Paris, Chez Royol, Plancher, 1820. Petit in-8 de (2)-248 pp., demi-chagrin vert, dos orné à nerfs (relié vers 1860).
Édition originale rare de ce curieux recueil consacré à l'affaire de la cabane de Clichy, qui prit en 1819 une dimension politique nationale. François-Gabriel Morisset, vigneron-tonnelier établi à Clichy-sous-Bois, possédait une maison située en face de l'entrée du château de la Terrasse, propriété de M. de Barmont, devenu maire de la commune en 1813. La maison, dont le propriétaire souhaitait depuis plusieurs années l'acquisition, fut finalement démolie en juillet 1819 au motif qu'elle contrevenait aux règlements de voirie. L'affaire fut aussitôt présentée par la presse d'opposition comme un exemple de l'arbitraire des autorités locales et de la résurgence des pratiques seigneuriales sous la Restauration. Une souscription fut organisée pour permettre à Morisset de reconstruire sa maison ; elle recueillit des fonds et des témoignages venus de toute la France.L'ouvrage constitue le recueil documentaire de cette mobilisation : liste des souscripteurs et leurs devises, lettres d'envoi, pièces officielles, lettre de Morisset, relations de voyages à Clichy, noms des membres de la commission chargée de la réédification, projet d'inauguration, romances, rondes et airs notés. Cette association de documents, de témoignages, de textes satiriques et de musique donne à la publication le caractère d'un véritable dossier de mobilisation politique et populaire.La fortune médiatique de l'affaire est attestée par un compte rendu des Plaisirs de Clichy dans Le Conservateur littéraire, t. II, 13e livraison, 3 juin 1820, p. 115, signé U., la revue fondée par Abel, Eugène et Victor Hugo, alors l'un des périodiques importants de la jeune presse royaliste et littéraire. L'affaire de Clichy apparaît ainsi au coeur des affrontements idéologiques de la Restauration, entre défense de l'autorité monarchique et revendications libérales. Bel exemplaire.