Ian Evertsen Cloppenburg | Amsterdam 1624 | 15.70 x 22 cm (In-4) | relié
Rare édition originale de l'un des plus remarquables livres d'emblèmes hollandais du XVIIe siècle, ornée d'un titre gravé portant la devise « SPE ET METU » et de cinquante et un emblèmes dessinés par Adriaen van de Venne, puis gravés par l'artiste lui-même et par Willem van de Passe, Johannes Gelle, Christoffel Le Blon l'Ancien, Albert Poel et Jan Gerritsz Swelinck. L'adresse de la page de titre porte le nom du libraire amstellodamois Jan Evertsz Cloppenburgh, mais l'impression fut réalisée à Middelbourg par Hans van der Hellen, dans la ville natale de Johan de Brune. Le tirage de cette première édition est estimé à environ mille exemplaires. Les feuilles demeurées invendues furent remises en circulation en 1636, avec quelques modifications dans le premier cahier et des additions finales, avant la publication en 1661, chez Jan Jacobsz Schipper, d'une nouvelle édition enrichie de nouvelles planches et de maximes supplémentaires. Reliure de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle en demi-basane caramel à petits coins, dos à nerfs orné de filets dorés, pièce de titre de veau brun. Mors supérieur fendu en tête et en queue, frottements sur les plats. Restauration marginale de 6 cm à la page 108. Quelques pâles rousseurs. * Chaque emblème se déploie selon un dispositif savamment réglé. Une devise d'un ou deux vers introduit la gravure, suivie d'un épigramme en vers, puis d'un commentaire en prose qui peut se prolonger sur plusieurs pages. Citations latines, sentences antiques et passages en français viennent épaissir cette « wt-legginghe », moins destinée à expliquer simplement l'image qu'à en fixer le sens et à conduire le lecteur vers une vérité morale. Chez De Brune, l'image attire, surprend ou amuse, mais le texte reprend aussitôt la maîtrise du regard. L'auteur se méfie de la mobilité des significations visuelles, capables de conduire l'esprit dans plusieurs directions, tandis que la parole écrite lui paraît offrir une assise plus ferme. Il ne renonce pourtant jamais au pouvoir de l'illustration. Il choisit au contraire des scènes immédiatement reconnaissables, empruntées aux intérieurs domestiques, aux loisirs, aux métiers et aux objets les plus ordinaires, afin que le lecteur se retrouve d'abord dans l'image avant de se découvrir visé par la leçon. Juriste formé à Leyde, avocat, secrétaire des États puis raadpensionaris de Zélande, Johan de Brune (1588-1658) met cette mécanique de l'emblème au service d'une morale exigeante. Son calvinisme, son humanisme et sa vaste culture classique se rejoignent dans une même ambition : corriger les « fautes de notre siècle » en observant les comportements de ses contemporains. Ses commentaires accumulent les exemples, les citations et les rapprochements érudits, donnant à chaque scène familière l'ampleur d'un petit traité sur les passions, les vices ou les devoirs humains. Cette pensée aurait été moins saisissante sans Adriaen van de Venne. L'artiste ne se contente pas de traduire les idées du moraliste en symboles convenus : il les installe dans la réalité matérielle de la Hollande du Siècle d'or. Vêtements, meubles, aliments, gestes et expressions sont rendus avec une attention qui rapproche certaines planches de la peinture de genre contemporaine. La scène conjugale de l'emblème II, le fromage ouvert et déjà corrompu de l'emblème VII ou les jeux et conversations de la bourgeoisie zélandaise offrent un répertoire exceptionnel de murs, de costumes et d'objets quotidiens. Le réalisme de Van de Venne ne sert cependant jamais la seule anecdote. Le fromage à la pâte entamée devient l'image d'une perfection que son excès même menace de corrompre ; une scène d'intérieur révèle les désordres de la vie conjugale ; un geste banal ouvre sur une méditation morale. Le texte surveille l'image, mais l'image résiste assez pour conserver son épaisseur propre, son humour et parfois sa rudesse. L'emblème XLVII offre l'un des exemples les plus frappants de cette rencontre entre observation