BELLE ET INTRESSANTE LETTRE AMICALE UN INTIME DE LONGUE DATE, LESSAYISTE EMMANUEL BERL QUI LUI AVAIT DDI SON PREMIER OUVRAGE MORT DE LA PENSE BOURGEOISE EN 1929 : ...Jai donc fait une rechute de plus. a devient lassant. Passons... Pour le tome III [de LHistoire de lEurope, Gallimard, 1951], jespre que le service [de presse] a t fait proprement (je ne lai videmment pas vu). Sinon, donnez un coup de tlphone Beuvet, qui sera chez moi ma place partir du 1er aot... Il enchane sur le roman autobiographique Sylvia que Berl venait de faire paratre, galement chez Gallimard : ...Je ne trouve pas ce que vous dites de Sylvia, dcourageant. Jai toujours pens que la bizarre barrire quil y a entre vous et le public craquerait un jour. Pourquoi pas sur ce livre, auquel vous semblez vous acharner, et qui recoupe en vous bien des choses importantes ? Sans doute la barrire tombera-t-elle par une sorte de pourriture naturelle, concidant avec un tableau davancement (quelque part en enfer) ; encore est-il bon daider le bois mort tomber... Quant la politique !... Le journaliste et essayiste Emmanuel Berl (n en 1892 au Vsinet prs de Paris), frquente les Surralistes, en particulier Aragon, et son ancien condisciple du lyce Carnot, Pierre Drieu La Rochelle avec lequel il publie un priodique phmre Les Derniers jours , puis collabore aux Cahiers bleus de Georges Valois. En 1928 il rencontre Andr Malraux et lui ddie Mort de la pense bourgeoise (Grasset, 1929), un pamphlet dans lequel il dnonce la pense intellectuelle conformiste contemporaine. En 1932 il lance lhebdomadaire Marianne, puis Pavs de Paris quil dirige jusquen 1940. Successivement favorable Ptain et hostile la rvolution nationale, rompant avec Vichy, il sexile en Corrze en juillet 1941 o il est rejoint par Bertrand de Jouvenel, le dessinateur Jean Effel et Andr Malraux et sa compagne Josette Clotis. Au lendemain de guerre, il abandonne la politique pour se consacrer la rdaction douvrages autobiographiques. En 1967 lAcadmie franaise lui dcerne le Grand Prix de littrature.Intime de Malraux qui lui reprocha son manque de volont politique votre rapport avec la politique est mauvais parce que vous ne voulez rien [Tant que vous penserez moi, en collaboration avec Jean dOrmesson, 1968, p. 60], lui avait dit Malraux. Cependant les deux crivains nourent des liens dune amiti prenne. Berl dans les entretiens quil accorda Patrick Modiano la fin de sa vie lui confiait les raisons de la longvit de sa belle amiti avec Malraux, toute intellectualise : Je crois quil y a un lien entre sa mtaphysique et la mienne, sans cela, on naurait pas pu se supporter aussi longtemps, tant dannes, tant dheures. Il y a une obsession du divin ressenti en tant quabsence, auquel il faut penser toujours sans en parler jamais... .
Reference : 3860
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