| Les rêves et les rêveries, les songes et les songeries, les souvenirs et la souvenance, autant d'indices d'un besoin de mettre au féminin tout ce qu'il y a d'enveloppant et de doux par-delà les désignations trop simplement masculines de nos états d'âme. C'est là, sans doute, une bien petite remarque aux yeux des philosophes qui parlent le langage de l'universel, bien petite remarque aux yeux des penseurs qui tiennent le langage pour un simple instrument qu'on doit forcer à exprimer avec précision toutes les finesses de la pensée. Mais un philosophe songeur, un philosophe qui cesse de réfléchir quand il imagine et qui a ainsi prononcé pour lui-même le divorce de l'intellect et de l'imagination, un tel philosophe, quand il rêve au langage, quand les mots sortent pour lui du fond même des songes, comment ne serait-il pas sensible à la rivalité du masculin et du féminin qu'il découvre à l'origine de la parole ? Déja, par le genre des mots qui les désignent, rêve et rêverie s'annoncent comme différents. On perd des nuances quand on prend rêve et rêverie comme deux espèces d'un même onirisme. Gardons plutôt les clartés du génie de notre langue. Allons à fond de nuance et essayons de réaliser la féminité de la rêverie.En gros,j'essaierai de le suggérer à un lecteur bienveillant,le rêve est masculin,la rêverie est féminine.En nous servant,par la suite,de la division de la psyché en "animus"et"anima",telle que cette division a été établie par la psychologie des profondeurs,nous montrerons que la rêverie est,aussi bien chez l'homme que chez la femme,une manifestation de l'"anima".Mais auparavant,il faut que nous préparions,par une rêverie sur les mots eux-mêmes,les convictions intimes qui assurent,dans toute psyché humaine,la permanence de la féminité. |