Pierre Ruffin (1742-1824), diplomate, consul de France à Constantinople, interprète des langues orientales.
Reference : 020002
Pierre Ruffin (1742-1824), diplomate, consul de France à Constantinople, interprète des langues orientales. L.A.S., Péra [Constantinople], 28 fructidor an 9 [15 septembre 1801], 1p 1/2 in-4. Longue et importante lettre au chimiste Jean d'Arcet (1724-1801) dont il ne savait pas la mort (12 février 1801). Il n'y a aucun doute pour le destinataire car c'est adressé au professeur au collège de France. Très belle lettre au moment où les Français, prisonniers depuis 2 ou 3 ans, sont enfin libérés. « Je m'empresse, mon cher et ancien confrère, de vous faire part de ma sortie des Sept-Tours, qui eut lieu le 8 de ce mois. La présidence, que le ministre des R.E. a bien voulu confier à mon zèle, de la commission établie ici pour la distribution des secours accordés aux français prisonniers en Turquie ; en m'ouvrant une carrière bien douce pour une âme sensible, m'impose une tâche pénible et épineuse, qui m'occupe tout entier. Il s'agit de rendre à la liberté, à la Patrie, à la vie près de deux mille français déportés sur les côtes d'Europe et d'Asie dans la mer noire, renfermés dans les forteresses méditerranées de l'Asie, disséminés dans les échelles et Provinces de l'Empire Ottoman, ou gémissant dans les fers du Beyne de cette capitale. Un premier navire parlementaire parti le 24 a déjà emporté presque tous les agents et artistes au nombre de 85. Le 2e met aujourd'hui à la voile pour Toulon, où il ramènera plus de 150 hommes de mes délivrés de l'Arsenal. J'espère qu'à la fin de cette semaine près de 500 militaires, qui ont souffert tout ce que souffrent les criminels condamnés aux travaux publics de la Marine, prendront leur essor vers le sol natal sur trois ou quatre autres navires etc. Telle a été, mon cher confrère, mon occupation depuis 20 jours. Elle me laisse encore à peine le temps de respirer et notre aimable Alexandre Gérard, embarqué avec mon gendre [Barthélémy de] Lesseps, connu par son voyage particulier au Kamtchatka et sa portion à celui de feu La Peyrouse autour du monde ; Gérard, dis-je, embarqué sur le 1er parlementaire est parti tout fâché contre moi de ce que je ne l'avais pas muni d'un mot de recommandation pour vous. je lui ai promis de réparer cette omission forcée aussitôt que je le pourrais et j'ai d'autant plus de plaisir de tenir à votre intéressant élève la parole que je lui avais donné ; que c'est pour moi une grande satisfaction de me rappeler à l'honneur de votre souvenir ; de vous dire du bien et un bien grandement mérité d'un jeune homme qui vous est cher et que j'aime beaucoup aussi ; et enfin de réclamer les bontés de M. Le Breton pour lui et son estime pour moi-même. Daignez vous réunir pour son avancement et croire que je partagerai sa reconnaissance. Je n'ai pas besoin de vous parler de sa conduite à Péra. Elle a fait l'édification de tout le monde. Permettez-moi de placer ici mes très humbles remerciements à M. Le Breton, du bon accueil qu'il a fait à mon fils et de tous les services qu'il a bien voulu lui rendre. Vous apprendrez volontiers, mon cher confrère, la délivrance que j'ai été assez heureux pour obtenir, du citoyen Beauchamp, qui, après avoir couru les plus grands dangers, avait été détenu au château de Fanaraki à l'embouchure de la mer noire. Malheureusement, à ma sortie des Sept Tours, le citoyen Beauchamp se trouvait attaqué d'une maladie très grave. Je l'ai fait transporter à Péra accompagné de deux chirurgiens et d'un médecin français. Il n'est pas encore hors d'affaire, mais on espère beaucoup qu'il soutiendra les cruels assauts de la vomique, qu'il expertore depuis 15 jours ; et j'aime à me flatter que j'aurai le bonheur de me conserver à moi-même cet ami de 30 ans, et aux sciences un homme précieux à tous égards. Ne m'oubliez point, je vous en supplie, auprès de la famille et des amis du jeune Gérard, et soyez persuadé de la sincérité, de l'estime et de l'attachement avec lesquels je serai toute ma vie votre confrère et ami P. Ruffin ». La lettre mentionne donc Bart