Paris, Presses de la cité/ Collection Maigret, 1972 ; in-12, 188 pp., br. N°33.( code réf.460).
N°33.( code réf.460).
Lausanne, Editions rencontre, 1967 ; in-12, 602 pp., cartonnage de l'éditeur. Tome VIII de la série.
Tome VIII de la série.
Rencontre 1968 421 pages in8. 1968. reliure editeur. 421 pages. Signé Picpus est un roman policier de Georges Simenon mettant en scène le commissaire Maigret qui enquête sur une affaire criminelle à Paris
Très bon état
Rencontre 1969 557 pages in8. 1969. reliure plein skivertex. 557 pages.
Très bon état
Rencontre 1968 484 pages in12. 1968. reliure plein skivertex. 484 pages.
Très bon état
Editions rencontre 1967 604 pages in8. 1967. reliure editeur. 604 pages.
Très bon état
Rencontre 1968 581 pages in12. 1968. reliure plein skivertex. 581 pages.
Très bon état
Rencontre 1973 450 pages in12. 1973. reliure plein skivertex. 450 pages.
Très bon état
Rencontre 1967 560 pages in12. 1967. reliure plein skivertex. 560 pages.
Très bon état
Rencontre 1968 332 pages in12. 1968. reliure plein skivertex. 332 pages.
Très bon état
Rencontre 1968 335 pages in12. 1968. reliure plein skivertex. 335 pages.
Très bon état
Rencontre 1969 520 pages in12. 1969. reliure plein skivertex. 520 pages.
Très bon état
Rencontre 1967 627 pages in8. 1967. reliure editeur. 627 pages.
Très bon état
Rencontre 1973 357 pages in8. 1973. reliure editeur. 357 pages.
Bon état
Editions rencontre 1969 506 pages in8. 1969. Reliure éditeur. 506 pages.
Très bon état
France Loisirs 1980 183 pages in8. 1980. cartonnage editeur sous jaquette. 183 pages.
Bon état
Exemplaire de tête : celui de l'éditeur, Sven Nielsen, avec envoi signé et photographie originale. Paris, Presses de la Cité, (8 novembre) 1974. 1 vol. (135 x 205 mm) de 121 p., [2] et 1 f. Cartonnage éditeur rouge. Édition originale. Un des 150 premiers exemplaires sur pur fil (n° 2). Envoi signé : «à mon vieil ami et éditeur Sven Nielsen et à Colette, en souvenir de trente ans de collaboration sans masques et en toute affection, Georges Simenon, décembre 1974». Jointe : photographie originale noir et blanc, représentant Georges, Marc et Henriette Simenon ensemble, à Lakeville, en août 1952. Ce sera la seule visite de Simenon mère à son fils. [provenance : archives Claude Menguy, offert par Simenon, photographie prise par Denyse Simenon].
En 1970, à soixante-dix ans, Simenon est appelé au chevet de sa mère, née Brüll, à Liège. Huit jours durant, il reste auprès d'elle à l'hôpital. Ce face-à-face lui inspirera ce livre et ces mots post-mortem : « Nous ne nous sommes jamais aimés de ton vivant, tu le sais bien. Tous les deux nous avons fait semblant... ». Mal aimé - Henriette lui préférait Christian, son cadet -, Georges Simenon souffrira de l'indifférence maternelle et de sa jalousie : elle jugeait le succès de l'auteur comme une injustice faite à son fils Christian. Simenon la mettra en scène dans Pedigree - la figure touchante, pour le coup, d'Elise Peters -, puis dans Le Chat - personnage brossé sans concession et sans compassion ; l'adaptation réalisée par Pierre Granier-Deferre en 1970 avec Simone Signoret donne la mesure du personnage. Cette mère, ignorée voire détestée mourra sans avoir presque jamais quitté sa ville de Liège à l'âge de quatre-vingt-dix ans, en décembre 1970. Le voyage de Lakeville sera l'un des rares déplacements hors du pays. L'exemplaire n° 1 est celui de Georges Simenon. Fort logiquement, le n° 2 est celui que l'auteur réserve à son éditeur et ami, Sven Nielsen. Ce dernier avait rencontré en 1945 Georges Simenon, qui accepte de lui préfacer le premier livre qu'il publie, Traqué, de l'auteur norvégien Arthur Omre. Le début d'une très longue collaboration - et d'une amitié -, Simenon cédant en 1947 aux Presses de la Cité l'ensemble des droits d'exploitation de son oeuvre, au détriment de Gallimard. Jusqu'en 1981, les Presses de la Cité publieront 141 livres inédits de Simenon pour un tirage moyen de 300 000 exemplaires. Une longue amitié unira les deux hommes ; Simenon lui vouera une fidélité sans failles sur le plan éditorial. Exemplaire de choix.
