| L'ambition de ce numéro est à la fois ethnographique et théorique. Ethnographique puisque nous proposons une série de documents sur ce qu'il est convenu d'appeler les religions afro-américaines. Théorique puisque les diverses contributions rassemblées ici aboutissent, explicitement ou non selon les cas, à des propositions assez générales sur une notion visitée depuis longtemps par l'anthropologie sociale : le rituel. Au risque de simplifier un peu, on peut dire que les séquences d'actes plus ou moins formalisées que les anthropologues ont pris l'habitude de qualifier de rituelles ont fait l'objet de deux approches essentielles. Selon une première approche, le rituel est porteur d'une signification, il révèle les valeurs qui animent ceux qui l'accomplissent. En d'autres termes, il a quelque chose à dire, et on doit donc le lire, le déchiffrer, le décoder, l'interpréter. Selon une seconde approche, qui est peut-être plus en faveur aujourd'hui, le rituel ne dit pas, il fait. De sorte qu'il relèverait moins d'une sémantique que d'une sociologie de l'action. Cette seconde approche se scinde d'ailleurs à son tour en deux courants. On peut soit considérer que certains types d'actes, essentiellement différents des autres actes que nous accomplissons dans la vie sociale, doivent être qualifiés de « rituels ». L'acte rituel se distinguerait ainsi de l'acte technique, de l'action politique, etc. Ainsi, une version de ce courant tend à considérer que les actes rituels se caractériseraient par des dispositions intentionnelles spécifiques (Humphrey et Laidlaw, 1994.) Ou bien on peut considérer que la « ritualité », si l'on peut dire, est un trait susceptible de colorer toutes sortes d'actions, éventuellement aux côtés d'autres traits. Il y aurait donc ainsi « du rituel » dans les salutations, dans la guerre, et peut-être même dans certains actes techniques. (début notice éditeur) |