Mayrac, Chez l’auteur, 2014, gr. in-8°, 317 pp, avant-propos de Gilbert Larguier, après-propos de Daniel-Odon Hurel, 30 photos en couleurs sur 6 pp, plans, annexes, sources et biblio, glossaire, index, broché, couv. illustrée, bon état
On pensait tout connaître de l'abbaye de Lagrasse, en particulier son histoire médiévale. Mais le travail de l'historienne Bénédicte Bousquet porte à notre connaissance sur un monde jusqu'ici peu connu, celui des moines bénédictins des XVIe-XVIIIe siècles. Elle fait tomber un certain nombre d'idées reçues. Son livre fait apparaître un monde complexe et fascinant tiraillé entre conservatisme et modernisme, entre immobilisme et réforme. On découvre une abbaye de Lagrasse partagée entre deux communautés, la première incarnée par les religieux anciens, héritiers des moines du Moyen Age qui demeurent les occupants de l'abbaye jusqu'au XVIIe siècle et une seconde représentée par les religieux mauristes qui viennent à Lagrasse réformer l'abbaye à partir de 1663. Les deux communautés avec chacune leur cohérence, leurs particularités et leurs limites vont violemment s'affronter pour le contrôle de l'abbaye... — "Bien que publiée à compte d’auteur, la thèse de Bénédicte Bousquet répond parfaitement, sur le plan formel, aux exigences d’un ouvrage scientifique. Riche de nombreux documents (listes de moines et de propriétés, cartes et dossier photographique), d’un inventaire des sources détaillé et d’un index des noms de personnes, elle comprend en outre un glossaire utile pour la compréhension de certains termes locaux et des usages monastiques de l’Ancien Régime. Sur le fond, cet ouvrage apporte un éclairage neuf sur la vie d’une abbaye bénédictine au cours des trois siècles de l’Ancien Régime. Il s’agit, observe Daniel-Odon Hurel, d’un « excellent travail [...], l’un des premiers à étudier précisément une communauté monastique bénédictine moderne ». Située dans le massif des Corbières, près de Lézignan, Narbonne et Carcassonne, Lagrasse a connu son apogée au XIIe siècle. Elle se trouve alors à la tête d’un ensemble de neuf monastères et de soixante-dix églises réparties sur sept diocèses. À partir des archives de la série H des archives départementales de l’Aude et des actes notariés du village de Lagrasse, B. Bousquet souligne la capacité des moines à surmonter les difficultés des troubles civils du XVIe siècle, avant d’intégrer en 1607 la congrégation des Exempts, puis celle de Saint-Maur en 1663. Les trois parties du plan examinent d’abord la période antérieure à la réforme mauriste, puis la difficile introduction de cette réforme et les transformations de l’abbaye jusqu’à la Révolution, avant de revenir sur la gestion de son important patrimoine foncier. L’analyse, écrite dans une langue simple et claire, a le mérite de ne laisser aucune zone d’ombre dans l’histoire de l’abbaye. Servie par de belles archives, méthodiquement exploitées, elle aborde aussi bien les questions liées à la liturgie que le rôle des abbés commendataires, ou la dimension judiciaire du pouvoir seigneurial. Une attention particulière est accordée aux hommes (recrutement, formation, vie communautaire) et à la culture matérielle. Une originalité du monastère était de ne recevoir, en théorie, que des nobles. En réalité, il s’agrégea des familles de la bourgeoisie sans difficultés apparentes, ce qui eut pour conséquence de neutraliser les effets pervers d’un recrutement nobiliaire exclusif. Contestant l’image d’une abbaye mondaine forgée par l’historiographie mauriste, B. Bousquet démontre l’importance du rôle qu’elle jouait dans les domaines spirituel, social, économique et judiciaire, à différentes échelles : celle du village de Lagrasse, celle de la région des Corbières, celle du Languedoc, d’où étaient originaires les familles des moines. Ces caractères traditionnels furent bouleversés par la réforme de Saint-Maur, qui, de manière paradoxale, élargit les horizons de la communauté à l’ensemble de la congrégation, tout en isolant davantage le moine par le retour au strict respect de la clôture. Afin d’éviter l’enracinement des hommes en un lieu, elle fit des religieux des nomades passant d’un monastère à l’autre, sans en connaître l’histoire, tout en étant soumis à un pouvoir centralisé et distant..." (Éric Suire, Revue d'histoire de l'Église de France, 2015) Désormais les frais d'envoi sont de 6 € seulement pour les livres jusqu'à 1 kg (colissimo suivi), pour la France métropolitaine.