Paris, Jean Richer, 1606. In-12 (160 x 105 mm), 4 ff. n. ch., 508 ff. mal chiffrés 506. Veau fauve marbré, triple filet doré en encadrement sur les plats, armes au centre, dos lisse richement orné de caissons de fleurons dorés, pièce de titre en maroquin vieux rouge, coupes filetées, tranches dorées sur marbrures, fines restaurations, petit trou au feuillet 17 et petit manque marginale au feuillet 43 avec pertes de quelques lettres, petite galerie de ver marginale aux feuillets 314-319 sans atteinte au texte, marges un peu courtes (reliure du XVIIIe siècle).
Rare seconde édition de cette chronique en sept parties, que l’on trouve indifféremment à la date de 1605 (année de l’originale) ou 1606. Certaines possèdent un titre-frontispice gravé (non mentionné par Sabin), ce qui n’est pas le cas ici. Jean Richer donnera d’autres éditions entre 1607 et 1612. Toutes sont recherchées. Un recueil important pour l’histoire du Canada. Cette chronique historique des royaumes de France et d’Espagne et de leurs colonies entre 1598 et 1604 incluant le Pérou, les Philippines ou encore la Chine, offre de nombreux détails des voyages vers les Indes orientales et occidentales et plus particulièrement vers le Canada, destination du premier voyage en 1603 de Samuel Champlain avec le navigateur François Gravé du Pont. Cayet relate l’exploration du Saint-Laurent, ainsi que les observations sur les coutumes autochtones et le commerce des fourrures. On relève à la date de 1603 (feuillets 416-425) les passages suivants: «Navigation des François à la Nouvelle-France, dite Canada.- François bien receus des sauvages.- Harangue d’un sauvage.- Malice des sauvages.- Québec.- Trois-Rivières». À la date de 1604 (feuillets 505-506): « Des François habituez en Canada.» La Chronologie septénaire, qui associe aux récits des évènements historiques de nombreuses anecdotes (nos faits divers aujourd’hui) est parfois considérée comme l’ancêtre de la presse. Les éditeurs Jean et Estienne Richer ne s’y étaient d’ailleurs pas trompés: à la mort de Cayet en 1610, ils vont renouveler son œuvre pour en faire l’annuel Mercure François, la première revue française. Exemplaire aux armes du duc d’Aumont. Cet exemplaire est relié aux armes de Louis Marie Augustin de Rochebaron (1709-1782), marquis de Villequier puis duc d’Aumont, lieutenant général des armées du roi, gouverneur successif de Compiègne, de Boulogne et du Boulonnais, de Montreuil et de Chauny de 1748 à 1782, pair de France, chevalier du Saint-Esprit. Pendant le règne de Louis XVI, il a contribué à diffuser dans les arts le goût de l’antique, en protégeant de jeunes artistes comme les architectes François-Joseph Bélanger et Pierre-Adrien Pâris qu’il a employés à la décoration de son hôtel place Louis XV, ou les bronziers Philippe Caffieri ou Pierre Gouthière. La vente de sa collection d’œuvres d’art fut un évènement: Louis XVI se porta acquéreur de 51 lots. «Le duc d’Aumont avait formé de magnifiques collections d’objets d’art et de livres avec un soin et une patience remarquables; la plupart des reliures, faites de maroquin ou de veau marbré, sortaient des mains de Padeloup.» (O.H.R). Cette provenance est rare car une grande partie de la bibliothèque se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale. Notre exemplaire passa ensuite dans la bibliothèque de Philippe-Laurent de Joubert († 1792), dont l’ex-libris se trouve au premier contreplat. Trésorier des États de Languedoc, amateur d’art éclairé et collectionneur avisé remarqué en son temps par son cabinet d’histoire naturelle, il fut membre fondateur de la Société des beaux-arts de Montpellier et le plus célèbre mécène de cette ville en son temps. Il permit notamment à François-Xavier Fabre et à d’autres élèves de l’école de dessin de partir à Paris et à Rome. La page de titre porte en outre un ex-libris manuscrit plus ancien, «François Joquel, 1654». Bel exemplaire à la provenance prestigieuse. Sabin, n°11627. Chadenat, n°1027. Brunet, I, 1891. O.H.R., pl. 364, fer n°1. Guillaume Debure, Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. le duc d’Aumont, 1782, p. 283, n°2328.