| D'abord en os, puis en buis, les premiers peignes de l'histoire de l'humanité remontent au néolithique. D'abord utilisé comme démêloir, le peigne a toujours été doté d'un caractère sacré. Amulette à l'époque médiévale en Europe et en Russie, grigri protecteur dans de nombreux pays d'Afrique, il était considéré comme un objet rituel dans la Rome Antique. Son caractère bénéfique est attesté dans de nombreuses croyances et coutumes. Sensés protéger des maladies ou éloigner les mauvais esprits, ils étaient communément enterrés avec leur propriétaire. Avant d'être un élément de parure indissociable de la coiffure féminine, le peigne fut aussi objet liturgique, en ivoire généralement très ouvragé il servait à coiffer les prêtres avant les offices. C'est à partir du Moyen-âge, lorsque les coiffures des femmes avec nattes, chignons et ajouts de postiches se sophistiquent, qu'il va véritablement devenir objet précieux, voire bijou, et suivre étroitement la mode, à travers les siècles. L'essor est tel que ce sont de véritables petites industries qui se montent particulièrement en Europe, réparties en corporations et faisant vivre des milliers de personnes, à seule fin d'embellir la femme. Et l'on verra se développer au gré du savoir-faire et des techniques des peignes décoratifs de plus en plus élaborés dans les formes et réalisés à partir de matériaux de plus en plus nobles, os, bois, corne puis ivoire, écaille de tortue, argent, ciselés à l'or fin, recouverts de pierres précieuses et de diamants. L'Art Nouveau ne sera pas en reste et les plus grands bijoutiers joailliers comme Boucheron, Chaumet ou René Lalique se lanceront à leur tour dans la fabrication de véritables bijoux exposés à l'Exposition universelle de 1900. Mais le peigne n'est pas un accessoire réservé aux pays occidentaux. Le monde entier l'a utilisé et l'utilise encore. La deuxième partie de cet ouvrage nous entraîne à travers les continents africain, américain et asiatique à la découverte d'autres formes et utilisations des peignes qu'elles soient ornementales ou cérémonielles. Chaque pays les fabrique selon ses propres coutumes, avec des matériaux qui lui sont propres mais les angles sacré et décoratif restent les mêmes, témoin l'Afrique noire où les peignes fétiches, véritables oeuvres d'art, adoptent les caractéristiques des masques. Superbement illustré de près de 500 reproductions, c'est donc bien à un tour du monde du peigne, véritable voyage dans la technique, la beauté et l'art décoratif auquel nous convie l'auteur Robert Bollé, lui-même descendant d'une grande famille de "peigniers" avant de prendre les rênes de la lunetterie. |