Lakeville, Conn[ecticut], 1955. 1 vol. (215 x 280 mm) de 225 p. Reliure à spirales par l'auteur, chemise-étui. Édition originale. Tirage à compte d'auteur, à 100 [?] exemplaires numérotés et signés par l'auteur, miméographiés au stencil. Exemplaire de Bernard de Fallois, avec ce bel envoi : « à Bernard de Fallois, cet horrible bouquin en principe réservé à la famille - de sorte qu'il s'y trouve un peu inclus. En toute affection, Georges Simenon, Lakeville-Echandens, 1962 ».
Installé à Lakeville dans la ‘Shadow Rock Farm', Simenon écrit à un rythme impressionnant ses romans qu'éditent les Presses de la Cité. Trois titres connaissent une publication locale, en édition originale, sous la forme d'une édition miméographiée à tirage restreint, exclusivement diffusée aux French & European Publications du Rockfeller Center à New York : Maigret chez le ministre, Les Témoins et Maigret et le corps sans tête. « Peut-on imaginer, interroge Jean-Baptiste Baronian, qu'au cours de cet exil volontaire, il ait eu la nostalgie de ses jeunes années, lorsqu'il dénichait chez les bouquinistes de Liège des perles rares et des éditions princeps ? Est-ce là une des raisons pour lesquelles il a décidé un beau jour de réaliser lui-même [...] un tirage spécial à petit nombre de certains de ses romans ? Il est difficile de répondre à ces questions. Des motifs juridiques ont été invoqués, mais ils demeurent invérifiables [...]. Il ne devait conserver qu'une partie du tirage, juste de quoi distribuer quelques exemplaires autour de lui et faire plaisir à ses visiteurs. C'est dire si ces originales-là ne circulent guère et si elles sont fort rares sur le marché [...]. De là à penser que leur tirage, contrairement à ce qui est mentionné [100 exemplaires] serait fictif et ne se limiterait qu'à une vingtaine d'exemplaires ou que Simenon en aurait détruit une bonne partie... » Sans parler de la fragilité même du support : les stencils utilisés pour de telles éditions miméographiées, sur un papier de grande finesse, ne permettaient qu'un faible tirage avant qu'ils ne soient trop usés. Les différences d'encrage entre les exemplaires le montrent bien et il y a fort à parier que, si le tirage n'a pas dépassé la cinquantaine d'exemplaires tout au plus, c'est pour une raison simplement technique. Le fait est que, pour les trois éditions réalisées, nous n'avons à ce jour connaissance que d'exemplaires dont aucun n'est justifié à un nombre supérieur à 44 : n° 2, 4-7, 9-11, 14-17, 21-22, 24-25, 27, 29, 31, 34-36, 42 et 44. Appel aux collectionneurs qui en posséderaient car un relevé serait des plus intéressants. Sur ce même recensement, cinq autres exemplaires seulement sont dédicacés : un pour Maigret chez le ministre, deux pour Maigret et le corps sans tête et deux pour Les Témoins. Ce volume confirme le fait que Simenon a bien rapporté des États-Unis des exemplaires des éditions miméographiées, alors introuvables en France, pour les offrir. Maigret et le corps sans tête est le dernier des cinquante romans « américains » avant le retour définitif en Europe en mars 1955. Après quelques locations dans le sud de la France, Simenon s'installe en juillet 1957 dans sa première « demeure suisse », le château d'Échandens dans le canton de Vaud, à 17 km de