| Les critiques du Nouvel Observateur : "Voici donc le vingtième polar de Mary Higgins Clark. Toujours la même recette: crime, luxe et volupté... Va-t-elle nous faire courir encore longtemps, cette fameuse Mrs Higgins Clark ? Avec ce vingtième roman, on pouvait penser pourtant que les jeux étaient faits. Car cette histoire de trois amies, trois anciennes condisciples plutôt, entre haine et affection, évoquait les autres enfants (littéraires) de Mary. Des gens bien, propres sur eux, à Manhattan (entre la 51e et la 70e Rue), des docteurs illuminés et un savant fou, des vieilles dames chics, une crapule et un idiot, on était à la fois du côté de " la Clinique du docteur H. " et de " la Maison du guet ". Mrs Higgins Clark, à force de tourner en rond la plume dans son encrier (c'est une métaphore, gageons qu'elle se sert d'un ordinateur), était-elle arrivée au bout de la nuit (du renard, bien sûr) ? Ce dernier texte, en forme de patchwork de ses précédents ouvrages, mettait-il un point à la ligne ? Mais non. " Et nous nous reverrons ", qui est de la meilleure veine de l'auteur - et c'est un plaisir voluptueux -, nous déstabilise et nous ravit, dans tous les sens du terme. Alors, voyons voir, où se situe le secret de Mrs Higgins Clark, et, au fait, y en a-t-il un ? L'histoire est habile: Molly, une jeune femme de la meilleure société new-yorkaise, est accusée d'avoir assassiné son mari, un richissime médecin. Par une de ces aberrations dont la justice américaine est coutumière, et pour échapper à une condamnation très lourde, Molly plaide coupable, alors qu'elle a la ferme intuition, sinon la conviction, qu'elle ne l'est pas (elle a été trouvée en état de choc, couverte du sang de son époux et ne se souvient de rien). Molly purge une peine de quelques années de prison et, dès sa sortie, clame son innocence (ce qui, paraît-il, est très mal élevé et mal vu aux Etats-Unis, dans la mesure où le cas étant entendu on n'a pas à revenir dessus. Décidément, ils nous étonneront toujours, les boys de l'Oncle Sam !). Une condisciple, donc, de Molly, devenue journaliste à la télévision, vole au secours de celle-ci. Fran a eu des malheurs, elle aussi. Son papa s'est suicidé après avoir détourné les fonds de la bibliothèque dont, tenez-vous bien, le propriétaire est le mari de la meilleure amie de Molly, Jeanna. Ajoutez à cela quelques personnes dans le coma et un remède pour rendre aux patients leurs derniers instants de vie lucide quand celui-ci (le coma) est dépassé, feuilletez le tout, et vous aurez un gros roman de 436 pages... Epatant. La littérature de Mary Higgins Clark évoque ces belles " limos " qui glissent le long de la Cinquième ou de Park Avenue dans un silence ouaté et climatisé. En apparence, tout n'est qu'ordre et volupté. Et pourtant on assiste, impuissants mais enchantés, à la montée des périls. Enchantés parce que nous ne sommes pas sur la liste des victimes présumées ni sur celle des suspects. Du moins nous, Français. Car rien n'est plus américain qu'un roman de Mary Higgins Clark, oscillant avec grâce entre le confort et la folie, le luxe et la barbarie. Evidemment, tant de maîtrise et d'invention ne vont pas sans quelque déception: à la fin de l'envoi, la conclusion (la morale, OK) déçoit toujours un peu. Mais c'est peut-être parce que tout simplement l'affaire est entendue. Et la lecture, achevée. N'empêche, on s'est bien amusé en chemin. Un dernier détail en passant: le vingtième livre de Mary Higgins Clark marque le vingtième anniversaire de la collection " Spécial Suspense " chez Albin Michel. Ce qui est un bel âge autant pour une œuvre que pour une collection. Alors, bon anniversaire, Mary, Albin et Michel ! JEAN-FRANÇOIS JOSSELIN" |