BELLE ET LONGUE LETTRE DANS LAQUELLE JEAN-FRANCOIS MILLET EXPRIME SON AMI ET COLLECTIONNEUR ALFRED SENSIER SON MCONTENTEMENT AU SUJET DE DESSINS DE JEUNESSE MIS AUX ENCHRES PROVENANT DE LA SUCCESSION DU PEINTRE THODORE ROUSSEAU : & Je vous assure que cest pour moi une grande dsolation de penser que ce tas de croquis qui me sont bien plus attribus quils ne sont de moi effectivement, mais dont je suis cependant responsable, ait la mauvaise chance dtre mis en vente publique. Les intentions de ce pauvre Rousseau ne se trouveront gure remplies puisquil voulait justement quand il les a achets avec vous, les retirer de la circulation. Si vous le pouvez, faites entendre a ceux que cela regarde quil ny a aucun intrt rel pour la succession a mettre ces croquis en vente publique. Cest donc et seulement un grand tort qui peut mtre fait gratuitement (& ). Encore un coup, mon cher Sensier, faites bien remarquer aux hritiers quil en est de ces croquis, mme de ceux qui sont le plus de moi, comme si on retrouvait les cahiers dcriture de quelquun dont la profession est devenue dtre crivain, et quon les veuille faire passer pour des Suvres... La succession gagnera beaucoup plus aux retouches que je compte faire aux vrais dessins de moi et particulirement au grand pastel qui se trouve dans la chambre coucher [sagit-il du pastel La Mer vue des hauteurs de Landemer ?]. Je veux pour mon propre intrt quil se puisse prsenter dignement au public. Cette marine est de nature a prendre beaucoup dimportance. Do il rsulte quen travaillant pour moi, je travaillerai pour la succession... Je vous demande bien pardon de vous en dire si long ce propos mais je voulais vous dire ce que vous savez comme moi du reste, combien cette chose sans profit pour la succession, pourrait tre dommageable pour moi. Je tche de rassembler les notes que vous me demandez...Il ajoute au sujet de la veuve Rousseau : ...Les Fouch trouvent Mme Rousseau bien incommode& La mauvaise humeur de Millet et son insistance la manifester auprs dAlfred Sensier semblent comprhensibles : alors au sommet de sa gloire (en 1867 lexposition qui lui est consacre Paris est un triomphe ; lanne daprs, en 1868 il est fait Chevalier de la Lgion dhonneur) le peintre ne dsirait pas que les amateurs et le grand public puissent dcouvrir, travers une vente aux enchres, des dessins de jeunesse demeurs jusqu prsent dans le secret dune collection particulire. Alfred Sensier (1815-1877), est un nom familier des spcialistes des peintres de lcole de Barbizon dont il fut le biographe patent. Fils dun notaire bibliophile, il se passionne trs tt pour lart et collectionne les autographes. Il rencontre le peintre paysagiste Thodore Rousseau en 1846, dont il sera, sa mort (en 1867), lexcuteur testamentaire, puis le biographe.Par son intermdiaire, Sensier ctoie les autres peintres de lcole de Barbizon : Jules Dupr, Constant Troyon, Narcisse Diaz de la Pea, Charles Jacque, mais cest surtout avec lauteur de LAnglus , J.-Fr. Millet, quil se lie dune amiti sincre et durable.Alfred Sensier eut laudace et le courage lpoque, de constituer une importante collection de tableaux des matres de Barbizon dans son modeste appartement de la rue Chaptal Paris.
Reference : 5746
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