Lausanne. Vingt-sept romans y verront le jour, jusqu'à décembre 1963 et le déménagement à Epalinges. Inutile de présenter davantage de Fallois, qui fut un ami proche de Georges Simenon et un fin connaisseur de son oeuvre, pour laquelle il se passionne dès les années 1950, publiant en 1961 un essai consacré à Simenon chez Gallimard (dans la collection « La Bibliothèque idéale » dirigée par Robert Mallet). Le premier, il osa mettre en lumière des évidences : « les "Maigret" devaient être considérés comme des romans à part entière, en dépit de la répugnance du goût français à admettre une oeuvre romanesque qui ne soit ni d'un styliste ni d'un écrivain à idées ». « Il écrit comme Monsieur-Tout-le-Monde », dit un jour de lui un Alexandre Vialatte de mauvaise humeur. À quoi un autre critique répondit, non sans humour : « Ce qui est tout de même curieux, c'est qu'à part Simenon per-sonne ne sait écrire comme Monsieur-Tout-le-Monde ». C'est Gaston Gallimard qui lui avait proposé à Bernard de Fallois de rédiger le volume de La Bibliothèque idéale : « J'avais publié quelques années plus tôt Jean Santeuil, Contre Sainte-Beuve et tenté d'expliquer la genèse de la Recherche. Mais à cette époque on avait fini par comprendre que Proust était le plus grand écrivain de ce siècle. Simenon, lui, n'était pas considéré comme un grand écrivain, l'égal de Balzac ou de Dostoïevski. Je voulais parler de lui comme cela, sans les réserves dont on usait toujours à son propos. Je lui ai demandé de le rencontrer pour savoir tout ce qu'il avait écrit avant de signer pour la première fois de son nom. À partir de là, nous sommes devenus très amis et, pendant plus de vingt ans, j'ai passé chaque année une semaine chez lui ». Preuve d'une amitié naissante, c'est quelques mois après la parution du volume de la « Bibliothèque idéale » que Simenon lui offre ce volume, « réservé à la famille - de sorte qu'il s'y trouve un peu inclus ». Parfait état, spirales complètes et couvertures impeccables. Jean-Baptiste Baronian, La Bibliophilie, une sanction, Lausanne, L'Age d'Homme, 2006, p. 23 et Bulletin de l'Académie Royale de Langue et de Littérature Française, tome LVXXXIII, 2010 ; Menguy, 183, p. 103.
Manuscrit autographe, au crayon, signé et daté « Georges Simenon, Shadow Rock Farm, Lakeville, 31 octobre 1950 ». Il se présente en deux blocs de correspondance, chacun numéroté en marge supérieure droite de la couverture « 1 » et « 2 ». Le premier contient les chapitres I à V, les 30 pages sont numérotées en marge supérieure droite ; le second contient la fin du chapitre V jusqu'au dernier chapitre (IX). Lakeville, 31 octobre 1950. 51 pages en 2 parties (204 x 255 mm) sur papier « R-B Big 10-Special Tablet » + 1 enveloppe de la marque « The American Paper Goods Company » (165 x 240 mm) avec notes à l'encre noire, au crayon de couleur rouge et à la mine de plomb. Manuscrit autographe, au crayon, signé et daté «Georges Simenon, Shadow Rock Farm, Lakeville, 31 octobre 1950». Il se présente en deux bloc de correspondance, chacun numéroté en marge supérieure droite de la couverture "1" et "2". Le premier contient les chapitres I à V, les 30 pages sont numérotées en marge supérieure droite ; le second contient la fin du chapitre V jusqu'au dernier chapitre (IX).
