Léogane, 4 août 1790. 8 pp. in-4 (22,2 x 18,7 cm); sur deux feuilles doubles.
Longue lettre sur la situation à Léogane, peu après la dissolution de l’Assemblée de Saint-Marc. Commandant à Léogane, Villars rend compte de l’ambiance qui règne dans cette ville, située à 20 km à l’ouest de Port-au-Prince, quelques jours après la dissolution de l’Assemblée de Saint-Marc par le comte de Peynier. «Les esprits léoganais […] ne se sont pas refroidis longtems. Les voilà plus exaltés que jamais. La cause en est dans les adresses exécrables arrivées de St. Marc et dans la relâche et station non moins criminelles du vaisseau le Léopard. Longpré et Jolinger ont profité de cette dernière nouvelle pour rallumer le feu de la discorde. Ils ont tellement séduit le peuple et jeté la terreur dans la ville qu’il n’y paraît plus qu’une seule volonté, celle de se sacrifier pour soutenir l’insurgence et les crimes de l’Assemblée générale…». Il ajoute: «Le Petit Goave vient d’envoyer ici une adresse. Il y reproche à Léogane sa faiblesse, sa pusillanimité, son empressement à désarmer et il lui annonce que tous ses braves vont venir se réunir ici en conformité du décret de St. Marc. Si cette démarche du Petit Goave s’effectue, il n’y aura plus de sûreté à Léogane pour personne. Les assassins de Ferrand de Baudière exciteront certainement le meurtre et les exécutions. Mes enfans m’inquiètent: si je les enlève et que je m’éloigne avec eux, on croira que c’est la crainte qui m’a fait fuir…» (pp. 1-2). Villars évoque ensuite le baron de Montullé: «Il semble vouloir revenir à ce qu’il doit à son nom, à son état et à son honneur. Cette espèce d’indécision le rend suspect, on l’accuse de vouloir ménager tous les partis». Il est aussi question de certains notables de Léogane, qui ont immédiatement renvoyé les proclamations du gouverneur, montrant ainsi leur hostilité au représentant du roi. La lettre s’achève par un post-scriptum où il est question des députés de l’Assemblée de Saint-Marc: «Une goélette mouillée avant-hier soir ici a rapporté qu’elle avait pris à St. Marc deux députés de l’Assemblée générale qui avaient déclaré venir au Port au Prince à l’effet de s’y embarquer pour France sur le Léopard. Ces députés, dont je n’ai pu jusqu’ici découvrir les noms, avaient prétexté sans doute ce voyage en France pour couvrir leur intelligence et leurs trames avec l’équipage du vaisseau. La goélette ayant rencontré à la mer le Léopard, y a déposé les deux députés… ». Né en 1744 à la Nouvelle-Orléans, Claude Joseph Dubreuil de Villars fut lieutenant en second à la Guadeloupe, puis capitaine d’une compagnie d’artillerie à Saint-Domingue. Devenu lieutenant-colonel, il commanda les troupes de Léogane. Banni de l’île par les commissaires de la République, il passa à la Jamaïque, prit le parti des Anglais et retourna dans la colonie lors de l’occupation britannique. Au départ de ces derniers en 1798, il regagna la Louisiane et mourut à la Nouvelle-Orléans en 1808. Source: geneanet.org.