| Les mythes ont la vie dure, c'est bien connu, et Louis Mandrin n'échappe pas à la règle. Le " Bandit bien aimé " déjà confondu dans l'esprit des ses contemporains avec la révolte dont ils rêvaient contre une administration inhumaines, est devenu aujourd'hui l'égal des révolutionnaires à message, tout à la foie Saint-Just et Bonnot, Che Guevara et Ravachol. Dressé contre l'absolutisme du XVIIIe siècle, opposé à l'armée, aux Nobles et aux Fermiers Généraux, on voit dans Louis Mandrin, le premier combattant de la " Lutte des classes ". Si c'était vrai, ce serait bien triste, car Mandrin aurait alors prêché dans le désert : un demi-siècle se serait écoulé avant que soit compris le sens de la révolte, la révolution Française jamais ne se réclama de lui. La " Fausse Légende " c'est d'avoir fait de ce desperado solitaire, réduit par les circonstances à devenir hors-la-loi, un chef insurrectionnel aux idées prophétiques. La " Fausses Légende " c'est de présenter Mandrin comme un justicier, lui qui pratique surtout le racket, comme un protecteur des pauvres, lui qui ne s'en prit jamais qu'aux soldats et aux paysans; comme une " victime du système social ", lui qui ne se consola jamais de s'en être retranché. Et s'il risqua dans ce dur métier de la contrebande, plus que ses émules - ou ses concurrents - c'est peut-être parce qu'obscurément il cherchait à aller trop loin. Mandrin ne réussit jamais à être un adulte et c'est ce sentiment d'avoir raté l'essentiel qui lui donna, confusément le goût de l'échec. Il ne réussit bien que sa mort - ce n'est déjà pas si mal. Analysant sans concession les faits et les événements de la vie de Louis Mandrin, mettant au jour les motifs de sa révolte, Erwan Bergot fait justice de cette " Fausse Légende ". |