Juillet 1950 : Georges Simenon s’installe, avec sa femme Denyse et leur fils John, à « Shadow rock Farm », un ranch situé à Lakeville, dans le Connecticut. Il y restera cinq années, pendant lesquelles il va écrire certains de ses grands « romans durs » (outre Le Temps d’Anaïs, citons Une vie comme neuve, La Mort de Belle, Les Frères Rico, L’Escalier de fer, Feux rouges, L’Horloger d’Everton, Le Grand Bob, Les Témoins), ainsi que quelques-uns des meilleurs Maigret : Maigret au Picratt’s, Maigret et la Grande Perche, Maigret et l’Homme du banc, Maigret se trompe ou Maigret et la Jeune Morte. Le premier livre qu’il y rédige, savourant la douceur de son nouveau mariage avec Denyse et les joies de la paternité, est Le Temps d’Anaïs, trois mois après leur installation ; et ce n’est pas un hasard s’il situe ce roman à Ingrannes – pensant même nommer le roman L’Auberge d’Ingrannes –, un lieu où Simenon avait emménagé, presque jour pour jour, quinze ans auparavant : nous sommes fin 1934 et Tigy et Georges Simenon veulent quitter le château de Marsilly. Ils parcourent la France à la recherche de la perle rare, en vain, mais repèrent bientôt une abbaye attenant à un petit château, la Cour-Dieu, au cœur de la forêt. Ils logent pendant ce séjour à l’auberge toute proche du village d’Ingrannes. Simenon ne restera à la Cour-Dieu que le temps d’écrire trois romans (Faubourg, Quartier nègre et Les Demoiselles de Concarneau) et des nouvelles. Trois années dans l’Orléanais, où il arpente le territoire, rencontre ses habitants et épouse la géographie locale, afin de chercher la matière de son œuvre. Il sera également séduit par ses balades en bord de Loire et notamment par la ville de Meung-sur-Loire, où il installera la résidence secondaire de Maigret : le commissaire aimera venir s’y reposer et pêcher. La forêt d’Orléans et l’auberge d’Ingrannes lui reviennent en mémoire quinze plus tard, quand il rédige son premier roman dans la nouvelle maison de Lakeville. Le manuscrit autographe, complet, est rédigé entièrement au crayon, d’une écriture fine, nerveuse et sûre, rapide et très serrée, sans marge, occupant toute la page, au recto de 51 feuillets de deux blocs de papier vélin, avec son feuillet de papier ligné. Les manuscrits entièrement autographes de Georges Simenon, adepte de la machine à écrire, sont rares. Celui-ci a été rédigé en quelques jours, du 24 octobre au 1er novembre, presque d’une seule traite, et presque sans corrections, qui confirment et démontrent sa grande maîtrise. Un dactylogramme de 172 feuillets a été composé dans la foulée – Simenon avait pour habitude de dactylographier le chapitre du jour, chaque lendemain matin, avec beaucoup de changements, laissant ses manuscrits fort peu corrigés et de premier jet. Une enveloppe cachetée jaune (165 x 244 mm) lui a servi comme à l’accoutumée de conducteur où figure la liste des personnages du roman en cours de rédaction. Elle est ici exceptionnellement conservée. Seulement une vingtaine d’enveloppes de ce type sont conservées au Fonds Simenon de Liège, principalement pour des manuscrits d’ouvrages parus chez Fayard et Gallimard : La Veuve Couderc, Les Demoiselles de Concarneau, Touriste de bananes, Le Suspect, Malempin, Le Haut Mal, Les Rescapés du Télémaque, Le Relais d’Alsace, Quartier nègre, Le Passager du Polarlys, L’Outlaw, Oncle Charles s’est enfermé, La Marie du port, Le Locataire, Il pleut, bergère… Seules deux enveloppes sont connues pour la période américaine : celle-ci et une autre pour le manuscrit de La Mort de Belle, strictement identique, sur le même papier. Les autres romans, directement dactylographiés, ne les ont pas. Pendant plus de trente ans, l’enveloppe jaune sera rituelle dans le travail de l’écrivain lorsqu’il débute un roman : première trace de son travail, il y inscrit les premiers éléments concrets qui l’aident à appréhender ses personnages et à guider son intrigue. Elle est ici titrée L’Auberge d’Ingrannes (Le Temps d’Anaïs) qui prouve bien que Simenon hésitait depuis le début entre ces deux titres. Elle porte également les mentions d’Orléans, Vitry-aux-Loges – commune de la forêt d’Orléans, non loin d’Ingrannes. Suivent, au recto, quelques personnages, leurs âges et adresses « romanesques », et d’abord le « héros » du roman, « Albert Bauche, 28 ans, [27 dans le livre], quai d’Auteuil, marié à Fernande (…) », « Serge Nicolas [la victime dans le roman, directeur de la] C.I.F. (Compagnie internationale du Film), Champs-Élysées (…) Raoul et Antoinette Bauche ([les parents d’Albert], droguerie en gros à Montpellier. Meurt à 52 ans. 1928, 52 ans, 19 ans pour Albert (…) etc.] ». Au verso, une longue liste d’autres personnages - une trentaine -, avec quelques autres notes sur leurs filiations. Ils ne seront pas tous caractérisés dans le roman. Le texte de L’Auberge d’Ingrannes - sous ce titre - sera d’abord publié en feuilleton dans Le Populaire de Paris, du 19 février au 4 avril 1951, puis, la même année aux Presses de la Cité, sous le titre Le temps d’Anaïs.
