| DEUXIEME EDITION SEPAREE. Ouvrage paru la première fois en 1776 dans le 3è volume du Monde primitif analysé et comparé (.) Brunet II, 1516. La première édition séparée a paru la même année 1776 en 1 vol. in-8 (Paris, l'auteur, Boudet). BEL EXEMPLAIRE de cet important ouvrage. Le comte de Lanjuinais a tracé de lui le portrait suivant : " Sa vie fut laborieuse et modeste, son caractère doux, expansif, sa conduite respectable, son esprit hardi et sa plume féconde. Il était doué de la mémoire la plus heureuse, d'une imagination vive qu'il ne savait pas toujours captiver, d'un style facile, brillant et animé, quoique diffus. Souvent la modicité de sa fortune l'obligea de travailler avec trop de rapidité, le priva du loisir nécessaire pour mettre la dernière main à ses ouvrages. La justesse de sa critique ne répondait pas à l'étendue de ses connaissances , et celles-ci avaient encore plus de superficie que de profondeur. Comme historien et comme philosophe, il n'a jamais perdu de vue le bien-être des hommes ; comme grammairien et comme interprète de l'antiquité, il a eu des vues heureuses, mais on regrette qu'il se montre si fréquemment ami du paradoxe. " Court de Gébelin s'occupa de vastes recherches sur l'antiquité et sur l'ensemble des connaissances humaines, des mythologies et des civilisations. Après vingt ans de travaux, il commença l'exposé de ses idées et de son système dans un ouvrage intitulé : le Monde primitif, analysé et comparé avec le monde moderne, dont il parut 9 vol. de 1775 à 1784 et qui resta inachevé. Le plan était immense, et d'Alembert doutait que quarante savants pussent l'exécuter. Interprétation des mythologies, mécanisme de la parole, filiation des langues, existence d'une langue primitive, recherche des étymologies, etc., tels sont les nombreux objets dont l'exposition et la discussion devaient composer cet immense ouvrage, qui ne répondit pas d'ailleurs à l'attente universelle. L'auteur interprétait les mythes anciens dans le sens de l'allégorie. La partie la plus remarquable de son travail est l'Histoire naturelle de la parole, qui a été publiée à part par Lanjuinais (notre édition de 1816). Court de Gébelin fut un partisan zélé des économistes, de la liberté de conscience et même de la liberté civile et politique. Rabaud Saint-Etienne avait été son élevé. Court de Gébelin, couronné deux fois par l'Académie française ; nommé censeur royal malgré sa religion, et choisi pour président du musée fondé par les gens de lettres, n'en fut pas moins malheureux et tourmenté pendant toute sa vie. Les protestants furent ingrats à son égard. Des chagrins domestiques se mêlèrent à ses embarras financiers, et il mourut dans le dénûment. Le comte d'Albon le fit enterrer dans sa terre de Franconville au milieu de la vallée de Montmorency. Il laissa sa famille dans la plus affreuse misère. Le 4 août 1784, l'abbé de Beaulieu, son ami et son confident intime, adressa une circulaire à messieurs les confrères, amis et souscripteurs de feu Court de Gébelin, pour les engager à donner des fonds destinés à soutenir sa malheureuse famille, et à publier le Monde primitif. Il y a, dans cette circulaire, des détails navrants sur les derniers jours de la vie de Gébelin. " Tourmenté, depuis un an surtout, par des créanciers qu'il ne connaissait pas et qui étaient secrètement excités à l'Inquiéter, il a sacrifié, pour les apaiser, tout ce qu'il avait économisé pour sa famille, tout le fruit de ses travaux ; il leur a payé 20,000 livres ; enfin il est mort n'ayant depuis un mois plus rien pour vivre, ni pour faire vivre sa sœur et ses deux-nièces, qui depuis ce temps subsistent du produit de la bienfaisance. Telle a été la fin de votre frère, de votre avocat, de votre ami, du génie le plus vaste que la France ait produit, et tel est le sort de sa malheureuse famille ; il reste 36.000 livres de dettes à payer, et point de succession. " A part l'éloge hyperbolique donné par l'abbé de Beaulieu à son ami, tout cela n'est malheureusement que trop vrai. (.) L'auteur fit lui-même un résumé des tomes II et III sous le titre de : Histoire naturelle de la parole ou Précis de la langue et de la grammaire universelles (Paris, 1776 , in-8 ; nouvelle édition par Lanjuinais, 1816). " II admettait, disent MM. Haag, l'existence d'une langue unique, fondée sur des principes immuables découlant de l'organisation même de l'homme, et dont les divers dialectes n'étaient que des modifications accidentelles. Il espérait donc retrouver les éléments de cette langue mère en remontant d'idiome en idiome. Dans cette langue primitive, selon lui, les voyelles représentaient les sensations , les consonnes les idées , et l'écriture en fut purement hiéroglyphique. Une fois en possession de ces hiéroglyphes, il croyait arriver facilement a dévoiler les mystères de l'ancien monde, à le faire connaître dans sa mythologie, son calendrier, son culte, son histoire. " Extrait du grand dictionnaire universel du XIXè de Pierre Larousse, tome 5, p. 386-387. |