| Absent jusque 12/juinLe chef-d'oeuvre de Vicki Baum (1929), porte a l'ecran quatre ans plus tard par E. Goulding (avec Greta Garbo et Joan Crawford dans les principaux roles), est sans conteste, a cote d'Adieu a Berlin de Christopher Isherwood (au cinema : Cabaret), la grande saga des Annees Folles : ou se joua, peut-etre, le sort tragique de ce siecle. Berlin, fin des annees 20... Quelques personnages se croisent dans le hall -et dans les chambres -d'un palace, ou chacun croit avoir trouve le lieu de son destin. La gloire eteinte d'une danseuse sur le declin, les illusions d'un baron cambrioleur perdu par ces dames, l'outrecuidance d'un industriel affole par l'odeur de l'argent, la tristesse d'un commis anxieux de claquer ses pauvres deniers a la veille d'une agonie promise par ces Messieurs de la Faculte, les emois d'une blonde enfant qui pose nue pour les peintres a la mode -le tout sous l'oeil unique, impitoyable, d'un dandy blesse de guerre, morphinomane extra-lucide, qui ne voit en tout cela qu'une danse macabre, qu'une sarabande promise au neant : tel est le livre, rythme par la porte a tambour de cet hotel du Destin ou semblent s'etre donne rendez-vous tous les mauvais reves d'une Europe deja promise au pire. Le lecteur jouit, mais d'un bizarre plaisir, aux douceurs marquees d'effroi. L'esprit fuse, et l'on rit -mais jaune. Bref les larmes, tenues cachees, ne sont jamais loin. Quant a nous, enfants d'une fin de siecle desabusee de tant de choses, nous taraude cette question : comment avons-nous pu passer a cote de cette oeuvre qui va si bien au coeur de tout ce qui nous questionne -et que n'eut pas desavouee le regrette Joseph Roth (celui de La Marche de Radetzky) ? |