Premier tirage, non censuré.Exemplaire de l'éditeur du texte, Claude Nielsen. Paris, Presses de la Cité, (octobre) 1981. 1 vol. (155 x 240 mm) de 752 p. et [2] f. Broché, sous couverture illustrée. Édition originale. Premier tirage, complet des passages par la suite censurés. Envoi signé : « Pour mon grand ami Claude Nielsen qui a eu le courage de se battre farouchement pour ce livre, en le félicitant d’avoir réussi envers et contre tous. Avec ma reconnaissance et mon affection fidèle. Georges Simenon, 13 nov. 81 ».
La sortie des Mémoires intimes a été considérée comme l’événement de la rentrée littéraire 1981 : « Le livre a un parfum de scandale, et cela à trois égards : primo, il y est question de la sexualité de cet homme mondialement célèbre pour avoir déclaré, quatre ans plus tôt, lors d’un entretien avec Fellini au sujet de son Casanova, avoir fait l’amour avec 10 000 femmes ; secundo, certaines pages n’allaient pas manquer de faire réagir son ex-seconde épouse, Denyse Ouimet, qui obtiendra en effet, dès le 9 novembre, la suppression de plusieurs passages ; tertio, il y est question de l’événement le plus douloureux qui puisse bouleverser la vie d’un être humain : le suicide de son enfant, en l’occurrence de Marie-Jo Simenon, qui s’était donné la mort le 19 mai 1978, à l’âge de vingt-cinq ans. Sexualité, guerre des sexes et mort dans l’autobiographie d’un écrivain mondialement célèbre et bénéficiant d’un véritable battage médiatique ; les Mémoires intimes ne pouvaient pas passer inaperçus. » (Laurent Demoulin, « Simenon apostrophé », Textyles, 63 | 2022, 87-97). C’est en 1979, à l’issue de sa 21e et dernière dictée, que Simenon décide de se lancer dans l’écriture de ses Mémoires intimes. Ce sera la plus volumineuse de ses œuvres. Abandonnant sa machine et son magnétophone, il noircit à la main, entre février et novembre 1980, chaque jour de quatorze à vingt heures, 686 feuillets manuscrits d’une écriture très serrée. Dans le même temps, sous le pseudonyme d’Odile Dessane, Denyse Simenon-Ouimet, dont il vit séparé, publie Le Phallus d’or, où « toute ressemblance avec un ou des personnages ayant existé... [etc.] » – indique l’avertissement. Comme dans Un oiseau pour le chat, publié en 1978, elle se défend d’avoir voulu régler ses comptes. « J’ai essayé simplement de donner à mon mari mythique une dimension humaine et lui rendre une chaleur qu’il est en train de perdre. » Elle y raconte les passions dévorantes du père de Maigret, sa tyrannie, et son semblant d’affection envers celle qui garda toujours le nom de Simenon : « [Il] ne veut pas divorcer. Et il me verse une pension équivalant au millième de ses revenus ». Mère de ses trois enfants (John, Marie-Jo et Pierre), elle refuse certaines lignes des Mémoires intimes, notamment celles où le romancier l’accuse d’avoir atteint à jamais le psychisme de Marie-Jo, et porte l’affaire devant les tribunaux. Ce tirage princeps d’octobre ne fut mis en vente qu’une petite semaine : le 9 novembre 1981, le tribunal de grande instance de Paris ordonne le retrait des ouvrages et la suppression de plusieurs passages (31 lignes en tout, dont 25 concer- nant Marie-Jo) pour la nouvelle édition, laquelle doit être assortie d’une note de l’auteur (qui sera portée aux pages 495, 496, 719 et 721). Les nouveaux tirages de novembre puis de décembre connaîtront une forte diffusion, augmentée en France par le succès de l’entretien exceptionnel que Simenon donnera à Bernard Pivot pour un numéro spécial d’Apostrophes, enregistrée chez le romancier à Lausanne et diffusé sur Antenne 2 le 27 novembre 1981. « Cet entretien, qui dure 1 heure 15, mérite peut-être d’être qualifié de ‘hors norme’. Non pas seulement parce qu’il a mis en présence un écrivain majeur et un journaliste populaire, mais parce que ni l’un ni l’autre n’y a joué sa partition habituelle et qu’aucun des deux n’use du code de l’interview d’écrivain tel qu’il se pratiquait à l’époque. » (Laurent Demoulin, op. cit.) Précieux exemplaire : celui de l’éditeur de l’ouvrage, Claude Nielsen. Il avait repris les rênes de la maison d’éditions des Presses de la Cité à la mort de son père, Sven Nielsen, en 1977. Ce dernier avait rencontré en 1945 Georges Simenon : le début d’une très longue collaboration – et d’une amitié –, Simenon cédant en 1947 aux Presses de la Cité l’ensemble des droits d’exploitation littéraires de son œuvre, au détriment de Gallimard. Jusqu’en 1981, les Presses de la Cité publieront 141 livres inédits de Simenon pour un tirage moyen de 300 000 exemplaires et une soixantaine de traductions, du japonais au bouriate.
