). Errare humanum est, perseverare diabolicum.
2 pièces autographes signées à savoir: 1 L.A.S. de 3 pp., datée du 12 mai 1908: «Mon cher ami, il pleut, mais ton article sur le Briseur de Fers vient de nous apporter le soleil. Oh! mon cher ami, comme tu es gentil! comme je devine, en relisant ton article, le charmant parti-pris de ne voir que le bon côté de mon livre! C’est une page de camarade, évidemment, et non de critique, quoiqu’elle soit superbe et d’une habileté délicieuse. Car c’est de «l’habileté du cœur». Eh bien, tu as raison, après tout! Tu ne signales au public que les bonnes choses, puisqu’elles lui sont utiles. Leur démontrer que je n’ai pas de talent eût été peut-être un jeu d’artiste mais une grosse erreur de moraliste et de philosophe. J’ai un petit nombre, lentement, très lentement grandissant d’amis et de lecteurs. Ce que je leur dis depuis 15 ans ne peut que leur faire du bien, les raffermir ou les consoler. Je ne cherche pas à donner le goût du «militaire» mais de «l’énergique». Si j’y parviens, qu’importent mes fautes! Du reste, je connais, aussi bien et même mieux que quiconque, mes défauts. Tu peux me le mettre sous les yeux et en ajouter de nouveaux, quand tu me rencontreras. Je suis à ce point dénué de «vanité littéraire» que je t’écouterai […] Mon livre est noble et pur d’intentions, je l’ai écrit laborieusement. Il vaut bien ce qu’il coûte. Le reste n’est que de la fumée de cigare. Maintenant, je veux aller te serrer la main à l’Echo [ … ] En attendant, mon vieux Rar, je t’embrasse»; [ On joint: ] 1 réponse autographe signée au questionnaire du «Salon des Littérateurs», billet de 2 feuillets pré-imprimé: Maître idéal: «Prothée». Esthétique: «Un beau livre sur mes genoux». Prix rêvé: «Les ors et les argents sont fous! ». Devise artistique: «Simplement». Description de l’œuvre en vers de huit: «Parce que le bec de mes plumes, Dans l’orme agité du journal, Tirelire mes amertumes, Et lance un pi-huit matinal, Est-il dit qu’une œuvre m’est née? Alors j’ai volé ma journée… Parce que d’un bout de pastel, En un coin de mauve banlieue, J’esquisse le flâneur untel, Ai-je fait plus d’un quart de lieue, Vers la connaissance du bien? Holà, Dentu, je n’en sais rien! Œuvre, mot risible, oiseau rare. – Vais là-bas fumer un cigare»
Belle réunion de deux très intéressantes pièces autographes signées de l’écrivain Georges d’Esparbès (1863-1944). Fréquentant le Chat Noir, ami de Léon Bloy ou de Jean Moréas, Georges d’Esparbès exaltera l’héroïsme militaire. On joint une troisième pièce signée par son fils Robert (dit Asté d’Esparbès).