| Très rare édition originale d'un ouvrage célèbre de Nicolas-Edmé Rétif (alias Restif) de La Bretonne (1734-1806), présentant l'exceptionnelle particularité de comporter un nouveau feuillet de titre contre-collé, imprimé spécialement par le libraire Garnery qui avait racheté le stock de ce livre (le titre original peut se lire en transparence). Cuir un peu « scalpé » au dos en tête et en queue aux tomes 1 et 2, et à peine en queue au tome 3. Manque : partie de la coiffe inférieure du tome 1, de la coiffe supérieure des tomes 2 et 3, coiffe supérieure du tome 6 et très petite partie de la coiffe inférieure du tome 10. Petits manques de papier aux pièces de titres des tomes 4, 6, 7 et 9. Papier des plats de couverture présentant des traces d'usure. Petite déchirure sans manque de papier p. 681, 1260 et avec petit manque en marge p. 991, 1377, 1665, 1835, 2765, 3793 (avec, ici, absence de quelques lettres en queue). Quelques mouillures au tome 1. Quelques rousseurs au tome 5 (particulièrement aux p. 1351, 1355 et 1357). Petite tache d'encre à l'angle supérieur droit des p. 2021 à 2070. Minuscule trou à la 1ère planche et mouillure à la 2e (p. 961) du tome 4. Très petite mouillure au bas de la 2e planche du tome 5 ( p. 1454). Mouillures à la 3e planche du tome 10 (p. 2942), aux 2e et 3e du tome 11 (p. 3427 et 3486) et à la 2e du tome 12 (p. 3567). Manque de papier à l'angle inférieur gauche de la 2e planche du tome 6 (p. 1657). Inscription manuscrite du XIXe s. concernant l'auteur sur la p. de titre du tome 1. Nonobstant ces divers menus défauts, bon état d'ensemble pour ces 12 volumes dans une reliure simple, mais solide et agréable, malgré des marges un peu courtes (si bien que certaines planches, mal centrées, ont été coupées en bordure de la partie gravée). L'imprimeur RETIF DE LA BRETONNE (1734-1806), après s'être fait remarquer par une vie de bohème, toute libertine (il aurait eu plus d'une maîtresse par jour.), s'adonne à la littérature à partir de 1767. S'inspirant de sa vie amoureuse, de ses expériences personnelles et des milieux qu'il fréquentait, il publiera un nombre impressionnant de livres ` 49 ouvrages publiés en 203 volumes ` dont Le Paysan perverti, La Paysanne pervertie, Les Contemporaines, Les Françaises, Les Parisiennes, L'Année des Dames nationales, Le Palais-Royal, Les Nuits de Paris, Le Pornographe, L'Educographe, Monsieur Nicolas, etc., comptent parmi les principaux. Ecrivain à la fois licencieux et moralisateur, il fut admiré de Beaumarchais et Mme de Staël. Mais, détesté par les libraires dont il ridiculisait les familles dans ses livres, il fut condamné à s'éditer lui-même. Observateur aigu de la société de son temps, il a pu être comparé à Balzac, a été admiré par Nerval et a inspiré Edgar Poë. Ardent disciple de Rousseau, il lança dans ses ïuvres de nombreuses idées de réformes « socialistes » qui furent ensuite reprises par Louis Blanc, Pierre Leroux, Proudhon et surtout Fourier. Cet auteur fécond, surnommé le « Rousseau du ruisseau » et le « Voltaire des femmes de chambre », laisse une ïuvre variée, donnant aussi bien dans la pure pornographie que dans la grande littérature, constituée de romans, de volumineux recueils de nouvelles et de textes plus ou moins autobiographiques. Son imagination désordonnée et l'ampleur de sa production livresque ont pu le faire qualifier d' « homme de génie en délire ». L'ANNEE DES DAMES NATIONALES est un recueil de plusieurs centaines de nouvelles qui avaient été écrites pour être lues dans un club, organisé chez un libraire parisien : Rétif devait y présenter « pendant un an, tous les jours une Histoire nouvelle, & deux ou trois les fêtes & dimanches » (d'où 12 tomes, un par mois). Il « commença, le 1 janvier 1790, par le Récit de ce qu'il venait d'executer, en-faveur des Provinciaux isolés, qui n'ont aucune espèce d'amusement. Son but a été de les entretenir de ce qui se passe dans tout le royaume, en leur fesant-connaître la situation des Villes & les mïurs des Habitans » et également « l'arrière-scène de la Société. Nous voyons [...] l'homme tel qu'il se montre, [...] les actions secrettes, pour lesquels les Acteurs se cachent », et cela dans les diverses provinces de France. L'auteur tient à clore son ïuvre en précisant : « Adieu, mon Lecteur Républiquain : Ne vois dans ces Nouvelles, que des faits vrais, que je ne pouvais corriger, sans leur oter leur utilité Tu y trouveras des mïurs qui ont été [...]. J'ai déjà dit, qu'on verrait, par ces Historiettes, les reformes à faire dans nos moeurs, en repassant sur les inconveniens de l'ancien Regime & de toutes ses Loix, c'est le grand but de cet Ouvrage ». Les charmantes planches gravées qui l'illustrent représentent, pour certaines, des scènes en costumes provinciaux du XVIIIe siècle ou, pour quelques-unes, des scènes gentiment libertines (parfois devenues très célèbres). Elles semblent l'oeuvre de deux artistes différents, l'un étant un meilleur graveur que l'autre. Cet ensemble de 31 planches, dont 9 sont « doubles dans un seul câdre », est parfaitement complet. Il correspond au chiffre XL (31+9) donné à la dernière planche, à la table du tome 12. Même si les tables d'estampes sont remplies d'erreurs et les gravures « mal chiffrées » comme l'écrit Rétif lui-même (p. 3202 et 3522), ce total de 31 planches correspond au nombre annoncé par son bibliographe Rives Childs (p. 322-328). Publié sans nom d'auteur (mais ce dernier, qui s'exprime souvent à la première personne pour parler de lui, donne régulièrement la liste de ses autres livres), l'ouvrage connut une publication retardée à partir du tome 2, à cause de la « banqueroute » (p. 3807) qui obligea Rétif à vendre son imprimerie. Cet événement explique le fait que le libraire Jean-Baptiste Garnéry (1764-1843) ait racheté et vendu pour son compte le stock restant des Dames nationales. Espérant sans doute tromper les acheteurs en leur faisant croire qu'il s'agissait d'un nouvel ouvrage de Rétif, il chercha à camoufler le titre original en le recouvrant de celui des Provinciales, titre qu'il a pu justifier par l'utilisation occasionnelle de ce terme par l'auteur dans certaines tables (p. 598, 2260) et dans Monsieur Nicolas. On savait, jusqu'à présent, que Rétif avait vendu les droits sur son ouvrage au libraire Garnéry qui en fit une réédition non datée en 1796, sous le titre Les Provinciales. En revanche, on ignorait que l'auteur lui avait vendu, par la même occasion, le stock restant des 12 volumes. Notre exemplaire est donc une PIECE TRES RARE - ENCORE JAMAIS SIGNALEE PAR LES BIBLIOGRAPHES - présentant l'édition originale avec les pages de titres recouvertes des « cartons » du libraire. Nous y retrouvons tout naturellement la nouvelle intitulée « La Dame du Palais-de-la-Reine » (tome 4, p. 942-950) qui figure uniquement dans l'édition originale, puisque Garnéry la supprima ensuite dans sa réédition de 1796 pour la remplacer par un autre texte (« Parisienne, Forgete, Villefranchete, indignement trompées par un aristocrate »). On notera que ce libraire peu scrupuleux fera l'objet d'un procès pour association frauduleuse en 1817. Série bien complète et pièce tout à fait exceptionnelle. |