Presses de la Cité, oct. 1981, fort in-8°, 756 pp, broché, couv. illustrée, tranche salie, sinon bon état. Edition originale pour laquelle il n'a pas été imprimé de grands papiers
Edition originale peu courante (octobre 1981). L'ouvrage sera retiré de la vente suite à une décision judiciaire du tribunal de Grande Instance de Paris du 9 novembre 1981, à la demande de Mme Denyse Simenon-Ouimet, et réimprimé avec des passages supprimés et une note de Simenon concernant la suppression de ces passages pages 495, 496, 719 et 721 (31 lignes supprimées en tout, dont 25 de Marie-Jo). — "Une chose paraît évidente : Simenon a voulu écrire une suite à 'Pedigree', et, sans la moindre pudeur, se mettre à nu. Il livre toute sa vie, qu'il raconte à Marie-Jo et à ses trois fils, Marc, Johnny et Pierre. Cette vie, il la raconte « la mémoire enfin débarrassée du sordide » et avec une stupéfiante précision. Les lieux, les gens, l'atmosphère, tout est noté. Tel quel. Ce n'est pas le romancier qui tient la plume, mais l'ethnologue. L'ethnologue de la tribu Simenon. Femmes et enfants en tête, bien sûr, mais aussi gouvernantes, nurses, chauffeur, secrétaires, amis et amies, animaux, maisons, voitures. Désormais, n'importe qui ayant lu ces Mémoires pourra parler de Simenon comme s'il avait partagé sa vie. Tout y est dit. Des bobos aux troussages de dames et de demoiselles. Car Simenon, chacun le sait, n'a pas pêché par manque d'amour envers son prochain, surtout pas au féminin pluriel. L'étonnant, c'est que malgré la crudité des détails, le récit n'a rien du déballage. Simenon n'analyse ni ne dilue. Il aligne les faits d'une vie ordinaire. Pas d'argent, mais une folle envie de vivre ! Simenon a été petit journaliste et grand reporter, secrétaire d'un marquis, conteurs sous différents pseudonymes. Il a essayé la boxe en salle, s'est marié une première fois à dix-neuf ans, a roulé sur une grosse moto américaine sur la route des Ardennes et réalisé lui-même les plans de sa somptueuse maison d'Epalinges (Vaud, Suisse). Mémoires intimes, c'est encore le récit des rencontres avec ses grands amis : Pagnol, Cocteau, les frères Kessel, Pierre Lazareff, Picasso, Chaplin, Fellini... L'accablant témoignage des rapports passionnels, puis de plus en plus tumultueux, avec Denyse, sa seconde femme, qui rêve de se hisser à la hauteur de son mari, de briller et de dominer, mais qui boit et sombre dans la dépression nerveuse... Le cri de douleur ; l'hommage à Marie-Jo, sa fille adorée, qui mythifie son père, rêve d'un amour incestueux, lit tous ses livres, cherche désespérément sa voie et, malgré les soins prodigués par d'éminents psychiatres, perd peu à peu son équilibre mental... Le dialogue entre le père et la fille devient pathétique ; c'est pour elle que Simenon, pour clore ses Mémoires, ouvre le Livre de Marie-Jo : la reproduction des lettres, des poèmes et des cassettes qu'elle lui a adressés. Des pages brûlantes d'une tendresse excessive, d'amour de la vie, de larmes, de supplications..."