| ' J'ai reçu le baptême de l'opium dans des circonstances extravagantes, le jour même ou Toulouse se libérait '. Ainsi commence le sabbat effréné conduit par un enfant de la guerre : un jeune intellectuel de vingt ans. Entre les stupéfiants destructeurs qui le diminuent - morphine, cocaïne, Héroïne -, les combats amoureux qui l'exaltent et la fréquentation des plus grands esprits de son temps (Gide, Malraux, Benda, Aragon, Camus, un célèbres écrivain américain avec lequel il dispute au Ritz un concours de cocktails au champagne), l'auteur nous fait une confession hors du commun. Le bilan surgit au bout de cette course haletante : 'Oh ! Marianne, mon amour, ma criminelle enfant, qu'avons-nous fait ensemble de non beau cerveau des lendemains immédiats de ma vingtième année, s'écrie Yves Salgues. La course au cerveau perdu ne se gagne jamais '. Puis plus loin : ' Aujourd'hui que j'écris ce livre, ce n'est pas le talent des psychiatres qui m'a délivré de la drogue, c'est le génie de l'amour qui m'en a définitivement guéri '. Destruction et rédemption se succèdent en un combat douteux au long de ces pages où tout est neuf : le style, le contenu, l'effrayante sincérité. Après qu'il ait connu les plus éclatantes fêtes de l'esprit et des sens, il n'en est rien resté, dit Salgues, l'héroïne homicide a tout réduit en poussière. Qu'il se rassure : de cette jeunesse tourmentée, libertaire et sauvage, on retiendra un témoignage capital sur une époque - l'après guerre -, des chapitres étonnants sur l'amour et l'érotisme et, dans le procès que l'auteur intente à la drogue, un jugement qui ne comporte pas d'appel. |