Roland furieux. Roland furieux. Paris, Librairie Hachette, nouvelle édition, 1888, in-folio (44 x 34 cm), percaline rouge, premier plat orné d'une grande composition noir et or représentant, au centre, un écusson avec le titre en lettres fantaisie, masquant un hippogriffe barré d'une épée portant deux angelots à sa garde et un heaume à sa pointe, et de deux lances, l'une portant un étendard illustré d'un lion, l'autre de joute avec garde, aux angles supérieurs deux branches de chêne et de laurier, dans un encadrement de filets et listels or et noir, second plat orné de motifs d'encadrement noirs, dos décoré d'une lance en long, entrecroisée de divers éléments (angelot, haches d'arme, rameaux), à laquelle est suspendu un écusson portant le nom de l'éditeur, tr. non rognées (A. Souze, graveur), (4)-VIII-658-(2) pp., index.
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| Poème héro-que illustré de 618 dessins par Gustave Doré, gravés sur bois ou reproduits par le procédé Gillot, dont un frontisipice et 81 superbes compositions hors texte. *R Notice biographique et littéraire et traduction par A.-J. du Pays. *R La première édition est de 1878-79, en 165 livraisons de 4 pp. (feuilles réunies par séries de 11 en 15 cartons - ou chemises - précise Leblanc). Celui-ci ne signale pas cette nouvelle édition de 1888, laquelle a fait l'objet d'une mise au point de Georges Vicaire dans le Bulletin du bibliophile (1898, pp. 351-53). Cett édition datée de 1888 est probablement une simple remise en vente des feuilles du tirage original avec une nouvelle page de titre. *R "L'hippogriffe est bien une invention de l'Arioste", conclut Salomon Reinach dans le chapitre "Pégase, l'hippogriffe et les poètes" du tome 5 de Cultes, mythes et religions (1923, p. 265). La composition du premier plat met en valeur cet animal fabuleux, croisement de cheval et de griffon (lui-même hybride de lion et d'aigle), imaginé par L'Arioste (1474-1533) pour servir de destrier à ses personnages, Roger et Astolphe, - créature magique qui a récemment retrouvé une nouvelle jeunesse dans la saga de Harry Potter... *R Quant à l'illustrateur, on a du mal à imaginer, aujourd'hui, ce que fut la carrière extraordinaire de Gustave Doré (1832-1883), mort à 51 ans et qui réalisa près de 10.000 illustrations en à peine 30 ans, sans compter ses peintures et sculptures. *R Dernière oeuvre du sublime artiste, son format extraordinaire répond au grandiose du contenu. Jamais, sans doute, Doré n'était mieux parvenu à transposer le caractère fabuleux et fantastique d'un texte. A son époque de naturalisme triomphant, l'irréalisme et la démesure passaient pour un défaut. Ces traits sont aujourd'hui ce qui séduit le plus. *R "Je l'ai peut-être lu quarante fois pour mes images, s'exclame Doré à propos du Roland furieux, et j'y ai trouvé du pittoresque à foison" (Marc Monnier, La Renaissance, 1884, p. 415). *R Que l'on contemple ce char tiré par quatre chevaux ailés en route vers la Lune (p. 442), ce cavalier chevauchant un hippogriffe survolant une cité saisie dans sa vertigineuse verticalité (p. 426, ou p. 18), ces personnages grotesques et ces monstres (pp. 54-58), ou ce paysage de ruines romantiques se confondant avec les nuées de l'arrière-plan (p. 540), et nous sommes transportés dans un univers aussi féerique que fantaisiste, déjà cinématographique, annonçant l'oeuvre d'un Méliès. *R "G. Doré a, au plus haut point, le sens du grand, du gigantesque, du fourmillant, du tumultueux, la science instinctive des masses, qu'il manie avec une science souveraine, qu'il groupe, qu'il étage, qu'il équilibre... A chaque pas, il nous ouvre les portes d'or ou d'airain du pays des rêves... Ses illustrations des chefs-d'oeuvre ne sont pas de simples annotations pittoresques écrites en marge du livre... Ce sont de vraies créations... Il ne se borne même pas à traduire le poème ; il en écrit un nouveau sur le même thème. Il fait une oeuvre équivalente à celle de l'auteur" (Victor Fournel, Les Artistes français contemporains, 1884, p. 464). *R Par son caractère fantastique et conjectural (culminant dans le fameux voyage dans la Lune à la recherche de la raison perdue de Roland), sa faune et sa flore fabuleuses, son substrat mythologique, son esthétisme violent et ses abîmes graphiques, cette illustration peut être considérée comme le chef-d'oeuvre du Gustave Doré "délirant". Son influence s'étendra jusqu'aux illustrateurs modernes et aux auteurs de bandes dessinées, Frazetta, Druillet, pour n'en citer que deux, et annonce l'esthétique de l'heroic fantasy. *R "En traduisant par le crayon cette oeuvre si difficile à interpréter, Doré a fait preuve d'une imagination extraordinairement fertile et souple" (Leblanc, p. 33). "Pour la première fois, dans cet ouvrage, grâce à l'emploi d'un procédé scientifique de reproduction (procédé Gillot) l'artiste n'eut pas à subir les chances d'une bonne ou d'une mauvaise traduction. Sauf certains grands bois qu'il fallut confier aux plus habiles interprètes, les illustrations qui foisonnent dans le texte sont des fac-similés des dessins du maître" (id., p. 11). *R Vicaire, I, 85-86. Gustave Doré, 1832-1883, Musée d'art moderne, Strasbourg, 1983, pp. 264-67. *R Ouvrage monumental, testament graphique de l'artiste, qui rend justice à son talent foisonnant de visionnaire. *R Exemplaire magnifique, fleuron de toute bibliothèque d'art fantastique. OCCASION |