René Benjamin (1885-1948), écrivain, journaliste, prix Goncourt 1915, membre de l'Académie Goncourt.
Reference : 018568
René Benjamin (1885-1948), écrivain, journaliste, prix Goncourt 1915, membre de l'Académie Goncourt. L.A.S., Paris, 8 mai 1939, 2p in-4. Au poète et écrivain Léo Larguier (1878-1950), alors secrétaire de l'Académie Goncourt, à propos du couvert de Paul Neveux : « Cher ami, Dorgelès est aussi gai que Daudet à l'idée de la rogne Descaves ! Et de plus, il a trouvé quelque chose d'exactement magnifique pour que l'élection puisse être légalement précipitée. L'élection se fait d'ordinaire au bout de six mois : c'est vrai ! Mais. Elle a lieu, une fois au bout de trois mois et trois jours ! Et ce fut pour élire Pol Neveux ! Céard mourut le 16 août 1924, et Neveux fut élu le 19 novembre de la même année. Une tradition s'impose à ce fauteuil. Il faut l'établir. Et miracle : si on l'établit - ce sera encore trois mois et trois jours. Car Pol Neveux est mort le 25 mars, et le déjeuner de juin aura lieu le mercredi 28 ! Le président et le Gros niais ne peuvent pas résister à cet argument. Sacha, que j'ai vu hier, rit férocement à l'idée, non pas que Descaves démissionnera, mais qu'il fera un article - et il prend subitement un air très doux pour dire : -Alors, j'en ferai un aussi ! Dorgelès avait déjà eu vent de la colère Descaves. Deffoux (peut-on s'appeler Deffoux et être seul !) l'avait rencontré et lui avait confié la désolation de l'auteur de Sous-offs. Il parait, le pauvre, qu'il se lamente en disant : -et moi qui croyais connaître Benjamin ! Je n'ai pourtant jamais caché mon jeu. Je vous envoie, avec cette lettre, un livre sur Sacha, que j'ai publié en 1933, et. envoyé à Descaves ! Mon cher ami, je suis honteux de n'offrir à mademoiselle Larguier qu'un livre coupé ! Mais c'est le dernier que j'aie de la première édition. de l'édition ordinaire - et combien ! - hélas ! De l'édition de luxe, je n'ai plus depuis longtemps aucun exemplaire. Je suis tout vôtre de tout coeur. René Benjamin ». Le point principal de cette lettre est la date de l'élection du nouveau membre, plus rapidement qu'à l'habitude, mais le cas s'était déjà produit pour l'élection de Neveux au deuxième couvert. L'élection de Sacha Guitry eut bien lieu le 28 juin 1939, par sept voix au second tour, seulement trois mois et trois jours après la mort de Neveux. On voit ici que l'élection était déjà jouée. Le « Gros Niais » est Jean Ajalbert que René Benjamin détestait. Très belle lettre. [184]
René Benjamin (1885-1948), écrivain, journaliste, prix Goncourt 1915, membre de l'Académie Goncourt.
Reference : 018570
René Benjamin (1885-1948), écrivain, journaliste, prix Goncourt 1915, membre de l'Académie Goncourt. L.A.S., Vichy, jeudi 20 mars 1941, 2p in-4. Au poète et écrivain Léo Larguier (1878-1950), alors secrétaire de l'Académie Goncourt : « Mon cher Larguier, J'ai passé avec vous des heures d'une amitié libre, confiante, parfaite. Avant de rentrer dans la zone mélancolique où nos vainqueurs ont seuls des libertés, je tenais à vous le redire en vous remerciant. Dimanche, j'ai vu Dorgelès. Mardi, Carco. Et ce même jour, j'ai aperçu la gueule d'Ajalbert. je n'étais plus dans le domaine de la poésie. Dorgelès a écrit dans Gringoire un article assez démagogique pour dire avec éclat et sonorité : -réservons le prix de 40 pour le jour où les prisonniers seront rentrés et pourront courir leur chance ! Pas mal de concierges lui ont écrit qu'il avait un grand coeur ! Il se trouve alors buté sur son idée. Carco flotte. Il n'a pas d'idée. Le projet de donner un prix - au moins un - à Lyon, si on ne peut mieux - leur agrée en tout cas. Quand à Ajalbert, ce salaud, il est venu à ma conférence de Nice, pour voir, pour espionner comme Descaves, pour m'empoisonner avec une gueule impossible ! Mais, j'ai eu vite fait de passer au-dessus ! Il ne m'a même pas tendu la main. C'est le goujat parfait. Il s'attendait à ce que je rate ma conférence. Je ne l'ai pas ratée. Il était déçu ! Et voilà. Je rentre travailler, et oublier tout cela. sauf vous. Le père Rosny recevra nos impressions dans toute leur vérité. En prenant hier soir à Cannes un train de nuit, j'ai pu arriver ce matin à temps à Vienne pour revivre auprès du maréchal quelques heures pathétiques. Ça ce n'est pas de l'Ajalbert, ce n'est pas du toc, du vrac, et de l'envie. C'est simple, c'est large, c'est beau. A vous, mon cher Larguier, du fond du coeur. Faites de beaux vers, et pour ceux qui vous aiment, portez-vous bien. René Benjamin ». Très intéressante lettre au moment de décerner le prix Goncourt en temps d'occupation montrant les dissensions au sein de l'Académie. Ce prix lui fut donné, sur pression du régime de Vichy, le 22 décembre 1941 à Henri Pourrat. Très belle lettre. [184]