Nantes, chez l'auteur, 1771. En 4 feuilles coupées en 9 sections montées sur toile et repliées, pouvant être jointes pour former une carte de 1,13 x 1,56 m ; étiquettes au dos de l'éditeur parisien Roch-Joseph Julien, renseignées du numéro de la feuille et des villes correspondantes en manuscrit ; sous étui de papier bleu de l'époque, dentelle dorée en encadrement sur les plats, titre doré "Bretagne" sur le premier plat.
Rare carte monumentale de la Bretagne, dressée par Jean-Baptiste Ogée, gravée par Jean-Luc Nyon en 1771, et publiée par l'auteur à Nantes en 1771. Le texte a été gravé par Charles-Nicolas-Dauphin de Beauvais et Jean-Claude Dezauche. La carte, dédiée aux seigneurs des États de Bretagne, est décorée d'un beau cartouche dont le dessin est attribué à Pierre Nicolas Arrivet. Le titre, posé sur une draperie, est décoré en tête d'un blason partageant les armoiries du royaume de France et de la Bretagne, soutenues par un personnage féminin et un lévrier, emblème de la ville de Vannes, portant un foulard autour du cou, sur lequel on peut lire À ma vie ce qui signifie « Jusqu’à ma mort », devise de l'ordre de l'Hermine (ordre de chevalerie fondé en 1381 par le duc de Bretagne Jean IV) avant de devenir celle de la cité de Vannes. La représentation du lévrier est un hommage aux chiens offerts à François Ier lors du traité de 1532. Au pied du titre se trouvent des attributs militaires. Les angles sont décorés de quatre fleurs de lys, et le centre des bordures de quatre hermines. Les mers sont décorées de neuf bateaux et de deux scènes de bataille navale, l'une au large de l'archipel des Minquiers, ici nommé Les Menquées, au sud de Jersey, l'autre un peu plus à l’ouest. La carte est orientée par une belle rose des vents placée dans l'Atlantique, dont le nord est indiqué par une fleur de lys. La légende des signes conventionnels permet de distinguer les grandes et petites villes des bourgs et des villages, les châteaux des maisons, les abbayes des chapelles, les moulins à eau et à vent, les limites des évêchés, les ordres religieux, le statut des seigneuries, duchés pairies, baronnies, marquisats, comtés ou vicomtés, ainsi que les diverses juridictions, présidiaux, régaires, cours royales, hautes, moyennes et basses justices. L'échelle est de 10 lieues de 2400 toises chaque. La Bretagne est divisée en ses neuf évêchés historiques : Dol, Nantes, Rennes, Saint-Brieuc, Saint-Malo, Quimper, Saint-Pol-de-Léon, Tréguier et Vannes. Tous sont nommés à l'exception de l'évêché de Vannes. Ce sont ces neuf évêchés qui représentent les neuf bandes du Gwenn Ha Du, drapeau de la Bretagne. La carte, riche en éléments topographiques, s'étend au nord jusqu'à la pointe d'Agon en Normandie, au sud jusqu'à l'île de Noirmoutier dans le Poitou, et à l'est jusqu'à Lassay ou Lassay-les-Châteaux dans le Maine, et Connord ou Gonnord en Anjou. Au pied du titre se trouve la signature à l'encre d'Ogée. Il semblerait que seuls les tous premiers exemplaires portent la signature de l'auteur. Commandée par les États de Bretagne en 1769, la carte d'Ogée est considérée comme étant la première carte générale de la péninsule armoricaine levée suivant des procédés scientifiques. Homme de terrain avant tout, Ogée en parcourut toutes les parties. Au cours de ses voyages, il ne se contenta pas de mesurer des angles et des côtés, de tracer des triangles sur le terrain et de les rapporter sur le papier. Il prit soin de recueillir des renseignements sur toutes les villes et les communes auprès des hommes instruits du pays, seigneurs ou curés le plus souvent. La première édition fut publiée en 1771. Vers 1837, les cuivres furent vendus par le fils d'Ogée à Jules Forest, libraire, moyennant la somme de 1.350 fr. Ce dernier en fit au moins un tirage avec corrections et addition des nouvelles divisions politiques. Né en 1728 à Chaoures dans le département de l'Ain, Jean-Baptiste Ogée, ingénieur-géographe de Bretagne, embrassa d'abord la carrière militaire. Puis en 1753, il intégra les Ponts et Chaussées de Bretagne. D'abord ingénieur ordinaire à Rennes, puis à Nantes, ses talents lui valurent rapidement le titre d'ingénieur-géographe de la province. Il mourut à Nantes en 1789. On a de lui une Carte géométrique du comté Nantois dédiée au duc d'Aiguillon, publiée en 1768, un Atlas itinéraire de Bretagne, publié en 1769, et un Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, publié entre1778 et 1780. En 1771, il a également réalisé une version réduite en une feuille de sa carte en 4 feuilles sous le titre de Carte géométrique de Bretagne, dédiée au duc de Duras. En 1788, peu avant la création des départements, un exemplaire de cette version réduite fut utilisé comme support par les députés bretons pour le découpage de la Bretagne en ses cinq futurs départements : Finistère, Côtes-du-Nord, Morbihan, Ille-et-Vilaine et Loire-Inférieure. Bel exemplaire sous étui de l'époque. Marge droite de la seconde feuille coupée à la bordure, défauts d'usage à l'étui. Gaudillat, Cartes anciennes de la Bretagne 1582-1800, 1999, 60 ; Annonces, affiches, et avis divers, Feuille périodique du lundi 4 novembre 1771, 1771, p. 878 ; École d'Architecture de Nantes, Gilles Bienvenu, Jean-Baptiste Ogée, ingénieur, géographe et historiographe de Bretagne au XVIIIe siècle, 1998, pp. 477-480.