Discours sur la Polysynodie, où l'on démontre que la Polysynodie, ou pluralité des Conseils, est la forme de Ministère la plus aventageuse pour un Roi et son Royaume. Par Mr. l'abbé de St Pierre, ci-devant de l'Académie Française. Amsterdam, Du Villars et Changuion, 1719 ; in-12 ; plein veau havane, dos à nerfs orné d'un chiffre couronné doré répété, pièce de titre rouge, roulette décorative dorée sur les coupes, tranches rouges (reliure de l'époque) ; 265, (6) de table, (13) pp. de catalogue du libraire, titre imprimé en rouge et noir.
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| Deuxième édition, presqu'aussi rare que la première, in-4 de 1718, tirée à tout petit nombre et qui fut en partie détruite sur ordre du Régent et dont l'imprimeur fut emprisonné. Né au château Saint-Pierre en Basse Normandie, Charles Irénée Castel de Saint Pierre (1658 - 29 avril 1743) fut ordonné prêtre et vint à Paris grâce à une petite fortune personnelle en compagnie de Varignon, futur mathématicien célèbre qu'il aida financièrement ; très vite, il se lia avec Fontenelle et l'abbé Vertot, le célèbre historien de l'Ordre de Malte. Très versé dans la philosophie politique, de Saint Pierre fut reçu à l'Académie Française le 3 mars 1695 alors qu'il n'avait pas encore beaucoup publié. Il devint aussi premier aumônier de Madame, duchesse d'Orléans, ce qui l'obligea à fréquenter les couloirs de la Cour, un peu contre son goût personnel. En effet, toute sa vie fut consacrée à sa passion pour la philosophie politique et, quitte à passer pour un utopiste, il fut un fervent défenseur du bien public, ennemi de la guerre et de l'excès des impôts, des vexations des puissants contre la faiblesse, de l'intolérance religieuse, du faste des dépenses inutiles et du célibat des prêtres ; il regardait le pouvoir arbitraire et les maux qu'il entraine comme la plus grande plaie d'un gouvernement, ce qui ne l'empêchait pas d'être respectueux de l'autorité légitime éclairée par la sagesse et par la justice. En 1716, il publia un "Mémoire pour l'établissement de la taille proportionnelle" qui lui valut déjà certains reproches des hautes sphères ecclésiastiques et de certains membres de l'Académie, en raison des critiques de Louis XIV qu'il contenait. Deux ans plus tard, il publiait son principal ouvrage de philosophie politique, le "Discours sur la Polysynodie" dans lequel il expose ses théories sur la pluralité des Conseils (qui annoncent Montesquieu) et où il critique sans ménagement les principes de gouvernement que Louis XIV avait suivis. Dès la sortie de son livre, le cardianl de Polignac, qui pourtant avait essuyé durement les rigueurs du roi défunt, apporta l'ouvrage à l'Académie, le lut et exigea la punition de l'auteur. De Saint Pierre se vit refuser la possibilité de venir se défendre avant d'être condamné, le 5 mai 1718, à être exclu de toutes les séances de l'Académie (comme l'avait été Furetière avant lui) ; sur 24 membres présents, seul Fontenelle vota contre, et son fauteuil resta vide jusqu'à sa mort. Ce n'est que 32 ans plus tard, le 16 février 1775 que son éloge fut lue à l'Académie par d'Alembert. Il n'est pas inutile de rappeler que l'abbé de Saint Pierre fut le "père spirituel de la Société des Nations" en publiant son célèbre "Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe" en 1713, qui préconisait une diète européenne siégeant à Utrecht et dont le rôle aurait été de régler, par la médiation, les différends entre les états concernés. (En Français dans le texte, 137) |